s ^SX). ANNALES / DES SCIENCES NATURELLES TOME IV. IMPHIMÉ CHEZ PAUL RENOUABD, ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT ta zoologie, la botanique, l'anatomie et la physiologie comparées des deux règnes; ET l'uISTOIRE des CORPS ORGANISÉS FOSSILES J RÉDIGÉES POUR LA ZOOLOGIE PAR MM. AUDOUIN ET MXLNE-EDWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNIART ET GUILLEMIN. TOME QUATRIEME. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR; PLACE DE L'iîCOLi;-DE-MtDECISE, W. l3. 1835. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQUE. DÉCOUVERTE d'une circulation de fluide nutritif dans les pattes de plusieurs insectes hémiptères , circulation qui est indépen- dante des moupemens du vaisseau dorsal , et se trouve sous la dépendance d'un organe moteur particulier j ParW. F. G. Behn, Docteur en médecine de Kiel en Alleuiagoe. Le grand Cuvier, dans son mémoire sur la nutrition des in- sectes, avait posé en fait qu'il n'y avait pas dans ces animaux de circulation sanguine ; il s'appuyait sur ce que les anatomistes les plus habiles, tels que Swammerdam et Lyonnet et les savans les plus exercés aux observations microscopiques, n'ont pu dé- couvrir ni distribution de vaisseaux, ni aucun mouvement cir- culatoire. Mais dans ce mémoire, Cuvier ne rendait pas compte d'une manière satisfaisante , ce me semble , de la distribution des li- fiuides dans les insectes. Car, si d'un côté on ne peut nier le rapport mutuel qui existe entre la ramification de l'organe de la respiration et la ramification du système vasculaire, d'un autre oôté.dans cette hypothèse, le vaisseau dorsal, qui incontesta- blement contient un liquide, devient tout-à-fait superflu, ses 6 w, BEHN". — Circulation dans les Insectes. fonctions restent inexplicables, et l'on est forcé de nier son analogie avec le cœur. Plus tard cependant, plusieurs observateurs prétendirent avoir vu des vaisseaux qui , sortant de cet organe , entraient dans la tête, et J. Midler (i) décrivit un grand nombre de filamens creux qui, dans les Phasmes et plusieurs autres insectes, lient les ovaires au vaisseau dorsal. I/opinion de Mùller , qui prit ces fdaraens pour de véritables vaisseaux , ne s'est pas encore con- firmée, Carus (a), Treviranus (3) et Wagner (4) reconnurent l'existence de ces filamens , mais ne les regardèrent pas comme des vaisseaux. La structure d'organes si fins et si délicats sera toujours diffi- cile à bien démontrer par la simple dissection, et ce n'était que par le moyen du microscope qu'on pouvait parvenir à découvrir et à montrer une véritable circulation du sang dans les insectes. Niltch (5) , Gruithuisen \6) , Ehrenberg et Hemprich (7) , ob- servèrent par ce moyen le mouvement des liquides dans plu- sieurs parties de ces animaux. Mais Carus (8) , le premier , dé- montra dans les larves des Névroplères une circulation véritable qui, partant du vaisseau dorsal et y rentrant, dépend du mou- vement de cet organe. Les observations que Carus lui même ré- péta sous les yeux d'un grand nombre de naturalistes , ont été depuis ce temps confirmées et complétées par Wagner. (9) Dans son mémoire sur ce sujet, Wagner donne un aperçu bien imparfait, il est vrai, sur la circulation dans les différentes classes des insectes; et, malgré l'iraperfection de nos connaissances à cet égard, on doit regarder comme fort probable que la circula- (i) Nova acla Acad.Ca3s.Le0p. Car. Nafurœ curiosorum. T. xii. P. 2. p. 553. (2) Nova acla Acad. Cœs. Leop. Car. Natura; ciiriosorum t. xv, pars. 2. p. 5. (3) ErschcJiiiingeu und gesetze des orgauischcii Lebeos. Brenicn i83i. Bd. i, p. 220, (4) Isis, i832,p. 32o-33i. (5) Comraentatio de respiratione animalium, Witlemljergae, 1S08, p. 97. (6) Salzburger mediz. cliirurg. Zeituog, i8iS. 11. 92 et Isis, 1820 p. 25g. (7) AI. V. Huniboldt Bericlit uebcr die nalur historische Reisc der Herren Hemprich und Ehrenberg; Berlin, 1826. 4. p. 22. (8) Entdeckung eines einfachen vom lîcrscn ans bc«ehIeunigUa Blutkreislaufcs in |derLar- ven uelzûiiegliger Insecten; Leipzig, 1827. (9) Loc. cit. w. BEHN. — Circulation dans les Insectes. 7 tion du sang existe chez tous ces animaux, au moins pendant une certaine période de leur vie. — Mais on considérait toujours le vaisseau dorsal comme l'agent unique du mouvement. — On es- saya même de ramener cette circulation à celle des animaux ver- tébrés, et de distinguer des courans veineux et des courans ar- tériels. Cependant je ne crois pas qu'on puisse appliquer ces noms aux courans ténus et à peine ramifiés qu'on observe dans les in- sectes. La notion de veine et d'artère dépend essentiellement des rapports du système sanguin avec le système respiratoire; on ne peut donc pas appliquer ces noms à une circulation qui est en- tièrement indépendante de la respiration. Si l'on veut absolu- ment établir une comparaison entre la circulation dans les in- sectes et celle dans les animaux supérieurs , ce sont plutôt , je pense, les vaisseaux capillaires auxquels les vaisseaux des insectes peuvent être comparés ; car , abstraction faite de la désoxida- tion du sang qui se fait dans les premiers , ils se ressemblent par la nutrition opérée pendant tout leur trajet, par l'absence de ramifications, par leur ténuité qui ne permet pas de les démon- trer par le scalpel et par l'existence problématique de leurs parois. Quoi qu'il en soit, d'après tous ces travaux , la circulation du sang dans beaucoup de classes d'insectes restait encore à éclair- cir. Le passage suivant de M. Wagner (i) sur la circulation des hémiptères , vient à l'appui de ce que j'avance : « Aucun observateur, dit-il, n'a découvert jusqu'ici la circula- « tion de sang dans les Hémiptères, et mes propres observations « ne m'ont donné à cet égard que peu de résultats, lesquels suffi- « sent cependant pour démontrer que ces insectes n'en sont pas a dépourvus. Les jeunes individus de IMepa cinerea sont verts et « transparens, au moins dans les parties latérales ; c'est là que « j'ai observé très distinctement des courans de globules se mou- « vant toujours du devant en arrière. Dans les pattes, je ne pus « remarquer aucun courant. Je vis distinctement les pulsations cf du vaisseau dorsal; je vis également les contractions de ses V parois, sans pouvoir, à cause de l'opacité de ces parties, ob- (i) I/OC. cit. p, 3a5. W. BEUN. Cirvulatibn dans les Insectes. « server sa structure et son contenu. — De plus, j'examinai de « -vieux et de jeunes individus de Corixa et de Notonecta. Là, « je ne pus rien distinguer, quoique plusieurs fois je crus décou- « vrir dans les derniers un mouvement de globules dans les pre- « miers articles de la patte. Mais ce mouvement était si peu dis- « tinct que je n'insiste pas sur cette observation. — J'ai examiné « aussi au microscope quelques jeunes individus transparens de « Punaises terrestres , appartenant à une espèce qu'on trouve « très fréquemment sur les peupliers , mais je n'y ai découvert a aucun courant. » Peu versé dans les détails de l'histoire de ces découvertes , je n'en connaissais que les résultats, lorsque le hasard nié mit à même d'observer un phénomène jusqu'à présent ignoré. Dans un verre où je conservais quelques animaux aquatiques destinés à des recherches microscopiques , j'avais remarqué un petit œuf elliptique , brunâtre , ayant l'une des deux extrémités plus foncée que l'autre , collé à un fragment de feuille. Bientôt j'aperçus dans mon verre un petit animal nageant sur le dos à la surface du liquide : je reconnus un jeune Notonecte ; en même temps je trouvai que l'oeuf était vide. En plaçant le petit animal sous un microscope simple de M. Char- les Chevalier, j'aperçus sur le dos, qui est blanc et assez transpa- rent , les mouvemens vermiculaires du vaisseau dorsal. Les con- tractions de cet organe sont régulières et peu rapides; j'en comptai par minute 33 à 38 , mais le plus souvent 35 ; elles étaient peut-être un peu plus accélérées lorsque l'animal s'était livré à des mouvemens violens, mais néanmoins toujours régu- lières. Ayant porté mon attention sur les pattes de l'animal, je fus extrêmement surpris en voyant des pulsations et une circu- lation non-seulement beaucoup plus rapides que les mouvemens du vaisseau dorsal, mais encore irrégulières et même de temps en temps interrompues tout-à-fait pendant quelques moraens. Ces pulsations , car je ne puis les nommer autrement, ont leur siège principal à l'extrémité supérieure de la jambe, c'est-à-dire près de l'articulation qui réunit les jambes à la cuisse, mais elles s'étendiient plus ou moins distinctement dans toute la longueur w. BEHN. — Circulation dans les Insectes. 9 de cet article (1). — Ces moiivemens paraissent être produits par une membrane qui semble courbée ou arrondie au niveau de l'articulation. — Au moment de la pulsation , cet organe se rapproche du bord antérieur de la jambe et s'éloigne en même temps de l'articulation femoro-tibiale. — Ces mouvens sont si apparens, qu'ils doivent sauter aux yeux lorsque l'animal est en repos. — Mais en observant de plus près la jambe, on voit sur ses bords deux courans faciles à reconnaître, à raison de la pré- sence de quelques corpuscules qui nagent dans le liquide. L'un de ces deux courans apparaît au bord postérieur de la jambe, et se dirige du corps vers le tarse , tandis que l'autre , situé vers le bord antérieur, retourne vers le corps (2). Ni l'un ni l'autre ne me semblent limités par des parois propres. Le tarse lui-même est trop peu transparent pour laisser apercevoir le point où le courant revient sur lui-même (3). — On voit les globules se mouvoir par saccades isochrones au mouvement de l'organe dont nous venons de parler; ils passent de la cuisse dans la jambe et de la jambe dans le tarse, et reviennent en parcourant les mêmes parties en sens inverse. Il n'est pas possible de les observer dans les par- ties de la patte plus voisines du corps et dans le corps lui-même, parce que ce dernier n'est pas transparent et qu'd cache tou- jours la partie supérieure du membre. Je ne saurais donc dé- montrer d'une manière positive que le liquide qui circule dans les membres sort du vaisseau dorsal et y retourne. — Lorsque les globules, en revenant, arrivent en haut de la jambe, où les mouvemens de l'organe sont les plus forts et les plus distincts , ils paraissent arrêtés en quelque sorte, avancent plus lente- ment, et semblent même, au moment de la pulsation, reculer un peu vers le tarse. Au premier moment, je me demandai si ces mouvemens étaient spontanés, c'est-à-dire inhérens à l'organe , ou s'ils étaient (1) Dans lc-so|jscrvnlion5ultcriciires.je les ai vus même s'étendre chez les Corim par dessous le tarse des deux paires de pal tes postérieures. (a) Dans quelques autres genres d'hémiptères les courans ne paraissent pas se tenir toujours aux bord» des pattes, ce (jui dépend en partie de la manière dont 'a patte so présente sous lo microscope. (3) On voit trè» bien ce point daus les Naucom dmicoitiis. 1 o w. BHHN. — Circulation dans les Insectes. l'effet d'une cause éloignée ; je penchai même vers la dernière opinion, en considérant la nature du mouvement que j'avais sous les yeux. Mais certainement , ce ne sont pas les contractions du vais- seau dorsal qui peuvent être la cause de ces pulsations, car leurs vitesses sont bien différentes : dans les pattes, je comptai de loo à 1 5o pulsations au moins par minute.- — • Je ne puis don- ner que des approximations, parce que, comme je l'ai déjà re- marqué, ces mouvemens ne sont pas réguliers: ils sont tantôt plus rapides, tantôt plus lents, et s'arrêtent même quelquefois complètement. — ■ De plus , ces irrégularités ne se font pas re- marquer également dans toutes les pattes à-la-fois; mais pendant que, dans l'une, les pulsations se succèdent avec une rapidité extrême, elles sont plus lentes dans une autre et cessent entiè- rement dans une troisième. Dans le vaisseau dorsal, au contraire, les mouvemens sont toujours réguliers et non interrompus; il en résulte que les mouvemens observés dans les membres n'ont aucun rapport avec ceux du vaisseau dorsal, (i) Mais pour dissiper tous les doutes sur la spontanéité de ces pulsations, il suffit de faire l'expérience suivante. J'arrachai à un Notonecte la patte dans laquelle je venais d'observer les pul- sations, et je la plaçai sous le microscope. Au premier moment, je n'aperçus rien, mais bientôt se montrèrent des mouvemens tout-à-fait semblables à ceux que je venais d'observer dans l'a- nimal non mutilé , seulement ils étaient un peu plus faibles et plus lents, mais ils continuèrent au moins pendant un quart d'heure (2) , en s'affaiblissant de plus en plus. Cette expérience , répétée fréquemment , a toujours donné le même résultat, excepté dans les cas où la jambe même avait été endommagée. — Il ne pouvait donc me rester aucun doute sur la spontanéité de ces mouvemens. (i) Je dois encore faire remarquer qvie d'après les observations de MM. Caruset Wagner les \aisseaux dans les larves de Névroptères , sortant de la partie antérieure du vaisseau dorsal , et y rentrant à la partie postérieure, parcourent les pattes dans le même sens, c'est-à-dire, en- trent le long du bord autérieur,ct reviennent par le bord postérieur. Dans le Notoucclc, au contraire, le courant est tout-à-fait l'inverse, comme je viens de le décrire. (2) Plus lard je les ai vus se prolonger même jusqu'à deux heures après que la patte était arrachée. vv. EEHN. •— Circulation dans les Insectes. 1 1 J'ai retrouvé ces pulsations que j'avais observées d'aboi-d dans un Notonecta glauca tout jeune, dans des individus adultes de la même espèce; seulement le mouvement y paraît plus limité et plus restreint à la partie supérieure de la jambe. En outre, j'ai trouvé le même phénomène dans les genres Corixa , Plea , Naucoris, NepaetRanatra, et il est donc hors de doute qu'il est commun à toute la section des Hydrocorisses. Cependant je dois remarquer que je n'ai vu que dans les Notonecles très jeunes et dans les Ranatra linearis le mouvement saccadé des globules correspondant à ces pulsations (i). Je n'ose pas encore affirmer que le même phénomène se retrouve dans tous les Hémiptères; cependant j'ai observé un mouvement analogue dans les Re- duves et dans les Hydromètres, quoique l'opacité des jambes, dans ces derniers, rende la chose douteuse. Dans les Pucerons, au contraire, je n'ai pu jusqu'à présent rien découvrir de sembla- ble, et quant aux Punaises terrestres je n'ai pas encore pu me procurer des individus dont les jambes aient été assez transpa- rentes pour décider la question (2). Wagner, qui en a observé, prétend n'y avoir vu aucune circulation. Il me restait encore à acquérir sur cet organe remarquable des notions plus précises que ne les donne la simple inspection, mais malheureusement je n'ai pu jusqu'ici arriver à un résultat complètement satisfaisant. Je m'y suis pris delà manière suivante: j'ai coupé la jambe d'un Notonecte, et surtout la partie la plus voisine du corps, en tranches transversales aussi minces que possible, de sorte qu'en les plaçant sous le microscope, je pusse voir les parties internes de la jambe. Dans les uns où le segment de la jambe était complètement dépouillé de la masse musculaire (ce qui cependant sur un grand nombre d'expériences ne me réussit que trois ou quatre fois), je vis une mince saillie partant de la paroi et s'avançant d'autant plus dans la cavité que le segment était pris plus près de l'arti- culation qui joint la jambe à la cuisse, mais ne se dirigeant pas (r) Le mouvement des gloîjules se voit aussi très bien dans les Naucoris cimicoidcs jeunes et adultes. (a) Je me suis à présent convaincu que le même organe existe aussi chez les Punaises de' lits ; ainsi je ne doute plus qu'il ne soit pas commun à tous les Hclcroplères. , -, 12 w. "B^Tiîi.^— Circulation dans les Insectes. ' toujours dans le même sens. J'aurais désiré constater encore de cette manière des mouvemens dans l'organe; mais ils cessent dès que la jambe est coupée sans jamais se renouveler. Cet organe remarquable et ses fonctions me semblent d'au- tant plus dignes de l'attention des naturalistes, qu'ils diffèrent complètement de tous les phénomènes de la circulation connus jusqu'à présent. Quelque variés que soient les agens de la circulation du sang dans les animaux , c'est cependant dans tous les cas le tube con- tenant le sang, qui agit en tout ou en partie sur le liquide par la force musculaire ou par son élasticité. Ici, au contraire, la cir- culation est produite par un organe qui apparemment ne con- tient pas de liquide, et qui semble agir à-peu-près comme le dia- phragme agit dans la respiration, ou plutôt comme la soupape membraneuse chasse l'eau de la cavité respiratoire des écrevisses. Cet état de choses indiquerait-il , comme on l'a supposé , mais non prouvé, qu'ici le fluide nutritif n'est effectivement plus li- mité par des parois qui lui soient propres? en. MORREN. — Influence de la lumière, etc. i3 Essais pour déterminer Vinfluence qu exerce la lumière sur la manifestation et les développemens des êtres végétaux et animaux dont f origine avait été attribuée à 'Jta génération directe ^ spontanée ou équivoque f Par M. Ch. Morren , Professeur de botanique à l'université de G^md. Troisième Mémoire, (i) Dans toutes les expériences qu'il soit possible de faire pour constater l'influence qu'exercent individuellement les agens ex- térieurs, sur la manifestation des êtres organisés, dont l'origine est généralement attribuée à la génération spontanée, il est tou- jours nécessaire d'agir sur des masses liquides dont l'existence est la condition indispensable, pour que cette manifestation nous soit rendue sensible. Ces masses liquides doivent en outre être de nature à pouvoir sinon favoriser, du moins soutenir la vie dans les êtres qui en sont doués, et qui viennent naître ou s'établir dans l'intérieur de ces masses. Cette condition, qu'il n'est pas donné à l'homme d'éliminer, est donc un obstacle insurmontable à ce que jamais il puisse connaître l'effet de la lumière , agissant par elle-même , et sans que ses rayons soient ou réfractés ou réfléchis. La réfrac- tion des rayons modifiant leurs propriétés et leur réflexion sur les parois des vases , dans lesquels nous devons expérimenter malgré nous, donnant lieu à des croisemens et à des intersec- tions nombreuses qui établissent des lignes ou des surfaces, où la quantité de lumière est plus grande que dans le i:^ste des (i) Les deux premiers mémoires insérés dans l'Observateur médical belge, et reproduits dans le volume précédent de ce recueil , présentent quelques fautes typograpliiqncs que l'auteur nous prie de corriger. Ainsi , page 177: en nommant « la moitié de la longueur de la fenêtre; lUez : largeur de la fenêtre , etc. , et à la formule qui suit substituez celle-ci : a b ' CwC. =— ' V/'(x^-|-a^) (x^-|-b'^) i4 CH. MORREN. — Influence de la lumière masses, on conçoit de quelle importance il est pour l'observa- teur , de tenir compte de tant de causes modifiantes. En effet, nous avons vu dans le mémoire précédent , que l'intensité et la clarté de la lumière avaient des effets extrêmement marqués sur la nature des végétaux développés dans des milieux soumis à l'in- fluence d'intensités et de clartés lumineuses différentes. Or, dans la masse même de ces milieux, chaque point ne recevant pas une clarté et une intensité lumineuse équivalente à celles de tous les autres points , il est évident que chacun d'eux ne peut pas agir comme tous les autres indifféremment , et qu'il doit s'é- tablir ainsi dans ces masses mêmes des lieux plus ou moins fa- vorisés, pour influencer d'une manière propre la manifestation des êtres qui s'y montreront de préférence. Ainsi qu'on songe x\n moment à l'importance de ce qu'on a nommé en histoire naturelle des sites d'élection, qu'on songe que souvent on a at- tribué à des êtres la vie animale, et je dirai même une espèce de prévision, une fraction de cette raison, de cet entendement, de cette intelligence propre seulement aux animaux les plus élevés dans l'échelle de leur règne, et cela par une considération tirée de ces mêmes sites d'élection, et alors, on sera pleinement con- vaincu que, puisque les sites où les êtres se fixent et se déve- loppent de préférence ne sont pas toujoursj comme on le voit, des sites d'élection, dans ce sens que les êtres se les sont choi- sis, distingués, qu'ils s'en sont emparés avec but final et discer- nement, rien ne devient plus important que de déterminer pré- cisément les effets extérieurs qui peuvent par leur conflit provoquer l'existence de sites favorables , où les êtres se déve- loppent, parce qu'ailleurs, où les circonstances convenables à leur bien-être n'existent pas, ils périssent. Les sites favorables au milieu de ces masses aqueuses, capa- bles de soutenir la vie chez les êtres qu'elles renferment, peu- vent dépendre d'une foule de circonstances; il ne nous importe ici que d'étudier celles qui se doivent à la lumière. Nous ne parlerons donc que de ces dernières. Il résulte de la nature même de nos recherches que nous ne pouvons expérimenter que sur des masses liquides, leur pré- sence formant une de ces conditions jnatérielles, essentielles suj' le déçeloppement des Infusoires. i5 pour que la vie s'entretienne, et, selon quelques auteurs, s'éta- Blisse dans ces mêmes masses. Aussi ne pouvons-nous pas con- naître d'une manière absolue l'effet de la lumière non réfractée, puisqu'elle l'est toujours, dès qu'elle passe à travers la couche de liquide, quelque mince qu'elle soit. Mais si nous sommes de ce côté dans une impuissance complète, nous ne le sommes pas quant à cette autre considération : l'effet de la lumière réfractée est-il différent, quand la couche de matière liquide que ces rayons doivent traverser en s'absorbant est plus ou moins épaisse; et si des différences ont lieu, quelles sont-elles? L'ob- servation même la plus superficielle de ce qui se manifeste au- tour de nous dans le spectacle de la nature doit suffire pour soulever cette question. Nos étangs sont couverts de Conferves et iïJrthrodiées sans nombre ; des Lentilles d'eau de plusieurs espèces s'y propagent avec une profusion effrayante ; beaucoup d'autres végétaux plus composés encore, plus élevés dans l'é- chelle de la complication organique, se plaisent dans ces mêmes lieux ou les occupent exclusivement ; or, une végétation si forte, si favorisée se fait principalement à la surface des eaux; même les feuilles poussent le plus souvent au-dessus de cette surface, pour s'étendre dans l'air, soit par toutes leurs parties, soit seu- lement par l'une des faces de leur limbe; les tiges s'élèvent aussi hors du sein des eaux, comme pour recevoir l'action plus im- médiate de la lumière, toujours plus ou moins absorbée dans le milieu inférieur. Y a-t-il impossibilité pour quelques-unes de ces productions de franchir les limites du milieu où elles sont plongées ? On les voit occuper, le plus long-temps possible, la surface de ce milieu, et, ce qui est plus étrange encore, on ob- serve que quelques-unes montent à la surface , quand le soleil éclaire l'horizon, et descendent au fond des eaux, quand sa lu- mière bienfaisante cesse de se répandre dans l'atmosphère, éprou- vant ainsi des variations diurnes analogues au mouvement que subissent aux mêmes heures la colonne barométrique et l'aiguille aimantée (i); il y a donc en définitive une obligation constante, (i) J'ai observe cet effet sur toutes les Aiihrodiées quand on les reufeime dans de longs tul>es. Il dépend de ce que la lumière fait dégager du gaz oxygène qui retenu sous forme Uc Millt» entre Jcs Ckig ailicuK's ilc ces plaïUcs en rend les «mas spctifiquçmcut plus légers. i6 en. MORREN. — Influence de la lumière c'est que beaucoup de végétaux occupent la surface des eaux , mais pourtant quand on pénètre dans leur intérieur, on ne cesse pas d'en rencontrer , et alors de singulières modifications or- ganiques s'établissent chez ces espèces. Appartiennent-elles aux phanérogames? de deux choses l'une : ou il y a des moyens d'un mécanisme admirable pour ramener à la surface des eaux les parties les plus nécessaires à la propagation de l'espèce, comme on le voit dans le Vallisneria spiralis etc., plante qui établit la transition des espèces tou .-à-fait submergées aux su- perficielles, ou bien la nature emploie des dispositions non moins ingénieuses et singulières pour que la propagation soit favorisée au-dedans même du fluide ambiant, comme on l'observe dans les Zostera^ Hippuris^ Ranunculus^ Alisma^ Illecebrum, etc. Enfin nous ferons remarquer que la majeure partie des végétaux sub- mergés appartient à la grande série des végétaux moins com- posés , et que l'on confond dans les systèmes sous le nom de cryptogames. Chacune de ces espèces, vivant ainsi sous la surface liquide, occupe une région déterminée, et ces régions constituent, comme on le sait, autant de cercles supraposés. Or, ces bandes ou sé- ries circulaires formant comme autant de latitudes sous-aqueu- ses, sont placées sous la dépendance des rayons lumineux qui s'absorbent de plus en plus quand on pénètre davantage vers le fond de l'eau ; et comme chacune de ces bandes se compose d'un certain nombre d'espèces végétales déterminées, on s'aper- çoit bientôt que l'organisation de chacune d'elles , ou ce qui re- vient au même, le degré de complication organique de chaque bande devient d'autant plus simple, qu'on s'approche plqs des limites inférieures ; de sorte que la cause occasionelle de cette décroissance organique est véritablement l'absorption de plus en plus forte des rayons lumineux. Si donc, on nomme sites d'élection les emplacemens plus ou moins élevés où ces vé- gétaux se sont développés , leur disposition sera due à l'effet de la lumière, et pour nous ces sites ne seront que de simples sites favorables. Ce qui résulte donc évidemment de la contemplation de la nature, c'est que la surface des eaux placée sous l'influence de f| sur le développement des Infusoires. i j la lumière peu absorbée, sera par cela même habitée par un plus grand nombre de plantes et par des plantes plus élevées dans l'échelle organique que les végétaux sous-aqueux. Ce phé- nomène, qui se manifeste ainsi dans les grandes et gigantesques expériences de i'univers, se trouve néanmoins fortement infirmé dans nos recherches de laiDoratoire et de cabinet. Soumettez des vases remplis d'eau à l'action de la lumière, et au bout de quel- ques jours , variant d!,'iprès les circonstances plus ou moins fa- vorables, vous obtiendrez des végétaux; mais si vous croyez que ces productions vivantes, qui ne sont autres que celles que vous trouvez dans les eaux stagnantes de votre pays, vont se montrer à la surface de vos petites masses aqueuses, comme dans ces vases immenses que la nature elle-même a placés suf ce monde eu forme de mers, de lacs, d'étangs, etc., votre at- tente sera complètement trompée. Les matières organisées se montrent attachées aux parois latérales des vases, dans des en- droits déterminés, limités, qu'on peut indiquer à priori^ quand on connaît préalablement toutes les conditions modifiantes; ja- mais elles ne sont situées à la surface proprement dite de ces pe- tites masses aqueuses. Il est bien vrai que. selon la nature de ces matières, ou , pour m'exprimer plus justement, de ces êtres variés qui naissent et se développent ainsi sous l'influence des conditions que nous avons nous-même créées, les sites où ils se montrent sont plus ou moins rapprochés du niveau des liquides, et que, même pour quelques-uns d'entre eux, il serait peut-être permis de dire qu'ils occupent effectivement la surface de ces milieux; mais ces cas, infiniment rares, ne peuvent entrer en ligne de compte pour les phénomènes généraux que nous avons à constater. Je ne crois pas devoir entrer ici dans le détail des expériences connues de tous les naturalistes , et qui ont pour résultat irréfragable que les Globidines , les Palinelles, les ISavi- cules , \q% Bacillaires y les Oscillaloires , etc., naissent et se déve- loppent contre les parois des vases et non à la surface mênje des eaux. Ce résultat est général, comme on le voit, pour tout ce qui appartient au règne végétal. Nous donnerons dans un mo- ment toutes les spécialités nécessaires pour bien déterminer le comment et le pourquoi de ces choses, quand nous parlerons IV. Zoor,. — Juillet^ a 1 8 CH. MORREN. •— Iiifluencc de la lumière plus particulièrement des sites favorables dus à la lumière. Jus- qu'ici, nous n'avons dit mot des animaux. La spontanéité de leurs mouvemens, la faculté de leur locomotion, la nécessité même de leur déplacement occasioné par la recherche de leur proie, la fuite de leurs ennemis, la tendance à leur bien-être, tant de circonstances devaient sans doute apporter d'étranges modifications, des différences sans nombre d'avec ce que nous avons vu exister chez les végétaux. Ce n'est plus exclusivement la surface ou le milieu des masses aqueuses qui deviennent les sites des animaux, c'est l'un et l'autre, c'est tout le liquide; ces sites varieront , il est vrai , mais les limites de variation sont par- fois immenses , et il devient fort difficile de les déterminer, bien qu'on ne puisse douter qu'elles ne naissent réellement comme phénomène général. L'indépendance individuelle des animaux est sans contredit une des plus grandes causes qui leur permet de s'abstenir des sites circonscrits et étroitement limités comme le sont ceux des végétaux; mais cette indépendance, en raison, d'une part, de leur degré de complication organique, et de l'autre, de leur instinct, circonstances qui, réunies ensemble et favorisées par le don d'une intelligence supérieure, ont fait de l'homme l'ani- mal cosmopolite par excellence, peut se perdre dès qu'on arrive aux limites inférieures de l'échelle : on doit remarquer en outre qu'en supposant que cette faculté locomotrice se maintienne chez quelques animaux inférieurs, la petitesse de leur corps fait que l'amplitude du lieu où ils se meuvent est bien moindre que celle du séjour habituel d'animaux plus parfaits. On conçoit donc que leurs sites d'habitation se circonscrivant davantage , tombent aussi avec plus de facilité sous l'empire des agens exté- rieurs. Les influences de ces agens se feront donc vivement sen- tir sur ces mêmes êtres, et c'est aussi ce que l'observation prouve ; or , il arrive maintenant que ces êtres sont précisément ceux o^w^ l'on a cru provenir par voie de génération directe , c'est-à-dire ceux qui se sont manifestés dans nos expériences précédentes. Il devient donc urgent de poursuivre sur eux la suite de nos re- cherches. Les plus simples des animaux, ceux à qui l'on conteste même sur le développement des Infusoires. ig l'animalité , ceux que l'on croit intermédiaires entre les végé- taux et les animaux , que ceux-ci regardent comme termes de transition entre la matière active, mais inorganique, de Robert Brown, et les êtres organisés, que ceux-là considèrent comme de vrais animaux déjà très composés , mais qui paraissent simples par l'insuffisance de nos moyens investigateurs, les Monades en- fin , quand elles naissent et se développent da]is des milieux ca- pables de les nourrir, donnent bientôt lieu, par leur multipli- cation infinie , à des espèces de fausses membranes ou de tissus étendus, lintiformes, plus ou moins épais, plus ou moins denses, formés en partie de ces mêmes monades , de leurs cadavres ou de leurs simulacres, et d'une foule de substances cristallisables qui se sont séparées par l'effet dissolvant du liquide , des ma- tières, dont le séjour dans l'eau a favorisé le développement de ces mêmes monades. C'est principalement dans les fissures de ces matières inertes que les monades se plaisent à pulluler ; ces monades ne sont pas seulement celles qui pourraient encore laisser des doutes sur leur nature , comme le Monas Termo ou la Monade Principe , mais celles qui ont des espèces de pointes ou de crochets toujours antérieurs dans la natation , celles qui s'ac- couplent et se joignent très visiblement deux à deux pour se sé- parer et recommencer ensuite le même manège, en un mot, ce sont des monades sur l'animalité descjuelies aucun esprit consciencieux et sévère n'oserait élever le moindre doute (i). Or, ces monades , ces membranes, sont toujours à la surface du liquide , et cette position constante offre des relations avec l'effet de la lumière qu'il nous importe d'autant plus de connaître, que les végétaux nous font voir un phénomène précisément inverse. La surface d'un liquide reçoit non-seulement l'influence d'une lumière plus intense que la masse liquide elle-même, où les rayons lumineux sont réfractés et absorbés, mais encore les effets de l'air atmosphérique qui pèse immédiatement sur elle. Il y a donc ici deux conditions dont il faut éliminer l'une pour connaître l'autre. (i) Les Leiles recherches qucvicnt de publier M. Ehrcnberg confirment singuliùrcmenl ces prévisions. Je ferai remarquer ici que mes essais étaient couuus cuvii'uu uu au avanl les com» muuicaliuuâ de M. Ehicubyrt; , à J'Iuslilul de Frauce. a, ao cil. îMonnEN. — Influence de la lumière En outre, les monades peuvent se rendre à la surface de l'eau pour trois causes différentes : i" ou elles sont spécifiquement plus légères que l'eau; 2° ou elles en préfèrent la surface parce qu'elles y reçoivent l'influence de l'air ; 3° ou elles y sont atti- rées par l'effet de la lumière qui s'y trouve moins absorbée. D'après la nature de ces Mémoires , c'est cette dernière condi- tion qu'il faut examiner de préférence. Je pris en conséquence un vase de verre blanc, cylindrique; je le remplis d'eau jusqu'à deux pouces du limbe, et je luis au fond un morceau de viande de veau. A trois millimètres en des- sous du niveau de l'eau et sur la paroi extérieure du vase, je collai une bande de papier noir très épais , et qui ne laissait pas» ser aucun rayon lumineux ; je couvris le limbe supérieur d'une plaque métallique épaisse , mais qui reposait simplement sur le bord du verre et qui ne gênait en rien le libre afflux de l'air ex- térieur. Un autre vase , exactement le même , fut placé à côté de lui; il renfermait la même quantité d'eau et de viande, mais il n'avait ni bande de papier ni couvercle métallique, seulement une plaque de verre transparente. Les conditions étaient donc de part et d'autre les mêmes, hormis celle de la lumière. Je n'indiquerai pas ici la durée de l'expérience, ni les degrés de chaleur à son époque, ces circonstances étant inutiles pour le moment. Je dirai seulement qu'au bout de quelques jours les deux vases montrèrent une croûte ou pellicule à la surface du liquide composé de Monas ïermo (JlhiUer); 1 Monas encheloides {ici.), Colpoda cosmopolita {Bory de SaiiU-f^incenf), et de plus , de matières inertes. Cette expérience montre donc, d'une manière évidente, que ce n'est point par l'effet d'une lumière moins absorbée que se forment, à la surface des liquides, o'ù séjournent des matières animalisées, des pellicules particulières composées de certains animaux et de quelques matières inertes. Il est en effet évident que, dans le vase à bande de papier noir, les rayons qui parve- sur le développement des Infasoircs. 21 liaient en petite quantité à la surface du liquide, avaient été réfractés par la masse et absorbés en grande partie. Je fis la même expérience en faisant macérer des matières, végétales et j'obtins les mêmes effets, sauf la différence entre les animalcules développés. Ainsi il conste par ces expériences comparatives que, lorsque des masses tissulaires organisées se trouvent soumises à l'agent madéfacteur, les pellicules ou fausses membranes qui se forment à la surface et se composent des divers animaux, ne sont point provoquées à s'établir à la sur- face du liquide par l'effet d'une lumière moins absorbée , mais par l'influence de l'air, et par la liberté des animalcules eux- mêmes, comme on peut s'en assurer en opérant sur des vases privés d'air, et en comparant ce qui arrive aux animalcules quand ils ont cessé de vivre, (i) Ce résultat ne nous parait nullement extraordinaire, car nous avons déjà constaté que l'absence totale de la lumière n'entraîne pas nécessairement l'absence d'êtres organisés : ce que nous avons fait voir par des expériences directes. Il restera donc constaté que la lumière plus ou moins absorbée par les couches d'un milieu liquide où la manifestation d'ani- maux ires simples en organisation se trouve provoquée par la macération préalable de tissus organiques y n'agit en rien sur la détermination des lieux, ou des sites favorables oh ces êtres se rendent et se tiennent de préférence. Les animaux gymnogènes sont donc à l'abri de cette influence lumineuse. En est-il de même pour les végétaux cellulaires ou les cahodinées qui sont les termes correspondans dans l'échelle végétale ? Nous avons reconnu que ces végétaux étaient singulièrement influencés par des rayons plus ou moins intenses, plus ou moins clairs; voyons maintenant s'ils sont aussi sensibles aux effets d'une lumière plus ou moins absorbée. Quand un vase de verre, que je suppose cylindrique et rempli (i) D'après quelques ol)scr valions, je suis plus porlé à attribuer la présence des aninialrules à la surface du liquide , à l'cflct de leur pesanteur spécifique moindre que celle de l'eau , qu';i l'effet de r.''ir atmosphérique. 22 eu. MORHEN. — Influence de la lumière jusqu'au limbe d'eau ordinaire et bien limpide, se trouve ex- posé à l'action de la lumière sur la tablette d'une fenêtre, il reçoit d'abord une quantité de rayons qui tombent à la surface de l'eau, s'y réflécbissent en partie et en partie s'y réfractent pour passer dans la masse liquide, tandis qu'une autre quantité de rayons introduits par les parois se réfracte de même dans toute la masse liquide. Des réflexions contre les parois internes, des réfractions à travers le milieu font que les rayons se coupent et donnent lieu à des surfaces lumineuses i^catacausticjues) , qui sont les lieux des points d'intersection de tous les rayons. Ces surfaces offrent, par conséquent, une intensité et une clarté de lumière plus fortes que celles de la lumière diffuse qui les entoure, La considération de ces catacaustiques doit donc fixer d'autant plus notre attention, que c'est à leur influence qu'on doit principalement les sites favorables où les productions végétales vont se fixer. Afin de connaître séparément l'effet que pourrait avoir la lu- mière venue directement de l'air et non réfractée par les parois du verre, je couvris de papier noir, fort épais, un vase cylin- drique, dans toute sa partie supérieure; je le remplis d'eau jusqu'à une hauteur telle, que le bord inférieur du papier in- terceptait toute îa lumière qui pouvait fi'apper la surface de l'eau, et je couvris le vase d'un couvercle plat de cuivre. De cette manière, la lumière ne frappait plus la surface du liquide, qui n'était éclairée que par celle qui traversait les parois du verre. C'était au mois de juin 1828, du 10 au 18, la tempéra- ture avait varié de 16" à 25°, le soleil avait beaucoup lui dans cet intervalle. Des matières vertes s'étaient développées, et oc- cupaient la paroi interne opposée à la lumière. Un autre vase avait été placé dans les mêmes circonstances; il n'avait pas été recouvert de pnpier noir, et il lui fallut le même nombre de jours pour se couvrir, à l'endroit correspondant à celui où les matières vertes s'étaient fixées dans l'autre vase, des mêmes êtres. C'étaient les Globulina exilis; Navicula biconifera ; Oscillatoria sur le développement des Jnfusoires. 23 Il résulte donc de ces recherches comparatives que la lumière moins absorbée , qui vient directement frapper la surface de Veau dans nos vases d'expérience , na point sur les HydropJiytes ver- tes (i) qui s'y développent une influence spéciale bien marquée, et dont V effet aurait été de fixer les sites de ces êtres plutôt vers la surface de ces milieux que dans tout autre point de leur étendue. Ces expériences nous démontrent, au contraire, que si les végétaux simples recherchent, pour se développer, les endroits où le liquide reçoit une plus grande quantité de lumière et des^ rayons plus intenses ( plus chauds, car ici la chaleur entre comme cause concomitante des plus puissantes), comme cela nous est prouvé par ce que nous avons vu dans nos recherches sur l'in- tensité et la clarté, c'est principalement et même uniquement dans les circonstances ordinaires aux influences de la lumière réfractée et absorbée, dont les rayons ont formé des catacaus- tiques, que se déterminent les sites d'habitation de ces végé- taux. En effet, on sait que, dans ces cas, la catacaustique s'étend principalement entre l'axe du cylindre et ses génératrices op- posées à la lumière immergente, et c'est aussi contre les parois opposées à cette direction que les matières organisées végétales se fixent dans ces vases. L'action de la lumière est même telle que si l'on retourne le vase après que les Glohulines , \<è,?>Navi- cules , les Oscillatoires , les Cjstodielles se sont fixées contre les parois dans une étendue donnée, de manière que cette étendue verdie se trouve recevoir alors l'influence des rayons immédia- tement après leur réfraction à travers le verre, et sans qu'ils aient traversé l'eau, on voit, au bout d'un certain temps, tous ces corps se détacher de leurs points d'adhérence et venir se ranger le long des parois opposées, c'est-à-dire sur celles qui se trouvaient placées dans les mêmes circonstances que celles qui présidèrent à leur premier développement. C'est au célèbre Treviranus que l'on doit cette belle observation. Cependant cette invariabilité dans la position des sites d'ha- (i) On verra, après avoir lu tout ce mémoire , pourquoi je fais ici la dislinclion des Hydro» phytcs vertes d'avec celles qui ont d'autres couleurs. 24 CH. MORKEJV. '— liifluence de la lumière bitation qu'affectent ainsi les Hydrophytes inférieures, est-elle si constante qu'on ne puisse jamais les y voir déroger? Il est évident que les végétaux cellulaires ne vont se fixer ainsi sur la paroi opposée à la direction des rayons immergens , que parce qu'elle est le lieu solide le plus proche de la catacaustique for- mée, et c'est ce que nous prouverons bientôt. Or, il est juste d'observer à cet égard que si le diamètre du cylindre où l'on fait ces expériences augmentait tellement que sa quantité d'eau suf- firait pour affaiblir considérablement l'intensité des rayons en absorbant la lumière, et pour diminuer par la suite î'mtensité lumineuse des catacaustiques , il est probable qu'alors les végé- taux n'iraient plus se loger de préférence le long des parois op- posées à la direction des rayons immergens , mais bien sur celles qui reçoivent directement l'influence du fluide lumineux. En effet, les productions végétales vertes ne se fixent sur ces parois que parce qu'elles offrent la base solide de sustentation la plus proche du lieu le plus éclairé et le plus échauffé, ces produc- tions étant par leur structure dans l'impossibilité de séjourner dans le milieu même de la masse aqueuse , comme peuvent le faire quelques Arthrodiées flottantes. C'est donc à l'influence de la catacaustique qu'on doit ce site d'habitation. Si maintenant , par une cause quelconque, cette même catacaustique ne com- portait plus que des rayons plus faibles en intensité lumineuse que ceux dont se trouve frappée l'eau immédiatement derrière les parois qui reçoivent directement la lumière, son influence cesserait, et ce serait sur les parois opposées qu'iraient se fixer alors les végétaux développés. L'affaiblissement de la lumière qui forme la catacaustique peut se provoquer de deux manières, soit en éclairant le vase d'une lumière très peu intense , soit en augmentant le volume de l'eau pour que les rayons puissent s'absorber suffisamment. Or, nous allons voir que ces deux con- ditions comportent des effets différens. Des vases cylindriques de verre , de quelques lignes de dia- mètre jusqu'à ceux de quatre pouces, m'ont constamment mon- tré des matières vertes^, développées sur la paroi opposée à la direction des ravons iramcrsens. Au-delà de cette diiiiciibion , c'est-à-dire dans les vases de cinq à six pouces de diamètre, les sur le développement des Injusoires. 2 5 matières vertes se fixaient en partie contre celle qui en était di- rectement frappée, les parois latérales en manquant »:out-à-fait. Dès que les vases avaient plus de six pouces, et quand la lumière elle-même était assez forte, je ne vis plus de matières vertes revêtir la paroi opposée aux rayons lumineux, bien que celle qui les recevait immédiatement en montrât. C'est donc vers ce terme que l'influence des catacaustiques devient nulle. Il est évident que ces recherches nous donnent la nature de l'influence de X absorption de la lumière dans les milieux liquides, et nous voyons que celte observation est la cause prochaine du déplacement des Hydrophytes ; il paraît même que l'absorption de la lumière , comme son intensité et sa clarté , excitait dans ces êtres vivans une espèce d'attraction qui les entraîne peu-à- peu dans certains lieux où ces trois qualités de lumière s'accor- dent avec l'oreanisation et les fonctions de ces végétaux. Remar- quons encore que l'absorption de la lumière agit précisément à l'inverse de l'intensité et de la clarté , car on elle augmente , la complication dans les organismes diminue, tandis que cette complication augmente où l'intensité et la clarté augmentent de même. On peut le prouver directement par expérience. Je pris en effet un vase de verre de six pouces de diamètre, et l'ayant rempli d'eau , je l'exposai à la lumière du soleil sur la tablette de ma fenêtre, pendant les mois de mars, avril et juin 1828. Le thermomètre marqua de 9° à 26". Après cette époque , le vase montra deux lignes de matières vertes, l'une en avant, l'autre en arrière. Cette dernière était pâle, peu fournie; l'autre, au contraire, très intense, très épaisse. Je crus d'abord que l'une ne différait de l'autre que par la quantité des êtres composant les taches ou lignes vertes; je prévoyais seulement une différence dans le développement numérique des flores de ces jardins microscopiques , et non dans le nombre de leurs es- pèces ; mais quel fut mon étonnement de voir que la couche postérieure se composait exclusivement de GlohuUna Termo , Globulina exilis , tandis que l'antérieure montrait les Globulina Termo ; Globulina exilis; 26 cil. MOKREN. — Iiifluence de la lumière Bacillaria glauca ; Navicula tripunctata ( Bory de Saint-Vincent ) ; Navicula biconifera ; Cystodiella elegans; Anabaina ; Oscillatoria ; de plus, certains animalcules infusoires. Cette grande différence de composition ne peut être attribuée qu'à la seule modification provenant de l'absorption des rayons lumineux par l'eau. D'une part, c'est-à-dire en avant, la lumière n'était presque pas absor- bée; de l'autre, c'est-à-dire en arrière, elle l'était beaucoup. On conçoit d'ailleurs facilement que l'effet de l'absorption étant de rendre les rayons moins intenses, c'est à la perte de l'intensité que l'on doit la diminution dans la complication organique des êtres qui se manifestent, ou mieux dans le nombre de ces êtres mêmes. Nous concluons donc de ces observations, que la lumière ^ clans son influence sur la détermination des sites d'habitation favorables au déi^eloppement des Hjdrophytes inférieures y agit d'une manière d'autant plus propice, qu'elle est moins ab' sorbée par les couches aqueuses } ce qui parait dépendre du de- gré d'intensité que ses rayons peuvent conserver; Que plus la lumière est absorbée, ou ce qui revient au même, plus les couches d'eau que ce fluide doit traverser sont puissan- tes y plus les végétaux dont elle favorise le développement sont simples en structure) et vice versa ; ce qui explique les varia- tions du développement numérique des individus et des es- pèces, et le degré de complication organique de chacune d'elles, la composition des flores de nos vases d'expérimentation, comme de celles des lacs coniques ou des étangs qui se trouvent sur le globe. Revenons maintenant au second point que nous avons à prouver, c'est-à-dire que l'affaiblissement de l'intensité lumi- neuse de la catacaustique, provoqué par l'affaiblissement de la lumière elle-même et non par l'absorption de ses rayons dans l'eau, amènera des variations singulières dans le placement des sites favorables où les êtres oi-ganisés se développent. 'sur le dêi^eloppemcnt des In/iisoires. 27 Pour cela, rappeîons-noiis que clans l'expérience précédente, les Hydrophytes occupaient deux stries opposées sur les parois de nos vases. La condition d'éclairement où je mis un autre vase fut la sui- vante : C'était dans un coin de la chambre, du côté d'une fenêtre couverte de rideaux et dans un lieu suffisamment obscur. Les parois des pans de mur, qui formaient un angle dièdre, réflé- chissaient peu de lumière , et si le vase était encore suffisam- ment éclairé pour permettre le développement de quelques vé- gétaux, les catacaustiques y étaient à peine appréciables. 3e fis six fois cette expérience dans le courant de plusieurs années, et j'eus toujours le même résultat. C'était une membrane verlQ qui tapissait toute l'étendue antérieure des vases, sans montrer plus d'épaisseur d'un côté que de l'autre, quand elle était bien dé- veloppée et suffisamment âgée. Dans toutes les circonstances , nous avons remarqué que cet effet s'obtenait plus tôt et d'une manière plus décidée , quand parmi les végétaux s'était dévelop- pée une Oscillatoire d'un beau vert de mer , que je crois être Y Oscillatoria/bîitîjialis cVAgarclh. En secouant légèrement le vase, on pouvait détacher la membrane et l'enlever comme un beau réseau cylindrique, ondoyant avec beaucoup d'élégance dans la masse aqueuse. La manière dont ce tissu ou ce treillage se forme est même fort curieuse en ce qu'elle prouve un singulier mode d'allongement sériai dans les filets articulés de l'Oscillatoire. On voit des fils verts se prolonger d'abord dans un sens, puis dans un autre ; d'autres fils entrecoupent les premiers en suivant le pourtour du vase, à-peu-près comme les ai'aignées disposent la trame de leur toile. Peu-à-peu les intervalles se comblent, et les globulines et autres productions végétales qui se développent , s'arrêtent, se fixent entre les mailles, et constituent ainsi un tissu fort serré, capable quelquefois d'être transvasé sans se briser. Il résulte évideniment de celte observation que , lorsque la lumière réfractée dans un liquide est sensiblement de la même intensité partout, les productions végétales se développent aussi partout où il y a une base solide de sustentation. Cette expé- rience nous convainct encore de ce fait, que c'est seulement à s8 en. MoniiEJv. — hijluence de la lumière l'influence de la catacaustique qui existe dans les vases éclairés, qu'on doit la présence dans certains lieux des êtres organisés qui se concentrent le plus près possible de ces surfaces lumineuses; tandis que là où ces surfaces n'existent pas ou n'existent que faiblement, les matières vivantes prennent leur séjour indépen- damment de l'influence des rayons lumineux. Pour m'assurer encore davantage de la vérité de cette asser- tion, je tentai une expérience qui se trouve tout indiquée dans les recherches précédentes , mais qui valait pourtant la peine d'être essayée. Nous avons vu que dans les vases de moins de cinq pouces de diamètre, les végétaux se développent sur la paroi opposée aux rayons immergens, et cela par un effet direct de la catacaustique formée. Cependant celte surface lu- mineuse s'étend principalement entre cette paroi et l'axe du cy- lindre; il est donc naturel de se demander pourquoi les Hydro- phytes ne se tiennent pas sur cette surface, et pourquoi elles se collent aux parois. Le motif de ce déplacement se présume de suite de la nécessité où sont les productions organisées d'avoir une base solide de sustentation. Qu'arriverait-il donc si l'on fai- sait passer une telle base par la catacaustique, ou au moins par celles de ses parties qui sont le plus fortement lumineuses ? D'a- près ce principe, je préparai un vase cylindrique dans lequel descendait une tige de verre entre l'axe et la génératrice du cy- lindre, opposée à la direction de la lumière, précisément dans l'endroit où la catacaustique offre un point multiple ou un point de rebroussement (d'après la forme de la catacaustique); ce point est celui de plus forte lumière. Je fis l'expérience au mois de juin 1828, et je la répétai, l'hiver de 1829 à i83o, dans les serres chaudes du Jardin Botanique de Bruxelles. (1) Dans la première , il fallait onze jours pour obtenir un effet positif; le thermomètre avait varié de i5oà aô"- Dans la seconde, il fallait un mois entier, les variations de température ayant os- cillé autour de 22° (différences de résultat qui suffisent déjà (x) Je (lois à la complaisance de M. Drapiez d'avoir pu faire à celte époque quelques-unes de mes expériences sur la génération directe dans les serres de ce jardiu, cxirùmcmeut favo- rables à ces sortes de recherches par leur bonne disposition. sur le développement des Infusoires. an pour constater l'influence des saisons). A ces deux époques, il y avait de la matière verte, mais uniquement sur les tigelles de verre , les parois des vases en étant totalement privées. Il faut remarquer pourtant que si Ton employait un tube troué (fistu- leux) au lieu d'une tigelle solide, on trouverait sur le fond du vase, vis-à-vis de l'ouverture inférieure du lube, une certaine quan- tité de matièie verte, ce qui provient d'une cause toute parti- culière que nous avons énoncée dans notre essai de Biozoogénie générale, page 28. Nous avons remarqué en outre que nos ti- gelles de verre n'étaient couvertes de matières vertes que vers le bas et seulement d'un côté : deux circonstances dont il importe de connaître les causes. Dans la suite de nos recherches, il nous est souvent arrivé de reconnaître que les matières vertes ne se développent que pour autant qu'elles sont recouvertes de couches liquides d'une épaisseur assez grande. Ainsi dans les fioles ordinaires qui ont un cône intérieur, la masse aqueuse, étant fort petite autour de la base de ce cône , ne présente d'autres matières vertes que celles qui sont tombées au fond de l'eau, et jamais ces matières n'y sont adhérentes. Du reste, on remarquera que nous n'entendons pas parler ici de toutes les espèces de matiè- res vertes, le vert des murailles humides présentant, par exem- ple, une tout autre condition d'existence; mais ce que nous disons ici est vrai pour la plupart des Hydrophytes. On conçoit d'après cela pourquoi ces corps organisés ne se sont développés que vers le bas de nos tigelles : c'est que là seulement elles étaient plongées à la profondeur qui leur convenait. Les matières vertes n'étaient en outre disposées que d'un côté des tigelles. A priori^ on jugerait que ce côté devrait être celui qui regarde la lumière, et c'est précisément l'inverse; c'est le côté opposé à la direction des rayons lumineux, et cela se conçoit, si l'on songe que la catacaustique est formée par les intersections des rayons réfléchis par la paroi interne du vase opjjoséc au côté d'où vient la lumière. C'est donc sur la face de la tige où arrivent et se concentrent ces rayons pour former la ligne lumineuse que la tigelle reçoit, que se trouve la lumière 3o CH. MORREN. — Injluence de la lumière la plus intense, et par suite le site le plus favorable aux Hydro- pliytes qui se développent. J'ai fait plusieurs fois des essais avec des plaques de verre que je posais verticalement dans les vases, en les faisant passer par les lieux de plus forte lumière; mais, soit que des réflexions particulières vinssent déranger l'effet des rayons qui formaient les catacaustiques, soit que la lumière fut trop absorbée par l'épaisseur de ces lames, je n'obtins que des effets incertains , douteux, quelquefois contraires à ceux que nous ont offerts les tigelles, et quelquefois tout-à-fait conformes. Dans tous les cas, ce gont toujours des Globulines et des Na- vicules qui se sont développées ainsi, et sur qui portent en dé- finitive les résultats que nous avons énoncés. Il résulte de ces expériences plusieurs conséquences immé- diates qui nous paraissent dignes d'être notées : en effet, nous voyons par elles que les sites favorables au développement des Hydropliytes inférieures{sites d'élections) sont ceux où arrive et se concentre la plus grande quantité de lumière y chaque fois que dans ces lieux de concentration se trouvent des bases so' lides de sustentatio?i capables de recevoir et de fixer les produc- tions développées } Si ces bases solides de sustentation manquent dans ces en- droits et ne se trouvent que plus loin dans les masses liquides ^ les productions végétales iront toujours se loger sur les bases solides les plus proches des lieux de plus grande lumière. D'où il suit qu'à toutes conditions égales et dans les cir- constances les moins contraires, les sites favorables au bien- être des végétaux cellulaires développés dans les milieux aqueux, sont précisément les surfaces brillantes ou les cata- causticptes formées dansées milieux par le lieu des points d'in- tersection des rayons solaires réfractés par le liquide et réfléchis par les parois des vases. Or, nous avons vu plus haut que , pour les animaux proto- gènes, rien de semblable n'existe; aussi la loi pour la détermi- nation de leurs sites d'habitation est tout-à-fait différente. Avant de terminer ainsi l'énoncé des lois qui président h la formation des sites favorables au développement des êtres or- sur le développement des Infusoires. 3 r ganisés inférieurs, de l'une et de l'autre échelle, il nous paraît nécessaire de faire connaître un cas particulier, d'autant plus remarquable que, portant sur une production végétale fort sin- gulière, il ne fait cependant que répéter ce que nous avons vu arriver pour lés animaux protogènes. Ceux-ci, avons-nous dit, quand ils se développent, et que leur propagation se trouve fa- vorablement influencée par la macération de quelque matière organisée, occupent constamment la surface du liquide, et y donnent naissance à une fausse membrane. Celte position à la superficie n'est point, comme nous l'avons prouvé, en relation avec la lumière , qui n'a point d'influence sur elle. Au contraire, quand des Globulines et d'autres végétaux cellulaires se déve- loppent dans les milieux aqueux, ils ne séjournent pas à leur surface, unais dans les lieux de plus grande lumière, ou dans ceux qui en sont le plus proches. Ainsi l'influence de la lumière se montre ici avec une grande énergie, tandis qu'elle est nulle sur les animaux. Or, il est des êtres qui sont soumis à ces deux conditions, car ils se développent d'abord à la surface du li- quide, et cela par un pur effet de la lumière, et puis s'en vont, à une certaine époque de leur vie, dans l'intérieur du liquide, chercher le lieu le plus favorisé par l'action de la lumière , pour s'y fixer s'il est possible, c'est-k-dire s'il se trouve là quelque base solide de sustentation. Ces êtres compatissent donc à la condi- tion animale d'une part, à la condition végétale de l'autre, et ces effets sont d'autant plus curieux à connaître, qu'il entre dans les opinions de quelques naturalistes d'admettre un règne mixte ou des êtres qui, d'animaux qu'ils sont, deviennent des plantes, pour donner ensuite naissance à des propagules ani- mées, ou, comme ils les appellent, des Zoocarpes. Ces recher- ches portent sin* une Palmella d'un très beau rouge, que j'ai cru devoir rapporter dans un mémoire précédent, mais avec doute, à \a Palmella alpicola de Lyngbye(i), mais qui pourrait bien être, à ce que j'ai vu depuis , ime variété du P/otococcwA' (i) llydrophylolojjia Jaiiica. — Le mémoire où j'ai examiné la propagation décolle espèce est intitulé ; Veiliandcling vvcr de blaasjes van lict planlaartiig Cel^vys en de ontlasting van deelen ult de zelve. Il est inséré daos'le nijdragcn toi de natuurkundigc wetcnschappcn Decl y. Tti" ïf le seul jouruul d'histuiru iiultirelie qui se publiait dans rancicu royaume des Pays-Bas. 32 CH. MORREN. — Infliience de la lumière nwalis d'Agarclh , sur laquelle ou possède une bonne monogra- phie de M. Greville (i). Comme je crois que le caractère donné comme différenciel entre les Palmella et les Protococcus n'est que le résultat mécanique de leur milieu d'habitation , je ne dé- ciderai pas ici la question des identités, et je crois devoir en agir de la sorte avec d'autant plus de raison , que la question des espèces ne fait rien aux effets physiologiques que nous avons à constater ici. Parmi les vases sur lesquels j'expérimentais dans ces der- nières années, il y en eut plusieurs qui, exposés pendant des étés entiers à l'action de la lumière et au libre renouvellement de l'air, montrèrent constamment, dans l'nrrière-saison , des cercles concentriques rouges vers le niveau de l'eau. La concen- tricité des cercles dépendait de ce que j'étais obligé d'ajouter de nouvelles portions de liquide à mesure qu'elles s'évaporaient, car je vis bientôt que les productions rouges se détachaient im- parfaitement pour se transporter au niveau même de l'eau, sé- jour qu'elles préféraient visiblement. Je conclus de ces remar- ques que ces êtres organisés ne pouvaient vivre qu'à la suDer- ficie des eaux. Examinée au microscope, cette matière rouge était uniquement composée de gros grains d'une belle couleur de pourpre, et ces grains n'étaient eux-mêmes que des agglomé- rations sphériques d'autres granules plus petits; chacune de ces agglomérations se trouvait entourée d'une couche striée de mu- no eus dont j'ai expliqué ailleurs la nature et l'origine (a). Chaque (i) Some acconnt of iherecl snow of the artic régions (Protococcus iiivalis) Z^' /îoic;'^ À'aje Greville. Extrac tedfrom the scolish crjptogaiiùc flora ,formaj iSiG. C'est celte production végétale qui est du plus beau cramoisi, qui colore en rouge la neige de certains pays. Elle naît spontanément chez moi, dans ma chambre à coucher, depuis 1826 ;au mois d'octobre, j'ai tou- jours quelques verres d'eau qui en sont fortement colorés. On se rappelle qu'à Bruges, il y a quelques années, on vit tomber une assez grande quantité de neige rouge. (2) Voyez pour .les détails sur cette plante le mémoire an Bij dragen cité plus haut, et le mémoire sur un végétal mici'oscopique d'un nouveau genre, proposé sous le nom de Crucigénîe, et sur un instrument que l'auteur nomme Microsoler ou conservateur de petites choses. (A. des scienc. nat. août iS3o.) Enfin j'ai publié les figures de cette Palmelle dans mon Mémoire sur les vibrions lamellinaires (Gand. Messager des se. iS3o) , et dans le résumé de ces essais lu à l'Institut. M. De Candolle, dans le 2« vol. de sa Physiologie végétale , a parlé des cercles concenlrifjues de ce mucus dont je fais mention ici. sur le développement des Infusoires. 35 granule devient lui-même un des gros grains ou une vésicule- mère, comme le dit M. Turpin dans ses travaux micrographi- ques; seulement la membrane enveloppante, si visible dans la jeunesse des grains, disparaît à leur âge adulte, parce qu'elle se résout en mucus et s'imbibe de plus en plus d'eau; ce qui fait qu'on ne voit pas autour de ces grains des cupules, et dans le mucus, d'autres cupules abandonnées, comme en a figuré M. Greville pour le Protococcus nivalis. Il arrive un temps de l'année, variable d'après l'état de la plante, de la température et de l'intensité de la lumière, où les granules de ces Protococcus ou Palmelles se meuvent avec une étrange vélocité. Il paraît, en effet, que, par suite de leur déve- loppement et des circonstances, il s'établit, entre la matière vitrée (siliceuse) de leur enveloppe et la matière résinoïde de leur parenchyme intérieur, une réaction électrique tellement forte, que l'eau se charge de ce fluide et en donne des signes visibles, absolument comme dans les expériences de M. Pouillet sur l'électricité qui se dégage des plantes, quand elles sont en pleine végétation. La suite de ce dégagement d'électricité est de décolorer les granules de la couche de mucus, et de les pousser au-deliors par la répulsion qu'ils exercent mutuellement sur eux, comme le feraient des piles chargées d^une électricité de même nature. A peine libres, ils se meuvent bientôt dans le milieu liquide, en tournoyant sur eux-mêmes comme les petits morceaux de camphre qu'on pose STir l'eau, et ces mouvemens ne cessent que lorsque le dégagement du fluide électrique di- minue. En effet, la force électromotrice s'exerce quand deux substances hétérogènes sont en présence, en contact; et dans les plantes, comme on le sait, le grand acte de la respiration, qni se fait au détriment de l'acide carbonique qu'elles décom- posent, amène encore un grand dégagement de fluide électrique. Or, ces végétaux aquatiques exercent leur respiration avec le plus d'énergie sous l'influence des rayons solaires directs, et alors aussi dc'gagent le plus d'électricité. Aussi, comme leur mouvement n'a pas d'autres causes que la perte de ce fluide et son renouvellement instantané, c'est sous l'action directe des rayons solaires qu'on le voit se mouvoir avec le plus de force, IV. Zooi. — Juillet, 3 54 CH. M0URE>^ — Influence de la lumière La nuit, leur mouvement cesse. Il est inutile de dire, après ces explications, que, pour moi du moins, les Palmelles ne sont et ne sauraient être ni des Zoocarpes ni des Psychodiaires. Or, ce qu'il faut remarquer maintenant de très singulier dans ces phénomènes, c'est qu'à mesure que ces grains se dégagent du mucus, et acquièrent le pouvoir locomoteur, leur coloration change peu-à-peu. D'abord quelques granules deviennent verts , puis le grain lui-même fait voir un segment de cette couleur. Enfin , il est bientôt envahi lui-même tout entier, et d'une Pal- melle rouge que nous avions en octobre, nous avons en juin et juillet une Palmelle verte. C'est ce que j'ai obtenu plusieurs fois de suite, en expérimentant avec le microsoter que j'ai fait con- naître. Ces détails devaient être exposés pour l'intelligence de ce qui va suivre. Je viens en effet à mon sujet. Rappelons-nous deux faits : les Palmelles à l'état rouge habilent la surface de l'eau; à l'état vert, elles occupent l'intérieur des masses aqueuses et les parois profondes des vases. Remarquons, en outre, qu'à l'état rouge elles sont fixes, iminobiles, telles que personne ne leur refuse le nom de végétal; qu'à l'état vert, elles sont mobiles, et telles que quelques auteurs les prennent pour des animaux. Enfin, faisons observer que si nous avons constaté que les animaux gymnogènes habitent depiéférence la surface de l'eau, sans être influencés parla lumière, et que les hydro- phytes inférieures séjournent, au contraire, dans l'intérieur des milieux aqueux, parce que l'intensité lumineuse de certains catacaustiques les y attire, c'est précisément pour nos Palmelles un ordre inverse. Quand elles réalisent le mieux les conditions qu'on attribue le plus communément au végétal (l'immobilité), elles sont à la surface de l'eau; tandis que, lorsqu'on leur re- connaît la condition essentiellement dévolue à l'animal (la mo- bilité), elles habitent alors l'intérieur des masses aqueuses. Or, il est probable qu'ici c'est la coloration qui joue le plus grand rôle, et par cela même, la lumière; c'est celte influence qu'il faut déterminer. A cet effet, je fis pour les Palmelles ce que j'avais fait pour les animalcules; je couvris d'un papier noir toute la surlace sur le développement des Infusoires. 35 externe du vase, qui se trouvait au-dessous du niveau du liquide, et même jusqu'à 5 millimètres au-dessous de ce niveau. L'expé- rience se faisait aux mois de décembre, janvier et février, dans une chambre chauffée. A cette saison, pas le moindre mouve- ment ne se manifeste chez nos Palmelles, et l'immobilité, alors complète, coïncide avec l'état de la plus belle coloration en. roui^e; chaque grain est alors d un pourpre magnifique. Au bout de trois mois, j'examinai mes vases, les cercles existaient encore. J'avais eu soin de maintenir le niveau de l'eau toujours à la même hauteur, je ne vis aucun nouveau cercle, mais ceux qui existaient encore, au lieu d'être d'un beau rouge, étaient d'un blanc grisâtre. Au microscope, je ne vis plus que des momies de grains, les unes difformes, les autres encore sphériques. Je reconnus clairement que les Palmelles étaient étiolées , mortes. Cette expérience est donc décisive, car dans les vases tout- à-fait éclairés, placés à côté, les cercles rouges continuaient à se montrer. Il est évident, d'après cela, i° que les Palmelles rouées et habitant la superficie. des eaux, où elles reçoivent l'in- fluence d'une lumière peu ou point absorbée, meurent quand on les prive de l'influence de cette lumière; 2° que la lumière absorbée et faible, qu'elles reçoivent par la masse inférieure du. liquide, leur ôte la couleur rouge, et les prive de la faculté de devenir vertes, comme lorsqu'elles subissent le cours ordinaire de la nature, en même temps qu'elle ne peut les exciter à des- cendre plus bas dans la masse liquide, leur site d'habitation, etc. On voit clairement par ceci que, puisque l'absorption de la lumière joue ici le plus grand rôle, les Palmelles rentrent vrai- ment sous la condition végétale , qui est de subir vivement l'in- fluence de cette absorption. J'étais curieux de savoir ce qui arriverait à mes Palmelles si je répétais la même expérience sur celles qui se mouvaient déjà, et surtout sous l'influence d'un soleil plus chaud. J'attendis donc les mois de mai, juin', juillet, époques où les cercles rouges commencent à disparaître, tandis que leurs élémens, les gra- nules, se mettent à voyager dans toute la masse liquide, en même temps qu'ils quittent leur robe hibernale de pourpre. Je couvris donc d'un papier noir la partie supérieure d'un vase^ 3. 56 en. MOEREN. — Influencé de ta ÏUfmére où je commençais à voir ces singuliers changemens, de maniéfê à ne laisser arriver à la surface de l'eau que le peu de lumière réfractée par les couches du liquide. Au bout de huit jours, le thermomètre avait varié de 20° à 26*^. Je ne vis plus de cercles Lien formés, mais quelques traces faibles de matières muqueuses, pénétrées de quelques granules mal développés ou morts. Mars dans le liquide inférieur nageait un grand nombre de granules hbres, les uns d'un rouge orangé, les autres moitié rouges, moi- tié verts, ceux-ci un peu jaunes, ceux-là tout- à-fait verts. Tous 3e devinrent après quelques semaines, et alors on apercevait des amas, précisément au-dessous des limites du papier noir ou sur la paroi opposée à la direction des rayons immergens. Ils remplissent donc toutes les conditions que nous avons reconnu propres aux Hydrophytes ordinaires. Il nous paraît donc très avéré que, malgré leur faculté loco- motrice momentanée, dont nous avons d'ailleurs expliqué la cause, les Palmelles n'abjurent jamais leur nature végétale et ne cessent d'obéir aux conditions de lumière, qui ont une toute- puissance sur les végétaux. Ces expériences peuvent donner lieu à quelques réflexions générales. On peut, en effet, regarder les cercles des Palmelles rouges comme des commencemens ou des rudimens des mem- branes végétales superficielles , analogues à celles que nous avons vu se composer exclusivement d'animaux. Nous avons reconnu que ces dernières viennent se former à la surface des eaux d'in- fusion, indépendamment du fluide lumineux. Nous voyons, au contraire, que les membranes végétales sont sous la dépendance hnmédiate du fluide lumineux, et de nos recherches nous con- cluons, en thèse générale : Que la lumière plus ou moins absorbée par les couches d'un milieu aqueux , à la surface duquel vivent des végétaux de la plus grande simplicité y agit puissamment sur ces corps orga- nisés, et détermine même leurs sites d'habitation, aupoint que, si la lumière ne frappe plus ou ne frappe que faiblement cette Mirface , elle devient impropre à nourrir ces êtres. Nous ferons encore une autre observation : > Quand un çégéial cellulaire fort simple se troupe coloré au- sur te déi^eîoppement des Infusât res. 87 tterhent qu'en vert , et qu'il habite j par la raison que nous venons d'assigner, la superficie des eaux , si la production pé-^ gétale peut i>ivre un certain temps en dehors des limites de cette superficie, en même temps qu'elle se colore en vert , le retour de la coloration primitive devient impossible , si la lumière a cessé d'éclairer, et d'influencer, par conséquent yle n iveau de' V eau , phénomène de coloration qui paraît en rapport avec le peu d'intensité que perdent les rayons lumineux , à la suif ace du liqidde qui ne les absorbe presque pas. Enfin le retour a la coloration première étant rendu impossible par les circonstances y il faut que l'être meure à la suite de ces mutations dans l'état des agens extérieurs nécessaires à la i^ie. Quelques vérités générales découlent naturellement des con-^ ditions que nous venons d'admettre. Les sites d'habitation propres* aux êtres organisés varient d'après les règnes auxquels ils appar-- tiennent, et, bien que l'agent principal qui détermine la position, de ces sites soit la lumière, nous voyons pourtant les animaux se soustraire en quelque sorte à son influence, tandis que les végétaux la subissent tout entière. Sur ces derniers, les rayons Jumineux ont une action si puissante, parce qu'elle se lie au plus important des actes physiologiques de la végétation, la respira-- tion des gaz. Nous avons fait voir, en outre, que si jusqu'ici on; énumérait le fluide lumineux parmi les agens extérieurs quû exercent si fortement leur action sur la vie, on ne savait pas^ néanmoins quelles étaient celles des qualités de ce fluide dont les effets se fissent le plus énergiquement sentir. Pour nous,.- nous reconnaissons maintenant que le fluide lumineux agit prin- cipalement par son intensité, sa clarté et son absorption. Ces^" trois qualités, quand elles varient, font varier aussi les orga- nismes qui se développent sous leur influence. Le nombre et le; degré de complication organique des espèces vivantes, ainsi que la quantité des individus de chacune d'elles, sont en rap- port avec l'intensité et la clarté de la lumière, et varient en raison directe de ces influences. Au contraire, le développement- dans le nombre des individus, dans celui des espèces et de leur degré de complication, est en rapport inverse de l'absorption d«s rayons lumineux, et l'on reconnaît en outre qu'il existe entre 38 CH. MORREN. — Influenee de la lumière l'absorption de la lumière réfractée et la coloration des végé- taux une relation intime. D'une autre part, comme la coloration est en elle-même un effet concomitant d'autres phénomènes physiologiques, parmi lesquels nous avons reconnu le pouvoir locomoteur, que des espèces peuvent momentanément acquérir, nous devons faire re- marquer encore que les propriétés de la lumière deviennent les causes provocatrices de ces phénomènes, et par suite d'un chan- gement d'état dans les êtres organisés. Ce changement est dans la biologie d'une telle importance, qu'il a fait transporter dans les ouvrages classiques des êtres vivans d'un règne dans l'autre, ou qu'il a fait créer un règne mixte. Or, dans tous les cas, on conçoit que, si ces êtres sont définitivement des animaux ou des végétaux, le règne intermédiaire devient inutile, et, s'ils sont effectivement des organismes qui participent des fonctions de l'un et de l'autre règne, il devient au moins fort important de déterminer entre deux limites la puissance qu'ont sur eux les influences des agens extérieurs. C'est à quoi tendent nos re- cherches, et nous ferons remarquer ici que toutes les conditions assignées par les auteurs aux agens physiques pour que leur conflit puisse déterminer l'existence de la vie, sont précisément celles qui, lorsqu'on les examine séparément, et dans toutes les variations dont chacune d'elles est susceptible, deviennent de simples conditions de conservation, de sorte que ce que les auteurs voulaient établir reste précisément à prouver; il est clair, en effet, que si un ensemble d'agens extérieurs et actifs sont les conditions essentiellement nécessaires au maintien de la :vie, il faudra bien qu'une autre condition s'ajoute aux premières pour provoquer l'existence de la vie. Sans cette clause, l'opinion us. Je ferai connaître à quel Rhinocéros appartiennent ces mo- laires : les 2^, 3^ et 4" molaires supérieures d'un crâne de Rhino- céros fossile que je possède, présentent ce bourrelet parfaite- ment caractérisé, pi. 2, fîg. 3 ; mais j'ignore encore si ce Rhino- céros dont les molaires ressemblent tant à celles du Bicorne du Cap , est ou non privé d'incisives comme l'est ce dernier. CSmaroL.'-' llhinocéros fossiles. 4^ Avec ces molaires supérieures d'Avaray se trouvait une mo-"^ laire inférieure portant, au côté interne du 2« croissant, un crochet, que l'on ne connaissait pas dans les molaires inférieu- res des autres espèces, et qu'à cause de cela Cuvier a encore rapportée au Rhinocéros incish'us. Je montrerai également que cette molaire inférieure, attribuée à Xincish'uSy appartient au tichorhinus ; du moins, les molaires de ma mâchoire inférieure du tichorhinus^n\. 3, fîg. i, présentent- elles un caractère analogue. Parvenu à la publication du tome v des Recherches, Cuvier annonce qu'il a reçu de M. Schleyermacher un très beau dessin d'une léte entière, et le modèle peint d'une mâchoire inférieure de ce Rhinocéros incishus, trouvé avec d'autres os de Rhinocé- ros dans une sablonnière à Eppelsheim , dans la partie des états du grand-duc de liesse, qui est à la gauche du Rhin; il pense avec raison que cette tète , vue alors pour la première foij, se rappro- che de celle du Bicorne de Sumatra plus que d'aucune autre, mais qu'elle en est spécifiquement différente (r). Il n'en donne •d'ailleurs ni le dessin ni les dimensions, et sa description, très exacte, quoique très courte, n'est faite que dans le sens d'une comparaison très habilement suivie à la vérité avec la tête du Ricorne de Sumatra, mais dans laquelle il n'est nullement ques- tion des rapports ou des différences qui pourraient exister entre cette tête et celles du tichorhinus et du leptorhinus ^ dont les caractères sont décrits et discutés ailleurs, avec tout le talent • propre au plus grand observateur de notre époque (2); bien plus, le point essentiel de la question, celui qui seul eiit pu montrer que cette tête appartient à un Rhinocéros incisivus , est (i) Nous verrons plus tard que, lorsque Cuvier annonçait cette découverte, il avait déj'i puhlit-, sans s'en douter, la figure d'un crâne tout pareil à celui de M. Schleyermaclier, et qu'ici encore il a été induit en erreur par ua dessin exact daus les formes générales, mais in- complet dans les détails. Mieux placé que lui pour cet oiiji't, j'ai pu consulter l'original de ce dessin, fig. 3o, et je me suis convaincu que ce crâne, rapporte, dans les additions du tom. iv, au licliorliinus, provient de l'espèce de M. Schleyermacher. (a) Tout en reconnaissant que le leptorlùnus n'cxisie pas, il faut reconnaître que Cuvier en a parfaitement décrit et comparé les caraclcres tels qu'ils se tryuvem dans le dcssiu qui lui a été transmis. IV. Zooi,. Ju'ilUt.. ' L 5o CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. entièrement passé sous silence : on ne sait point, en effet, si cette tête a des incisit^es, ou des ahéoles d'incisives , ou même si ses inter-maxillaires sont conformées de manière à pouvoir loger des incisives. En sorte qu'alors même que cette tête serait spécifiquement différente de celle des autres Rhinocéros, ce qui, du reste, ne me paraît pas douteux, resterait encore la ques- tion de savoir si elle appartient à un Rhinocéros muni d'inci- sives, et si par conséquent on était fondé à la rapporter au Rhi- nocéros încisii'us. La description, le dessin et les dimensions de la mâchoire in- férieure, qu'il eût été si important de connaître, afin de savoir en quoi elle pouvait différer de celles du tichorhinus et du lep" torhinus , sont aussi entièrement inconnus; la seule chose qu'on en sache, c'est qu'elle était munie d'incisives, et encore ignore- t-on leur nombre et la différence qui pourrait exister entre les latérales et les intermédiaires, dans le cas où il y aurait des unes et des autres (i). En la rapportant au crâne d'Eppelsheim,Cu- TÎer parait s'être uniquement fondé sur ce qu'elle portait des incisives; l'on conçoit, en effet, que dans l'hypothèse où \eti- chojhinus et le leptorhinus auraient été dépourvus d'incisives, cette conclusion eût été très fondée, surtout en admettant conune démontrée l'existence des incisives supérieures dans le crâne de M. Schieyermacher. Cependant, comme il n'était pas tien certain que le tichorhinus n'eût point d'incisives infé- rieures, il eût fallu que cette mâchoire n'eût pas la symphise prolongée comme dans le tichorhinus^ sans quoi la présence des incisives n'eût pu montrer qu'elle n'appartenait pas à ce dernier. Maintenant qu'on a pu s'assurer que le Rhinocéros à narines cloisonnées a incontestablement des incisives à la mâchoire in- (i) La découverte de la télé et de la màchoiie inférieure de Rhinocéros d'Eppelsheim, n'ayant été connue deCuvier que long-temps après la terminaison de son travail sur les Rhino- « éros fossiles, n'a pu être annoncée que dans une simple note placée à la fin du tome v des Re- cherches sur les ossemens fossiles. C'est à celte circonstance qu'il faut atlrihuer l'omission des dessins de celle tète et de celte mâchoire, et ie peu d'cxtcusion qui a été donnée à la descrip-; lion cl à la comparaison de leurs caractères, CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles, Si férieure, on doit croire que la mâchoire d'Eppelsheim peut tout autant provenir de cette espèce que de celle à laquelle la rap- porte Cuvier, supposition d'autant plus plausible que, parmi les dessins envoyés par M. Schleyermadier, se trouve celai d'un crâne de Rhinocéros à narines cloisonnées, trouvé dans le même gisement que la mâchoire inférieure. Je montrerai bientôt que cette présomption acquiert un grand degré de probabilité, et, en même temps, que les caractères du crâne de M. Schleyermadier sont loin de suffire pour confirmer l'établissement d'un Rhinocéros incisiuus, ne doutant pas, d'ail- leurs, que, si Cuvier eût pu consulter les pièces qu'un hasard heureux a mises à ma disposition , il ne se fût arrêté à des ré- sultats différens de ceux qu'il annonce. Je ferai également connaître les caractères des molaires de celte espèce, que j'ai pu étudier sur deux crânes semblables à celui de M. Schleyermacher. La série de ces molaires se com- pose partie de celles que Cuvier attribue au leptorhinus ^ partie de celles qu'il rapporte à Xincisivus. Prenant la question au point où l'a laissée Cuvier, j'essaierai d'établir, au moyen des nouvelles pièces que j'ai pu recueillir ou de celles qui m'ont été communiquées par divers natura- listes: i^que le Rhinocéros à narines cloisonnés {^Rh. tichorhi- nus) était incontestablement muni d'incisives à la mâchoire in- férieure, ce qui, joint à l'observation des crânes fournis par Pallas et par le professeur Buckland , doit faire présumer qu'il en avait également à la mâchoire supérieure ; en sorte que l'ab- sence des alvéoles ou leur petitesse, dans divers crânes du ti- chorJiinus , tiendrait uniquement à leur oblitération, qui habi- tuellement se serait effectuée de très bonne heure, et non point à une disposition primitive et essentielle dans l'espèce; 2" qu'en conséquence, on n'a aucune preuve que ce ne soit pas de cette espèce que proviennent les incisives isolées de Soemmering, qui seules ont servi à établir le Rhinocéros iVzcwdVw^ , espèce dont jusqu'à présent riennedémontrel'existencejS" que la molaire in- férieure à crochet situé sur la faceinternc du deuxième croissant, et la mâchoire inférieure d'Eppelsheim, pièces que Cuvier a at- tribuées au Rhinocéros incisiyuSy appartiennent au tichorhiiius ; 5» cnniSTOL. — Rhinocéros fossiles. 4° que le Rhinocéros d'Italie à narines non cloisonnés (^Rh. lep- torîùnus) n'a point existé; que le crâne de M. Cortesi, qui a servi à établircetteespèce, est un crâne de ^/c/io/'7^^>^^^^, dont les caractères n'ont pas été fidèlement reproduits dans le dessin qu'a consulté Cuvier; que les molaires isolées, attribuées à ce leptorhinus , prov ennent de l'espèce de M. Schleyermaclier;5° que le crâne de M. Scheyermacher, attribué au Rhinocéros incisiç'us, ne présente aucun caractère qui puisse le faire considérer comme prove- nant d'un Rhinocéros muni d'incisives; 6° enfin, que l'un des crânes de Rhinocéros, représenté dans le Tome iv des Recher- ches , et rapporté à l'espèce à narines cloisonnées , ne provient point de cette espèce , mais bien de la même que le crâne de M. Schleyermacher. Ainsi, des trois grandes espèces de Rhinocéros fossiles, établies par Cuvier (M. ticliorhinus , Rh. leptorhinus, Rh. incisivus) la première seule serait maintenue, mais avec des modifications assez importantes dans ceux de ses caractères qui avaient été diversement envisages par Pallas, par Camper et par Cuvier; la seconde ne serait plus maintenue sur le tableau des espèces fos- siles; la troisième serait beaucoup mieux connue qu'elle ne l'a été jusqu'ici; mais, connue elle n'offrirait point encore le carac- tère particulier qui a servi de fondement au nom qu'elle porte . et que d'ailleurs ce nom, rappelant un caractère qui, alors même qu'il serait moins problématique qu'il ne l'est, ne saurait être considéré comme distinctif, puisqu'il peut être commun à di- verses espèces, elle devrait être désignée par une nouvelle dé- nomination spécifique. Enfin, pour n'omettre aucune des circonstances qui peuvent nous éclairer sur le nombre auquel pouvaient s'élever les di- verses espèces de Rhinocéros de l'ancien monde , j'observerai qu'en combinant les chances que peut présenter la détermina- tion de certains os de ce genre mentionnés par Cuvier, on est amené à penser que le nombre des grandes espèces de Rhino- céros fossiles peut avoir été. de cinq et même de six, si l'on fait entrer dans ce calcul quelques pièces que je ferai connaître ; mais que , dans l'état actuel de nos connaissances sur cette ma- tière, on ne peut en admettre que deux, car il est possible que CHRISTOL. — Rhinocéros fossiles. 53 toutes les pièces douteuses rentrent dans chacune de ces deux grandes espèces. C'est ainsi , par exemple , que la mâchoire inférieure à courte sj-mphise , rapportée par Cuvier au leptorhinus , ne pouvant plus être attribuéeà cette espèce, qui n'est pas maintenue, peut ap- partenir ou à une espèce nouvelle, ou à l'espèce de M. Schlej er- macher. Dans le premier cas, elle porterait à trois le nombre des grandes espèces de Rhinocéros fossiles. La mâchoire inférieure d'Eppelsheim , trouvée avec plusieurs crânes de Rhinocéros dans le même gisement que le crâne de M. Schleyermacher, pourrait, à la rigueur, provenir d'une es- pèce inconnue tout autant que de ce crâne ou du tichorhinus : nous avons vu que Cuvier n'en ayant pas indiqué les carac- tères , on ignore encore en quoi elle pourrait différer de celle du tichorhinus. Les incisives isolées de Sœmmering, quoique pouvant pro- venir du tichorhinus^ peuvent néanmoins aussi provenir de l'espèce de M. Shleyermacher ou de quelque espèce inconnue. On doit d'autant plus user de circonspection, dans cette es- timation du nombre des espèces détruites de Rhinocéros, que nous voyons aujourd'hui ce genre assez riche en espèces , et qu'à part le Bicorne d'A.frique et TUnicorne de l'Inde ancienne- ment connus, il existe encore un Unicorne à Java et deux Bi- cornes à Sumatra. I. Quoiqu'en général les crânes et les mâchoires inférieures du Rhinocéros de Sibérie à narines cloisonnés soient dépourvus d'incisives, il est pourtant de ces pièces où l'on a vu des al- véoles et des restes d'alvéoles d'incisives. M. le professeur Buck- land a donné au cabinet du Roi un de ces crânes, auquel Cu- vier a reconnu deux fossettes à la place qu'auraient dû occuper les incisives, et qui, suivant Cuvier lui-même, auraient pu ap- partenir à des alvéoles. Pallas décrit des alvéoles et des restes d'alvéoles qu'd a observés sur un crâne et sur une mâchoire in- férieure, y%-. 3; ses expressions sont trop précises pour qu'on '54 CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. puisse se dispenser d'en tenir compte ; on peut en jnger par le passage suivant de son travail, cité aussi par Cuvier : In opice « maxillœ inferioris, seu ipso niav^ine , ut ità dicanij inciso- « rio , dentés quidem nullï adsunt ', veràm tamen apparent « vestigia obliteraia quatuor alveoloruni niinusculorum œquidis- « tantium, è quitus exteriores duo ,obsolelissinii , sed internie- « diijSatis insignibus/ossis denotati sunt. In superiore quoque « maxillà hujus crnnii , ad antiquum palati terminum, utrin- « que tuber osseuni a-'^tat , obsoletissimâ fossâ notatum quce G alveoli quondam prœsentisvestigiuni refert. »Nov.Com.xvii. pag. 600. Camper, tout en assurant avoir fait changer Pallas d'opinion en ce qui concerne les alvéoles de la mâchoire supérieure, rap- porte que ce dernier insista néanmoins toujours sur l'apparence incontestable des alvéoles d'incisives à la mâchoire inférieure. Ou je me trompe fort, ou cette répugnance de Camper à ad- mettre l'existence des alvéoles d'incisives dans ce crâne, qu'il avait examiné avec Pallas, aurait tenu à ce que, ne connaissant à cette époque que le système dentaire du Bicorne du Cap, qui n'a pas d'incisives, il pensait qu'aucune espèce de Rhinocéros ne pouvait en avoir, et se croyait même si sûr du fait, qu'il va jusqu'à accuser d'erreur Parsons, Linné et Buffon , pour en. avoir attribué à l'Unicorne des Indes. (1) Cuvier, en assurant pouvoir presque affirmer que les crânes du tichojJiinus n'ont pas d'incisives, accorde cependant que le crâne de Pallas a pu avoir des alvéoles d'incisives , mais que s'il en a eu, elles ne pouvaient qu'être très petites, et qu'on ne pouvait pas attribuer cette petitesse à un commencement d'obli- tération produite par l'âge, car, observe-t-il, ce crâne était d'un jeune individu. Indépendamment de ce que cette manière de voir n'est pas confirmée par les faits, comme je le montrerai tout-à-l'heure, elle est encore en opposition avec une observa- tion rapportée par Pallas et en partie admise par Cuvier lui- même. En effet, l'état jeune de ce ci âne est si peu capable d'ex- il (i) Camper admit plus tard les incisives de l'Unicorne de l'Inde. CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. §5 dure la supposition de l'oblitération des alvéoles, que cette obli- tération est indiquée par Pallas comme manifeste dans la mâ- choire inférieure de cette même tête, et qu'elle n'est point en- tièrement rejetée par Cuvier dans cette dernière circonstance. Quoique je ne puisse pas assurer positivement que cette mâ- choire inférieure appartient au même individu que le crâne sous lequel Pallas et Cuvier l'ont placée dans leurs figures, il est assez ■\Taisemblable qu'elle lui appartenait , car Pallas et Cuvier s'ex- priment de manière à le faire supposer ; de pins, l'un et l'autre avaient été trouvés ensemble au-delà du lac Baïkal , sur les bords du Tschikoï; toujours est-il que cette mâchoire provenait, ainsi que le crâne, d'un jeune individu, car elle ne portait aussi que cinq dents et présentait les trous d'où devaient sortir les arrière- molaires. Or, si l'oblitération a déjà fait disparaître une partie des alvéoles de cette mâchoire inférieure de jeiuie individu, quel motif aurait-on de croire que la même chose n'ait pu arri- ver à la mâchoire supérieure qui est du même âge? A l'observation de Pallas, de l'exactitude de laquelle Cuvier paraît douter au point qu'en mentionnant la mâchoire qui en est l'objet, il dit que c'est celle à l'extrémité de laquelle Pallas a cru voir des alvéoles d'incisives, je puis en ajouter une autre qui la confirme : celle d'une mâchoire inférieure de la même espèce et de jeune individu , que j'ai trouvée dans les sables marins supérieurs de Montpellier; j'en donne le dessin, pi. 2, fîg. I et 2. Elle est entière et d'une conservation parfaite; elle porte six molaires de chaque côté. On voit à l'extrémité libre de sa symphise quatre alvéoli s d'incisives , comme dans celle de Pal- las, deux latérales très profondes et deux intermédiaires si près d'être entièrement oblitérées, malgré l'état jeune de la mâ- choire, qu'elles ne paraissent plus que comme deux petites fos- settes circulaires de trois lignes de profondeur sur quatre lignes de diamètre. Les alvéoles latérales sont à-peu-près cylindriques, ont deux pouces de profondeur sur près d'un pouce de diamètre à leur ouverture; dans celle du côté gauche se trouve logé un tronçon d'incisive cassée. L'oblitération des alvéoles in- termédiaires n'ayant pu s'effectuer sans que les alvéoles laté- rales se ressentissent un peu du travail intérieur de l'os, on doit 56 CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. croire que celles-ci n'ont pas actuellement des dimensions tout- à-fait aussi considérables que celles qu'elles ont dû avoir primi- tivement. La chose est même prouvée , car l'alvéole qui con- tient \\n tronçon d'incisive est plus large, et a un demi-pouce de profondeur de plus que l'autre, qui, étant vide du vivant de l'animal , a opposé moins de résistance au travail d'oblitération. Ces iucisives inférieures de tichorhiiius auraient donc été assez grandes pour n'être pas disproportionnées aux incisives supé- rieures de Sœmmeririg, puisque leurs racines auraient eu deux pouces et demi de longueur sur près d'un pouce trois quarts de diamètre, ce qui donnerait pour la dent une longueur de trois pouces, et un pouce trois quarts de diamètre pour le fust. D'après cette pièce, que j'ai montrée à plusieurs naturalistes de premier ordre , qui s'intéressent à tout ce qui concerne l'his- toire des races perdues , et qui y ont reconnu les quatre alvéoles d'incisi\es, il n'est plus permis de douter que l'absence ou la petitesse des alvéoles, dans la mâchoire inférieure du tichorhi- nus , ne soit due à l'oblitération qui, dans cette espèce, devait s'effectuer de très bonne heure, car cette mâchoire est loin d'a- voir appartenu à un vieil iudividu : ses molaires sont à peine entamées , le croissant postérieur de chaque dernière molaire ne l'est même pas du tout, et l'on voit qu'encore la base de la face interne de celles-ci n'est pas entièrement dégagée des al- véoles. Parmi les naturalistes qui ont pu constater, dans ma collec- tion , ce fait qui a été uu sujet de controverse entre Pallas, Cam- per et Cuvier , je citerai jM^î. Marcel de Serres, Cordler , Ljell , Murcbisson, E!ie de Beaumout, Dufrénoy, Frédéric Cuvier et De la jNIarmora. Quoique cette mâchoire soit de jeune individu , la première molaire de chaque côté est déjà tombée, et l'oblitération de son alvéole est tellement complète qu'il n'en reste plus vestige. Il paraît que dans la mâchoire inférieure de Pallas, la première molaire était aussi déjà tombée ; à la vérité , l'alvéole subsistait encore, comme on le voit par le dessin qu'il en donne, mais l'on ignore si elle présentait un commencemeut d'oblitération. Toutes ces circonstances portent à penser que la chute des CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. 67 dents antérieures, incisives ou molaires, avait lieu de très bonne heure, dans l'espèce à narines cloisonnées, et que l'absence des alvéoles, dans divers crânes ou mâchoires inférieures de cette espèce, ne prouve rien contre l'existence primiiive des incisives. Il ne sera pas inutile d'observer que le même phénomène se reproduit dans l'Unicorne de l'Inde, où la première molaire tombe d'assez bonne heure, ainsi que les deux incisives externes de la mâchoire supérieure, et cela d'une manière si habituelle que, quoique Vicq-d'Azyr eût eu connaissance de ce fait, comme on l'a su par une note écrite de sa main, tous les naturalistes ont cru, jusqu'à Cuvier, que l'Unicorne de l'Inde n'avait que deux incisives , au lieu de quatre qu'il a réellement à la mâ- choire supérieure. Les Lamantins offrent encore la même par- ticularité, leurs incisives inférieures tombent dès le jeune âge, et les alvéoles s'oblitèrent complètement; Cuvier est porté à penser qu'il en est ain^i dans le Dugong. , Ce sont les deux alvéoles externes qui sont oblitérées et les deux internes qui sont conservées dans la mâchoire inférieure de Pallas; dans la mienne c'est précisément l'inverse; d'un autre côté, la mâchoire de Pallas, quoique évidemment plus jeune que la mienne, puisque les arrière-molaires n'étaient pas encore sorties, a néanmoins ses alvéoles d'incisives plus oblitérées , ce qui doit faire présumer qu'd n'y avait pas de règle fixe pour l'époque de la chute des incisives inférieures, et que dans divers individus, c'étaient tantôt les incisives externes, tantôt les inci- sives internes qui tombaient les premières, et que cette chute pouvait être retardée ou avancée suivant les individus. Si, connue on peut raisonnablement le supposer, la même variation avait lieu pour l'époque à laquelle arrivait la chute des incisives supérieures, on concevrait très bien couunent, dans les divers crânes du tichorhinus , les alvéoles d'incisives sont oblitérées ou presque oblitérées, quelque jeunes d'ailleurs que fussent les individus dont ils proviennent; tandis que, dans quelque autre indisidu, les incisives auraient pu persister assez long-temps pour s'user jusqu'au point où le sont les incisives de Sœmuic- ling, dont l'usure ne me parait pas d'ailleurs fort avancée. 58 CHRiSTOL. — - Rhinocéros fossiles. Ma mâchoire inférieure, pi. 2, fig. i et 2, a, du reste, la même forme, la même proéminence antérieure rétrécie que toutes celles (le l'espèce à narines cloisonnées décrites et figurées par Paî- las; elle offre tous les caractères spécifiques indiqués par Cuvier, caractères en lesquels il avait tant de confiance qu'il lui a suffi du dessin informe d'une portion mutilée de cette mâchoire, publiée par Monti sous le nom de tête de Morse fossile, pour en déterminer l'espèce avec une entière certitude, se fondant sur ce qu'elle présentait la proéminence antérieure. Je reproduis ce dessin, pi. i, fig. 4. La mâchoire, pi. a, fig. i , a certainement tous les caractères de celle-là. Vue de profil, ma mâchoire n'offre aucune différence appré- ciable avec celle de TUnicorne de Java; toutefois sa symphise est beaucoup moins prolongée que dans cette dernière. Sa lon- gueur est deo™,55; la hauteur de l'apophyse coronoïde est de Oin,27; la longueur de la symphise est de o™,i2^ et en partant de la première molaire en place, qui empiète ser la symphise, on trouve o^jOgS. Maintenant qu'il est bien prouvé que le tichorhinus portait des incisives à la mâchoire inférieure, on sent combien devient vraisemblable l'assertion de Pallas, cpii assurait avoir vu des alvéoles et des restes d'alvéoles à la mâchoire supérieure de sa tête de Rhinocéros, et combien il est probable que les fossettes remarquées par Cuvier, à l'extrémité des os incisifs du crâne donné par le professeur Buckland, sont réellement des alvéoles oblitérées. C'est, du reste, une loi générale d'organisation, établie d'après l'observation des espèces vivantes ou fossiles, que tous les Pa- chydermes munis d'incisives à la mâchoire inférieure en ont aussi à la mâchoire supérieure. Non seulement Cuvier est porté à assurer qu'il n'y avait pas d'incisives à la mâchoire supérieure du tichorlÙTiUS ^ mais encore il croit pouvoir affirmer qu'il ne pouvait pas y en avoir : il conclut des dimensions des os incisifs qu'ils n'ont pu loger des incisives, et ce à raison de leur étroitesse. Il s'appuie même sur un passage de Collini, qui rapporte que, dans l'extré- mité antérieure d'un crâne de cette espèce, qu'il a examiné, CHRISTOL. — Rhinocéros fossiles. 5tt il ne paraît pas qu'il y ait pu avoir des incisives; car, observe Collini, rien n'y parait pouvoir servir d alvéoles. Je crois pou- voir donner à ces paroles un sens tout autre que celui que leur accorde Cuvier ; au lieu de supposer avec lui que Collini a voulu dire qu'il n'y avait pas de place pour des alvéoles sur ces os incisifs, je suj^pose que Collini, en les examinant, n'y a vu aucun enfoncement, aucune fossette, aucun trou, en un mot, rien qui ait pu servir d'alvéole, mais nullement qu'il n'ait pu y voir un espace suffisant pour contenir des alvéoles. Il serait à désirer que quelque auteur eût donné la mesure exacte des os incisifs des divers crânes de Uchorhinus ; en la comparant à celle des incisives fossiles, on eût pu facilement juger la question. Ni Pallas, ni Camper n'ont avancé que des incisives ne pus- sent trouver place dans ces os incisifs ; s il en eût été ainsi, Camper n'eût pas manqué de faire valoir ce moyen dans sa con- testation avec Pallas, qui, lui-même, n'aurait pu voir des traces d'alvéoles dans un espace qui n'eût pas été assez grand pour en contenir. Cuvier lui-même, en indiquant les fossettes du crâne de M. Buckland, ne dit pas qu'elles fussent trop étroites pour avoir pu servir d'alvéoles ; il se borne à dire que cette tête ne fournit pas de résultats positifs., quon y aperçoit quelques restes d' enfoncemens qui pourraient avoir appartenu à des al- véoles ., mais qui pourraient aussi nêtre que des accidens. Si, d'après Cuvier, ces enfoncemens ont pu appartenir à des alvéoles, il est bien évident que les os incisifs, où ils sont mar- qués, sont assez larges pour contenir des alvéoles. Il me paraît donc que ce n'est point d'une inanière générale et absolue, qu'en s'appuyant sur l'observation de Collini, Cuvier émet l'o- pinion qu'il n'y a pas de place suffisante dans la mâchoire su- périeure du tichorhinus pour y loger des incisives. Nous avons "VU, qu'en parlant du crâne de Pallas, il n'assure point absolu- ment qu'il n'ait pu avoir des alvéoles d'incisives, il se borne à dire que, s'il en a eu, elles n'ont pu qu'être très petites. En signalant les diverses remarques de Cuvier sur ces particu- larités assez importantes, puisque, selon la manière dont on les considère, on peut maintenir ou infirmer l'établissement du 6ô CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. Rhinocéros inciswus^ j'ai pour but de montrer que l'impossibi- lité d'admettre, dans les inter-maxillaires du tichorhinus ^ une largeur suffisante pour contenir des alvéoles, n'a pas tellement paru démontrée à Cuvier, qu'il n'ait été disposé, en plus d'une occasion, à admettre la possibilité de l'existence de ces alvéoles. Les os incisifs du tichorhinuSy mesurés sur la figure donnée par Collini, me paraissent avoir six millimètres de large, ce qui donne deux centimètres quatre millimètres pour leur largeur réelle, puisque le dessin est au quart de la grandeur naturelle. Or, une telle largeur est bien suffisante pour contenir des in- cisives, car la plus grande des incisives fossiles n'est pas aussi large; le crâne de Collini n'est pas d'ailleurs des plus grands de l'espèce. Nous verrons plus tard que les os incisifs du Rhinocéros incisivus, auquel les incisives fossiles ont été attribuées, sont moins larges que ceux du crâne de Collini. Ils n'ont, d'après M. Marcel de Serres, que deux centimètres un millimètre de lar- geur moyenne. En sorte que les incisives fossiles auraient moins facilement pu être logées dans les inter-maxillaires de Xinclsivus que dans ceux du tichorhiiius. II. Puisque les inter-maxillaires du tichorhinus sont assez larges pour contenir des incisives, puisque tout s'accorde à montrer que les alvéoles de ces dents n'ont été qu'oblitérées en partie dans le crâne de Pallas, dans celui du professeur Buckland , dans la mâchoire inférieure de Pallas et dans la mienne, quel motif aurait-on, aujourd'hui, de supposer que les incisives de Mayence et d'Avaray n'ont pu provenir àw tichorhinus ^ et sur quoi pourrait-on s'appuyer pour faire, au moyen de ces incisi- ves, une espèce distincte, sous le nom de Rhinocéros incisivus ? Pourrait-on se fonder sur les dimensions de ces incisives? Mais la plus forte d'entre elles n'atteint pas la largeur des os incisifs du crâne de Collini; la dépasserait-elle d'ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que ce crâne est loin d'être des plus CHRisTOL.—' Hhinocéros fossiles. 6i^ grands de l'espèce, et que, d'un autre côté, rien ne prouve que ces incisives t>e soient elles-mêmes des plus grandes. L'incisive d'Avaray, la plus forte des incisives fossiles qu'on connaisse, est large de ©""jOs, en sorte qu'elle eût pu très facile- ment être logée dans ceux des autres crânes de tichorhinus qui sont plus grands que celui de Collini. De plus, cette incisive d'Avaray est, par rapport aux dimensions qu'ont dû avoir les incisives de ma mâchoire inférieure, dans la même proportion us, V. Si Cuvier n'eût pas connu les incisives isolées de Rhinocéros, il n'eût certaiuement pas établi le Rhinocéros incisivus, car les autres pièces qu'il a rapportées conjecturalement à ce dernier ne pouvaient, quelque différentes qu'elles pussent être de celles des deux autres grandes espèces, lui paraître suffisantes pour prouver à elles seules l'existence d'un Rhinocéros muni d'inci- sives ; elles pouvaient bien montrer ^u'il existait un troisième grand Rhinocéros fossile, mais ne pouvaient point montrer que ce fût un Incisivus. Ainsi les molaires supérieures à bourrelet et la molaire infé- rieure H crochet d'Avaray, le crâne sans incisives de M.Schleyer- I mâcher, ne pouvaient servir à établir le Rhinocéros incisii'us ; la mâchoire d'Eppelsheim elle-même, pouvant être semblable à celle de Pallas, n'aurait point conduit à un résultat différent. On se rappelle que Cuvier lui-même assure n'avoir attribué les incisives isolées à une nouvelle espèce, que par l'impossibi- lité où il se trouve de les rapporter au ticliorhinus ou au lep- torldnus. Or, nous avons vu combien il était possible que ces incisives pussent provenir du tichorhinus : on ne pourrait donc plus arguer aujourd'hui des aiitres pièces rapportées par Cuvier à X Incisivus , pour maintenir l'établissement de cette espèce. Celle-ci une fois établie par les seules incisives isolées, Cuvier dut être porté à lui attribuer toutes les pièces qu'il trouvait dif- férentes de celles des deux autres grandes espèces. C'est donc uniquement par suite d'une première erreur, que Cuvier a rapporte au Rhinocéros incisivus le crâne delM. Schle- 74 CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. yerniacher. Ce crâne était eu effet fort différent de celui des deux autres grandes espèces, il était assez naturel de le rappor- ter à la troisième espèce inconnue, à celle qu'on avait cru signa- lée par les incisives isolées. Cependant il y avait encore une autre chance dont il eût fallu tenir compte, alors même qu'elle eût paru moins probable que toute autre : c'est que ce crâne, tout différent qu'il fût de ceux du tichorhinus et du leptorhinus, ne provenait pas né- cessairement pour cela de la troisième grande espèce à incisives, il pouvait provenir d'une quatrième espèce inconnue, car, indépendamment de ce qu'on ne lui connaissait ni incisives ni alvéoles d'incisives, on ne savait même pas si ses inter-maxillai- res étaient conformés de manière à pouvoir loger des incisives. Il me paraît qu'en se décidant à rapporter à ïlncisivus le crâne de M. Schleyermacher, Cuvier à eu pour but d'éviter de trop multiplier le nombre des espèces de Ilhinocéros fossiles, bien plus qu'il n'a voulu voir dans ce crâne la preuve que les incisives fossiles provenaient de la même espèce que ce dernier. Il est, en effet, bien difficile de penser qu'il n'ait pas senti tout ce qui manquait à sa détermination pour qu elle fût définitive et à l'abri de toute objection, c'est-à-dire qu'il n'ait été frappé du défaut d'indication des incisives sur le dessin du crâne de M. Schleyermacher. S'il eût été certain de l'existence des inci- sives ou des alvéoles d'incisives sur ce crâne, il n'eût certaine- ment point omis de le dire dans la description qu'il donne de celui-ci , c'était là le point capital de la question. Cuvier avait trop bien approfondi cette manière pour qu'il soit permis de supposer qu'il ait pu ne pas s'en apercevoir ; on a d'ailleurs la preuve du contraire, lorsqu'on voit que précisément la seule chose qu'il ait cru devoir dire de la mâchoire inférieure trou- vée dans le même gisement que le crâne, c'est qu'elle portait des incisives. L'attention qu'il a eue, en discutant les caractères du tichorhinus, de traiter fort au long et avec beaucoup de soin le même sujet et de rapporter l'opinion de Pallas, de Cam- per, de Collini sur une question entièrement semblable et bée à celle-ci de la manière la plus intime, montre bien que s'il a gardé le silence sur les incisives du crâne de M. Schleyerma- CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. j5 cher, c'est que le dessin qu'il avait sous les yeux ne lui donnait pas les moyens d'en dire davantage. Je crois donc être assez fondé à conclure qu'on ignore jus- qu'à présent si le crâne du Rhinocéros incisivus est ou non muni d'incisives; tout ce qu'on en sait, c'est qu'il est bicoi^ne et se raj)proclie de celui du bicorne de Sumatra plus que d'au- cune autre espèce ; là s'arrête l'observation. Que si l'on veut entrer dans le champ des conjectures, rien ne s'oppose absolument à ce c[ue l'on puisse croire que ce Rhi- nocéros bicorne ait pu manquer d'incisives comme le bicorne du Cap. On serait d'autant plus autorisé à considérer cette sup- position comme possible, que Cuvier lui-même n'a j^oint rejeté la possibilité d'une telle conformation, lorsqu'il a admis qu'un Rhinocéros bicorne, à os de uez allongés et sans cloison, en un mot, le leptorhinus, était dépourvu d'incisives. D'iui autre côté, on peut arriver à lui résultat probable tout opposé, en considérant que le crâne de M.Schleyermacher, res- semblant beaucoup à celui du bicorne de Sumatra, a pu avoir des incisives comme en a ce dernier. Si l'on doutait encore que Cuvier n'ait entendu rapporter que conjecturalement à Ylncislçus le crâne de M. Schleyermacher, on en trouverait la preuve dans le passage suivant. a Selon M. de Schlotheim, observe Cuvier, on a aussi extrait « un crâne de Rhinocéros bien conservé, du grand dépôt d'os a fossiles de Thiede près AVolsembûttel ; mais je n'en vois au- « cune trace dans la gravure de ce dépôt que j'ai sons les yeux. a Cet auteur dit que c'était un Rhinocéros Unicorne; en ce cas. a il est bien à regretter qu'on n'en ait pas encore publié de « figure, car ce fait confirmerait t existence d'une espèce parti- « calibre annoncée par les incisives fossiles dont nous parlerons « bientôt. » Si, comme cela pourrait fort bien arriver, la découverte du crâne de M. de Schlotheim se fût confirmée, ce crâne Unicorne serait aujourd'hui Klncisivus.^ et le crâne Bicorne de ÏM. Schleyer- macher ne serait point présenté comme étant celui de l'espèce dou provieinient les incisives de Sœmmering. J.a découverte que j'ai faite, dans les sables du terrain maria 76 CHRiSTOL. — PJiinocéros fossiles. supérieur de Montpellier, d'un crâne entièrement semblable à celui de IM. Schleyermacher, me permet de confirmer pleine- ment les caractères que Cuvier a reconnus dans ce dernier^ et de montrer, ainsi que l'avait annoncé Cuvier, qu'il se rapproche de l'espèce de Sumatra plus que d'aucune autre, mais qu'il en est spécifiquement différent. En décrivant ses molaires, je montrerai que Cuvier avait eu réalité rencontré juste, lorsqu'il lui avait attribué les molaires à bourrelet saillant au bord interne de la couronne, mais qu'il s'était trompé lorsqu'il avait rapporté au leptorhînus les molai- res à colline dentelée, découvertes par M. Pentland. Celles-ci appartiennent encore à l'espèce de M. Schleyermacher. Les os incisifs manquant dans mon crâne, ne nous appren- nent pas phis que le dessin de M. Schleyermacher si cette es- pèce élait ou non pourvue d'incisives. Comme, d'un autre côté, rien n'indique que les incisives de Mayence et d'Avaray appartiennent à cette espèce, il serait peu conforme aux règles d'une bonne nomenclature de conserver à l'espèce de M. Schleyer- macher un nom basé sur un caractère qui n'aurait pu être con- staté, et qui par conséquent peut ne point exister. Nous verrons plus tard que M. Marcel de Serres, ayant cherché à s'assurer de l'existence des alvéoles dans les os incisifs d'un crâne qui , d'après mon opinion particulière, est de la même espèce que celui de M. Schleyermacher, assure que rien ny en indique la moindre trace ^ et qu'il paraît que ce crâne xi avait point de véri- tables incisives. Ne pouvant donc conserver à cette espèce le nom hypothéti- que iX incisivus ^ et ayant cependant besoin d'un nom univoque que je puisse employer dans la description de mon crâne et dans la comparaison de ses caractères avec ceux des autres espèces, je lui donnerai le nom de Rhinocéros Mégarhinus de p'y» ipia- gnus) et de fV; (nasus). Indépendamment de ce que ce nom, rappelant la grandeur assez caractéristique ,des os du nez de cette espèce, sera tiré des parties qui ont porté Cuvier à former les noms de tichorhimcs et de leplorhinusy il sera encore con- forme à l'usage établi parCuvier qtii a introduit le mot f^Éyadansla nomenclature Paléonthologique, comme on le voit par les noms CHRiSTûL. — Rhinocéros fossiles. nn des genres Mégathérium^Mégalonix, Mégalodou, Mëgalosaurus. Afin de faire connaître dans tous ses détails mon crâne de Mégarhinus, je vais entreprendre d'en donner une description /aussi exacte qu'il me sera possible de le faire ; j'essaierai d'abord de le peindre en quelques traits, ce sera comme une ébauche de formes principales qui lui donnent sa physionomie propre • puis j'entrerai dans les détails de chaque caractère particulier comparé à ceux des autres espèces, en décrivant le crâne vu pre- mièrement de profil, pi. 2,fig.5; secondement vu en dessus, fii^. 6. Le crâne du MégarJiimis est bicorne : il a une forme étroite et très allongée. Les arcades zygomatiques sont peu convexes et peu écartées en dehors, basses et horizontales en avant, rele- vées subitement et très convexes en haut et en arrièie. Le front est étroit, prolongé en pointe en arrière, et n'est guère plus large que les os du nez. Les fosses temporales, très rap- prochées l'une de l'autre, ne laissent en dessus et en arrière du front qu'une forte crête sagittale, et non un plan élargi, comme dans la plupart des autres espèces, ce qui donne au crâneune forme étranglée en arrière du front. Les os du nez sont larges, allongés , droits, horizontaux , non massifs, mais forts et élancés, sans cloison en dessous, brusquement coudés vers leur extrémité libre qui se termine en pointe recourbée en bas et un peu en avant. L'occiput est carrément tronqué au som- met, peu prolongé en arrière; sa face postérieure est à peine inclinée en arrière; la pente antérieure de la pyramide du crâne est relativement peu rapide , et se trouve presque sur la li«ne de la pente générale du front. Ses os incisifs sont incomplèteaient connus. Ses molaires supérieures, pi. 2, %. 3, n'ont jamais que deux fos- settes sur la couronne; les antérieures ou de remplacement ont un large bourrelet à la base du côté interne, et le crochet de leur colline postérieure est bifurqué. C'est au crâne du bicorne de la grande race de Sumatra que le crâne du Mégarhinus ressemble le plus il en diffère néan- moins à certains égards, principalement par un plus grand dé- vclopi)ement des os du nez et par un plus grand étranglement de la région située entre le front et Icsinciput; il est d^ailleurs 78 CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. beaucoup plus grand, plus grand même que celui d'aucune es- pèce vivante. C est dans la comparaison du pi-ofil que sa ressem- blance avec celui du bicorne de Sumatra est plus complète; la comparaison du chanfrein offre d'assez grandes différences. 1° Ce Cl ànc, pi. 1 iig. 5, est moins fort, mais aussi long que la plupart de ceux ilu tlchorhinus ; il n'est nullement ramassé comme celui du Bicorne du Cap pi. 2, fig. 7, mais a une forme al- longée comme celui du Bicorne de Sumatra, pi. i, fig. 6. 2° Sa partie cérébrale est moins prolongée, moins rejetée en arrière que dans le tichorhiiius,e\\e s'élève néanmoins aussi haut; toute cette région diffère à peine de celle du Bicorne de Sumatra. 3° La pente antérieure de cette partie cérébrale est presque sur la ligne de la pente générale du front, circonstance qui donne au profil de ce crâne une physionomie tout-à-fait différente de celle du bicorne du Cap et le rapproche de celui du bicorne de Sumatra : dans l'espèce d'Afrique, pi. 2, fig. 7, la pente antérieure de la pyramide forme avec celle du front un angle moins ouvert que dans mon crâne; cet angle est à-peu-près le même dans mon crâne et dans l'espèce de Sumatra. 4° La face postérieure de l'occiput n'est ni inclinée en avant , comme dans les uni- cornes de l'Inde et de Java , ni verticale, comme dans le Bicorne du Cap, mais un peu plus inclinée en ari'ière que dans le Bi- corne de Sumatra; cette inclinaison est bien moindre que dans la plupart des crânes de ticliorhinus . J'insiste sur cette parti- cularité, parce que Cuvier a montré que les diverses inclinai- sons de la face postérieure de l'occiput étaient caractéristiques dans les diverses espèces de Rhinocéros vivans ou fossiles. Ce- pendant, comme la tig. 6, pi. 1 représente un jeune individu de l'espèce de Sumatra , la différence qu'elle présente avec mon crâne pourrait bien ne dépendre que de l'âge; il est possible que, dans les vieux bicornes de Sumatra, le sommet de l'occi- put étant plus développé soit un peu plus incliné en arrière. 5° Les os du nez sont beaucoup plus allongés, et, par suite, paraissent moins massifs que ceux du bicorne du Cap; ils ne présentent pas cette courbiu^e uniforme et longitudinale que l'on voit dans ceux du iicliorliinus j ils ne sont pas non plus relevés eu haut comme dans celui-ci, mais ont à-peu-près la CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. yg même forme, la même longueur et la même direction que clans le Bicorne de Sumatra. Dans leurs deux tiers postérieurs , ils sont droits et horizontaux, et se maintiennent dans la direction d'une ligne qui serait Taxe longitudinal du crâne; leur extré- mité, mince et pointue, se recourbe brusquement en bas et nn peu en avant, formant ainsi au tiers antérieur de leur longueur un coude très marqué. Sur les faces supérieures et latérales de ce coude se trouvent des granulations ou rugosités très fortes , qui forment la protubérance où se fixait la première corne ; cette protubérance est plus rugueuse et plus saillante que la se- conde. Le dessous ou la voûte des os du nez est creusée en forme de bateau, et présente dans son milieu wwq forte arête mousse et arrondie, sorte de raphé longitudinal qui aboutit, en diminuant de largeur et d'épaisseur, à l'extrémité libre des os du nez, concourant ainsi puissamment à augmesiterleur so- lidité. On ne voit, du reste, contre cette voûte aucune appa- rence de cloison osseuse, ce qui prouve de la rnainère la plus évidente que dans le tichorhinus la cloison osseuse n'est point un simple produit de l'âge, ainsi que le supposait Fanjas, mais qu'elle est un caractère d'espèce, comme l'a avancé Cuvier; car dans mon crâne, qui est très vieux, puisque toutes les sutures j des os ont disparu et que les molaires sont très usées, il n'y a ' pas vestige de cette cloison. 6° L'arcade zygomatique a sa moitié antérieure dirigée horizontalement ; sa moitié postérieure se re- lève brusquement et devient fortement convexe vers le haut, où elle dépasse sensiblement le niveau du conduit auditif ex- terne, ressemblant entièrement, par sa forme et ses relations avec les diverses parties du crâne, à celle du Bicorne de Suma- tra. On ne voit pas, au milieu de la longueur de son bord supé- rieur, cette' forte apophyse pyramidale où s'implante le liga- ment destiné à cerner l'orbite en arrière, si marqué dans l'Uni- corne de l'Inde et encore sensible dans le Bicorne de Sumatra, surtout dans le dessin qu'en donne Sparrman; ce bord est uni comme dans le Bicorne de Sumatra. 7» La fosse temporale est peu prolonde, étroite, longue et comme étirée obliquement de bas en haut et d'avant en arrière ; elle est beaucoup moins large que dans les Unicorncs de llnde et de Java, que dans le Bicorne 8o CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. du Cap, et ressemble parfaitement à celle du Bicorne de Sumatra; son axe est presque droit comme dans ce dernier, au lieu d'être fortement coudé comme dans le Bicorne du Cap. 8° Lors de l'extraction de ce crâne de la couche sableuse où il était enseveli, les intermaxillaires furent brisés en fragmens si menus , qu'il vae fut impossible de les restaurer, en sorte que je n'ai pu re- connaître s'ils avaient ou non des alvéoles d'incisives. Ayant examiné avec beaucoup d'attention les plus gros de ces frag- mens, je n'ai pu y découvrir aucune trace d'alvéole; ce n'est ce- pendant pas une raison suffisante pour pouvoir assurer qu'il n'v en ait pas eu ; elles peuvent d'ailleurs avoir été oblitérées , comme cela est arrivé habituellement dans le tichorJiinus. Quant aux incisiv-es, il est bien certain c[u'il n'y en avait pas, car en supposant qu'elles eussent été brisées, j'en aurais facilement distingué les fragmens à leur tissu, à leur couleur et aux por- tions de leur émail. 9° L'orbite est placé au-dessus de la sixième molaire, comme dans le Bicorne de Sumatra; il est placé beau- coup plus avant dans les Uuicornes de l'Inde et de Java. Il me paraît que cette position reculée de l'orbite est commune à tous les Bicornes vivans et fossiles , et qu'elle doit tenir à l'allonge- ment plus considérable du crâne; le bord antérieur en étant cassé dans mon crâne, l'orbite paraît dans le dessin plus avancé qu'il ne l'est réellement. 10° Le trou sous-orbitaire offre la même forme et se trouve dans la même position que dans le Bicorne de Sumatra; il est ovalaire , assez étroit et situé sur le bord de l'écliancrure nasale, au-dessus de la troisième molaire: ce trou se trouve_/au-de5sus de la première molaire dans tous les Lnicornes, et au-dessus de la deuxième dans le Bicorne du Cap. 1 1° Le trou auditif est très grand ; il se continue sous la forme d'une large et profonde gouttière qui remonte un peu en arrière de la crête occipitale, et est située un peu au-dessous du niveau de la convexité du bord supérieur de l'arcade zvgomatique, ab- solument coînme dans l'Unicorne de Java. 1° Vu en dessus, ce crâne, pi. a, fîg. 6, offre beaucoup de res- semblance avec celui du tichorhinus , fig. 8 , quant aux con- tours; il est néanmoins beaucoup moins large, et a ses os du nez plus allongés ; il s'éloigne entièrement de la forme large et ra- CB.ms.td'L.-'^ Rhinocéros fossiles. 8i massée de l'Unicorne de l'Inde et du Bicorne du Cap, et est au contraire étroit et allongé ; sa partie cérébrale est néanmoins presque aussi étranglée que dans le premier, mais beaucoup plus prolongée. Comparé au dessus du crâne du Bicorne de Su- matra, fig. a, pi. 3, il s'en rapproche plus que d'aucun autre Rhinocéros vivant, mais en diffère encore sous beaucoup de rap- ports: ses os du nez sont plus larges à proportion, leur convexité ti^ansversale est plus saillante; le front est plus étroit, et, par suite, l'intervalle des orbites est moindre; les fosses temporales, plus rapprochées, ne laissent entre elles en arrière du front qu'une crête sagittale étroite, et non, comme dans l'espèce de Sumatra, un plan rectangulaire élargi. Cuvier avait déjà parfai- tement signalé tous ces caractères dans le dessin de M. Schle^'er- macher. 2° Le front est en forme de losange étiré en arrière; sa largeur est proportionnellement moindre que dans aucune autre espèce, et ne dépasse celle des os du nez que par suite de la saillie anguleuse des apophyses orbitaires; les granulations qui forment la protubérance de la seconde corne, le couvrent en- tièrement et se prolongent beaucoup en arrière; elles forment des stries convergentes vers le centre du front, où se trouve une empreinte irrégulièrement circulaire et peu profonde. 3** Les os du nez sont larges et très longs; leur extrémité libre est fortement arrondie horizontalement, et ne dévient pointue que parce qu'elle est dépassée en dessous par l'extrémité de rarête-mousse qui règne longitudinalement contre la voûte na- sale ; je n'ai pu distinguer cette espèce d'appendice terminal que dans le Bicorne de Sumatra. La protubérance de la première corne est beaucoup plus rugueuse et plus saillante que celle de la seconde; elle se trouve placée à l'extrémité des os du nez qu'elle déborde de chaque coté. Au sommet et au centre de cette protubérance, on voit une fossette assez profonde, d'un pouce de diamètre, d'où part une rainure longitudinale, qui aboutit à l'extrémité libre dts os du nez et fend complètement l'espèce d'appendice que j'ai signalé ; des bords de la protubérance par- tent, de chaque côté, deux rainures semblables qui convergent vers la losselle. Cette dernière particularité se présente dans le iicJiorlùiius et dans rUnicurne des ludes; quant à la rainure IV. ZooL. — Àvùt. j^ 6 ^2 ciiRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. longitudinale, qui part de la fossette et va à la pointe des os du liez, elle est fort différente dans le Bicorne du Cap, où elle di- ■vise le bord antérieur de la protubérance en deux lobes large- ment séparés, et est remplacée par une forte crête, A, dans le tichorhimiSjûg. 8, pi. 2. Cette dernière circonstance est signalée par Cuvier; elle est clairement indiquée dans le dessin qu'il donne du dessus du crâne du tichorhinus, et nous verrons qu'elle ne sera pas sans utilité dans la solution d'une question, eue j'examinerai incessamment. J'ignore comment toutes ces parties sont conformées dans les vieux individus de l'espèce de Sumatra; dans aucun cas, on ne devrait s'étonner de ne pas les trouver dans les jeunes sujets. 4° Les arcades zygomaliques sont relativement peu écartées et non fortement convexes en deliors, comme dans presque tous les Rliinocéros vivans; elles sont, pour ainsi dire, comprimées de dehors en dedans, à-peu-près comme dans le tichorhimis ; on remarquera que ce caractère .est en rapport avec l'étroitesse et l'allongement du crâne, et que, dans les espèces vivantes, les arcades zygomatiques sont d'autant plus convexes, d'autant plus écartées en dehors, que le crâne a une forme plus ramassée. Dans sa comparaison du crâne de M. Schleyermacher avec le Bicorne de Sumatra , Cuvier remarque que le premier est moins long à proportion. De mon côté, je trouve aussi cpie mon crâne, malgré sa forme allongée, esi un peu plus haut à proportion que celui de Sumatra, la distance de l'arcade dentaire au plan supé- rieur du front paraît relativement plus considérable que dans l'espèce de Sumatra, en sorte que, vu de proiil, le crâne du mé^arhinus peut paraître moins allongé que celui-ci; mais, vu en dessus, il n'en est plus de même, il paraît au contraii^e plus long à proportion. D'après Cuvier, les arcades zygomatiques du crâne de M. Schleyermacher sont plus écartées , moins allongées, moins hautes que dans le Bicorne de Sumatra ; les arcadeszygomatiques de mon crâne me paraissent, au contraire, plus comprimées de dehors en dedans, plus allongées et aussi hautes que dans l'es- pèce de Sumatra. Une légère inexactitude dans le dessin de M. Schleyermacher peut très bien rendre raison de cette di(fé- CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. 83 rence, qui d'ailleurs ne dépasse pas les limites des différences individuelles, car c'est précisément sur le plus ou le moins d'é- cartement des arcades zygomatiques que portent les différences individuelles les plus sensibles que l'on peut observer sur les crânes àes animaux d'une même espèce. D'après Cuvier , l'occiput est moins élevé dans Xincisipus que dans le Bicorne de Sumatra; dans mon crâne, il me paraît qu'il l'est davantage. Du reste , le sommet de l'occiput est encore l'urt des points où les différences individuelles sont très sensibles ; elles sont même toujours très fortes lorsqu'on compare cette partie dans des individus d'âge différent; dans les vieux, le sommet de l'occiput sera beaucoup plus élevé, à cause du grand développement de la crête occipitale à peine marquée dans les jeunes individus; le développement çles sinus frontaux, qui dans mon crâue se prolongent jusqu'au sommet de l'occiput, a aussi puissamment concouru à son élévation. J'ai pu observer dans la collection de mon ami , le docteur Pittore, un sommet d'occiput provenant d'un jeune crâne entièrement brisé, mais dont j'ai vu les dents et plusieurs fragmens qui m'ont permis d'eu re- connaître l'espèce, et j'ai vu que la crête occipitale et les sinus frontaux de cet occiput étaient à peine développés. Le crâne dont il provient, quoique étant de la même espèce que le mien, devait avoir son occiput moins élevé et de la même liauteur que le crâne de IM. Schleyermacber. Diinçnsion du crâne de Mégarhinus,, Distance en ligne droite de la pointe des os du nez au som- met de l'occiput C'yCo. Id.... en suivant les courbures du clianfrein . . . o,83o. Distance de la pointe des os du nez au bord pos- térieur des cond)lcs occipitaux (i) 0,760. Id.... à la partie inférieure de la crête occipitale . o,G5o. Longueur de l'arcade zygoÎTfia tique . . ï j . . . . o,3oo." (0 Quoique CCS derniers manquent dans le dessin, j'ai pu les mcllrc en place pour prendre la oesiiie cidciius. , .,.,■• 84 CDRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. Distance de l'apophyse sur-orbitaire à la crête occipitale 0,295. Distance de la pointe des os du nez au fond de l'échancrure nasale 0,260. A/.... à l'apophyse sur-orbitaire 0,890. Hauteur de l'occiput au-dessus du bord inférieur des condyles occipitaux 0,220. Epaisseur des os du nez prise au milieu de leur longueur 0,080. Largeur des os du nez, ici 0,1^0. Plus grande largeur du front 0,220. Distance horizontale du point de la plus grande convexité d'une arcade zygoniatique à l'autre. . . . o,3i3. Distance entre les extrémités internes des facettes gléuoïdes des temporaux 0,090. On se rappelle qu'un grand nombre des os des membres trouvés en plusieurs lieux de l'Europe, inais principalement en Italie, étaient rapportés par Cuvier au Bliinocéros leptliorinus. Ces os présentant des dimensions moindres que celles des os du tichorhinus ^ on était fondé, jusqu'à un certain point, à les rapporter au leptliorinus ^ qui passait pour moins fort que le tichorliinus. Mais on voit dans l'une des additions placées à la fin du tome Jii des Recherches, que Cuvier annonce qu'après avoir reçu cinq squelettes complets de l'espèce de Sumatra, il s'est convaincu que « les os des membres de cette espèce de Su- « matra sont ceux de tous qui approchent le plus de l'espèce « fossile d'Italie [R. leptorliinus) ).-. On est donc amené à penser que ces os d'Italie, si semblables à ceux du Bicorne de Sumatra, doivent piovenir de la même espèce que mon crâne et celui de M. Schleyermacher, si semblables eux-mêmes au crâne du Bi- corne de Sumatra. Maintenant que nous savons que le lepto- rliinus n'a point existé, il est bien certain pour nous que ces os d'Italie lui ont été attribués à tort , ainsi que je l'ai annoncé au commencement de ce Mémoire; on peut donc regarder comme infiniment probable qu'Us provieniient ài\ Rhinocéros Méga- rhiniis : nous verrons bientôt que la chose est certaine pour les mlaires CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. 85 Les molaires du Bicorne de Sumatra n'ayant été décrites par aucun auteur, je ne pourrai reconnaître si la même ressem- blance qui existe entre le crâne et les os des membres du PJii- nocéros mégarhinus et les mêmes parties du Bicorne de Suma- tra, se continue jusque dans les molaires de ces deux espèces. C'est une question que pourront facilement éclaircir les natura- listes de la capitale; je ferai en sorte qu'ils puissent trouver dans i cet écrit une partie des élémens nécessaires à sa solution. Afin de ne point ajouter à la complication déjà assez grande du sujet que je traite, j'avais évité jusqu'à ce moment d'entrer dans la discussion des caractères spécifiques des molaires de chacune des espèces que nous avons passées en revue. Il eût été, en effet, d'autant plus difficile de discuter plus tôt ces ca- ractères, que les espèces c|ui étaient censées les représenter n'é- Itaient pas elles-mêmes suffisamment distinguées, que l'une d'elles devait ne pas être conservée, et que les molaires attri- buées à plusieurs espèces devaient être rapportées à luie seule et en partie distraites de l'espèce qui devait être rejetée. Néanmoins, quoique le nombre des grandes espèces connues de Bhinocéros fossiles soit maintenant réduit à deux, les carac- tères de toutes leurs dents seront incomplètement connus, parce que la question se complique non-seulement du nombre de ces espèces connues, mais encore de celles qui peuvent n'être que douteuses , et surtout des six sortes de molaires qui doivent se trouver nécessairement dans chaque espèce. Ainsi, en tenant compte des deux espèces connues, le Rhinocéros tichorhinus et le Rhinocéros mégarhinus ^ il faut encore songer qu'il y a des dents isolées qui peuvent ne point leur appartenir, et que, parmi celles qui leur appartiennent réellement, il y a, à la mâ- choire supérieure, des dents de lait, des dents de remplacement et des arrière-molaires dont les caractères particuliers peuvent être fort différens, et qu'enfin une suite de circonstances pa- reilles se reproduit dans les molaires inférieures, si différentes des premières que les analogies les plus éloignées ne peuvent faire servir la connaissance des caractères spécifiques des unes à la connaissance des caractères spécifiques des autres. Si à ces considérations on ajoute que les molaires d'au moins 86 CHRiSTOL. — EJiinocéros fossiles. une petite espèce de Rhinocéros peuvent facilement être prises pour des molaires de lait de Tune ou de l'autre de nos grandes espèces, et réciproquement que des molaires de lait de celles-ci peuvent être prises pour des molaires de remplacement de la petite espèce, on verra c[u il reste encore bien des particularités à connaître avant de parvenir à distinguer une espèce de Rhi- nocéros au moyen d'une molaire quelconque considérée isolé- ment. Cependant, j'ai lieu d'espérer qu'au moyen de quelques observations que j'essaierai d'ajouter à celles bien plus éten- dues qui ont été faites par Cuvier, on pourra, dans le plus grand nombre de cas et avec des dents isolées, arriver à une détermination précise de l'espèce, et qu'on y arrivera toujours lorsqu'on pourra consulter une arrière-molaire et une molaire antérieure fixées au maxillaire supérieur. Avant d'en venir à l'examen des molaires fossiles, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler les caractères des molaires des Rhinocéros vivans, tels qu'ils ont été indiqués par Cuvier. La couronne des molaires supérieures de tous les Rhinocéros, pi. 3, fig. 3, et suivantes, est à-peu-près rectangulaire et à- peu-près aussi large que longue; sa hauteur varie, comme dans tous les herbivores, suivant que la dent est plus ou moins usée. La face triturante offre une réunion de fossettes et de lobes phis ou moins tronqués à leur sommet, selon cju'on les consi- dère à des degrés plus on moins avancés d'usure. Ces lobes et ces fossettes paraissent au premier abord fort irréguliers et assez confusément distribués sur la couronne; il ne fallait, en effet, rien moins que le génie observateur de Cuvier et ses profondes connaissances dans tous les caractères des autres genres, pour opérer la division , non arbiti\aire mais philosophique, de toutes ces parties en élémens distincts que l'on put suivre, au milieu de toutes leurs transformations , jusque dans ceux des autres genres dont Cuvier a signalé les rapports avec celui des Rhi- nocéros. Quelque attrayant que soit ce sujet, je n'ai point à le dévelop- per ici ; en faisant connaître plus tard un genre remarquable de mammifère terrestre que j'ai découvert depuis assez long-temps, j'aurai occasion de confirmer et d'étendre ce que Cuvier nous CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. Sf a appris sur ce sujet important; pour le moment, il me suffira de rappeler que la division des diverses parties des molaires de Rhinocéros établie par Cuvier n'est point arbitraire ou simple- ment graphique, mais qu'elle est éminemment philosophique, et fondée de la manière la plus satisfaisante sur la nature intime [ des choses; elle est l'un des points les plus remarquables de la || science des rajDports dans les êtres organisés. On peut se borner à considérer dans les molaires de Rhino— Il céros, fig. 3, pi. 3, etc., les élémens suivans : 1° Une colline externe, A. B.. dirigée dans le sens de la lon- gueur de la dent ; 2° deux collines internes , A. C. et B.D. , pla- cées parallèlement, en travers de la dent : la première colline s'appelle aussi longitudinale, les deux autres transversales; l'une de celles-ci est antérieure, Tautre postérieure; 3° ini cro- chet, T, qui, partant du milieu de la coUine transversale pos- térieure , se dirige vers la colline antérieure , traversant ainsi le vallon , V , qui sépare les deux collines transversales. Dans cer- taines espèces, pi. 3, fîg. n et 1 5, ce crochet, T., se joint à la colline transversale antérieure, A. C; dans d'autres espèces, fig. 3, 6 et 8, il ne s'y joint pas et s'arrête au milieu du vallon; 4° enfin, au bord postérieur de la dent est une forte échancrure , L. - pratiquée sur le flanc de la colline transversale postérieure. Lorsque la dent est suffisamment entamée par la détrition , l'échancrure postérieure, E., se change en une fossette, ainsi que le vallon, V., ce qui forme alors deux fossettes sur la cou- ronne, comme on peut le voir dans les fig. 5, pi. 2 et fig. 6 et 7, pi. 3, dans lesquelles le nombre et la place des fossettes sont indiqués par des chiffres. Mais dans les espècesvivantes ou fossiles, fig. i5 et 5, pi. 3, dans lesquelles le crochet, T., de la colline postérieure se joint à la colline antérieure , le vallon , V. , se trouve partagé et forme deux fossettes séparées , lesquelles, ajoutées à celle de l'échau- crure postérieure, portent le nombre des fossettes à trois. Ainsi, il y a des molaires à trois ou à deux fossettes, selon que le crochet de la colline transversale postérieure se joint ou ne se joint pas à la colline antérieure. La série complète des molaires est de sept dans tous les Rhi-' 88 CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. nocéros, mais la première tombe dès le jeune âge ; celle-ci et la dernière offrent des formes assez différentes des autres. Comme leur examen ne nous conduirait à aucun caractère spécifique, nous n'en ferons pas mention. En comparant entre elles les molaires des espèces vivantes , on reconnaît que , dans l'Unicorne de Java , fîg. 7, pi. 3, il n'y a jamais que deux fossettes sur la couronne, tandis qu'il y en a trois dans l'Unicorne des Indes, fig. i5, pi. 3. Ce que j'ai exposé pré- cédemment explique comment s'effectue cette différence. Dans le Bicorne du Cap , fig. 8, pi. 3, il n'y a non plus que deux fossettes sur la couronne ; mais dans ses molaires de lait , fig. 9 , le cro- chet de la colline postérieure se joignant à la colline antérieure, il se forme trois fossettes sur la couronne, quand la dent est suffisamment usée. D'autres différences, dont on sentira incessamment l'impor- tance, se font remarquer encore dans les molaires adultes de celte dernière espèce, fig. 8 : 1° Dans les molaires de rempla- cement, A., le crochet de la colline postérieure est bifurqué; cette bifurcation se montre aussi, mais moins constamment et à un moindre degré, dans les arrière-molaires, B. 2° Une crête verticale , placée dans le vallon , part de l'angle antérieur ex- terne de la couronne et se dirige vers la pointe libre du crochet; cette crête existe encore, mais beaucoup moins forte, dans les arrière-molaires. 3° Un bourrelet saillant règne à la base des deuxième, troisième et quatrième molaires; ce bourrelet n'existe pas dans les arrière-molaires : Cuvier, comme nous l'avons déjà vu, en signalant les molaires fossiles d'Avaray, a insisté sur ce dernier caractère. J'ignore entièrement quels sont les caractères spécifiques des molaires de la grande race du Rhinocéros de Sumatra; tout ce que j'en sais, c'est qu'elles n'ont point de bourrelet à la base de leur bord interne. En examinant les molaires de Rhinocéros fossile qu il avait à sa disposition, ainsi que les figures qui en avaient été publiées par divers auteurs, Cuvier reconnut qu'il s'en trouvait de deux sortes, les unes à trois fossettes, comme les molaires de l'Uni- CHRISTOL. — Rhinocéros fossiles. 89 corne de l'Inde, les autres à deux fossettes, comme les molaires de rUnicorne de Java. On peut voir , fig. 5 , pi. 3 , une molaire à trois fossettes : c'est celle de la fig. 4, pi- xiii du tome 11 des Recherches, et, fig. 3, pi. 2 et fig. 6, pi. 3, plusieurs molaires à deux fossettes. Les sixième et septième de la fig. 3, pi. 2, sont entièrement semblables à celle I de la fig. 5 , pi. xni du tome ii des Recherches. Mais ces différences légères indiquent-elles des espèces diffé- rentes? C'est là une question que Cuvier n'entreprend pas de résoudre d'une manière complète; quelques circonstances le font pencher pour l'affirmative; d'autres le portent vers la négative. « Ce qui est bien certain, observe-t-il, c'est que l'espèce à na- « rines cloisonnées a des molaires à fossettes (i). On les voit « très bien aux figures de Pallas {Nou. Com. xvii, p/. xvi, v- Jig' i), et l'on aperçoit que les antérieures vont se cerner au « crâne dont l'Académie de Pétersbourg m'a envoyé le dessin, « et que j'ai fait graver pi. -i,Jig. i , ainsi qu'au crâne dessiné « par M"c IMorland, ibid., j)l. i,/ig. /[. f( Mais j'ai le regret de n'avoir point examiné de près les mo- « laires du leptorhinus , en sorte que j'ignore si elles présentent « des caractères analogues à ceux qui distinguent les molaires « des espèces vivantes. C'est une recherche que les naturalistes « italiens ne manqueront pas sans doute de faire, et qui don- « nera peut-être les moyens de se diriger dans le discernement « des dents que l'on trouve isolées. » INIaintenant que l'on sait que le leptorhinus n'existe pas, il (i) Il n'est pas douteux qu'ea observant que le lichorhinus a des molaires à fosselles, Cu- •vicr n'ail voulu Jire des molaires à trois fussellesj on peut s'en convaincre en consultant dans son ouvrage les diverses remarques qui précèdent le passage cité. Cependant, je dois dire qu'on y trouvera une manière de compter les fossettes différente, quant aux termes, de celle que j'ai cru devoir adopter, mais la même quant au fond. Ainsi, Cuvier désigne, comme moi, pour pre- mière fossette, celle qui résulte de l'échancrurc du bord postérieur de la couroimi"; pour se- conde, celle qui résulte de la porliou du vallon cerné par le crocbet de la colline supérieure, mais ne donne pas le nom de fossette au reste du vallon; cependant, comme cette por- tion du vallon est susceptible de se transformer en fossette, quoique plus lard à la vérité que Tautre portion, je n'ai pas vu d'inconvénient à lui donner le nom de troisième fossette : il m'a paru plus simple de dire molaire à trois fusscttci, que molaire à deux fossettes et une portion de ration. AO CHRiSTOL. — Rhinocéws fossiles. ne peut plus être question de rechercher les caractères de ses molaires ; mais on n'en a pas moins à rechercher de quelle es- pèce peuvent provenir les molaires à deux fossettes signalées par Cuvier, et même par Merk et par Faujas, car ces deux ob- servateurs ont, en effet, distingué ces .deux sortes de dents, mais en attribuant à tort les unes au Bicorne du Cap, les autres à rUnicorne de l'Inde, espèces que Faujas asshnilait complète- ment à leurs congénères perdus. Un assez grand non:ibre de molaires de Rhinocéros fossiles , que j'ai pu observer les unes isolées, d'autres encore en place sur le crâne, me permettent d'indiquer l'origine de celles qui n'ont que deux fossettes. La figure 3, pi. 2, offre les six molaires du côté gauche de mon crâne de mégarhinus ; les arrière-molaires, cinquième, sixième et septième, ont évidemment le crochet, T, de leur colline posté- rieure séparé de leur colline antérieure, ressemblant entière- ment en cela aux molaires de l'unicorne de Java et à celles du bicorne du Cap. Elles sont très usées et ne présentent que* deux fossettes , la première provenant de l'échancrure postérieure, la seconde provenant du vallon qui n'est pas encore cerné. Les molaires de remplacement , deuxième , troisième et quatrième de la série, offrent leur vallon fortement cerné, et n'ont non plus que deux fossettes ; on y reconnaît, à une légère inflexion ' du bord postérieur de la fossette antérieure, le vestige du cro- chet, T, qui a été usé jusqu'à sa base. Mais ce qu'il est important d'observer, c'est que le bord in- terne de ces deuxième, troisième et quatrième molaires offre un large bourrelet saillant, A, que l'on ne voit que dans les deuxième, troisième et quatrième molaires du Bicorne du Cap. Cuvier avait déjà remarqué , dans le dépôt d'Avaray, ces mo- laires? bourrelet sur le bord interne de la couronne , et les l'ap- portait à \'inciswus. On voit qu'elles proviennent effectivement de la même espèce c[ue le crâne de?.I. Schleyermacher; mais on ne peut trouver en cela une preuve que cette espèce a été telle que la supposait Cuvier, c'est-à-dire munie d'incisives; car, in- dépendamment de ce que j'ai pu dire sur Xlnciswus , il ne faut point oublier que Cuvier avait observé que ces molaires à bourr CHRISTOL. — Rhinocéi'os fossiles. gi relet ne se voient dans aucun Rhinocéros vivant muni d'inci- sives , mais uniquement dans le Bicorne du Cap , qui n'a point d'incisives. Les six molaires du côté droit de mon crâne de mégarhinus sont identiquement semblables à celles de la fig. 3, pi. 2, ce qui ne me permet pas de douter que les formes de toutes ces dents ne _ soient constantes, et qu'on ne puisse, dès à présent, les consi- dérer comme l'expression des caractères propres à toute l'espèce. Que si l'on en doutait, j'aurais encore à produire d'autres molaires entièrement semblables à celles que je viens de faire connaître, et qui proviennent d'un second crâne de mégarlûnus sur lequel je les ai vu fixées. La fig. 6, pi. 3, représente Tune des molaires de ce second crâne de mégarliuius : c'est la cinquième du côté gauche ; la sixième, dont je ne donne pas de dessin , est entièrement pareille à celle- là ; les autres molaires de ce crâne sont brisées. Dans ces deux molaires, le crochet, T, de la colline postérieure ne joignant pas la colline antérieure, il n'y a, comme dans mes molaires de la fig. 3, pi. 2, que deux fossettes sur la couronne, l'une résultant de l'échancrure postérieure, l'autre résultant du vallon. Enfin je donne,fîg. 1 1, pi. 3, une deuxième molaire du côté droit de ce second crâne de mégarhinus ; elle est absolument semblable aux molaires de remplacement de la fig. 3, pi. 2. On y voit les deux fossettes, et sur le bord interne, au point A, le bourrelet qui n'a pas été rendu par le dessinateur. Ce dessin n'est point entièrement exact; cependant, comme on y reconnaît le nombre des fossettes , et que d'ailleurs je l'ai emprunté à un mémoire publié par M. de Serres, j'ai dû n'y rien changer. Ce dont on peut être assuré, c'est qu'ayant vu la dent fixée au crâne, je me suis complètement assuré de l'identité de ses caractères avec ceux de mes molaires antérieures, fig. 3, pi. 2, et surtout de l'existence du bourrelet ; c'est même la première chose qui m'a frappé lorsque j'ai jeté les yeux sur cette dent. Ces molaires, comme on le voit, ne diffèrent en rien de celles de mon crâne, et se rapprochent par conséquent, comme ces dernières, des molaires du lîicorne du Cap; elles sont, au con- traire, fort différentes de celles du tidiorhinus et de celles de l'U- 9^ c riRisTOL. — Rhinocéros fossiles. nicorne de l'Inde; elles diffèrent encore de celles del'Unicorne de Java , par l'existence du bourrelet dans les antérieures. J'ai donné la description du crâne qui porte la série des mo- laires à deux fossettes de la fig. 3, pi. 2, en sorte qu'on est fixé sur l'espèce dont l'une et l'autre proviennent; en donnant comme preuve de la constance des caractères des molaires du mégarhi- nus, CQwy:. des autres molaires que je viens de décrire, je dois montrer encore cjue celles-ci proviennent réellement d'un crâne de mégarhinus; c'est ce que je ferai, lorsque j'aurai entièrement exposé ce que mes observations ont pu me faire connaître touchant les divers états que présentent les molaires du mé- garhinus. Ces divers états offrent des difféi^ences qu'il est assez difficile de ramènera un type primitif, car, ainsi que l'observe Cuvier, pour bien connaître les dents des herbivores, il ne suffit pas de les voir , comme celles des carnassiers, à une seule époque de la vie; comme ces dents s'usent continuellement, la figure de leur couronne change aussi continuellement, et le naturaliste doit les suivre depuis l'instant où elles perdent la gencive jusqu'à celui où elles tombent de la bouche. N'ayant pu suivre sur des crânes à^ mégarhinus tous les chan- gemens que la détrition a pu produire dans la figure de la cou- ronne de leurs molaires, je ne pourrai indiquer ces change- mens qu'au moyen de molaires isolées ; aussi les résultats aux- quels je pourrai parvenir n'auront-ils pas le même degré de cer- titude que ceux que j'ai déjà annoncés. Nous avons vu que dans les trois arrière-molaires du méga- rhinus^ fig. 3, pi. 2, le crochet delà colline postérieure ne joignait pas la colline antérieure; que la même particularité avait lieu dans les molaires de remplacement, mais que, dans celles-ci, il y avait, de plus qu'aux autres, un large bourrelet appliqué contre le bord interne de la couronne. Or, nous retrouvons tout cela dans les molaires du Bicorne du Cap, mais de plus on observe, dans ces dernières, que le crochet des molaires de remplacement est bifurqué à son extré- mité libre, et qu'en outre, une crête verticale, partant de l'angle antérieur externe de la couronne, se dirige vers l'issue du vallon. CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. q3 La molaire, A, du bicorne du Cap, fig. 8, pi. 3, présente tous ces caractères. Si cette dent était usée jusqu'au degré où le sont celles de la fig. 3, pi. 2, on n'y retrouverait certainement ni la bifurcation du crochet, ni la crête verticale qui part de l'angle antérieur externe de la couronne ; ce cjui me porte à penser que , si les dents de la fig 3 étaient moins usées c[u'elles ne le sont, on pourrait y retrouver et le crochet bifurqué et la crête ver- ticale des molaires du bicorne du Cap, de même cpi'on y a déjà trouvé et la non-jonction du crochet et le bourrelet du bord interne de la couronne. Or, la fig. lo, pi. 3, présente une molaire, la quatrième du côté droit, qui remplit toutes ces conditions: elle a i° comme dans le Bicorne du Cap et le rriégorhinus , un bourrelet. A, sur le bord interne de la couronne; i° comme dans le Bicorne du Cap et le iiïégaihinus ^ un crochet, ï, c|ui ne joint pas la colline anté- rieure, et enfin la bifurcation du crochet et la crête verticale du Bicorne du Cap. N'est-il pas très probable que cette dent provient du méga- TÎiinus et qu'elle ne diffère de celles de la fig. 3, pi. 2, cj[ue par un moindre degré d'usure ? Je ne balance pas à me prononcer pour l'affirmative, car puisque le mégarliinus a les Aew^ caractères spécifiques du Bi- corne du Cap, c'est-à-dire la non-jonction du crochet et le bourrelet du bord interne de la couronne, les analogies les plus simples doivent porter à croire C[u'il a aussi les deux au- tres caractères du Bicorne du Cap, c'est-à-dire la bifurcation du crochet et la crête verticale de l'angle antérieur externe. Cette conjecture prend un caractère de démonstration, lors- qu'on trouve des molaires qui, comme celle de la figure 1 o, pi. 3, avec la non-jonction du crochet et le boiUTclet du bord in- terne, jjrésentent encore la bifurcation, T, du crochet et la crête verticale, 1», de l'angle antérieur externe de la couronne. On j)eul oj)p(jser celle molaire, bord contre bord, à la mo- laire, A, de la fig. 8, pi. 3, et on rclrouvera dans toutes deux les mêmes parties. J'ai vu plusieurs molaires pareilles à celle de la fig. 10, qui se g4 CHRSSTOL. — ■ Rhinocéros fossiles. trouve dans ma collection, et j!en ai même vu dont les collines ne sont point entamées; en sorte que je ne cloute pas que la forme rxQn soit constante. Ce sont là les molaires que Cuvier attribuait au leptorhi- niis ^ et bien qu'il n'en ait pas donné de figure, il est impos- sible de ne pas les reconnaître à la description très exacte qu'il en donne. En effet, dans une addition relative à de nouvelles découver- tes d'os de Leptorhinus et placée à la fin du Tom. m, il annonce que M. Pentland a rapporté de Toscane, « des dents dont la « colline postérieure, au lieu d'un seul crocbet, en donne plu- « sieurs petits en avant; ce qui fait paraître celte colline dente- « lée vers sa base quand elle commence à s'user. » Tout cela se retrouve exactement dans toutes nos molaires pareilles à celle de lafig. lo, pi. 3. Ces dentelures de la colline postérieure ne sont autre chose que la bifurcation du crocbet, ainsi c[ue le remarque Cuvier, et elles varient de figure suivant qu'on les observe dans des dents usées à des degrés différens ; si, pour les représenter, j'ai choisi une dent moins usée que plusieurs de celles que j'ai observées, c'est afin de montrer que ces dentelures résultent de la bifur- cation du crochet, et qu'ainsi toutes ces molaires à colline pos- térieure dentelée sont des molaires à crochet bifide, semblables à celles du Bicorne du Cap. Je dois, néanmoins, observer qu'in- dépendamment des deux branches principales du Crochet, on trouve souvent une petite crête placée sur les côtés du crochet, de manière que celui-ci paraît alors trifurqué ; dans ce cas, les dentelures de la colline usée sont plus nombreuses. Les arrière-molaires ne présentent point de bifurcation à leur crochet, en sorte que leur colline usée ne peut paraître dente- lée; mais on y reconnaît la crête qui part de l'angle antérieur externe. Cette crête est représentée dans la fig. G , pi. 3 , que j'ai aussi tirée du mémoire de M. de Serres. Nous pouvons donc dès à présent établir, d'après des molai- res trouvées sur deux crânes et d'après plusieurs molaires iso- lées, les caractères particuliers des molaires de mégarhinus ; nous pourrons même reconnaître tous les changemens que la CHRisTOL . — Rhinocéros fossiles. n 5 détrition peut opérer sur la figure de la couronne; car nous avons vu ceile-ci très usée sur un premier crâne, moins usée sur un second, et enfin à un degré d'usure si peu avancé, dans des molaires isolées, qu'on peut facilement conclure de celui-ci tous les autres degrés qui l'ont précédé. j" Ces molaires n'ont habituellement que deux fossettes sur la couronne. i° Le crochet de leur colline postérieure ne se joint jamais à l'antérieure. 3° Ce crochet est bifurqué ou trifur- qué dans les molaires de remplacement^ et simple dans les ar- rière-molaires. 4" Une crête verticale part de l'angle antérieur externe de la couronne et se dirige vers l'issue du vallon. 5° Un large bourrelet est appliqué contre le bord interne des molaires de remplacement. De l'indication de ces caractères découlent nécessairement toutes les modifications qui peuvent résulter des divers degrés d'usure de la couronne, aussi n'ai-je pas dû signaler comme caractère les dentelures qui, à une certaine époque, apparaissent sur le bord antérieur de la colline postérieure ; pour le même motif, je n'ai pas dû mettre au nombre de leurs caractères la ressemblance de ces denfâ avec celles du Bicorne du Cap, celle- ci se déduit de leur description. Si réellement, comme l'annonce Cuvier, et comme on doit être porté à le croire, les molaires du TichorJiinus ont pour carac- tère la jonction de leur crochet à la colline antérieure, il sera maintenant assez facile, dans la plupart des cas, de recoiniaître de quelle espèce de Rhinocéros proviennent les molaires isolées qu'on pourra découvrir; mais je ne puis m'empêcher de parta- ger encore les doutes exprimés par Cuvier à cet égard. En effet, de toutes les molaires que j'ai vues ou dont j'ai pu consulter les dessins, soit dans Cuvier, soit dans divers auteurs, il n'en est qu'une seule dans laquelle j'aie pu m'assurer de la jonction du crochet à la colline antérieure, c'est celle de la fig. 5, pi. 3, tirée du Tom. ii des Recherches. J'ai vu sans doute un assez grand nombre de dents et de des- sins de dents dans lesquels on reconnaît évidemment trois fos- settes, mais CCS trois fossettes n'y sont point le résultat de la réunion du crochet à la coHinc antérieure, et c'est là une diffc- o6 CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. rence sur laquelle j'insiste d'autant plus volontiers qu'elle a déjà été admise par Cuvier, sans toutefois qu'il lui ait accordé la géné- ralité que je suis porté à lui supposer. Il observe, en effet, que dans une molaire, fig. 9, pi. xiii du tom. II des Reclierches, et que je reproduis, fig. ]3, pi. 3, on re- marque « cela de très particulier, que le crochet de la colline pos- te térieure s'y contourne et va joindre le bord externe, en sorte « que le trou antérieur a dû y être distinct du vallon dès la pre- « mière détrition de la dent. « En outre, la colline antérieure est elle-même creusée d'une « fossette peu profonde ; l'échancrure postérieure est très grande « et ne doit se changer que tard en fossette à cause du peu d'é- a lévation du bord. » Il pense que ce peut être là une quatrième dent de lait. En examinant attentivement toutes les figures à trois fosset- tes publiées par Cuvier, on voit cpie toutes^ une seule excepté, présentent la même particularité de la réunion du crochet au bord externe, en sorte qu'on en est à se demander comment il se fait c[ue, si dans le tichorhinus le crochet de la colline postérieure se joint à l'antérieure, il ne se soit trouvé qu'une seule molaire de cette espèce parmi les autres figures de l'ou- vrage de Cuvier. Afin de présenter d'une manière phij claire les termes de la question, je donne, fig. 1 4, pi- 3, le dessin d'une molaire qui m'a été comrnunicjue'epar le professeur Buckland, et qui, étant entamée, permettra d'en discerner les parties et de les comparer aux par- ties correspondantes des autres molaires, plus facilement qu'on n'aurait pu le faire dans celle de Cuvier, fig. i3. Quelque différente que puisse paraître au premier abord la physionomie de ces deux dents, il n'en est pas moins vrai qu'el- les sont identiques; le nombre et la disposition des élémens anatomique.s sont les mêmes dans chacune d'elles. L'une est du coté gauche et n'est point entamée; l'auti^e est du côté droit, et est entamée : c'est en cela seulement qu'elles diffèrent. Dans celle de la fig. i4, on reconnaît parfaitement c[ue le cro- chet, T, de la colline postérieure, B. D, se contourne et joint la CHRISTOL. — Rhinocéros fossiles. qij colline externe, A. B, et non la colline antérieure, A. C, comme cela a lieu clans la fig, 5 , pi. 3. Il y a, dans l'une et l'autre de ces deux dernières dents, trois fossettes; mais la réunion du crochet s'y fait d'une manière es- sentiellement différente. Lorsque l'on considère l'importance que des modifications très légères en apparence peuvent avoir dans la distinction des caractères des molaires propres à une espèce, et qu'on se rap- pelle que les molaires de plusieurs genres, celles des divers genres de Ruminans, par exemple, ne sont même distinguées que par des modifications de cette nature, on ne pourra s'em- pêcher d'accorder quelque valeur à la modification que je si- gnale, et qui n'en a pas moins été signalée par Cuvier, biea cju'elle lui ait échappé, à ce qu'il me paraît, en plusieurs autres circonstances. Lorsque le crochet de la colline postérieure se joint à la col- line antérieure, cette jonction se fait directement et sans l'in- termédiaire d'aucun élément analomique; lors, au contraire, qu'il se joint à la colline externe^ c'est par l'intermédiaire de la crête verticale de l'angle antérieur externe de la couronne. Cette crête verticale de l'angle antéiieur de la couronne existe- t-elle dans les molaires du tichorhinus, et dans le cas où elle s'y trouve, est-elle invariablement fixée à la même place ? Ce sont 1 des questions que l'on est étonné d'avoir encore à se faire, quand on songe à la quantité de dents de Rhinocéros qui se découvrent journellement dans toutes les parties de l'Europe; leur solution jetterait cependant beaucoup de jour sur toute cette matière. Les distinctions que je viens d'établir, entre les deux modes (le jonction du crochet de la colline postérieure aux autres col- lines, m'ont été suggérées par des modifications accidentelles que j'ai reconnues dans des molaires de mégarli/nus , et qui, mal interprétées, ne conduiraient à rien moins qu'à faire rapporter au tichorhinus des molaires de mégarhinus. En examinant des molaires de mégarhinus évidemment pour- vues des caractères propres à cette espèce, je me suis aperçu que 1 extrémité du crochet de la colline postérieure se rapprochait IV. 7,.or. 9^ CHRisTOL — Rhinocéros fossiles. quelquefois beaucoup de la crête verticale de l'angle antérieur externe de la couronne; cjue d'autres fois ce crochet touchait la crête, sans néanmoins s'y souder, et que, dans d'autres circon- stances, la crête et le crochet étaient entièrement réunis sans trace de séparation, en sorte qu'alors le crochet se trouvait jomt à la colline externe, cernait une portion du vallon, et formait ainsi une troisième fossette. Les fig. lo et 1 2,pl. 3, rendent sensibles ces dispositions. La mo- laire de la fig. 12, dans laquelle le crochet et la crête sont intime- ment réunis, est une a« gauche de remplacement; comparée à la a'' molaire àejnégarhliius de la fig. 3, pi. a, elle en reproduit tous les détails et a les mêmes dimensions. En appliquant l'une sur l'au- tre, je me suis assuré de la coïncidence de toutes les sinuosités de leurs bords. On voit encore au point F, sur la a* molaire de la fig. 3, le reste de l'échancrure qui correspond à celle du bord antérieur de la fig. 12, indiquée aussi par la même lettre. Cette dernière représente donc à- la-fois et la circonstance accidentelle de la réunion du crochet à-la-crête de l'angle anté- rieur externe de la couronne; et le degré le moins avancé d'u- sure des* molaires de remplacement; c'est à M. Marcel de Serres que je la dois : elle a été trouvée avec une autre toute pareille, aussi peu entamée et qui provient probablement du même in- dividu. Dans cette dernière le crochet ne touche point la crête, mais en est si rapproché qne je n'ai pu faire passer entre eux la pointe très aiguë d'un compas. On voit, d'après ce qui précède , que le inégarhinus peut avoir accidentellement des molaires à trois fossettes, sans que pour cela il y ait jonction du crochet à la colline antérieure; aussi ai-je eu soin de tenir compte de cette circonstance dans l'énoncé des caractères de ses molaires. Il ne faudrait pas conclure de ces observations que la molaire de Cuvier ne soit point une dent de lait; je suis, au contraire, porté à croire que c'est une molaire de lait de mégarliinus, et voici pourquoi : Nous avons vu que tous les caractères de nos molaires adultes de mégarhinus coïncidaient complètement, un à un , avec les caractères des molaires adultes du Bicorne du Cap; celte cir- CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. oa constance doit cous permettre de penser qu'il peut en être en- core ainsi pour les nioîaires de lait de ces deux espèces. Or, les molaires du lait du bicorne du Cap, fig. ç, pi. 3, sont plus longues que larges, n'ont plus de bourrelet à la base, et la jonction du crochet s'y fait à la colline externe. N'est-il pas très probable dès-lors que la molaire de Cuvier, qui ressemble si fort aux molaires de lait du Bicorne du Cap^ est réellement une molaire de lait du MégarJiinus ? Al'inversCjil ne faudrait pas non plus conclure que lamolairej £g. 12, pi. 3, est une molaire de lait parce qu'elle a son crochet joint à la colline externe; lorsqu'on la retourne, on voit que sa base est plus large que longue ; que ce qui reste de ses racines ne présente pas ces apparences de carie que M. Frédéric Cu- vier signale dans les molaires de lait, et que j'ai eu occasion de vérifier sur des centaines de dents d'animaux de divers genres. Ce que j'ai dit des divers degrés du rapprochement de l'extrémité du crochet et de la crête dans deux dents, qui proviennent pro- bablement du même individu, est une raison non moins fondée de la considérer comme une molaire de remplacement, car on trouve en cela la preuve que la jonction du crocheta la colline externe est accidentelle et non point normale, comme tout porte à croire qu'elle l'est dans les molaires de lait. Enfin la présence du bourrelet du bord interne montre encore que c'est une mo- laire de remplacement. Dire de quelle espèce proviennent les molaires à trois fosset- tes, par suite de la réunion du crochet à la colline externe, dont divers auteurs donnent des dessins, c'est là une tâche qu'on ne pourrait remplir convenablement qu'après avoir consulté les objets eux-mêmes ; mais, en général, il m'a paru que ces dents pouvaient être des dents de lait; je n'ai vu de bourrelet bien ap- parent sur aucune. On trouve encore à Montpellier, dans les couches sableuses qui renferment les restes du Rhinocéros mégarlùnus, d'autres molaires qui ne diffèrent de celles que j'ai précédemment fait connaître que par l'absence du bourrelet. M. Marcel de Serres possède une série presque complète de ^es dents, et quoiqu'on ne les voie adhérentes à aucune portion 1\ I oo CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. de maxillaire, je ne doute pas qu'elles ne proviennent toutes du ■même individu. Elles ne sont point usées au même degré, mais leur usure va en diminuant graduellement du commencement à la fin de la série, comme cela doit être dans les molaires pro- venant d'un même individu. Chaque dent porte sur l'émail de ses bords antérieur et postérieur l'empreinte correspondante aux saillies des bords de la dent qui la précède et de celle qui la suit, en sorte qu'en rapprochant ces dents on voit qu'elles s'ar- ticulent, en quelque sorte, les unes avec les autres. Elles ont été trouvées toutes à-la-fois dans le même endroit, et tout me porte à croire que les ouvriers qui les ont trouvées ont brisé le maxil- laire auquel elles étaient fixées. M. Marcel de Serres ayant bien voulu les mettre à ma dispo- sition, j'y ai reconnu les troisième, quatrième, cinquième et sixième du côté droit, les quatrième et septième du côté gauche. J'ai représenté, fig. 3 et 4, pi. 3, les sixième et quatrième du côté droit; ces deux-là suffisent pour donner une idée complète de la série, puisque l'une est une arrière-molaire et l'autre une molaire de remplacement. L'arrière-molaire, fig. 3, pi. 3, ne diffère en rien des arrière-mo- laires de mègarliinus que nons connaissons déjà; son crochet est simple et séparé de la colline antérieure comme dans la molaire, fig. 6, pi. 3. Ainsi que dans cette dernière, on y distingue la crête verticale, R, qui part de l'angle antérieur externe de la couronne. Les molaires de remplacement, dont la figure 4, pi- 3, repré- sente la quatrième, se distinguent de nos autres molaires de rem- placement par l'absence du bourrelet du bord interne , mais on y voit toujours la bifurcation ducrochet, T, et la crête verticale, li, de l'angle antérieur externe de la couronne. On reconnaît dans le crochet de cette molaireune disposition à se trifurquer et les trois branches en sont distinctes dans les deux autres molaires de remplacement, en sorte que leur colline postérieure a son bord antérieur dentelé. Sur ces deux autres molaires de remplacement on ne voit pas plus que dans celle-là de vestige du bourrelet, et cependant cette différence avec nos autres molaires ne tient évidemment CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. i o i pas à ce que le bord anguleux du bourrelet aurait été usé dans les unes et non dans les autres; car, d'un côté, l'absence dubour- relet se montre indifféremment sur des molaires à peine enta- mées, tandis que, de l'autre, on voit parfaitement le bourrelet sur des molaires tellement usées que la couronne ne montre plus ni collines ni fossettes. Ces différences annoncent-elles deux espèces ? Si le bourrelet des molaires de remplacement du bicorne du Cap se montrait sans exception et à un même degré de dévelop- pement dans tous les individus de l'espèce, nul doute que nos molaires sans bourrelet ne dussent être attribuées à une espèce différente de celle d'où proviennent les molaires à bourrelet. C'est là une question que pourront sans doute éclalrcir les na- turalistes placés auprès des grandes collections. Quant à moi, je dois me borner à signaler quelques circon- stances qui me paraissent être en faveur de Thypothèse dans laquelle l'absence du bourrelet ne tiendrait qu'à une différence individuelle : il m'a paru que ce bourrelet variait d'abord dans le degré de son développement et même dans sa position dans le Bicorne du Cap, et qu'il variait encore, quant à sa position, dans l'espèce fossile, au point que dans quelque cas il se mon- tre même dans les arrière-molaires ; ainsi je vois ce bourre- let dans une septième molaire figurée par Cuvier et dans une cinquième ou sixième figurée par le professeur Bucklaud, dans son grand ouvrage {Reliquiœ Diluviancé) qu'il a bien voulu m'adresser. Sans admettre deux espèces, on peut encore croire que, de même qu'il y a deux races distinctes dans l'espèce du Bicorne de Sumatra , de même il y a deux races dans l'espèce de mé- garhinus. La supposition que ces molaires sans bourrelet pourraient être des molaires de lait ne saurait être admise, puisqu'elles ne sont pas sensiblement plus usées que leurs arrière-molaires et quelles sont beaucoup plus larges que longues; j'avais ce|ien- dant éuiis celte opinion dans un [)récédent écrit (i), c'est là (i) AInnoire sur la comparaison de l'ancienne populalion de mammifères des bassins de Fézcuas cl de Monipellicr, 1 832. (Ce mémoire paraîtra daus un de nos prochains numcios.R.) 102 CHRisTOL. — Rhînocéros fossiles. une erreur que j'ai dû relever dès que l'occasion de le faire s'est présentée. J'aurais encore bien des observations à présenter sur ce su- jet, mai^ le défaut de moyens de comparaison effective doit m'engager à attendre que des circonstances plus favorables aient entièrement dissipé les doutes que j'ai pu concevoir sur leur exactitude. VL J'ai précédemment annoncé que le second crâne dont j'avais examiné les molaires provenait du mégarliinus; je suis d'autant plus dans l'obligation d'en offrir les preuves, qu'indépendam- ment de ce qu'on doit y trouver une confirmation de la con- stance des caractères des molaires du mégarliinus , ce second crâne a été déjà décrit par M. IMarcel de Serres qui en a fait une espèce particulière rejetée par Cuvier, et que Cuvier, de son côté, l'a l'apporté à l'espèce à narines cloisonnées , au B.hinocéros tichorhinus. Ce crâne de Pdiinocéros appartient à M. l'Évêque de INIont- pellier. M. Marcel de Serres en a donné la description et le pro- fil dans un Mémoire publié, au mois de juin 1S19, dans le Jour- nal de physique, et Cuvier en a donné le profil et une courte description, dans le tome iv des Recherches. INÏ. Marcel de Serres ayant admis la rectification faite par Cu- vier et ayant en conséquence indiqué depuis lors l'espèce de Rhinocéros à narines cloisonnées parmi les animaux fossiles des terrains marins supérieurs de IMontpellier, j'espérais que le crâne en question pourrait me donner les moyens de m'assurer par moi-même des caractères des molaires du tichorhinus, mais en voyant ce crâne, j'ai reconnu aussitôt qu'il provenait de la jnême espèce que le mien, c'est-à-dire du mégarhinus. JMalgré cela, j'ai dû y chercher encore les deux caractères principaux du tichorhinus, c'est-à-dire, dans les molaires, la jonc- tion du crochet de la colline postérieure à la colline antérieure ; dans le crâne, la réunion des os du nez aux os incisifs. JS^i l'un ni l'autre de ces caractères ne s'y trouvent. CHRisTOL. — Rhinocéros fossiles. lo3 M. Marcel de Serres les y a bien indiqués, mais je ne doute pas qu'un nouvel examen de ce crâne ne lui fit adopter ma manière de voir, car il ne s'agit point d'une interprétation des faits, mais bien de faits évidens et faciles à constater. Les os du nez sont séparés des os incisifs de toute la largeur de l'échancrure nasale; dans les molaires, le crochet de la col- line postérieure est séparé de la colline antérieure. Ce crâne étant sous un châssis vitré qu'il ne m'a pas été pos- sible d'enlever, et se trouvant placé sur une table adossée au mur, dans un local où le jour ne pénèlre qu'à travers le feuillage des arbres qui masquent la fenêtre, je n'ai pu en voir distincte- ment tontes les parties. En outre, le crâne étant posé sens des- sus dessous, je n'ai pu y bien reconnaître la forme de toute la région du front; mais j'ai pu y distinguer parfaitement tous les détails des molaires et les parties latérales et antérieures des os du nez. J'ai donc pu examiner sans difficulté les parties les plus im- portantes à connaître, celles qui peuvent montrer si ce crâne appartient ou non à l'espèce à narines cloisonnées (Rh. Ti~ chorhinus^. Je reproduis, fig. 7, pi. i, le profil de ce crâne tiré du tome iv des Recherches. Ce crâne étant beaucoup moins vieux que le mien^ ressemble davantage à celai du jeune Bicorne du Suma- tra, fîg. 6, pi. I. 1° Ce crâne est bicorne; sa forme m'a paru relativement étroite et allongée, absolument comme celle de mon crâne de mégajhinus i il est moins vieux que ce dernier, aussi a-t-il ses molaires moins usées et les protubérances de ses cornes moms rugueuses. 2" Ses os du nez sont aussi longs et ont la même forme que ceux du mégarhinus ; ils sont élancés et sensiblement hori- zontaux , c'est-à-dire parallèles à l'axe du crâne. Ils sont droits dans leurs deux tiers postérieurs, de D en E, et ne présentent point la courbure longitudinale, D, E, que l'on voit dans le ti- chorhinus, fig. i, pi. i et fig. 4, pi. 1. Ils se terminent en pointe libre recourbée en bas et en avant, mais moins brusquement que dans moji crâne où la protubé- lo4 CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. rance est beaucoup plus rugueuse et plus saillante. C'est là le résultat d'une différence d'âge. Leur extrémité n'est point cassée en avant, mais sur le côté il y manque une faible portion du bord gauche; cette cassure est indiquée au point C. On voit sur la protubérance de la première corne la fossette et la rainiu'e longitudinale que j'ai signalées dans le mégarhi- 7ïM.y; d'après Cuvier, cette rainure est remplacée dans le ticho- rhinuspav une crête saillante, A, fig.8, pi. 2. C'est là un caractère assez important, puisqu'il présente des modifications fort dif- férentes dans les diverses espèces de Rhinocéros vivans et fossiles. 3" Les os incisifs sont très longs, et leur extrémité m'a paru surmontée d'une forte tubérosité; ils s'étendent jusqu'au point A de la fig. 7, pi. i. Je n'ai pu voir à leur extrémité non plus qu'à celle des os du nez aucune apparence de fracture, l'os m'y a paru entièrement intact. Malgré toute mon attention et quoique j'y sois revenu à plu- sieui^s reprises, je n'ai pu parvenir à voir aucune trace de cloi- son des narines; à la vérité, l'cchancrure nasale est remplie de sable et de graviers agglutinés; mais par la manière dont les os du nez et les os incisifs embrassent la gangue, il est permis de croire qu'il n'y a jamais eu de cloison osseuse. Ces os incisifs sont séparés des os du nez de toute la largeur de l'échancrure nasale. Les points A. B. de la fig. 7, pi. r, se rappor- tent, le premier, à l'extrémité antérieure des os incisifs, le second, à l'extrémité antérieure des os du nez. La face inférieure des os incisifs est sur le même plan que la voûte palatine. Sa largeur va en diminuant de la base à l'extré- mité libre. Celle-ci est très étroite, mais non pas assez pour n'avoir pu donner place à des incisives. {; Je n'ai pu trouver aucune trace d'incisives ni d'alvéoles d'in- cisives, et cependant, sur ce point, l'os est plutôt sali que recou- vert par le sable. 4° L'échancrure nasale est certainement aussi longue et a la même iorme que dans mon crâne; elle est beaucoup plus lon- gue que dans le tichorhinus. CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. loS 5° La pyramide du crâne, P, est bien moins prolongée, bien moins inclinée en arrière que dans le tichorJiinus^ fig. i, pi. i. Le degré d'inclinaison et de prolongement en arrière de cette partie cérébrale du crâne, est comme dans mon crâne de îné- sarhinus et dans celui du JBicorde de Sumatra. 6» Je n'ai pu assez bien voir la région du front pour la décri- re ; néanmoins elle m'a paru étranglée en arrière, comme dans le mégarhinus. Les rugosités des crêtes temporales, des apophy- j ses orbitaires, en un mot, toutes les attaches des muscles que j'ai pu voir, m'ont paru moins marquées que dans mon crâne. La différence est surtout très sensible dans les protubérances des cornes. Dans mon crâne, la protubérance de la seconde corne forme une bosse qui n'existe pas dans celui-ci. Cependant ce que je crois avoir assez bien vu pour pouvoir l'assurer, c'est que les os du nez sont beaucoup moins larges que dans le iichorhinus i je crois même qu'ils n'atteignent pas tout-à-fait la largeur de ceux de mon vieux crâne et qu'ils sont un peu moins forts; la physionomie de leur face supérieure, de leur extrémité libre, est la même que dans le mégarhinus , et ils , ne diffèrent de mon crâne que parce que les rugosités de îa pro- tubérance sont beaucoup moins saillantes. Le profil publié pas Cuvier m'a paru d'une extrême exacti- tude; j'y ai ajouté approximativement l'indication de l'échan- crure nasale, et j'ai marqué par des hgnes ponctuées l'étendue de la gangue qui remplit l'échancrure nasale et se prolonge au-delà de l'extrémité des os du nez. J'ai apporté beaucoup d'attention dans l'examen des molai- res; elles sont parfaitement dégagées de la gangue, et leur cou- ronne étant tournée vers le côté d'où vient le jour, j'ai pu voir très distinctement toutes leurs parties et en constater sans hési- tation tous les caractères. En tenant compte des alvéoles , il m'a paru que le nouîbre des molaires était de six de chaque côté. Cependant, n'ayant pu voir d'assez près les tronçons de celles des dents dont la cou- ronne est brisée, il est possible que je n'aie pas bien vu la sépa- ration qui existe entre chacun d'eux. Du reste , la chose est peu importante, on sait qu'il existe sept molaires dans le genre entier io6 CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. des Rhinocéros, et que la première tombe d'assez bonne heure. Ces molaires sont complètement semblables à celles du mé- garhinus par les dimensions, et par tous les détails de leurs ca- ractères elles sont dans un état moyen d'usure. Les i''^, 2^, 5^ et 4^ du côté gauche manquent ou sont brisées. Les 5® et 6e du même côté sont conservées ; ces deux arrière- molaires étant absolument pareilles, je n'en représente qu'une, la 5%//^. 6, pi. 3 ; mais ce cjue j'en dis s'applique à toutes deux. Le crochet T,de la colline postérieure B. D., ne joignant pas la colline antérieure A. C, il n'y a cjue deux fossettes sur la couronne, l'une, r , résultant de l'échancrure postérieure, l'autre, 2, ré- sultant du vallon entier. Ces deux arrière-molaires sont , comme nous l'avons vu pré- cédemment, entièrement semblables à leurs correspondantes de mon crâne de inégarliinus. La dernière ou septième du côté gauche manque, mais la forme triangulaire de son alvéole pleine de sable se distingue parfriitement. La deuxième molaire du côté droit,y7^. 1 1, pi. 3, actuellement la première en place, est très usée et ne présente évidemment que deux fossettes. On y reconnaît, à une léeère inflexion de l'émail du bord postérieure de la seconde fossette, le vestige du cro- chet T, cjui a été usé jusqu'à sa base. On voit parfaitement, en A, le large bourrelet qui règne sur le bord interne de la cou- ronne. Cette molaire de remplacement est entièrement sembla- ble à sa cori'esponclante,^^^. 3, pi. 2, de mon cr kneàejiiégarhinuSy mais est du côté opposé. Dans la description qu'il avait donnée de ce crâne, M. Marcel de Serres avait annoncé qu'il différait de celui de l'espèce à na- rines cloisonnées, mais qu'il lui ressemblait plus qu'à ceux des espèces vivantes. Il y avait signalé des caractères qui me parais- sent ne point s'y trouver et qui sont en partie propres au tichoT' liinus. Ainsi, il avait admis la réunion des os du nez aux os incisifs, et dans les molaires, la jonction du crochet de la colline posté- rieure à la colline antérieure, caractères qui distinguent le ti- chorinus. . CHEISTOL. — Rhinocéros fossiles. 107 Il avait encore été amené à penser que les os du nez de ce crâne se relevaient si haut, que leur niveau atteignait celui de la crête occipitale, et c'est en cela qu'il trouvait la différence la plus essentielle entre sa nouvelle espèce et celle à narines cloi- sonnées. Nous avons vu que les os incisifs, A, et les os du nez, B, sont I séparés de toute la largeur de l'écliancrure nasale, et que l'ex- trémité de chacun d'eux est terminée en pointe libre, comme jj dans le inègarhinus et dans le Bicorne de Sumatra; que, dans les molaires ,_/%■. 6, pi. 3,1e crochet T,dela colline postérieure, B. D., est évidemment séparé de la colline antérieure, A. C, comme dans le mégarhinus , et que par conséquent il ne peut y avoir sur la couronne les trois fossettes qui caractérisent le tichor- hinus. On peut d'autant moins douter de l'exactitude de ces ca- ractères, que la figure 21 , qui les représente, est elle-même tirée du Mémoire de M. Marcel de Serres, et que j'ai pu m'assurer complèiement de l'exactitude de cette figure. Quant à l'énorme saillie que M. de Serres supposait dans les os du nez, il est à présumer qu'elle ne lui a paru telle que par suite de la position du crâne. Celui-ci, étant renversé, touche, par le sommet de l'occiput et par la protubérance du nez, le plan horizontal sur lequel il repose; en sorte qu'alors le front paraît très déprimé, tandis que les os du nez semblent faire saillie. En renversant la figure -;, pi. i , qui représente ce crâne, et plaçant horizontalement la ligne N. O., on voit qu'en effet les os du nez paraissent atteindre le niveau du som.met de l'occiput et faire saillie au-delà du niveau du front; mais en replaçant ce crâne dans sa position naturelle , on voit que la saillie des os du nez est singulièrement diminuée et qu'elle est loin de s'élever jusqu'à la hauteur de la crête occipitale. M. Marcel de Serres avait néanmoins montré que la longueur de l'écliancrure nasale était caractéristique dans cette espèce, qu'elle égalait le tiers de la longueur totale du crâne et qu'elle était par conséquent bien plus considérable que dans le tichor- hinus i il avait aussi insiste sur le grand dévelop])ement des os du nez, et avait annoncé que si son espèce formait réellement io8 CHRiSTOL. — Rltinocéros fossiles. une espèce distincte du tkhoi'hinus ^ «leurs différences devaient tenir principalement à la forme de leurs os du nez. » Ce qu'il dit des os incisifs est trop important pour que je puisse me dispenser de rapporter le passage de son Mémoire où il en est fait mention , d'autant que c'est la seule description qu'on ait eue jusqu'à présent des os incisifs du Rhinocéros //z- cisivus de Cuvier : « /«/r épaisseur moyenne (i), observe-t-il, « est d'environ i\ millimètres , et leur longueur prise depuis la dernière molaire jusqu'à leur extrémité, de 122 millimètres. Ces os n'étant pas très dégradés, j'ai cherché àm'assurer s ils présen- taient quelques traces d'ah'éoles puisque visiblement on n'y xoyait point de vestiges de dents. Rien ri y en indique la moindre trace, ils se délitent cependant en feuillets longitudinaux , et nécessairement s'il y avait eu des av>éoles, ^o\xt si petites qu'on les'suppose, il y aurait eu interruption entre ces feuillets, et l'on ii'cji \oit pas le moindre indice. Il paraît donc que notre fossile n avait point de véritables incisives. » Cette observation de M. Marcel de Serres est donc très pré- cieuse pour la science; elle montre que si le Rhinocéros //2a- sivus avait des incisives, celles-ci devaient tomber d'assez bonne heure et leurs alvéoles s'oblitérer, ainsi que cela a lieu dans le tichorhinus. On appréciera, je pense, toutes les conséquences qui décou- lent de ce fait, si on se rappelle tout ce que j'ai avancé au sujet des incisives fossiles de INîayence et d'Avaray, des alvéoles d'in- cisives des crânes de Pallas et du docteur Buckland, et du défaut d'incisives dans le crâne de M. Scbleyermacher. On reconnaî- tra également que, pour arriver à ce résultat, il était indispensa- ble de montrer que le crâne de jMon'fpellier n'appartenait ni à l'espèce établie par M. Marcel de Serres, ni à celle à laquelle le rapportait Cuvier, mais qu'il provenait de la même espèce que le mien et celui de i>I. Scbleyermacher, c'est-à-dire du mégarhi- (i) Quoique M. Marcel de Serres se soit servi du mot cpatssdii; c'est bien réellement de la largeur i\zi os incisifs qu'il cuteud parler; c'est ce dont ou peut se convaincre par le passage suivant de son Mémoire : Nous avons déjà dit que la largeur moyenne des os incLifs était de « 31 millimètres, etc. » CHRISTOL. — lUiînocéros jossiles. loq nus. Enfin, on trouvera clans ce fait la preuve que la mâchoire inférieure à incisives d'Eppelsheim ne provenait pas nécessaire- ment de Xlncisivus , puisqu'il est très possible que ce dernier lût dépourvu d'incisives, comme le Bicorne du Cap. On ne saurait donc attribuer maintenant les incisives fossiles de Sœmmering au Rhinocéros Incisivus plutôt qu'au tichorhinus en se fondant sur l'étroitesse des os incisifs de ce dernier. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que si les os incisifs du tichorhi- nus ne sont pas assez larges pour avoir pu loger les plus gran- des incisives fossiles, ceux de Vincisiuus n'étant pas plus larges n'ont pas dû pouvoir davantage les loger. La largeur de l'extrémité des os incisifs du tichorhinus, prise sur le crâne de Collini, est de 0m024. La largeur moyenne des os incisifs de Vincisii'us, prise sur le crâne décrit par M. Marcel de Serres, est de. . . . o^oar. Lorsque Cuvier put consulter un profil exact de ce crâne, et que, loin d'y reconnaître l'énorme saillie des os du nez qui avait principalement porté M. Marcel de Serres à établir sa nouvelle espèce, il lui eut trouvé la ressemblance avec celui du tichorhi- nus ^ il dut penser qu'il provenait réellement de cette dernière espèce, puisque, dans sa description, M. Marcel de Serres avait indiqué la réunion des os du nez aux os incisifs, et, dans les j molaires, la jonction du crochet de la coUine postérieure à la colline antérieure; aussi ne peut-on plus invoquer, dans cette question, l'opinion imposante de l'illustre auteur des Recher- ches, qui serait péremptoire sans doute, s'il s'agissait d'un fait qu'il eût pu constater par lui-même et non d'un fait sur lequel il n'a pu obtenir que des renseignemens imparfaits. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître aujourd hui que M. Mar- cel de Serres €St le premier naturaliste qui ait vu, distingué et dénommé le crâne de l'espèce de Rhinocéros à laquelle j'ai donné le nom de mcgarhinus ; mais que c'est à Cuvier que l'on doit de connaître cette espèce, car c'est lui qui, en décrivant le crâne de M. Schleyermacher, en a exposé les véritables caractères, eu montrant que ces os du nez étaient séparés des os incisils, et qu'elle se rapprochait de celle de Sumatra plus que d'aucuue autre espèce de Rhinocéros vivant. iio CHRISTOL. — Rhinocéros fossiles. Quant à moi, je ne puis avoir d'autre mérite que celui d'avoir su profiter des observations de mes devanciers. Ne pouvant conserver à cette espèce le nom de Rhinocéros Incisivus , que lui avait donné Cuvier, plutôt que le nom de Rhinocéros de Montpellier que lui avait antérieurement donné M. Marcel de Serres, c'est un nouveau motif que je puis ajouter à ceux que j'ai déjà foit connaître, pour désigner cette espèce sous le nom de Rhinocéros Mégarhinus. Je terminerai par cette remarque, quesile Rhinocéros Lepto- rhiniis et le Rhinocéros Incisions ont été cités par plusieurs au- teurs et entre autres par M. Brongniart et par ÎM. de la Bêche, €a été le plus souvent d'après l'autorité de Cuvier, et non point d'après la découverte de nouvelles pièces qui eussent pu en con- firmer l'existence. Je dois cependant établir une exception en faveur de INÏM. Bertrand de Douai, Robert et le docteur Hibbert qui annoncent avoir découvert des débris de Leptorhinus; je dois aussi étendre la mênae exception à M. Meyer qui aurait dé- couvert rincisivus à Eppelshein et à Friedrichsgemûnd. Comme i'i<ïnore sur quelles pièces ils basent leur détermination, je ne puis combattre directement leur sentiment. Avant d'avoir reçu les dessins de M. de lalMarmora et de M. le professeur Gêné, j'avais moi-même annoncé le Leptorhinus, en me fondant sur les caractères de celles de mes molaires qui sont semblables à celles de M. Pentland; comme, d'un autre côté, •j'avais toujours douté de l'exactitude du dessin de Leptorhinus y et que je savais que Cuvier n'avait point vu l'original de ce dessin, l'étais porté à penser que le crâne à narines non cloisonnées de M. Cortesi pourrait bien être semblable à celui de M. Schleyer- inacher et au mien, et je me proposais, malgré les différences qui auraient existé entre mon nouveau Leptorhinus et l'ancien, de maintenir ce nom consacré par Cuvier et reçu de tous les naturahstes; je me serais alors borné à rectifier les caractères de cette espèce ; mais, d'après les dessins de MM. de la Marmora et Gêné, il n'est plus possible de rapporter le crâne de M. Cor- tesi à une espèce à narines non cloisonnées. Du reste, on a du remarquer que les résultats auxquels je crois être parvenu ne diffèrent de ceux qui ont été annoncés par CHRiSTOL. — Rhinocéros fossiles. 1 1 1 Cuvier, qu'autant qu'ils se rapportent à des objets que Cuvier n'a pu connaître que d'après des figures ou d'après des rensel- gnemens plus ou moins exacts, et qui n'offrent plus dès-lors les garanties que l'on retrouve dans les objets que Cuvier a pu lui- même examiner; malgré cela, c'est encore à lui que l'on doit de connaître le mégarhinus, puisque c'est lui qui le premier en a décrit la tète, les molaires et les os des membres, et que je n'ai eu qu'à réunir ces parties éparses d'un même animal. Néan- moins il reste encore des doutes sur ses incisives et sur sa mâ- choire inférieure. La symphyse de celle-ci est-elle prolongée, et dans le cas où elle le serait, de quelle espèce proviennent les mâchoires à courte symphyse d'Italie? L'Unicorne de M. de Schlotheim existerait-il? Ayant fait très rapidement ce travail, puisque à raison de cer- taines circonstance particulières, 'j'ai dû n'y consacrer que quel- ques jours, je regrette de n'avoir pu lui donner toute la maturité que l'on désirerait trouver dans un sujet qui a été développé par Cuvier et traité par plusieurs autres célèbres naturalistes. EXPLICATION DES FIGURES. (l) PLANCHE l; Fig. I. Crâne de Rhinocéros à narines cloisonnées ( Rh. tichorhinus.) Fig. 2. Mâchoire inférieure, à longue symphyse, du Rh, tichorhinus , Urée de l'ouvrage de Cuvier. Fig. 3. Id. Fig. 4. Id. Fig. 5. Mâchoire inférieure à courte symphyse, du Leptorhyntis de Cuvier. Fig. 6. Crâne du Bicorne de Sumatra, tiré de l'ouvTage de Cuvier. Fig. 7. Dessin tiré du tome 4 des Recherches, représentant, selon Cuvier, un crâne de Bit. tichorhinus , et selon nous un Rh. mégarhinus. PLANCHE II. ^ Fig. I. Mâchoire inférieure de Rh. tichorhinus, trouvée à Montpellier, vue en dessus. (Elle porte des alvéoles d'incisives comme celle de Pallas, Fig. 2. La même, vue de profil. Fig. 3. Molaires du Rhinocéros Mégarhinus {nolis) trouvées à Montpellier. (i) Ces figures n'ayant pas été retournées, toutes les pièces que je donne comme étant du côté droit paraissent être du coté gauche, et réciproquement. lia ^HRisTOL. — Rhinocéros fossiles. Fig. 4. Nouveau dessin du crâne de M. Cortesi , fig. 7, représentant, selon nous , le RhIao-> céros à narines cloisonnées ( Rh. tichorhinus). A. reste de la cloison osseuse. Fig. 5. Crâne de Rhinocéros mcgarhlmis {iiohis) , trouvé à Montpellier. Fig. 6. Le même vu en dessus, Fig. 7. Crâne de Bicorne du Cap, tiré de l'ouvrage de Sparkmaiî. Fig. 8. Crâne de tichorhinus vu eu dessus. PLANCHE ra. Fig. I. Molaire inférieure de la mâchoire, fig. i , pi. 2. Fig. 2. Crâne d'un jeune Bicorne de Sumatra vu en dessus.' Fig. 3. Sixième Molaire supérieure droite du Rhinocéros mégarhinus ? trouvée à Uont- jeliier. Fig. 4. Quatrième Molaire supérieure droite du mùnse individu que la précédente.' Fig. 5, Cinquième ou sixième Molaire supérieure gauche à trois fossettes, trouvée dans le département du Gard, et tirée de l'ouvrage de Cuvier {Rh. tichorhinus). Fig. 6. Cinquième Molaire supérieure gauche de Rhinocéros me^ar/ii/jîw , trouvée à Mont- pellier, et tirée du Mémoire de M. M'^' de Serres. . Fig. 7. Molaire supérieure gauche de rUnicorne de Java," [>. Fig. 8. A, quatrième, et B, cinquième Molaires supérieures gauches du Bicorne du Cap: \ Fig. 9. Molaire de lait du côté gauche de la mâchoire supérieure du Bicorne du Cap. Fig. 10. Quatrième Molaire supérieure droite du Rhinocéros mégarhinus , trouvée à Mont" pellier. Fig. II. Deuxième Molaire supérieure droite du Rhinocéros meo-ar^/nw^, trouvée à Mont- pellier, et tirée du Mémoire de M. M*' de Serres. Fig. 12. Deuxième Molaire supérieure gauche du Rhinocéros me^ar/i/«uf , trouvée à Mont- pellier. Fig. i3. Quatrième Molaire de lait du côté gauche de la mâchoire supérieure de Rhinocé- ros, tirée de l'ouvrage de Cuvier. Fig. 14. Molaire supérieure gauche de Rhinocéros, tirée d'ua dessin du professeur Buckland. Fig, i5. Molaire supérieure gauclie de rUnicorne de l'Inde, 1 FÉRUSSAC. — Seiche à six pattes. ii3 Note sur la Seiche à six pattes ^ Sepia hexapodia de Moîinuy et SUT deux autres espèces de Seiches signalées par cet auteur , Par M. DE FÉRUSSAC. Toutes les classes d'animaux ont leurs espèces apocryphes , auxquelles on a prêté des formes extraordinaires et souvent des ■vertus merveilleuses ; on a même poussé la confiance jusqu'à donner le portrait de ces êtres fantastiques, comme si on les avait vus réellement, et il s'est trouvé des savans estimables qui les ont adoptés, qui les ont reproduits, malgré ce que leur orga- nisation offrait de contraire à toutes les analogies, à toutes les lois reconnues. Les Céphalopodes sont aussi dans ce cas, et, sans parler du Kralcen et des autres espèces gigantesques dont nous traiterons d'une manière spéciale, l'espèce qui nous occupe offre un exemple de ces créations imaginaires, qui cependant, tirent, presque toujours, leur source d'un fait mal observé ou dé* nature. L'existence d'un Céphalopode acétabulifère hexapode étant une anomalie extraordinaire dans cette classe de Mollus ques, où l'on ne connaît que des Octopodes et des Décapodes, nous avons pensé qu'il était intéressant d'examiner avec soin les autoiilés sur lesquelles cette espèce a été appuyée, et qui l'ont foit adopter par plusieurs naturalistes. Nous avons été d'autant plus excité dans ce projet, que, dans ces derniers temps, deux savans bien connus nous ont communiqué la description, et l'un d'eux, la figure d'un hexapode pour lequel ils ont, sans doute, été abusés et qu'ils ont admis trop légèrement. Il nous a donc paru utile d eclaircir l'histoire de la Scpia hexapodia de Moîina, afin de prémunir les naturalistes et de les tenir en garde contre des observations inexactes ou bien d'exciter leur zèle, afin de constater l'existence des Céphalopodes hexapodes si, ce que nous ne présumons pas, il y en a réellement. En cîfet, rien ne s'oppose à ce qu'on puissse penser qu'il peut exister des Céphalopodes, où le sommet de la tète, au lieu de IV. 7-oui., — A" fig. 8". lierlin, 17S4. l FÉRUSSAC. i-~ Seiche à six pattes. x 1 5 Sepia hcxapus, Gmelin , Syst. nat. p. 3 1 5o , n° 7 ; 5. Corpore caudato quadr'i vel quinque artlculato, hrachiis sex, MoLiNA., Lioc. cit. 2® édil. ital. p. 17 5. Bosc, Buffon de Déterpillej J^ers, t. i , p. 47* TuRTON, Syst. ofnat. iv,*p. 119. OcKEN, Ltclirb. der Zool. t. 11, p. 343, n° 4- Le Calmar tronçonné , jMontfort, Buffon de Sonnini, MolIuS' quesj t. II, p. 90 , pi. XX. (^Figures imaginées d'après la description deMolina.) Nous commencerons par reproduire littéralement, d'après l'édition originale de son ouvrage (i), la description que Molina donne de cette espèce, la troisième de celles qu'il fait connaître. Nous mettrons en note les variantes que présente la seconde édition de cet ouvrage. « La terza é il Pulpo , Sepia hexapodia *, il quale sebbene non cr abia più de sei gambe o brachia % non lascia perciô di essere a una vera Seppia, ma di una figura si bizzarra, che vendendola a fermo, sembra piuttosto un ramo d'albero infranto, que un o animale : la sua grossezza non eccede queila del dito-indice, « ed è lungo un mezzo piede in circa : il suo corpo è diviso in a quatro b cinque articolazzioni, che vanno diminuendo verso « la coda. Quando egli dispiega le sue braccia, che tiene unité j « verso la testa', si prenderebbero esse per altretante radici. « Queste braccia sono armate di suchiatoi, comme quelle délie ce altre ^pecie*, ma quasi invisibili : la testa é informe, assai < corta, e va corredata di due antenne o trombe. Questo ani- cc maie maneggiato colla mano nuda la intorpidisce per un mo- « mento senza fare altre maie. Il liquor nero, che esso contiene c in una vescichetta, al pari délie altre specie di questo gênera « è eccellente per iscrivere (2). » Avant de tirer de celte description les inductions qu'elle nous ([) Sagglosiilla Storlanaturah del Chili, 8", Bologne, 1782.— Ti'aduclion rrAitraise, poJ' CriMcI, M. M., S». Taris, 1789, — u° édit. ital. iu 4°. Kclogiiu, î3io. ' .V, hcxapus, — '■^ o tcnlucuit. — ' verso la ùocca. — * altre Si'iwic; (î) La a» rdiiioii njoiiii! : « oii/i si iirclcmlc;, rhc i Cliiiicsi fonuino il loro iiicliicslio col li* • «|uoi- ihe ca\uuo du uu l'uljio mollo biiuilc u «jucsio, » 8.' ii6 FÉRUSSAC. — Seiche à six pattes. paraît fournir contre les assertions mêmes de Molina, nous rapporterons le passage suivant de \ Histoire Nalarelle du Chili y par Vidaure, p. 63 (i), où l'on reconnaîtra, presque tex- tuellement, celle de Molina. « Le poulpe présente une forme si « singulière, qu'on le prend, lorsqu'il reste immobile, pour une « petite branche de marronnier. Il n'est pas plus gros que le a petit doigt; sa longueur est un quart de pied. Son corps est et partagé en quatre ou cinq articles qui diminuent de volume ce vers la queue. La tête et la queue paraissent comme les extré- « mités tronquées de la branche à laquelle nous avons comparé a l'animal. Lorsqu'il étend ses six pieds , on croit voir des racines « et on prend la tête pour l'extrémité du tronc. Lorsqu'on le Cl touche avec la main nue elle est engourdie pour quelques mo- av. (ig. Paris 1770. 1 22 FÉRtJssAC. — Seiche à six pattes. n'est point clans le récit de Molina : c'est la couleur noire de la tunique. Schneider nous apprend qu'il a pris ce caractère dans la traduction allemande, fautive en cet endroit, de l'ouvrage de Molina, d'où Cosc, sans y regarder de plus près, a nommé cette espèce Sepia nigra. Montfort n'a pas perdu l'occasion d'ampli- fier ce qu'on avait pu dire d'une espèce si singulière ; il a inventé l'histoire d'une expédition de flibustiers , dont il faisait partie, dans le golfe Triste de la mer des Antilles , et pendant laquelle il vit un de ces mollusques que ses compagnons , étonnés, nom- mèrent Diable de mer. Cette découverte a autorisé Montfort à donner une figure coloriée de cet animal, qui pût, cependant, répondre à la description de Molina, et il l'a généreusement gra- tifié d'une tunique à réseau, brillante de toutes les couleurs de l'arc-en-ciei, en chaniçreant le nom de Seiche à tunique en celui de Calmar réticule. Ce qui est plus singulier que l'invention de Montfort, c'est que Shaw ait eu la bonhomie de reproduire cette figure, frappé de l'intérêt que devait inspirer un animal si cu- rieux, d'au moins cent cinquante livres pesant, et entouré d'une enveloppe si élégante dans laquelle il est renfermé comme dans une espèce de lanterne , dit Montfort. Nous devons heureusement à M. d'Orbigny l'explication de cette merveille : il a observé dans les mers du Chili et dans tout l'Océan austral , c'est-à-dire dans les mers où Molina et Pernclty citent leur espèce, un grand Calmar qu'il a nominé Loligo Gi- gas, à cause de sa grande taille, et qui est souvent rejeté, en nombre considérable, sur les côtes du Chili. I^orsque ce Calmar est mort, il s'enfle, sa peau extérieure se gonfle, se détache, et ressemble alors à une sorte d'envt loppe ou de tunique mince et diaphane qui entourerait tout l'anima!. On en voit souvent ainsi, nous a dit M. d'Orbigny, surnnger à la surface de la mer, et il a re- connu dans ces corps flottans la Sepia tunicata de MoHna, fon- dée, comme on le voit, sur un fiiit mal observé, et qui était restée, jusqu'à présent, un sujet d'incertitude pour les natura- listes. Nous ferons observer que la Sepia tunicata de Georgi (Geogr. phys, and naturhisl. , etc. den Jxussischen Reichsy t. iv, p. 2198) n'a aucun rapport avec l'espèce qui nous occupe; c'est à tort rÉRUSSAC. -— Seiche à six pattes. ia3 que Gcorgi a cru pouvoir identifier son espèce à celle de Molina dans Gmelin. Malgré le peu de confiance que mérite Molina, il était impos- sible de ne pas admettre l'espèce qu'il a signalée sous le nom de Sepia lùnguiculata (^i) , car étant le premier qui ait indiqué, d'une manière aussi positive , un Calmar à griffes, on ne pouvait supposer qu'il ait inventé cet animal. Il s'exprime d'ailleurs avec tant de précision , et ce qu'il dit a été reconnu si exact depuis que l'on connaît divers Onychoteutues, que l'on ne pourrait expli- quer une prévision si extraordinaire si on supposait que c'est une création de son imagination. Mais ce qu'on peut difficile- ment concevoir, c'est que depuis le temps que Molina a signalé cette espèce, depuis qu'elle a été adoptée et reproduite par Gmelin dans un ouvrage qui est entre les mains de tous les natu- ralistes, depuis enfin que cet animal excite l'attention de tous ceux d'entre eux quise sont occupés des Céphalopodes, personne, excepté Schneider , n'ait songé à rechercher la source où Molina avait pris celte espèce, dans l'espoir d'y trouver d'autres rensei- gnemens à son sujet, qu'il aurait négligé de nous transmettre. On savait assez , par de nombreux exemples , que c'était hors de l'ouvrage de Molina qu'il fallait chercher les espèces dont il a parlé. Schneider seul a fait des efforts à cet égard, mais il n'a pu, comme nous l'avons dit, pour cette espèce ni pour XaSejjia tunicatay découvrir où Molina en avait trouvé l'indication. C'est cependant dans un des ouvrages les plus connus, les plus généralement lu:^. , traduits dans toutes les langues de l'Europe, qu'elle se trouve, et aucun naturaliste n'a remarqué, n'a relevé le passage qui la concerne, et qui, indépendamment de son in- (i) Scp'ta un^mcuhta , Moi.ika, Sagglo sidla Stoiia nnt.dell Chili, p, igt). TraJ. franc, p. \')'i. Scpia curporc ecnudato , ùmcliiis uiiguicttlatis. — i" a'dil. ital,, p. ijS. GniLLiif , Sysl. iiat., \i. 3i5o. Tdrton , Syst. of liât. IV, [i. Iig. hoK, liiiffon (le Dcterville ; Fers, t. r, p. 47, Le l'uutpe onguiculé , MoKiFoaT, Jiuffon de Sonnlni, Mollusques y t. iir, p, 99. OnycItoteutUis Molinai , Licuteksteik, Isis, t. 1818, j). i5qi, ii„ 2. Loligo ungulculata , de r.r.Arwvii.r.E , Diclior. des Se. nat., au mol Loligo, I. XXYir, p, i'\Q. Juurii. de Pliys., t. xcvi , mars i8a3, p. nH. OiiychotcutUis unguicula'M, l'iuusikC^ Prodr,, p. 6x, Sp. II. 124 FÉRUSSACi — Seiehe à six pattes. térêt pour expliquer l'espèce de Molina, devait en inspirer beau- coup par la seule annonce d'un animal extraordinaire et resté pendant si long-temps inconnu aux naturalistes. C'est dans le premier voyage de Cook, enfin, c'est dans un récit de Banks lui-même, que Molina a pris ce qu'il dit de sa Sepia unguicu- lata , ainsi que nous allons le montrer en rapportant le passage où il en est lait mention . ■ Nous transcrirons d'abord la description que fait Molina de cette espèce dans la première édition de son ouvrage , en em- pruntant la' traduction de Gruvel après en avoir vérifié l'exacti- tude : « Son corps est sans queue; au lieu de suçoirs, elle a les « pattes armées d'un double rang d'ongles pointus comme ceux « du chat, que l'animal peut retirer à volonté dans une espèce « de fourreau. Celte Seiche est d'un goût délicat ; mais on ne la « trouve que rarement dans ces mers ». Dans la seconde édition de son livre, il a amplifié et dénaturé les renseignemens qu'il avait d'abord donnés ; voici sa nouvelle version : « La prima è la « Seppia iiugidculata, la quale è cli gran mole, ed ha in luogo « di succhiatoi le braccia, o siano i due lunghi ientacoli armati (c di un doppio ordine di artigli o unghie acute simili a quelle « del gatto, che si retirano , corne esse, in una sorta di lodero. « Questa specie è di un gusto delicato , ma non e multo comune « in quel mare, doçe fu osseivata dal ccl. Banh nel primo « vlaggio del Cap. Cook. » Voici actuellement le passage du premier Voyage de Cook: chap. VII, traduit sur l'édition originale(i), passage que Molina copié et arrangé en dissimulant d'abord son emprunt. C'est après avoir doublé le cap Horn, en se rendant aux nouvelles îles de la mer du Sud , et environ par les So" 44' de latitude S. et i lo'' 33' de longitude O. , que l'on rencontra l'espèce dont il s'agit , « M. Banks trouva aussi une grande Seiche, qui venait d'être tuce (c par les oiseaux; son corps mutilé flottait sur l'eau; elle était très a différente des Seiches qu'on trouve dans les mers d'Europe , a car ses bras , au lieu de suçoirs , étaient armés d'une double (i) Uawhesworth' s. Account of Uie Voyages undertaken Jor mahln dlscovertes in the southcm Ecmisjjhere, Loadoa 1773, 3 vol. in.4", &v.iiz.— Trac/, franc. i)ar Suard. Paris, J774, 4 'ol- in 4". FÉRUSSA.C. — Seiche à six pattes. laS « rangée de griffes très aiguës , ressemblant à celles du chat, et a qui se retiraient, comme celles-ci, dans une gaine charnue, a d'où elles pouvaient être retirées à volonté. Nous fîmes avec ce cette Seiche une des meilleures soupes que nous eussions jamais « mangées. » N'est-il pas étonnant que le docteur Leach, en signalant, pour la première fois, des Calmars armés de griffes; que Lesueur, en proposant , pour un autre de ces Calmars , im nouveau genre sous le nom d'Onychia ; que M. làchtenstein enfin, en formant , pour ces mêmes Calmars, le genre Onychoteuthe , n'aient pas rappelé ce passage si intéressant d'un ouvrage et d'un observa- teur si célèbres? Le dernier de ces savans avait cependant été mis sur la voie par la seconde édition de Molina , qu'il cite , en disant, il est vrai, qu^ony voit que Molina a pris sa description de sir Joseph Banks. Dans sa première description , Molina dit que cette espèce a les pattes armées d'un double rang d'ongles pointus, c'est-à-dire toutes les pattes j puisqu'il ne fait aucune distinction, ce qui est conforme au sens de la phrase correspondante dans le récit de Banks; dans la seconde, au contraire, il change con5idérable- ment les caractères de cette Seiche, en ajoutant qu'elle a les bras, ou les deux longs tentacules armés , etc. Ici, il semblerait que ce sont seulement ces deux longs tentacules qui sont armc's de gi iffes , ce qui n'est pas d'après le texte original. Il est évident que Molina , en donnant pour habitat à cette es- pèce les mers du Chili, a accordé à celles-ci une trop grande extension, car, d'après le récit de Cook, l'individu dojitil parle aurait été pris à plus de 30° degrés à l'ouest des côtes du Chili , et sans doute plus près des îles de la Société que du Chili. Ainsi cette espèce doit être considérée comme ap[;arfenant à la mer du Sud. Nous voilà donc éclairé sur l'origine de la Sepia unniiculala de Molina; nous voyons que c'est Lanks qui, le premier, a si- gnalé avec précision un Calmar à giiffes, et l'on peut inféi'or de son récit que c'est une espèce dont tous les bras sont jiour- Ifus d'une double série de crochets aigus ; s'il en était autrensent, Vi la massue des longs bras, seulement, portait des crochets, il 19.6 FiÎRnssAC. •— Seiche à six pattes. est impossible que Banks n'eut point fait cette distinction. D'aiU leurs, rien ne s'oppose à ce qu'on puisse admettre cette consé- quence, puisque nous connaissons aujourd'hui d'autres espèces qui ont également des griffes à tous les bras ; seulement nous n'en connaissons que de petites espèces , tandis que celle de Banks était grande. Il serait intéressant de rechercher dans les papiers de cet illustre savant si l'on ne découvrirait pas une des- cription plus complète, et peut-être un dessin de ce Cépha*» lopode. Gmelin,Turton,Bosc,Monfort, M.deBlainville, ont admis cette espèce ; nous l'avons comprise également dans notre Prodrome, nous réservant d'examiner son histoire lorsque nous publierons notre ouvrage. Lamarck l'a passée sous silence dans ses travaux sur les Céphalopodes. Montfort en a fait un Poulpe, et on ne saurait précisément l'en blâmer, car rien dans la description de Molina n'indique si c'est un Octopode ou un Décapode. On n'a pu la rapporter à ces derniers et au genre Onychoteuthe, avec toute vraisemblance, que depuis que l'on a connu avec certi- tude des Calmars à griffes , et c'est M. Lichtenstein qui a le pre- mier fait ce rapprochement et proposé de l'ériger en espèce dis- tincte sous le nom d'O. Molinœ. Monfort, selon sa coutume, a fait, au sujet de cette espèce, une amplification de collège , mais il n'a pas osé en donner la figure; il la décrit avec détail, bien que Molina n'ait dit que le peu de mots qu'il a empruntés à Banks , et il fait un tableau effiayant de la férocité de cette race de mollusques. M. de Blainville, après la description des trois Calmars à griffes donnée 'par le docteur Leach dans le Journal de phy- sique (t. Lxxxvi, ^. 3q6) , ^jovite :« Il faudj'a probablemeni Joindre à ce genre la Seiche onguiculée , Sepia unguiculata, de Molina, Chili y qui pèse , dit-il, quelquefois cent cinquante livres ». C'est une erreur, Molina attribue ce poids à la Sepia tunicata y et non à Vunguiculata. M. de Blainville ajoute : « et dont il paraît que le collège royal des chirurgiens de Londres possède un bras dont tous les suçoirs sont armés de crochets ex- trêmeinent forts et libres a. Nous croyons que celte conjecture est trop hasardée pour pouvoir être admise. Comme ce bras GEîiVAis. — Crei^cttcs des eîiuirons de Paris. 127 paraît être fort grand, M. de Blainville a été porté à l'attri- buer à la Sspia ungidculataf à laquelle il venait d'accorder , I par erreur, un poids de cent cinquante livres. Il n'est cepen- dant pas impossible que ce bras appartienne réellement à cette espèce; mais comme on ne la connaît pas, à vrai dire, et qu'il n'existe aucune description de ce bras, toute supposition aa sujet de leur identité est nécessairement prématurée. Cette notice sur trois espèces introduites dans le système, malgré tout ce qu'elles présentaient d'extraordinaire et de con- j traire à ce qui était connu , peut suggérer d'assez tristes ré- flexions sur les amplifications, les réticences , les inventions fan- tastiques de quelques savans, et sur la légèreté qu'on apporte trop souvent dans les travaux scientifiques. Elle doit servir à prouver de plus en plus la nécessité d'un examen sévère avant d'admettre ou de rejeter des espèces qui peuvent paraître sus- pectes. Sans doute, il est plus commode de prendre les faits tels qu'on les trouve, sans se donner la peine de les vérifier et de faire les reclierclies convenables. Nous savons fort bien que la plupart des naturalistes eux-mêmes, à l'exception d'un très petit nombre d'hommes spéciaux et érudits, ne s'apercevront pas des négli- gences, des doubles emplois, des erreurs sans nombre aux- quelles on s'expose en travaillant ainsi; nous savons donc aussi que quelques hommes seidement, dans cette immense répu- blique des sciences, dont on ambitionne les suffrages, rendront justice aux recherches laborieuses et consciencieuses du véri- table savant ; mais ces considérations ne sauraient détourner de la bonne route l'homme qui aime la science pour elle-même, et qui tient à mériter l'estime de ce petit nombre de juges qu'il re- connaît et qu'il respecte. Note sur deux espèces de Crevettes qui vit eut oiix envircns de Paris ; Par M. Gehvajs. On coiifoiul gcnûralcmciit sous les noms cle Gamman/s / lil.x, aquaticiis ou fluvialiùi, cnr.wiic ne l'oirviant qu'une seule (.s[icco, les Crc. elles cl'cuu duiicc. Cependiiit non» pensons (ju'il cjt facile de diiliiH;;iicr l'nrini ces aniuiau.v deux 128 G£RVAis. — Creuettes des empirons de Paris. espèces au moins, qui toutes Jeux sont communos dans les eaux douces de nos environs. Elles dillùicnt entre elles non-sculenicnt })ar leurs caractères zoologi- qnes, mais par une particularité assez remarquable de leurs liabitudes : jamais elles ne s'accouplent ensemble, et l'une a sur le dessus des auneaux de l'abdomen des épines que l'autre ne présente pas. Quoique ces deux espèces n'aient pas été distinguées j^ar les auteurs, il existait cependant dans la science assez de données pour qu'il fût possible de les soupçonner. Rocsel et Geoffroy n'ont parlé que delà première, el ils l'ont seule représentée, tandis que la seconde a été le sujet des figures données par MM. Desmarest et Zcnker. Nous laisserons à celle qu'ont décrite ces derniers naturalistes le uomàc Gammams piilex,(\VL\\s\\.n ont donné d'après Fabricius; quant à l'autre, nous lui appliquerons la dénomination de Gammarus Iîoèt\. ii, fig. 6. Nous aurions voulu trouver pour celte espèce, comme nous avons pu le faire pour la précédente, un nom déjà e.\istant dans la science. M;eîopjjG/nent des Infusoires. 149 tard fijrandirent et se divisèrent en zones concentriques dont les plus internes étaient les plus foncées en couleur. Examinées au microscope, ces taches offraient des amas innombrables de navicula tripunctata des auteurs. Dès le 27 suivant, les taches avaient déjà cinq à huit millimè^ très en diamètre. Du 8 au 19, le thermomètre avait varié de i5 à 21°. Les six derniers jours, il était régulièrement monté, vers midi, à 21°, et le soir, à dix heures, de 17 à 18°. Ce fut, je crois, la continuation de cette haute température durant les six jours, où le soleil luisait beaucoup, qui provoqua si vite dans nos vases les effets que nous y avons notés. Avant d'aller plus loin , il convient d'éclaircir un point qui pourrait paraître assez singulier. D'après ce que nous avons dit, le baquet du vase rouge montrait des Navicules avant les autres, cependant le baquet ne paraît pas être influencé autrement que ceux des autres vases : c'est la lumière blanche et l'air extérieur qui agissent sur chacun d'entre eux. Ainsi il n'y aurait pas plus de raison pour voir les Navicules se développer dans les autres baquets que dans celui-là. Mais il faut noter, 1° que le col des vases, plongeant dans les baquets, réfracte leur couleur, et la porte sur la surface blanche et polie des baquets, qui renvoie ces rayons ainsi colorés, et paraît l'être elle-même ; 2° que les propriétés colorifiques de chaque couleur étant différentes, les baquets où les vases les plus chauds seront plong'és, recevront une partie de cette chaleur qui influencera la manifestation des êtres organisés. Or, le rayon rouge est le plus calorifique; il n'est donc pas étonnant que c'est dans son baquet, que les Na- vicules se sont développées en premier lieu. Le 20 mai, des taches semblables à celles que nous avons dé- crites plus haut, se manifestèrent dans le col des vases rouge et blanc, elles étalent peu nombreuses; à la loupe, on distinguait les na{>LCula Uipunctata dont elles étaient formées. Le thermo- mètre s'était soutenu de 21" à 22°. Eufni, le 21, le corps même des , carafes rouge et blanche montrait une grande quantité du macules (taches régulières) orbiculaires, zonécs, bistrées ou vertes : je comptai vingt-sept taches de navicules dans le vase rouge, et trente daus le blauc, 1 5o CH. MORREJV. — Influencc de la lumière disposées dans ce dernier sur la paroi opposée à la lumière, dans le premier, au contraire, sur la face antérieure, c'est-à-dire sur celle qui recevait directement la lumière (i). C'étaient tou- jours des Naviculcs à trois points, mais déjà, au milieu des cer- cles du centre, dans chaque grande macule bien chargée, je vis, au moyen d'une bonne loupe, des points verts. C'étaient des globuUna exilis. Ce jour-ci le thermomètre avait marqué de 21° à 22°. Le 22 mai, au soir, c'est-à-dire au quatorzième jour d'expé- rience, le vase jaune me montrait tout-à-coup, et après une seule nuit, autant de macules deNavicules que le vase rouge; toutes étaient adhérentes à la paroi qui recevait directement la lumière, et le bas du ventre de la bouteille en contenait plus que le haut. Cette apparition subite s'est due à un effet de chaleur, le ther- momètre avait marqué ce jour de 21 à 22°. L'augmentation d'un seul degré de chaleur, dans les hautes températures, a, comme on voit, une influence très manifeste. Mais, chose étonnante, le 23 mai, le thermomètre monta jusqu'à 26°, par conséquent, à deux degrés de plus qu'il n'en avait fallu pour faire développer, comme à vue d'oeil, sous la couleur jau- ne, les mêmes êtres que sous la couleur rouge, et partout, mal- gré cette élévation de température et l'ardeur du soleil dans ces (i) Ces observations sur les slle3 favorables où les êtres organisés se sont développés dans ces circonstances , viennent à l'appui de ce que nous avons déjà fait voir, c'est-à-dire que, lors- que riulcuiilé ou la clarté de la lumière diminue, la position que prennent les matières vi- vantes pour se fixer , varie , et qu'ainsi à uu certain terme de clarté ou d'intensité les productions organisées se transportent en avant du vase pour y recevoir directement l'influence de la lumière, tandis que , dans d'aulres cas , elles restent en arrière pour y subir l'effet des couches lumineuses ou de plus grande clarté. Or, le pouvoir éclairant des rayons colorés, au maximum dans le rayon jaune, ne suffit déjà plus pour y faire venir les végétaux sur la paroi postérieure, à pins forte raison, un phénomcue semblable se passera dans la bouteille. Il est clair aussi que l'effet du rayon jaune est ici comparable à celui que nous a donné un trou de 4 centimètres carrés qui éolalrait une quantité équivalente d'eau. On pourrait donc encore chercher par cette voie les rapports entre les clartés des rayons colorés et celles de la lumière blanche, quand le nombre de ses rayons ou la grandeur de la surface éclairante diminue. Un autre fait que je no- terai de même, c'est que, si les espèces végétales qui se développent sous l'influence d'une suite de clartés difi^érentcs, ne varient pas, ces espèces restent tellement constantes qu'elles se trouvent obligées de naître sous les rayons blancs, rouges, jaunes, oranges. Cette stabiUté est digne de remarque , puisque , avec elle , tant d'autres conditions varient , et je prie les partisans du système des géuéralions équivoques de uotercc fait. suj' le développement des Infusoires. i5i jours d'expérience, aucun autre vase coloré ne montra le moin- dre être organisé. Il a fallu attendre jusqu'au dixième jour sui- vant, c'est-à-dire trente-trois jours d'exposition constante à la lumière et à la température de i3 à 25° pour voir un pointillé vert, très faible, ne formant point de taches en amas ou en zo- nes, mais couvrant uniformément toute la face interne anté- rieure du vase orangé. C'était simplement et uniquement la glo- hulina exilis. Cette énorme différence de temps et de circonstances ne per- met pas d'associer les rayons oranges aux rouges et aux jaunes, sous lesquels la manifestation des êtres organisés est vivement provoquée.Cefait singulier des rayons oranges s'est vérifié aussi pendant l'hiver de 1829 à i83o, dans les serres chaudes du Jar- din-Botanique de Bruxelles. A chaque fois que j'ai fait ces ex- périences, j'ai trouvé constamment ces trois faits remarquables : 1" qu'après les rayons rouges et jaunes qui montrent, on peut dire en même temps, des êtres organisés, ce sont les oranges qui les suivent immédiatement pour cette propriété; 2° que la différence entre les époques où les êtres se montrent sous les rayons rouges et jaunes, d'une part, et de l'autre, sous les rayons oranges, est toujours très grande; 3° que toujours les êtres or- ganisés qui se développent sous les rayons rouges et jaunes, offrent une certaine complication dans leur structure (les Navi- cules) tandis que ceux qui se manifestent sous les rayons oran- ges sont i{!finiment simples (Globulines). Quand des vases colorés par des vernis conservent l'intensité de leurs teintes, aucune autre couleur ne permet le développe- ment des êtres organisés, mais quand, par une cause quelcon- que, ces teintes s'affaiblissent, ou, lorsqu'on emploie des verres dont la coloration est très peu intense, on trouve qu'après le rouge, le jaune, l'orange, se rangent le bleu d'indigo et le violet. Jamais dans nos essais, le vert n'a montré le moindre effet po- sitif. Dans toutes ces expériences, il est infiniment probable que des rayons de lumière blanche passent entre ceux qui sont colorés; et c'est ainsi qu'il faut attribuer à la lumière blanche les effets que nous venons de noter. 11 se pourrait encore que ce fût à l'action simultanée des 1 52 or. MORiiEN. — Influence de la lumière rayons solaires et des rayons blancs, que l'on dût le développe- ment des êtres, mais je suis moins tenté d'admettre cette der- nière explication : ce qu'il y a de particulier, c'est que le rayon vert jouit du plus grand pouvoir éclairant , après le jaune, et que cependant il ne se développe rien sous son influence. Cet effet serait-il lié à la coloration en vert des végétaux ? Notons pourtant que toutes les productions apparues sous les rayons rouges, jaunes et oranges, sont vertes. Le résultat immédiat qui me paraisse le plus certain dans ces expériences, c'est d'admettre que le rayon vert est inhabile à faire développer des végétaux sous son influence, par une propriété sui generis qui lui est in- hérente. Dans toutes ces expériences, les masses aqueuses se trouvaient influencées, d'une part, par une atmosphère d'hy- drogène et, de Tautre, par l'air ambiant extérieur : et le temps qu'il a ftillu pour obtenir des résultats, était, par ce moyen, for- tement abrégé. Voyons maintenant ce qui s'est passé dans les vases de la première série , c'est-à-dire dans ceux où l'eau se trouvait influencée seulement par une masse incluse d'air at- mosphérique, et où d'ailleurs toute communication avec l'inté- rieur était coupée par le mercure qui remplissait les baquets. Ce fut le 3i mai que j'aperçus, pour la première fois, une apparence d'êtres organisés dans un des vases de la première série. A la fin de ce même jour, le pointillé qui s'était formé était déjà si évident, qu'à la loupe je distinguai très bien les Glo- bulines qui les constituaient. C'étaient de petits points verdâtres, pâles, non réunis en macules ou taches réguhères, mais épais, égaux entre eux, collés contre la paroi interne du vase et du coté d'où venait la lumière, depuis la base du col, jusqu'à quatre centimètres au-dessous de la surface de l'eau. Entre ces points, on distinguait une granulation fine, égale, verte et composée de grains épais de la même espèce. Quand je détachai plus tard l'ap- pareil, je vis que c'était la g/oZ'i//i/za exilis.Ce vase était le jaune. Il lui fallut donc 2 5 jours de mise en expérience pour donner lieu à cette manifestation, c'est-à-dire 12 jours de plus que lorsque le vase jaune contient de l'hydrogène. Le thermomètre avait varié de i5 à 25», mais le degré le plus constant était 21°. A la même époque, le vase blanc, qui se trouvait exposé sur la sur le développement des Infusoires. , 1 53 même ligne 5 à côté des vases colorés, ne présentait encore au- cune matière organisée. Ce résultat négatif paraîtrait devoir in- firmer quelques conséquences que nous allons émettre plus loin , mais il ne mérite pas en lui-même une confiance absolue , d'après ce que nous avons dit sur les bouffées qui projettent dans l'air les germes des êtres organisés. D'ailleurj des vases blancs , et dont le col plongeait aussi dans du mercure , montraient des êtres organisés aux 12™^, iS"^*^ ou 14™'' jour. Ici, cet effet n'eut lieu qu'après le 43™'' , mais, comme je viens de le dire, nous faisons peu d'attention à ce retard^ parce que le terme moyeu de beaucoup d'expériences semblables , et faites dans les circon- stances analogues, donne 14 jours, comme époque communé- ment nécessaire. Ainsi, le rayon jaune influence l'eau ordinaire, de manière à lui permettre de devenir le siège du développement des végé- taux les plus simples. Nous avons déjà vu que les mêmes rayons avaient permis l'établissement des navicula tripunctata dans l'eau, soumise à l'action simultanée de l'air atmosphérique et du gaz hydrogène. Il fallait alors i3 jours, maintenant il en faut i5. Cette différence tient certainement à celle des conditions : d'une part, il y avait libre communication entre l'eau captive dans le vase et l'air extérieur, il y avait influence directe de l'hydrogène; de l'autre, toute relation avec l'air extérieur était interrompue, et l'eau n'était influencée que par un volume d'air captif. Cette variation dans le temps ne saurait donc être attribuée au rayon jaune, et, puisque à circonstances égales, le temps qu'il a fallu au rayon jaune pour permettre le dévelo^^peraent des êtres or- ganisés clans les milieux qu'il éclaire, est précisément le double de celui qu'il faut à la lumière blanche pour donner lieu au même effet, je conclus de là, que le rayon jaune possède une propriété retardatrice, égale à l'action favorable du rayon blanc. Le rayon rouge, comme nous allons le voir, jouit de la même j)ropriété. Le lendemain , i *^'" juin , il y avait dans le vase rouge un poin- tillé vert semblable à celui du vase jaune. Ce jour-là, rien encore ([uc des globuUiia exilis. Toutes les autres couleurs n'avaient pas provoque, au 7 juillet suivant, le moindre dévcloppemeuU 1 54 cil. MORRtN. — liiflueîice de la lumière Je laissai pourtant les vases encore une année clans la même po- sition, mais, après cette époque, n'obtenant aucun résultat, j'en conclus qu'il y avait là impossibilité pour que la vie s'établit. Ces deux séries d'expériences s'accordent parfaitement sous le rapport de l'effet lumineux. D'une part, il est vrai, le rayon rouge était le premier à montrer des végétaux, de l'autre, c'était le rayon jaune; mais aussi, dans la première série, le jaune sui- vait immédiatement le rouge, et, dans la seconde, le rouge sui- vait le jaune. Les intervalles entre les apparitions sont même si légères, qu'on peut, en quelque sorte , les négliger et établir qu'il y a presque parité entre ces deux rayons. Si l'on vient maintenant à rechercher quelles sont les pro- priétés physiques particulières à ces rayons , on voit, d'après les travaux d'IIerschell, de Frauenhofer, d'Eoglefield et de Rochon, que le rouge est le plus calorifique, et le jaune, le plus lu- minatif. Il nous paraît donc que, dans nos expériences, il y avait né- cessité de fait pour que les êtres organisés apparussent de préfé- rence sous ces rayons, et il nous paraît encore , d'après la parité d'action entre les rayons rouges et jaunes, que l'effet de la cha- leur compense celui du pouvoir éclairant, etvice-versâ. Le maxi- mum des pouvoirs dans le rayon jaune supplée à ce qui lui manque de chaleur, comme la grande chaleur qui se développe sous le rayon rouge, supplée à ce c[ui lui manque de pouvoir éclairant. Les végétaux les plus simples, comme les plus com- posés, sont également soumis à la grande influence de ces deux agens , le calorique et la lumière. Dans une troisième série d'expériences, j'exposai à la lumière, pendant fhiver de 1829 à i83o , des vases colorés par du vernis transparent, et fixés sur des baquets de mercure, dans lequel leur col plongeait; les 2/3 de leur capacité étaient remplis d'eau ordinaire , et le i/3 supérieur cl'air atmosphérique captif. J'opé- rai dans les serres chaudes du Jardin botanique de Bruxelles, depuis le 3o novembre 1829 jusqu'au 3 mars de l'année suivante. Dès le 23 décembre, des grains verts, que je reconnus plus tard comme appartenant à une espèce toute particulière de Globu- lines , s'étant manifestés dans le vase jaune d'abord , puis dans le sur le développement des Infusolres. i55 rouge, mais seulement à un jour d'intervalle , il fallut donc pour que ces résultats s'obtinssent en hiver, autant de temps qu'il en faut en été pour avoir les mêmes effets : Je dois cependant ob- server que la chaleur des serres nouvellement construites avait varié plus que je ne l'eusse désiré. La différence de deux jours que nous remarquons dans les époques d'apparition, doit être considérée ou comme nulle, ou comme l'effet des saisons. Je dois faire remarquer un fait digne d'attention dans la seconde série de nos expérieuices et dans la troisième, nous n'avons vu se développer dans l'eau que des Globulines : il y a de commun entre elles que les vases ne communiquaient pas avec l'air exté- rieur, et que l'air qu'ils contenaient, était retenu captif et en. repos. Au contraire, dans la première série, nous avons remar- qué des globulines et des navicules. Dans ces expériences, l'air ambiant pouvait exercer son in- fluence sur les masses aqueuses. Dans tous les autres vases ou- verts, sur lesquels nous faisions des observations au Jardin bo- tanique, nous reconnûmes des globulines., des anabaines , des navicules et même des animalcules. Ces résultats étaient les mêmes en hiver et en été. Dans les serres, nous obtînmes une espèce de navicules très singulière et très grande; elle se propageait si abondamment, que les plaques de verre sur lesquelles elle s'était fixée , semblaient recouvertes d'une grosse croûte de rouille. De même , dans nos expériences sur le gaz hydrogène, il y avait toujours des navicules qui se développaient de préférence. La végétation y était, à la vérité, moins forte qu'à l'air libre ^ mais il n'en est pas moins constant que l'organisation est infiniment plus favorisée sous l'influence du gaz hydrogène et de l'air at- mosphérique réunis, que sous celle de l'air agissant isolément. Je résolus donc de laisser les vases colorés de la première série, soumis H l'influence du soleil de juillet, pour tâcher de voir les progrès relatifs de l'oiganisation de celte époque. Une chaleur extérieure de 25° à 28", soutenue assez constamment depuis le i4 jusqu'au 27 juillet 1829, favorisait singulièrement mon projet. Du 18 mai jusqu'au 12 ou 1 3 juillet, il n'y avait dans le vase rouge que des i56 eu. MoiuiLN. --^ Influence de la lumière Navicula tripunctaia , Globulina exilis, Monas Icns, Kolpoda cosmopoUia. Le vase jaune montrait les mêmes êtres à la même époque. Après les fortes chaleurs dont nous parlons , il y avait une bien plus grande quantité d'êtres organisés dans les mêmes vases, non-seulement sous le rapport de3 individus, mais sous celui des espèces. J'y distinguai principalement : 1" Des membranes crystallines ou gélaniteuses, très minces, sans tissu appréciable, régulières, légères, étendues, planes, tantôt solitaires, tantôt agglomérées par amas informes, et enfin enclavant dans leur épaisseur des monas termo et des globulina exilis vertes, jaunâtres, brunes ou blanches, réunies en nombre indéterminé , formant ainsi des masses arrondies , solitaires ou épaisses. 2<* Des Globulina termo, 3° Des Qlobulina exilis ^ 4" Des Baccilaria j une espèce très simple, verle; 5" Des ISavicula tripunctala, en foule ; G" Des Cystodlella elegans , sorte de végétal vésiculeux très singuher, et faisant partie d'un genre particulier dont nous avons découvert quatre espèces ; l'organisation en est assez compliquée. 7° des Monas termo; 8° Des Monas lens; 90 Des Kolpoda cosmopoUta; 10° Enfin, une énorme quantité de tr'inella, animalcule très, composé, ayant à sa partie postérieure des poils raides, organes particuliers qui, si nous n'en connaissons pas l'usage, n'en in- diquent pas moins une structure infiniment plus compliquée que celle des Gymnodés. Cette espèce de trinella n'est pas dé- crite, et nous l'avons retrouvée chaque fois que du gaz hydro- gène agissait sur de l'eau, quoiqu'elle se manifeste aussi sous l'influence de l'air libre; nous l'avons nommée Trinella hydro- geniphila. sur le dèpcloppernent des Infusoires. iSy Je dois faire remarquer aussi que les Cystodiella elegans ne se retrouvaient pris clans le vase jaune, apparemment parce que leur développement se trouve lié à une très grande chaleur, condition qui se trouvait réunie aux autres dans le vase rouge. Le vase orange ne montrait, à la même époque, que son pointillé ordinaire, c'est-à-dire des globulines enclavées parfois dans une espèce de membrane à-peu-près composée comme celle du vase rouge. Il y avait quelques Trinelles hydrogéniphiles. Nous connaissons clairement, par ces expériences, que, quoique la vie s'établisse ou se soutienne sons le rayon orange, l'organisation y est en quelque sorte stationnaire , et que, d'ail- leurs, elle ne dépasse pas un certain terme dans les degrés de complication; que, sous l'influence des rayons rouges et jaunes, l'organisation prend un accroissement successif avec le temps, et que le rapport entre la succession des clifférens êtres qui se manifestent est le même pour ces deux sortes de rayons, de façon qu'il nous permet de croire que l'effet de la caloricité , chez l'un , compense celui du pouvoir éclairant chez l'autre. Enfin, ce qu'il faut que je note particulièrement, c'est ceite étonnante similitude entre les êtres qui se sont développés de lasorte.Toutcs ces espèces naissent aussi sous l'influence d'autres conditions, de celles même qui sont les plus ordinaires dans l'ordre des choses naturelles. Toutes ces espèces sont constam- ment les mêmes, malgré la différence des conditions extérieures, et, si les circonstances opèrent quelques variations, elles ne portent ni sur l'essence ni sur les caractères des espèces déve- loppées, mais sur le temps auquel elles apparaissent, sur le nond)re de leurs individus et sur les réunions qu'elles affectent entre elles. Ce sujet est trop fécond en grands résultats pour que nous n'y revenions pas bientôt. La similitude coristante qui se manifeste parmi les êtres dé- veloppés dans ces différens vases, en entraîne une autre dans l'aspect lies eaux qui y ont séjourné, et dans celui des pro- duits solides qui se précipitent de ces eaux. Les liquides étaient jaunes, les précipités organiques grumeleux, flocon- neux, jainics ou vcrls étant mouillés, d'iui blanc sale clant se- t58 en. MORUEN. — Ivjluence de la lumière chés. Enfin, les pellicules légères étaient toutes également jau- nâtres et irisées. Les expériences que nous venons de faire connaître sont destinées à nous offrir encore des considérations particulières pour connaître les influences de la chaleur, des atmosphères spéciales, des gaz, des communications iîiterdites ou non avec l'air ambiant, des gaz agissant concoraitamment avec l'air at- mosphérique des saisons, etc. Nous ne pouvons nous attacher ici qu'à l'exposé de celles qui sont relatives à la lumière; nous allons les exposer. Il nous paraît constaté que les couleurs principales qui com- posent la lumière blanche n'ont point sur la manifestation des êtres organisés dans les milieux liquides capables d'en soutenir la vie, les mêmes influences les unes c[ue les autres, mais que ces influences varient comme les couleurs. Le rayon violet que les recherches de Sennebier nous avaient montré comme le plus favorable de tous (et même comme le seul qui le fut) à la germination des plantes et à leur colora- tion en vert, n'exerce aucune influence spéciale, quand il s'agit de provoquer dans de l'eau qui lui est soumise le développement des végétaux les plus simples. Il est à remarquer que les phy- siciens ont attribué à ce rayon plusieurs propriétés que des nou- velles recherches lui ont fait ôter par la suite. Aussi sommes- nous disposés fortement à répéter et à varier les expériences de Sennebier. En second lieu, nos expériences nous prouvent que, de toutes les couleurs élémentaires , celles qui favorisent le plus la mani- festation et le développement des êtres organisés des deux règnes, quand les milieux aqueux qui doivent en soutenir l'existence ne contiennent pas des masses tissulaires, sont le rouge et le jaune , et cette propriété est, à peu de chose près,au même degré chez l'une comme chez l'autre. Cette propriété est en rapport direct avec la grande calori- cité du rayon rouge, et le pouvoir éclairant maximum du rayon jaune. Cependant, si l'on fait la juste part de ce qui revient, dans cette double influence, à la lumière et à la chaleur, on doit ob- sur le déueloppement des Infusoires. 169 server que ces deux rayons oat Tin effel favorable plutôt par une influence de chaleur que par un effet de lumière. On sait que pour le degré de caloricité, le jaune vient immé- diatement après le rouge, tandis que, pour le pouvoir éclairant, si le rayon jaune atteint le maximum, le rayon rouge ne se trouve pos^jéder ce pouvoir qu'à un faible degré. Le rayon orange va même avant lui pour cette propriété. Il est donc à présumer, d'après cette observation, que, si les êtres organisés se déve- loppent de préférenc'e sous l'influence des rayons rouges et jau- nes , cela dépend plus de la propriété ca orifique émitiente de ces rayons que de leur pouvoir éclairant respectif. Ainsi l'influence probable de ces rayons n'est point en raison com- posée de leur chaleur et de leur pouvoir éclairant , comme on aurait pu le croire, mais sensiblement en raison de leur propriété calorifique seule. Si l'on vient à comparer entre eux les résultats que nous avons obtenus, lorsque, d'une part, les niasses aqueuses étaient influencées par les circonstances les plus favorables à la manifestation des êtres organisés, et d'une autre part, ces circonstances secondaient bien moins leur dé' veloppement , on se trouvera convaincu que le temps qu'il faut aux rayons rouges et jaunes pour montrer des êtres organisés, développés sous leur influence , n'est pas toujours le même , puisqu'il est coordonné à l'ensemble des circonstances agis- santes qui ne proviennent pas du fluide lumineux, tandis que, sous des conditions rigoureusement identiques, le temps qu'il faut respectivement aux rayons rouges et jaunes pour que les uns et les autres donnent un résultat positif, varie si peu , que la différence peut être considérée comme nulle, et que, par suite, l'action des rayons rouges peut être assimilée, sans erreur sensible, à celle des rayons jaunes, et réciproquement. En se rappelant ce que nous avons dit du nombre des jours qu'il a falhi aux rayons jaunes pour donner lieu à la manifesta- tion des Globulines dans le vase qu'ils éclairaient, nous trou- vons également qu'il est infiniment probable, quoique à cet ij ^'gard nous n'avons pas de certitude bien reconnue, que, sous une atmosphère d'air commun renfermée, le rayon jaune re- tarde le développement des végétaux les plus simples, d'au i6o en. MORRitN. — Influence de la lumière temps égal à celui qu'il faudrait rigoureusement pour que ces mêmes espèces se manifestassent sous la lumière blanche. Dans les circonstances identiques, le rayon rouge jouit de la même propriété , et ce temps est la mesure des influences. Si l'on compare également entre elles les expériences où nous avons fait entrer comme élément de variation le temps d'action ou la durée des influences dans une série d'expériences essen- tiellement comparables entre elles, nous avons trouvé qu'à mesure que les influences lumineuses des rayons rouges et jaunes se prolongent sur les masses aqueuses, les êtres organisés qui s'y développent, augmentent sous le rapport numérique des individus et des espèces , en raison directe de cette prolongation (jusqu'à un certain^terme); mais avec une légère différence pour le rayon rouge, sous lequel la vie prend plus d'énergie, en ce sens que, sous son influence, les êtres sont spéciflquemeut plus nombreux et plus compliqués en structure que sous celle du rayon jaune. Cet effet tient apparemment à la plus grande cha- leur du rayon rouge. Une autre conséquence qui résulte de la même observation, et qui n'est, au fait, qu'un corollaire de la loi précédente, c'est que les animaux Gymnogènes soit simples, comme lesGymnodés, soit composés, comme les Mystacinées (i) ne naissent dans les milieux aqueux sous l'influence des rayons rouges et jaunes, qu'après que les plantes s'y sont déjà développées, de sorte qu'on ne sait pas précisément, si c'est à la longue durée de cette influence ou à la présence des végétaux , que se doivent ces mêmes animaux, bien que nous croyions que ce soit à la dernière cause plutôt qu'à la première , qu'il faille attribuer cet effet. De même, d'après la succession, d'une part, àts glohullna termo et globuUna exilis aux haccillaria , nauicula et cjstodiella et, de l'autre, des monas termo, au monas lens , kolpoda cosmo- poUta et aux trinella hydrogeniphilia succession que l'observa- tion a trouvée en rapport avec le temps de l'expérience , on voit (t) Voyez la classification JeM.Bory de St. -Vincent, insérée dansTEnryclopédie métliodique, le Dictionnaire d'histoire iialurellç et quelques opuscules séparés du même auteur. sur le développement des Infusoires. i6i évidemment que l'organisation va en se compliquant davantage; à mesure que les influences des couleurs élémentaires de la lu- mière se prolongent; de manière que les échelles animale et vé- gétale sont d'autant -plus graduées que les temps d'action du- rent plus long-temps. Il importe beaucoup dans ces recherches, comme dans l'é- tude de ce que la nature nous offre .dans le grand spectacle de l'univers, de préciser les sites que les êtres habitent de préfé- rence , surtout quand ces sites sont simplement favorables , et non d'élection, dans le sens propre du mot, puisqu'alors ils nous font découvrir une relation intime entre la nature de l'être , et les circonstances extérieures sous lesquelles il s'est dé- veloppé. Aussi avons-nous remarqué dans ce mémoire qu£ sous les rayons colorés comme ceux du spectre solaire, les végétaux développés sous l'influence de ceux de ces rayons qu'on pourrait appeler vivifians (le rouge et le jaune) occupent constamment le devant des vases, de sorte que la clarté de ces rayons est, sous un certain rapport, comparable à celle que donne par ré- fraction une couche d'eau de 5 à 6 pouces d'épaisseur. Cette conséquence résulte évidemment de ce que nous avons établi dans notre troisième mémoire. Il n'est peut-être pas de phénomène plus singulier dans l'ordre des choses qui nous occupe ici, que la constance dans la struc- ture des espèces, qu'elles se manifestent sous l'influence de la lu- mière composée, ou sous celle des rayons colorés. Il nous paraît donc avéré qu'il existe pour les êtres organisés , de quelque na- ture qu'ils soient, animaux ou végétaux, une si grande fixité dans leur organisation, que la moindre différence, je ne dirai pas spécifique, mais de variété même la plus légère, ne s'observe jamais, que ces êtres naissent et se développent soit sous l'in- fluence de la lumière composée , soit sous l'influence de la lu- mière décomposée en ses couleurs élémentaires. Dans cette der- nière circonstance, les rayons rouges, jaunes et orangés, peu- vent agir indifféremment, jamais on n'observera la moindre dérivation déstructure, le moindre changement d'organisation, la moindre différence individuelle dans les êtres développés sous rinfluence de ces rayons. IV. Zoor. — Septembre. ' ' i6s4 Cil. MOUKEN. — InflucTice cle la lumière Et, comme un coi'ollaire de cette loi générale, nous avons ob- servé que, lorsque l'intensité des couleurs s'affaiblit, en même temps que cette perte permet à la lumière blanche d'agir concomi- tamment avec ce qui reste de rayons colorés, les êtres organisés ne varient pas davantage et appartiennent toujours aux espèces déjà connues. Ces êtres sont les mêmes que ceux développés sous la lumière composée et sous -les rayons de couleurs élémentaires. Je conclus de là, qu'il est indifférent pour l'organisation et le nombre des espèces animales ou végétales qui se manifestent dans les milieux nécessaires au maintien de leur existence, que la lumière agissante soit blanche ou colorée quand l'intensité de la teinte est fortement affaiblie. Chacune de ces lois s'applique aux êtres des deux règnes, parce que, dans nos expériences, nous avons vu se développer les uns et les autres. Certes ,1a plus importante de ces considérations est celle qui nous ramène à l'exposition philosophique des deux grandes écoles qui partagent aujourd'hui la science delà biogénie. Nous voulons parler de la fixité de l'organisation et de l'invariabilité des espèces qui naissent sous tant de conditions différentes ap- pelées modifiantes et considérées comme telles, tandis que leur influence ne modifie réellement quoi que ce soit. Ajoutons ici, pour terminer ce travail, quelques idées que suscite naturellement l'exposé des expériences mentionnées dans ces quatre mémoires. Dans le système des générations spontanées, on admet que la gangue de l'organisation ou sa matière première est un corps gélatineux ou mucilagmeux dans lequel les agens extérieurs, la lumière, la chaleur, le fluide électrique, l'air atmosphérique et le liquide ambiant vont déterminer une disposition moléculaire particulière qui s'appellera tissu , dès qu'elle sera appréciable à nos sens. La gangue devient alors Xébauche de l'animalité ; et son état dynamique , amené par les agens extérieurs, l'élève au rang d'être vivant qui en tout cas doii appartenir à une certaine es- pèce. Or, dans ce système, les conditions extérieures déterminent cette espèce, et la font ce qu'elle est, et la variation dans ces conditions est aussi ce qui doit modifier l'état du tissu, la forme de l'ébauche , l'impression qui l'élève à l'état de germe et enfin sur le développement des Infusoires. i63 ce qui fait l'espèce. Nous avons vu comment le nombre des es- pèces serait lié de cette façon à celui des combinaisons possibles entre les agens , et nous avons vu également que si ce système est fondé, c'est à l'expérience seule à le prouver. Or, nous nous attachons à faire varier d'une infinité de manières un des agens principaux, celui auquel personne n'a refusé la suprématie dans les influences , et dont tout le monde a exalté singulièrement les propriétés modifiantes. Ces tentatives ne se bornent pas à le considérer sous le rapport de son absence et de sa présence , de son intensité; de son énergie d'action, des propriétés qu'il ac- quiert en passant par d'autres agens, elles vont même jusqu'à le décomposer en ses parties élémentaires , et malgré toutes ces variations, nous ne parvenons pas à créer autre chose que ce qui fut toujours, à faire développer un seul être, quelque petit et quelque simple qu'il soit, qui n'existât depuis des siècles, et si nous ne disons pas depuis l'origine du monde, c'est que nous nous tenons dans cette rigueur de logique qui n'admet l'existence d'un être que depuis que les auteurs en ont décrit les caractères. Nous voyons donc s'évanouir notre espoir de créer des espèces, d'enrichir l'inventaire de choses naturelles et d'ajouter à l'uni- vers des orgaru"smes vivans, quelques êtres vivans qui eussent pu faire foi de notre puissance. L'homme serait donc réellement incapable d'imprimer à la matière quelque forme d'organisation que ce soit, et toujours cette matière obéirait à des agens qu'il nous est aussi impossible de saisir que de spécifier. Dans la na- ture, les forces actives seraient donc invariablement les mêmes, et leur constance d'action se maintiendrait avec d'autant plus de fixité qu'aucun être vivant ne saurait les modifier par la raison qu'elles lui échappent toujours. Il faut avouer que dans le sys- tème des générations directes, on aurait dû prévoir ces objections. Si l'on avait demandé à quelque partisan de cette théorie : Croyez-vous que tout ce qui existe de vivant sur la terre con- serverait l'existence et l'intégralité des caractères spécifiques, si tout-à-coup la lumière du soleil se décomposait, et si les rayons rouges éclairaient seuls la surface du globe? Il est probable qu'il nous aurait ré])ondu qu'au moins, si l'existence de quelques èlres ne serait pas gravement compromise par \\n tel change- 11. i64 CH. MORKEN. — Influeuee de la lumière ment dans l'univers, bien certainement Tinflnence de cette mo- dification dans les agens extérieurs devrait apporter un boule- versement général dans les espèces, et une variation immense dans l'organisation. Or, l'expérience prouve que pas même les plus simples des animaux et des végétaux n'offrent sous cette influence le moindre changement, et elle prouve, de plus, que ces mêmes êtres ne sont pas modifiés en quoi que ce soit, malgré qu'ils aient subi cette influence avant leur état de germe, avant l'impression vers un type déterminé d'organisation, avant donc qu'il y avait invariabilité dans leur essence. Il est donc avéré qu'il y a ici quelque chose de plus que des raisonnemens contre le système des générations spontanées ; ces expériences passeront, je pense, pour des preuves de faits chez quelques personnes. La seule manière de les réfuter vic- torieusement, serait de créer des espèces nouvelles en définis- sant les conditions qu'il faudrait pour les produire. Cependant nous n'ignorons pas que beaucoup de personnes croient à la possibilité des générations directes, parce qu'elles ne peuvent s'expliquer par les générations continues la présence de quelques êtres dans certains lieux où l'on ne les voit pas ar- river pour se reproduire. Ne pouvant démontrer, comme Redi l'a fait pour les insectes, que des êtres y déposent leur progéni- ture,elles admettent que cette progéniture s'est créée d'elle-même, mais il faut avouer qu'adopter ainsi le système des générations spontanées, c'est le recevoir au pis-aller, c'est poser en fait ce qui doit être prouvé : car je ne puis croire à la génération spontanée, que pour autant que vous m'aurez créé un certain être direc- tement. Or, c'est ce que personne n'a fait encore jusqu'ici. D'une part, si je considère que dans nos expériences où les conditions variaient si singulièrement, les êtres manifestés étaient toujours les mêmes, quelles que fussent les conditions, et si, d'une autre, je fais attention que le nombre seul des espèces de ces êtres variait comme les conditions, je dois reconnaître que toute l'influence des agens extérieurs, en se modifiant plus ou moins, se borne à agir sur la disposition numérique des espèces, mais nullement cà en créer de nouvelles. C'est absolument comme si les conditions permettaient ou ne permettaient pas le dévelop- K sur le développement des Infusoires. i65 pement pour quelques espèces, et voilà tout. La constante fixité clans l'organisation des espèces développées, a tant de rapport avec ce qiii se passe dans les générations continues, que je suis tenté de croire que, puisque dans celle-ci, l'être produit ressem- ble toujours à l'être producteur, les êtres que je vois se dévelop- l per sans que j'aperçoive leurs parens en proviendront cepen- dant, parce qu'ils se ressemblent tous entre eux, autant que se ressemblent également entre eux les produits des générations I continues. Je serai encore plus porté h cette croyance, si je fais attention à ce fait : ce qu'on me désignait comme condition mo- difiante, ne modifie rien, donc si les êtres développés ne chan- gent pas, c'est que la cause qui détermine la fixité dans l'orga- nisation, est plus puissante que la condition modifiable, et, comme partout je vois l'inertie de cette dernière et nulle part son influence directe et positive sur l'organisation, j'en conclus que cette condition n'exerce aucun effet sur l'organisation. On voit d'après cela que, pour nous, l'effet des conditions extérieures est , non de changer, de modifier l'organisation dans un être vivant, mais de permettre aux fonctions de ces êtres de s'exercer ou de cesser, par conséquent de vivre ou de mourir. C'est de là que provient ce double résultat de fixité dans les organisations développées, et de variété dans le nombre des êtres qui se manifestent. Il y a , en outre , une circonstance d'un intérêt tout aussi ma- jenr. Les circonstances, comme nous l'avons vu partout, qui permettent la manifestation des êtres organisés, sont toujours celles qui permettent également leur développement , c'est-à- dire, l'exercice de leurs fonctions. Or, comme le développe- ment d'un être est la condition sine quâ non pour qu'il me de- vienne appréciable, sa manifestation suivra toujours son déve- loppement. Cependant, dans le système des générations, cette même manifestation est |)rise pour sa naissance ou sa création, et on conclut qu'un être se crée parce qu'il se développe, actes fort dillérens dans leur origine et leur nature. Si les germes de quel- ques êtres devenaient tellement petits ([ue, connue germes, ils «échappassent à nos sens, devrions-nous en conclure que ces i66 CH. MORREN. — Infliwnce de la lumière, etc. êtres sont sans gemiesPSi maintenant ces germes s'introduisent, à notre insu , dans des milieux où ils se développent et font voir des êtres que leur grandeur nous permet d'observer, devrons- nous dire que ces êtres sont venus là tout formés et sans déve- loppement préalable? Je ne pense pas; et c'est là pourtant le raisonnement qu'on a employé pour attribuer à la génération équivoque l'origine des Hydrophytes inférieurs et des Gymno- gènes dans les masses aqueuses. La stabilité dans l'organisation des espèces me fait croire qu'elles proviennent par voie de parenté; ie'fait, que toutes les conditions d'origine pour les au- teurs ne sont que des conditions de développement, me fait soupçonner une évolution de germes; et si enfin je ne prouve pas directement que les germes arrivent dans les milieux sans y être créés, je puis dire du moins avec certitude que tout se passe, dans la nature, comme si ces germes se déposaient réelle- ment, c'est-à-dire, comme s'il n'y avait pas de génération spontanée. Voilà les conséquences immédiates de ce travail ; j'ajouterai que , dans mon Essai de biozoogénie générale et dans les mé- moires que j'ai préparés sur l'influence des autres agens,je crois avoir démontré qu'évidemment il y a des germes qui viennent du dehors et qui donnent lieu à des manifestations d'animaux et de plantes qui propagent ensuite d'autres germes, c'est-à-dire que tout, dans la nature, est soumis à la génération continue^ et que l'univers se peuple par la voie continuelle de parenté. owEW. — Cœur des Batraciens. 167 Recherches sur la structure du cœur chez les Batraciens Perenni- branches , Par M. R. Owen. (1) Comme les reptiles forment la transition entre ies classes de vertébrés chez lesquelles la respiration a acquis son plus haut degré de perfection et celles chez lesquelles elle s'exécute le plus imparfaitement, ils différent considérablement entre eux soit par l'étendue, soit par le mode de cette fonction, et le cœur présente , tant dans sa forme extérieure que dans sa structure in- terne , des variations correspondantes. Cette partie de leur anatomie offre un intérêt tout particulier, non-seulement à cause de ses rapports physiologiques, mais parce que, comme l'a le premier observéHunter (2), les différentes varia- tions de structui e présentent, comme état permanent , quelques- ims des degrés transitionnels par lesquels passe successiveraertle cœur des vertébrés à sang chaud avant que d'atteindre son état de perfection. La connaissance de ces divers modes de structure n'a ce- pendant été acquise que lentement et en grande partie dans ces derniers temps. Linné attribuait à toute sa classe des Arn- phibia un cœur simple à deux cavités , comme celui des poissons ». Cor uniloculare , uniauritwn i^ ; mais avant la publication de la douzième édition du Sjstema naturœ^ la structuie compliquée du cœur de la tortue avait été décrite par Duverney et Mery dans les IMémoires de l'Académie des sciences (3), ainsi que par Bussieres dans le 27* volume des Transactions Philosophiques (4). Ilasselquist a aussi démontré l'organisation plus élevée du cœur (i) On the sfructiire oft/te heart, elc. , Trans. oi i\\e ioo\. soc. of London, vol. i.p. 2t3, pi. 3i. trad. de l'anglais par M. Doycre jeune. (a) O/i blood, etc. , p. i.i5. (3) Années 1676 cl 1703. f/») Année 171a, page 177. Dos figun-s données p.-n- cet auteur me paraissent plus exactes et , d'aprus le mode de dissection employé , plus iatelligiblç^ .(juc celles de Méry. i68 owEiv. — Cœur des Batraciens. du crocodile (i). En conséquence, Daudin, dans son ouvrage sur les reptiles, admet un cœur à double oreillette dans les Chélo- niens et les Sauriens, mais il regarde comme un caractère des Ba- traciens et des Ophidiens d'avoir un coeur simple et biloculaire (2). Cette opinion est sanctionnée par Blumembach, du moins dans ce qui concerne les serpens d'Allemagne. Cuvier et Mekel cepen- dant attribuent avec plus de vérité aux Ophidiens un cœur muni de deux oreillettes séparées ; mais dans leurs derniers écrits (3) , ils établissent qu'une oreillette simple est commune à tout l'or- dre des Batraciens qu'elle caractérise. Après avoir avancé que les Batraciens ont la forme du cœur le plus simple, forme « qui consiste seulement en un ventricule a et une oreillette qui reçoit à-la-fois le sang du corps et des pou- « mons(4)», Mekel observe que dans les Salamandres, les Tritons, la Siren pisciformis et la S'iren /acerft>z« l'oreillette est divisée ex- térieurement par un fort étranglement en une partie antérieure et une partie postérieure deux fois plus petite, et il établit que dans le genre Pipa, on trouve une organisation intermédiaire très remarquable, savoir : un voile membraneux qui s'étend de- puis le fond du ventricule jusqu'à la paroi postérieure et supé- rieure de l'oreillette, où il laisse une ouverture très visible. (5) Mes propres dissections m'ont convaincu de l'exactitude de l'opinion du docteur Davy, sur l'existence d'une oreillette destinée au sang pulmonaire dans la Grenouille commune et le Cra- paud (6), et les recherches plus récentes de M. Martin Saint- Ange (7) ont fait voir que non-seulement les Anoures Caduci- branches s'éloignent du caractère assigné par Cuvier à l'ordre des Batraciens, mais encore que les Salamandres possèdent une oreillette pulmonaire bien distincte quoique petite. Pour rendre justice à M. Hunter, on doit observer qu'il avait (i) Itin. ^gypt. et Palest. , p. agS. (2) Hist. nat. des Reptiles , t. i, p. 335. (3) Cuvier, Piègne animal, t. ii , p. loi. — Meckel. Vergl. anat. B. "V. p, 2i5. (4) Loc. cit. p. 2 1 5. (5) Luc. cit. p. 2 16 et 217. (6) Zoolog. juurn. vol. 11, p. 586. (7) Tableau du syssème circulatoire. owEN. — Cœur des Batraciens. 169 soigneusement constaté Ja véritable structure du cœur dans les Batraciens les plus élevés, et placé les Grenouilles, les Crapauds et les Salamandres avec les Serpens et les reptiles les plus par- faits dans la classe à laquelle il donnait le nom de Tricoïlia ca- ractérisée par un cœur composé de trois cavités, (i) Les Sirènes, les Amphiumes , les Rattewagoë ou Menopomes de Harlan, en un mot tous les reptiles douteux de Cuvier connus de llunter étaient considérés par lui comme formant une classe distincte , désignée sous le nom de Pneumobranclies , ainsi que cela se voit dans le manuscrit cité par Rusconi dans l'ouvrage intitulé : Amours des Salamandres aquatiques , et publié der- nièrement dans le Physiological catalogue of tlie lîunterian collection. Piusconi, Cuvier, Mekel, Hunter, qui ont tous fait d'un ou de plusieurs des reptiles douteux le sujet de recherches particulières n'ont aucun soupçonné que ces singuliers animaux ressem- blent aux reptiles les plus parfaits par le nombre des cavités du cœur, mais il semble que tous ces savanslesont regardés comme se rapprochant des poissons tant par la simplicité de leur organe circulatoire que par la permanence de la totalité ou d'une partie du système branchial. En procédant à Tarrangenient et à la description des prépara- tions des organes circulatoires, conservées dans la galerie du Muséurn du Collège des Chirurgiens, j'ai eu occasion de dissé- quer un Ampliiunia means ., un Proteus anguinus et une Sir en lacerti/ia âans le but de faire accorder les apparences présentées par les préparations de Hunter avec les descriptions publiées et plus s|)écialement avec celle de la siren lacertina donnée par Hunter lui-même dans le 56* volume des Transactions Philoso- phiques. Dans tous ces animaux, j'ai trouvé la veine pulmonaire évidemment terminée dans une petite oreillette communiquant avec le ventricule par un orifice obloiig situé tout près de l'ou- verture de la grande oreillette correspondant aux veines du corps, sans cependant se confondre avec elle. v Dans ce mémoire nous avons choisi le cœur de la Siren lacer- (i) On Klood , etc. p. \iS. 170 owEN. — Cœur des Batraciens. tina par la considération que cette espèce, par la combinaison d'une seule paire de membres avec la persistance des branchies, s'éloigne le plus du type des Batraciens, et doit par conséquent être plus voisine des poissons par la structure de l'organe cen- tral de la circulation. Le coeur de cette Sirène est oblong ; il est situé immédiatement derrière les branchies sur la ligne médiane entre les deux membres antérieurs et entouré par un péricarde fort et tibreux, dont la surface intérieure est lisse et luisante comme chez les poissons, et dont la surface extérieure est entièrement adhérente aux parties environnantes. Il est protégé du côté du ventre par une expan- sion cartilagineuse des os coracoïdes. La longueur du péricarde, dans un sujet long de deux pieds, était de deux pouces et sa lar- geur de trois quarts de pouce. Vu extérieurement, le cœur présente un sinus membraneux, une grande oreillette musculaire et frangée, un ventricule et un bulbe artériel alongé. Le sinus veineux est situé à la partie postérieure du péricarde la veine cave inférieure se termine dans ce sinus par deux ori- fices séparés par une cloison membraneuse qui s'étend un peu dans l'intérieur du sinus et s'y termine antérieurement par un bord concave. De chaque côté de la cloison se trouve un orifice, l'un à droite^ l'autre à gauche (veine-cave supérieure), entre lesquels on aperçoit le tronc commun de la veine pulmonaire, adhérent par une petite portion de sa surface postérieure aux parois du sinus , où cependant il ne se termine pas. En ouvrant transversalement, avec précaution, la partie infé- rieure de l'oreille , on découvre au-dessus du sinus une petite cavité distincte du reste, dans laquelle aboutit le tronc de la veine pulmonaire : ce compartiment distinct, analogue à l'oreillette gauche et situé à gauche du ventricule, communique avec cette cavité par une ouverture oblongue, située près de celle par la- quelle l'oreillette droite s'ouvre dans le ventricule, ces i\ii\\yi ou- vertures étant séparées par une bande transversale qui sert de point d'attache à la valvule auriculo-ventriculaire. Cette division de l'oreillette en deux cavités, l'une destinée au sang de tout le système , l'autre pour le sang pulmonaire, serait I owEN. — Cœur des Batraciens. \'j\ I difficile à prévoir à l'inspection de l'extérieur du cœur, à cause de î la structure frangée si remarquable des oreillettes^ structure dépendante de nombreuses entailles de diverses grandeurs, dont la plus profonde est celle qui sépare l'appendice de l'oreillette droite de celui de l'oreillette gauche ; la surface intérieure de ces deux cavités présente de petites saillies musculaires très nombreuses se croisant dans diverses directions. La longue poche cylindrique divisée, qui se continue des bords de l'oreil- lette, présente de l'analogie, dans sa structure, avec les divi- sions branchiales ds la veine-cave dans les Céphalopodes, divi- sions qui sont contenues dans un large péricarde , et qui, outre leurs autres usages, servent de réservoir au sang destiné aux ca- vités branchiales. Les oreillettes sont situées sur la face dorsale du ventricule plutôt du côté gauche que du côté droit, sans être cependant autant à gauche que l'indiquent les descriptions de Mekel ; mais quand elles sont pleinement distendues, elles s'avancent, ainsi que dans le Pipa, sur les deux côtés du ventricule et du bulbe artériel, au point d'embrasser et de cacher presque entièrement ces parties. Le volume des oredlettes réunies est donc très con- sidérable, comparé à celui du ventricule. Dans l'Amphiume et le Menopome , les oreillettes sont proportionnellement moindres et situées plus complètement à^auche du ventricule. Le bord des oreillettes dans l'Amphiume n'est que très peu découpé en com- paraison de celui de la Sirène; dans le Menopome, il est entier. Le ventricule, dans la Sirène, est d'une forme ovale-oblongue, légèrement aplatie, semblable à celui des ophidiens; on aper- çoit au sommet une légère échaucrure ou commencement de division, qui loge ime branche de la veine coronaire, qui, de cette extrémité, se rend à la veine-cave inférieure. L'extrémité opposée du ventricule s'avance un peu au-delà de l'origine de l'artère. Son enveloppe séreuse, outre qu'elle se continue le long du bulbe artériel jusqu'à l'extrémité antérieure du péri- carde, se réfléchit vers le tiers inférieur du bord dorsal du ven- tricule sur le sinus veineux, et entre les deux feuillets de ce repli; la veine coronaire se réunit à la veine cave inférieure, comme dans les Crocodiles et qtjclques Chéloniens. i?"^ owEN. — CœuT des Batraciens. Les parois des ventricules (qui ont huit dixièmes de pouce de long sur cinq dixièmes de large ) ont un dixième de pouce d'épaisseur et présentent une structure fasciculée. Ce qu'on trouve de plus remarquable dans cette cavité, c'est une cloison rndimentaire qui part du milieu du sommet, se dirigeant vers la base, et se termine par un bord concave dirigé vers l'orifice de l'artère. Le croisement des colonnes charnues donne à toute Ja surface interne une apparence réticulée. La structure des valves des orifices des oreillettes n'était pas très distincte dans le sujet que j'ai examiné. Une légère produc- tion membraneuse s'étendait d'un côté à l'autre de la cloison qui sépare les orifices , et cette cloison s'attachait aux parois du ventricule par une colonne charnue. L'artère sort du cœur à une ligne environ des orifices auriculo-ventriculaires. Après avoir décrit une demi-spirale, elle se dilate de manière à former un bulbe musculaire allon- gé, qui s'étend directement au-devant de l'extrémité antérieure du péricarde; et au point où l'artère sort de ce bulbe, elle se divise en .six artères branchiales, trois de chaque côté. A l'ori- gine de l'artère se voient deux valvules, une grande et l'autre petite; la plus grande n'est qu'un simple bourrelet. On en aper- çoit deux autres semblables, mais plus petites, au commence- ment du bulbe. Le bulbe lui-même est presque entièrement oc- cupé par un corps charnu, cylindrique, remplissant l'office de valve, lequel est fixe par sa partie postérieure et sillonné anté- rieurement par des rainures qui se dirigent vers chacune des artères auxquelles le bulbe donne naissance. Le canal présente dans ce point la forme d'un croissant, comme il est facile de s'en assurer en le coupant transversalement. Dans l'Amphiume et le Menopome, l'étranglement membra- neux de l'aorte entre le ventricule et le bulbe est proportion- nellement plus long que dans la Sirène , mais il se dirige égale- ment en spirale. D'un autre côté, le bulbe est beaucoup plus court et plus large. Le ventricule, dans ces deux genres, est aussi beaucoup plus court relativement à sa largeur, et dans le Me- nopome, il se rapproche de la forme triangulaire caractéris- tique des poissons osseux. Ce même genre présente en outre un owEN. — Cœur des Batraciens. l'jS rapport avec les poissons cartilagineux dans deux rangs de val- vules semilunaires situées dans le bulbe artériel, chaque rang étant composé de trois valvules. Mais, ni dans le Menopome, ni dans l'Amphiume , le bulbe artériel ne contient un corps charnu cylindrique , cette valvule additionnelle n'étant pas né- cessaire pour le libre passage du sang. Dans l'Amphiume , les artères pulmonaires prennent naissance de l'extrémité du bulbe. Dans le Menopome, cette artère est formée par la réunion de deux petites branches naissant de la première et de la seconde artère branchiale près de leur origine. Dans la Sirène, ces ar- tères pulmonaires sont des rameaux de la veine branchiale in- férieure. C'est un fait digne de remarque que dans l'Amphiume et le Menopome, l'artère pulmonaire fournit du sang non-seu- lement aux poumons, mais encore à d'autres parties; elle eu- voie en effet des ramifications à l'oesophage ; mais il m'a été im- possible d'en suivre aucune jusqu'à la peau, comme M. Davy l'a fait pour le Crapaud. La présence de deux oreillettes dans les reptiles douteux rend applicable à toute !a classe des reptiles la phrase : « Cor « uniloculare biauritum », et forme un nouvel argument pour retenir comme ordre de cette classe les Amphibies de Latreille. Les faits précédens, outre lein- application anatomique, sont encore intéressans sous le point de vue physiologique. Par suite des obstacles nombreux que rencontre la circula- tion dans les animaux à sang froid et à respiration lente, le côté veineux du cœur éprouve une grande distension. De là le dé"- veloppement de l'oreillette et du sinus destiné à recevoir les veines du système général , et le développement complet de la paire de valvules qu'on y rencontre , et dont la valvule d'Eus- tache présente un rudiment dans les Mammifères. Si la veine pulmonaire se fût terminée avec celle de la circulation générale dans une n)éme cavité, leurs orifices auraient été comprimés par le contenu de cette cavité; de là serait résulté un trop giand obstacle au |)assage du sang aéré dans le ventricule. Ce résultat a été empêché en munissant la veine pulmonaire d'un récep- tacle particulier, disposé comme l'oreillette, de manière à verser son ton tenu dans le ventricule lors de la diastole de cette cavité. 174 owEN. — • Cœur des Batraciens. En considérant le cœur dans ses rapports avec l'organe de la respiration dans les autres classes, nous voyons que c'est un organe musculaire dont l'énergie s'exerce spécialement pour la circulation générale, dans laquelle l'appareil respiratoire occupe une des extrémités du circuit. Le sang veineux, avant de ! entrer dans le cœur, ou bien se répand dans des sinus irréguliers extensibles dans les parois desquels l'air se distribue par des trachées extrêmement rami- fiées, comme cela a lieu dans les insectes, ou bien il passe des trous veineux dans des ramifications extrêmement fines , pla- cées au dessous d'un organe respiratoire plus concentré, comme cela se voit dans les Crustacés et les Mollusques. Mais on ne trouve point de cœur interposé au point où les deux arbres veineux s'unissent. La circulation respiratoire des invertébrés est, sous ce rapport, analogue à celle de la veine-porte dans les vertébrés. Dans les Céphalopodes à doubles branchies eux- mêmes, chez lesquels l'appareil respiratoire est perfectionné par le développement d'un ventricule musculaire approprié à la petite circulation , il importe d'observer que cet organe n'est pas placé au point de divergence des vaisseaux biancbiaux et de la grande veine centrale; mais il est en quelque sorte divisé et placé à la base de chacune des branchies. Dans une autre occa- sion , j'ai montré la dépendance de cette organisation et de la force locomotive, et j'ai fait voir le degré de perfectionnement correspondant présenté par le système nerveux des Céphalo- podes Dibranches. Le système musculaire encore plus développé des poissons exige que la circulation au travers de l'organe respiratoire soit en quelque sorte aidée par la force impulsive du ventricule. Si on met à découvert les cavités branchiales et péricardiennes d'un Heptatrème Dum.^ et si on les compare avec les parties corres- pondantes des Seiches , il semble que les deux cœurs branchiaux du Céphalopode se sont réunis dans le plan médiane du poisson, tandis que les artères, demeurant séparées et divergentes, four- nissent aux branchies de chaque côté. Dans la Lamproie, la moitié postérieure ou inféiieiu'e des artères branchiales se con- tinue ou se réunit Dans les autres po'ssons, b réunion médiane owEN. — Cœur des Batraciens. inS s'étend à tout le tronc de l'artère branchiale. Cependant le cœur, qui, dans les Mollusques, est destiné à recevoir immédiatement et à distribuer le sang aéré, a disparu chez les poissons. Les branchies sont tellement subdivisées qu'elles éprouvent , de la part des parties environnantes, une pression réelle et fréquem- ment répétée. Le sang se trouve ainsi plus puissamment chassé que chez les Céphalopodes où ces organes flottent librement dans une grande cavité. De plus, les proportions des parties musculaires relativement aux cavités viscérales, sont supérieures à ce qui se voit chez les Mollusques. Eu conséquence, la cir- culation générale tire un grand secours des contractions géné- rales du corps; et c'est cette circonstance qui, sans doute, ai- dée par la structure et la disposition des branchies, rend le ventricule inutile à la grande circulation. On sait que le cœur plus compliqué des vertébrés de l'ordre le plus élevé, se développe en partant du cœur simple des pois- sons , ou du moins à une époque peu avancée de son développe- ment, il présente une structure analogue. Sa force est d'abord de la même manière immédiatement appliquée à pousser le sang dans des vaisseaux branchiaux, mais il se concentre gra- duellement sur l'aorte par une série d'oblitérations de ces vais- seaux. Dans la Sirène, le Protée, le Menobranche et l'Axolote, le jet de sang qui sort du ventricule est ensuite considérable- ment subdivisé dans les branchies externes, et en conséquence I de la résistance que son passage rencontre, des moyens nou- veaux ont été ajoutés pour l'empêcher de refluer dans le ventri- cule. Dans le Menopome le jet de sang se divise dans l'intérieur de huit canaux simples avant d'entrer dans l'aorte. Dans l'Am- phiume, il est porté du cœur à l'aorte ascendante par quatre canaux également simples. Dans les reptiles d'ordres plus élevés, les canaux retardateurs sont réduits à deux, tandis que dans les animaux à sang chaud le sang est distribué à toute l'économie par les branches d'un vaisseau simple et continu. On peut établir une gradation semblable poin- le point d'origine de l'artère pul- monaire et l'imiJulsion que le sang y reçoit des contractions du cœur. Dans la Sirène, les artères j)ulmonair(; apparaissent là où finit la circulation branchiale. Dans le Menopome, elles pren- 1^6 WAGNER, — Génération des Cirripédes. nent leur origine dans une position semblable , mais elles reçoi- vent davantage l'impulsion du cœur, celle-ci n'étant pas préa- lablement affaiblie par les subdivisions des vaisseaux bran- chiaux. Dans l'Amphiume, l'artère pulmonaire et l'artère bran- chiale naissent ensemble de l'extrémité du bulbe aortique. Dans les ordres de reptiles plus élevés , les artères pulmonaires partent du ventricule même par un tronc commun ; et enfin dans les animaux à sang chaud , il y a un ventricule spécialement destiné à accélérer la circulation dans l'intérieur de ces artères. Dans les vertébrés et dans les Mollusques, la force des muscles et la sensibilité sont en proportion de la perfection des systèmes respiratoire et circulatoire. Note sur les organes de la génération des Cirripédes , et sur la place que ces animaux doivent occuper dans la série naturelle^ par le p7-o/èsseurWAGiS!ER. Extrait, (i) Les travaux récens dont les Cirripédes ont été l'objet, sont venus confirmer la plupart des faits relatifs à l'anatomie de ces animaux constatés par Cuvier;il est cependant im point impor- tant sur lequel cet habile observateur paraît s'être mépris, car les dissections de M. Martin Saint-Ange ont montré que la dis- position de l'appareil de la génération n'est pas telle que l'avait décrite le savant auteur des Mémoires pour servir à l'histoire des Mollusques (2); et la note du professeur Wagner, publiée à Berlin , peu de temps avant le Mémoire de M. Martin, est égale- ment en contradiction avec l'opinion généralement admise sur ce sujet. Voici les résultats du travail de M. Wagner. « Le testicule, regardé par Cuvier comme l'ovaire, se compose d'an tissu noirâtre, lâche, qui enveloppe l'intestin au-dessous de la couche musculaire , et qui se continue jusqu'à la base des (i) AicLiv fiir Anatomic, Physiologie, etc. Von D. J. Millier, i83/i, n. 5. (2) Voyez toin. 3 p. 3iC. WAGNKR. — Organisation des Cirripèdes. ijn cirres. Les conduits spermatiques s'y ramifient à la manière des artères et viennent s'aboutir, de chaque côté, dans un gros canal recourbé en zigzag. Burmiester, ainsi que Cuvier, considère ce dernier comme le testicule, mais ce n'est qu'un élargissement du conduit spermatique (comparable par conséquent à la vésicule spermalique). Ces deux canaux passent autour l'ouverture anale et pénètrent dans l'appendice caudale , qu'on peut regarder comme le pénis. Puis ils se réunissent et forment un canal éjacu- lateur commun qui est un peu courbé , passe le long de l'ap- pendice caudale et paraît se terminer à son extrémité. Le testi- cule , vu sous le microscope, paraît composé d'un grand nombre tle petits tubes clos à leur extrémité, et du diamètre à-peu-près 1/2 5 (ligne). Ces tubes sont suspendus aux ramifications des vais- seaux spermatiques, et sont remplis d'une masse grenue uni- forme. On voit donc que la structure trouvée par M. J. Millier, dans un si grand nombre d'organes sécréteurs , existe également ici. « La masse grenue contenue dans le pédoncule est l'ovaire. Examinée sous le microscope, cette masse paraît composée de petites lamelles transparentes et arrondies, qui sont creuses et closes. Un grand nombre d'individus , notamment ceux qui pos- sèdent des paquets d'oeufs dans la coquille, présenîent, dans l'o- vaire, des points opaques qui ne sont autre chose que les œufs. Ces points ou petits corps sont arrondis ou ovales, composés d'un chorion transparent, d'un vitellus grenu et de gouttelettes hui- leuses, isolées, grasses et claires. Leur diamètre est à-peu-près 1/25 de ligne. Dans le fond postérieur de la coquille et à la base de la pièce dorsale de cette dernière, on remarque une petite fente qui mène dans le canal qui traverse le pédoncule. Je pré- sume que ce canal sert d'oviducle, et que cette petite fente est l'analogue de l'ouverture du canal branchial des bivalves. (3) (i) Cette fente, décrite d'abord par Okcn , cl vue ensuite parBojanus, Pfeiffcr cl l'.acr, )«• l'ai retrouvée aussi chez les autres bivalves. Cluîz los IWactres, on la voit encore loii^'-tenip."! après que l'animal a été plongé dans l'esprit de vin. On la trouve chez ces mo<4iisques au-devanl des cuverlures des organes considérés comme les reins. L'ovaire présenic une siructui-e lamelleuso composée de tubes clos; son organisation est donc très analogue à celle des AcépliaUs à co(|uille, suivant la description de Poli , Rojanus et Carus. Cette organisation se voit déjà chez les Ano- donles , elle est plus visible chez les Mactrcs , les Donax , les Aies , etc. Chez les Gasteiopodes , IV. 7.O0L. — Scj)tenifirc-. n 1^8 vvAGNiR. — Organisation des Cirripédes. « Lorsque les œufs sont arrivés de ro\aire sous le manteau - ils forment les paquets dont nous avons parlé , et qui 'sont ordinairement au nombre de deux ou trois (exemple les Cineras). Ces paquets ne sont pas libres, comme le dit Biirmiesler, mais attachés à un prolongement du manteau, situé près du muscle qui réunit l'animal à sa coquille. Ils paraissent être les analogues des ovaires chez les Lernées, les Cyclops, etc. A une époque plus avancée , ils sortent par la fente de la coquille et peudent au-dessous les cirres attachés au manteau par une sorte de pé- doncule, ainsi que je l'ai vu à Marseille, il y a six ans, sur des individus frais. Il est probable que les œufs s'en détachent un à un. L'appendice caudale est en mouvement continuel; ce qui, joint à sa longueur, le rend très propre à servir comme une verge et à porter la liqueur fécondante sur les œnfs,au fond de la coquille. D'après ce mode d'organisation , il paraîtrait que ces animaux sont hermaphrodites, comme le présumeBurmiester; cependant il faudrait encore qu'on ait trouvé des animalcules spermatiques dans l'organe envisagé comme testicule, pour être sûr de sa nature. En effet, je me suis convaincu que ce carac- tère seul peut garantir contre toute erreur. « Il me reste maintenant à dire un mot sur la place qu'occu- pent ces animaux dans le système de classification naturelle. Il y a des raisons pour et contre la classification de M. Burmiester, qui les place parmi les Crustacés. Je ne doute nullement que ce ne soient des animaux articulés, quoique Cuvier(i), Wiegmann, Goldfuss, etc., les placent parmi les Mollusques. Leur système nerveux est conformé comme chez les animaux articulés ; leurs organes de mastication sont analogues à ceux des Crustacés; ils ont des pieds articulés et sont pourvus de véritables muscles avec des rides transversales. la structure de l'ovaire est tout autre. Le testicule de ces derniers s'enfonce dass le foie ; il est composé de lubes clos, ses conduits séminaux se ramifient à la manière des artères, comme chez les Cirripédes. Cuvier a pris l'ovaire chez les Gastéropodes pour le testicule , comme Tre- viranus, PrevosI , Brand, J. MuUer et Jacquemin l'ont constaté; j'y ai trouvé les vitellus enve- loppés du chorion. (i) Cuvier dit dans son mémoire sur les Anatifes , 1802 «Tout annonce que la nature va nous conduire à l'embranchement des animaux articulés...,, et nous ne blâmerons point ceux qui croiront devoir les y ranger. - Société cF Histoire naturelle de Strasbourg. 1 79 « De l'autre côté, ils sont recouverts d'une coquille calcaire, et possèdent un véritable manteau, malgré tout ce qu'on a dit contre l'existence de ce caractère (1). Ils sont hermaphrodites, leur corps n'est pas, à proprement parler, articulé, ils possèdent des glandes salivaires, un foie semblable à celui des mollusques ; pas de tête proprement dite, point d'organes des sens, etc. Je continue par conséquent de les regarder comme des animaux intermédiaires entre les Mollusques et les animaux articulés, mais plus rapprochés de ces derniers que des Mollusques. » MEMOIRES de la Société d'Histoire JSaturelle de Strasbourg , tom. II, r° livr. , avec planches. Paris et Strasbourg, chez F. G. Levrault. i835. in-4°. Cette livraison se compose d'un Mémoire sur la constitution géologique de l'Albe du Wurtembei-g, par M. le comte F. de Mandelsloh ; de plusieurs Mémoires de Botanique , dont il sera rendu compte dans la partie de nos Annales qui concerne cette science, et de trois Mémoires de Zoologie, dont nous allons donner une analyse. Ils sont tous les trois de M. Duvernoy. Le premier est une Notice critique sur les espèces de grands chats ^ nommés par Hermann, F élis Chalybeala et Guttata. Le Musée d'Histoire Naturelle de Strasbourg renferme un certain nombre d'exemplaires d'animaux empaillés ou conservés dans l'alcool , qui sont devenus intéressans pour l'histoire criti- que de la science, par suite des publications du célèbre Hermann, fondateur de ce Musée, et par celles de Schreber, d'Esper et d'autres naturalistes auxquels ces objets ont été comniimiqués. M. Duvernoy a cru qu'un des devoirs de sa position, comme direc- (i) Je regarde, diez lesCinipèdes, la inenibrane au-dessous de la coquille, coinnie un veiitahle iiianteiiu séeréleur de la ('oi|iiille. Il est cutnpusé d'une niuriilirune qui ne pitlsciile |)oiul uni! ^l^uclure délerniiriablcqui enveloppe lAcliemcnl l'animal; au-dessous d'elle se voit un sac nius- iidaire rjui piéseiile de l'analo(;ie avee celui des Ascidées; dans le point où l'animal se trouve allaelieà sa coquille, le manteau si; rceoui'be et monte dans le pédunciil'' , <"i il roiiui'iiu repli qui rfçoii l'ovaire précédennncnt décrit. 1 8o Société cl' Histoire naturelle de Strasbourg. teiir de ce beau Musée, était d'éclaircir les points restés obscurs dans ces publications , en soumettant les mêmes objets à de nou- velles observations. Tel a été l'occasion de ce travail d'Histoire Naturelle critique et du second Mémoire dont nous rendrons compte sur les Musaraignes. Après une nouvelle description très détaillée du Felis Chaly- beata, Hermann, l'auteur, prouve, comme l'avait au reste déjà déterminé M, F. Cuvier, dès 1809, que cette prétendue nouvelle espèce avait été établie sur un jeune individu de la Panthère. Mais la brièveté de la queue ne lui permit pas de la regarder comme appartenant à l'espèce des Indes de M. Temminck, ainsi que l'a fait M. Cuvier dans la dernière édition de son Règne ani- mal, trompé par la figure peu exacte que Schreber en a publiée. Ainsi le Felis Chalybeata Hermann devrait être effacé des cata- logues méthodiques. Quant au Felis Guttata Hermajnn, représenté dans la pi. cv b^ de Schreber , nul doute que ce ne soit une espèce de Guépard. Herman avait eu l'occasion d'en observer un individu vivant en mars 1792, et de le faire peindre pour l'insérer dans l'ouvrage de Schreber. Il avait sans doute reconnu qu'une autre figure de Guépard, publiée dans le même ouvrage, dès 1778, pi. cv, ne pouvait se rapporter à l'animal vivant qu'il avait sous les yeux Ses recherches et les observations de M. Duvernoy ont eu, en effet, pour résultats que le jbelis Guttata Hermann et le Felis Jabata Schriber sont deux espèces distinctes qu'on pourrait grouper dans le sous-genre Guépard , proposé par M. F. Cuvier. Les fragmens cV Histoire Naturelle systématiques et physiolo- giques sur les Musaraignes se divisent en deux parties, ainsi que l'indique le titre de ce Mémoire. La première partie traite des caractères du genre Musaraigne {Sorex Cuvier) et comprend un examen des espèces nommées par Hermann, Leucodon, Tétragonurus et Constrictus, ainsi que l'établissement d'une nouvelle espèce sous le nom de Sorex Hermann. Le § I comprend une traduction historique où l'on verra avec Société d'Histoire naturelle de Strasbourg. i8i intérêt que les individus qui avaient fourni occosion à Hermann d'établir les trois premières espèces, avaient été pris dans les en- virons de Strasbourg, par le célèbre Gall, alors (en 1778) jeune étudiant en médecine. Le § II comprend une revue des caractères servant à distin- guer le genre et les espèces de Musaraignes. Dans le § III l'auteur traite particulièrement des caractères génériques ou spécifiques que l'on peut tirer de la considération des dents. Suivant lui , le système dentaire des Musaraignes pré. sente trois types différens,dont le premier se voit dans lestyore^ araneus et indicus ; le second , dans les Sorex fodiens et tetrago- nurus, et le troisième dans son Sorex Hermani. Dans le § IV, l'auteur expose les caractères de ces trois grou- pes, et il décrit en détail les espèces d'Hermann qui s'y rappor- tent. Voici les caractères de ces groupes. Groupe A. (Sorex Nob. )' Les deux incisives intermédiaires inférieures i à tranchant simple^ et les deux supérieures en haine- çon y c est-à-dire ayant un talon en pointe ; les trois ou quatre petites dents qui suii^etit, à la mâchoire supérieure, diminuant rapidement de volume de la première à la dernière ; aucune dent n'est colorée. Espèces types. — i . La Musaraigne commune ou Musette ( Sorex araneus L. ) , et 2 , la Musaraigne leucod ( Sorex leuco- don Herm.). Groupe B. Hydro-Sorex. Dents incisives inférieures à tran- chant dentelé. Les supérieures jourchues, ayant leur talon pro- longé en crochet. Les petites dents qui précèdent les molaires su- périeures , au nombre de cinq., diminuant insensiblement de la première à la dernière. Toutes sont colorées à leur pointe. I. Espèce type. — Sorex fodiens. Pallas et L.-Gm. La Musa- raigne aquatique Daubenton. C'est à ce groupe que se rapporte le Sorex tetragonurus se Hermann. M. Duvcrnoy examine, à cette occasion, si Irs jeunes individus il'après iosquels Ik-rmann avait 1 8-2 Société d'Histoire naturelle de Strasbourg. établi son Sorex Constrictus , n'auraient pas les caractères d'une espèce déjà connue de ce groupe; il croit pouvoir conclure de cet examen qu'ils doivent en effet être rapportés au Sorex fodiens. Groupi- C. {^Amphi-Sorex Duv. ) Denis incisii'es inférieures simples et supérieures en hameçon y les deux premières petites dents intermédiaires égales ^ la troisième un peu plus petite , la quatrième rudimentaire. La pointe des incisives et celle des mo- laires un peu colorée. Espèce type, — Sorex HermanniTiav. La seconde partie de ce Mémoire , entièrement anatomique ou physiologique, comprend, dans cinq paragraphes, des observa- tions I ° sur la dentition des Musaraignes ; 2° sur les viscères de la digestion; 3" les particularités que présentent le squelette; 4° celles de l'oreille externe, et 5" c^uelques singularités que pré- sentent les organes de la reproduction. Ce Mémoire est accom- pagné de trois planches. Le troisième Mémoire a pour titre Quelques observations sur le canal alimentaire des Semnopithèques , et Description d'un Sphincter œsophagien du diaphragme dans ces animaux et dans plusieurs autres genres de Singes. M. Otto avait publié, dès iSaS (dans les ISova acta phjsica médica N.curiosorum, t. xii_, p. 5o3) , la description d'un singu- lier estomac propre à une es[)èce de Singe qu'il désignait avec doute sous les noms de Cercopithecus ? Leucoprynnus. Il propo- sait même de la réunir au genre Semnophitèque. Dans des re- cherches faites en septembre et octobre 1829, M. Duvernoy a découvert la même organisation sur trois espèces de ce dernier genre, l'Entelle, le Doue et le Semnopithèque à capuchon. Ces observations intéressantes confirmaient l'établissement du genre Semnopithèque fait par M. F. Cuvier. Aussi M. Isidore Geoffroy n'a-t-il pas hésité de l'adopter dans la monographie qu'il en a publiée pour la partie zoologique du voyage de M. Ch. Bélanger. RUSCONi. — Sur la fécondation artificielle. i83 Depuis lors , M. Owen a découvert ce singulier estomac clans une cinquième espèce du même genre le Croo. (i) Outre une description assez détaillée des organes d'alimenta- tion appartenant aux trois espèces observées par l'auteur , ce mémoire contient celle d'un sphincter oesophagien du dia- phragme qui existe dans plusieurs genres de Singes et dans les Chauve-Souris. L'auteur présume qu"il pourrait bien se rencon- trer dans tous les animaux dont les habitudes de mouvement les met souvent dans une position renversée, c'est-à-dire la tête en bas. Il suppose que ce muscle, en resserrant l'oesophage, empêche le retour des aliinens de l'estomac dans ce canal , lorsque l'animal est dans cette dernière position. Ce Mémoire est accompagné d'une planche. - Org- Sur la fécondation artificielle opérée chez les Poissons j et sur les métamor- phoses qui arrivent dans l'œuf de ces animaux avant qu'ils aient pris la forme d'embryon. Lettre adressée à M. le professeur Gispar Brugnatelli. — 26 juillet i835, par M. RuscoNi. J'ai le plaisir de vous annoncer qu'après divers essais que j'avais inutilement tentes dans le but de voir les premiers mouvemens de la vie organique dans les œufs des poissons, j'ai enfin réussi à surmonter la difficulté qui provient de la par- faite transparence de ces œufs, et quepar suite j'ai pu observer plusieurs faits en- tièrement nouveaux, lesquels viennent complètement à l'appui de la doctrine de l'cpigcnèse et donneront lieu certainement à d'autres découvertes. J'ai obtenu la fécondation artificielle sur les œufs de Tanche ( Cyprinus tincas) et sur ceux de l'Ablette ( Cyprinus alburnus), et j'ai découvert que dans l'œuf de ces poissons il se passe avant qu'ils aient montré la forme d'embryon, certaines métamorphoses qui ont beaucoup de ressemblance avec celles qu'on observe dans les œufs des Grenouilles et des Salamandres aquatiques. De plus, j'ai reconnu que la petite vessie que j'ai nommée ombilicale et que j'ai trouvée dans l'œuf de la Perche Perça fluviatilia), n'existe pas dans celui de ces cyprins. Lorsque bientôt je publierai dans leur entier mes observations, je dirai au préalable quelles précau - tions on doit prendre pour que la fécondation artificielle réussisse, et je ferai con- (•) Voy. Aiin., I. I, fi. J75. \ i84 académie des Sciences. naître à l'aide de figures, que j'ai toutes dessinées moi-même avec tout le soiu dout je suis capable, les métamorphoses particulières de l'œuf de ces cyprins et leur développement successif jusqu'à l'époque à laquelle le poisson étant parfaite- ment organisé va au-devant de l'aliment; enfin je ferai voir la formation graduelle de leur CCI vcaii, ce qui constituera la partie la plus importante de mes observa- tions. Vous savez que M. Serres, dans son ouvrage sur le cerveau considéré dans les quatre classes d'animaux vertébrés, a donné l'histoire du développement de cet organe observé par lui dans les embryons des mammifères, des oiseaux et des reptiles, et qu'il n'a pas traité des embryons des poissons, parce que pour donner l'histoire de la formation successive de cet organe dans cette classe d'êtres il eût fallu avant tout opérer la fécondation artificielle et savoir ensuite surmonter toutes les difficultés qui résultent de rexlrcme petitesse et de la transparence de cet œuf. Mes observations fourniront donc à M. Serres le moyeu de remplir la lacune qu'il a laissée dans son ouvrage, d'ailleurs très recommandable, et elles donneront en même temps aux naturalistes la facilité de pouvoir jouir du spectacle nouveau et intéressant que présente la formation successive du poisson. Vous n'ignorez pas qu'en ce qui concerne les métamorphoses de l'œuf des gre- nouilles , j'ai été devancé par MM. Prévost et Dumas. La publication de cette lettre m'évitera d'avoir le nouveau désagrément d'être prévenu dans mes obser- vations nouvelles par quelque autre naturaliste. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à l'académie des Sciences ( i ) Séance du 7 septembre i835. § 1. TÈTE d'ours fossile. — M. Larrey offre à l'Académie, pour être déposée dans son musée particulier , une tête d'ouis fossile , dit le grand ours des cavernes. Elle a été trouvée dans les grottes de Miolet ( Gard ) par le docteur Alexis Juliet. M. Larrey, qui en a fait l'acquisition à son passage à Nî'nies , lors de son in- spection relative au choléra indien, a pensé qu'elle pourrait intéresser l'Académie autant par la rareté de l'espèce que par sa belle conservation. M. Geoffroy Saint- Hilaire sera invité à examiner cette tête. 5 2. EmbhyogÉnie. — Réclamation de M. Velpeau au sujet des observa- tions lues par M. Coste dans la dernière séance, sur V œuf humain. — Après quelques réflexions sur la difficulté d'éviter l'erreur dans des recherches aussi (i) Nous empnintous ces extraits aux comptes rendus par MM. les secrétaires perpétuels de rAi'adcinie et à l'analyse f|iii ru est donnée par M. Kouliii dans le journal quotidien le Temps. académie dss Sciences. i85 ffifficiles que celles du premier développement de l'embryon , M. Velpeau croit pouvoir affirmer que son jeune confrère ne l'a pas évitée (c Le peu , dit-il, que j'ai pu savoir jusqu'ici de ses opinions en ce qui con- cerne les objets dont je me suis moi-même occupé, m'autorise déjà , par exemple, à soutenir qu'il se trompe manifestement en annonçant que les œufs qu'il a mon- trés lundi étaient parfaitement sains, car à cet âge l'embryon d'un œuf sain ne peut avoir Vombilic ouvert; qu'il se trompe encore en disant que ces œufs sont moins avancés qu'aucun de ceux que j'ai étudiés, car j'en ai présenté à l'Acadc- mie de plus jeunes et de plus complets, qui sont d'ailleurs figurés et décrits dans mon Ovologie, ainsi que dans mon T/aiiè d'accouché mens j qu'il se trompe de nouveau quand il croit que le cordon et le placenta sont une dépendance de l'al- lantoïde ; qu'il se trompe aussi dans tout ce qu'il dit de cette dernière membrane, au point de décrire à la place une vésicule qui en est tout-à-fait distincte ; qu'il est enfin tombé dans la même faute en ce qui concerne la membrane caduque, la poche ovo-uriuaire , etc. » Conservation des animaux morts. — M. Ganual adresse quelques observations au sujet de la lettre de M. Lereboullet, relative à la conservation des objets d'anatomie et de zoologie, lue dans la dernière séance. Il pense que le pro- cédé employé au musée d'histoire naturelle de Strasbourg n'est qu'une imi- tation de celui qu'il a lui-même découvert et dont il n'a jamais fait mystère; il explique comment on a {)U en avoir connaissance à Strasbourg, en disant que M. Strauss, à la sollicitatiou duquel il l'avait appliqué aux travaux anatomiques, avait passé l'automne de 1 832 dans cette ville. Il annonce en outre que le pro- cédé dont il s'est servi jusqu'à ce jour présente quelques inconvéniens qu'il a fait disparaître en employant une autre substance : a Avec l'acétate d'alumine, dit-il, les sujets injectes se conservent bien mieux que par aucun des autres procédés que j'ai expérimenlés.» § 3. Inauguration de la statue de Cuvier à Monlbèliard. ~ L'Académie avait chargé MM. Duméril, de Mirbel et Flourens, d'aller en son nom assister à l'inauguration de la statue que la ville de Montbéliard, après avoir ouvert une souscription , a fait ériger sur l'une de ses places publiques en l'honneur du savant naturaliste dont elle fut le berceau. La cérémonie a eu lieu le 23 août, jour an- niversaire de la naissance de Cuvier. Elle nous est représentée par M. Duméril, rapporteur de la commission, comme ayant été convenable, touchante et majes- tueuse, comme une véritable fête civique des plus imposantes. La statue de Cuvier est en bronze, un peu plus grande que nature; elle a été modelée par un membre de l'Académie des beaux-arts, M.David, qui, dans cette circonstance, a donné une nouvelle preuve de son patriotisme, de sou zèle et de sa générosité. Cuvier est représente debout, tenant un crayon à la main et mé- ditant sur les débris de divers animaux fossiles au moment où, par le rapproche- ment des fragmcns, il a trouvé moyen de reconstituer un animal dont la race nc.xiste plus, La place publique que décore la statue est devant rJlôlcl-dc-Villc : i86 Académie des Sciences. de là on aperçoit d'un côté le grand temple et le collège où Cuvier reçut sa pre- mière éducation , de l'autre, la maison modeste où il est né en 1769, et sur la façade de laquelle cette époque est inscrite. Toute la population de Montbéliard , ainsi qu'une grande partie de celle des pays envirounans, était venue en habits de fête se presser autour de l'enceinte réservée au pied de la statue pour les autorités civiles et militaires , les députa- tions des villes voisines, celles des diverses académies, etc. Le voile dont la sta- tue était d'abord couverte ayant été enlevé pendant une symphonie à giand or- chestre, des acclamations unanimes, des applaudisseuiens prolongés ont salué l'auguste image dont on a pu apprécier la parfaite ressemblance. Des discours ont été prononcés par différens orateurs, entre autres, par MM. Ch. Nodier, Duméril, Valencienncs, Duvernoy, Tourangin. Pour clore la séance , des chœurs de jeunes gens des deux sexes ont exécuté, à grand orchestre, une cantate com- posée par M. Kuhn , né à Montbéliard, et professeur au conservatoire de mu- sique à Paris. Le rapport et le discours de M. Duméril seront imprimés et publiés à part. §4. Sur une sorte de Teigne observée par M. F'allot.—M. Duméril, au nom d'une commission composée de lui, de M. Isidore Geoffroy et de M. de Blainville, fait un rapport sur une observation de M. Vallot, de Dijon, relative à une sorte de Teigne. Les commissaires ont reconnu que l'insecte dont il est question est véritable- ment une Teigne de la section descelles que Réaumur a si bien fait connaître, comme e construisant un fourreau recouvert d'un manteau à deux pans; mais il appartient à une espèce déjà décrite par Huber sous le nom spécifique de vibicella, par Treitsche sous celui de vibici penella , et par conséquent ne sau- rait recevoir celui de craccella qu'a proposé M. Vallot, dans l'idée que l'espèce était inédite. Toutefois , il est juste d'ajouter que les deux auteurs cités ne font connaître cette teigne que dans l'état parfait, et comme M. Vallot a observé la chenille, les détails que renferme sa lettre ne sont pas sans intérêt pour la science. Le petit papillon qu'il a obtenu est actuellement rangé dans le geure ornix , démembrement de l'ancien genre teigne de Linné, genre auquel correspond main- tenant la famille des tlneides. A propos de la communication de M. Vallot, le rapporteur rappelle à l'Aca- démie que la France possédera bientôt une histoire complète des papillons d'Eu- rope par M. Duponchel. (1) Séance du 1 4 septembre. §1. Nouvel exemple d'homme prétendu fossile. — Dans une lettre écrite ài M. Arago, et communiquée parce dernier à l'Académie, M. Bernard annonce; (i) Histoire naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France, par M. Duponchel, parais-- sant par livraisons, à Paris, chez M. Méquignon , éditeur. Académie des Sciences. 187 qu'où a trouvé à la grotte de Gigny, entre Bourg et Lons-le-Saunier, des osse- nieus qu'on décore du titre à' homme Jossile , et que ces pièces ont été envoyées à Paris pour y être examinées. Il est en effet arrivé une tête d'homme qui a été vue par MM. Cordier, Flourens et Duméril ; mais ces naturalistes n'y ont rien a|)erçu qui puisse la faire considérer comme fossile; tout à côté on a trouve du charbon et des cendres , et il n'y avait pas d'ossemens d'animaux antédiluviens dans son voisinage ; elle était dans les mêmes conditions oii l'on a déjà trouvé d'autres ossemens humains qu'on a pris pour des fossiles. Ils les regardent donc comme une incrustation d'une tête humaine qui aura été enfouie dans la grotte de Gigny comme si elle eût été dans une catacombe. § 2. Dépeloppemens de t œuf humain, — Dans sa dernière séance, l'Aca- démie avait entendu la lecture d'une lettre renfermant plusieurs assertions par lesquelles M. Velpeau repoussait les faits dont M. Coste se sert pour établir une analogie entre le développement de l'œuf humain et celui des mammifères. La réponse de M. Coste ne s'est pas fait attendre. M. Coste fait d'abord remarquer qu'il aurait été plus convenable et peut-être plus prudent d'examiner ses préparations avant de les frapper de réprobation. Il rappelle ensuite qu'en mettant sous les yeux de l'Académie les œufs humains contre lesquels a été dirigée la lettre de M. Velpeau , il a voulu démontrer, con- trairement aux assertions de cet anatomiste , que la vésicule erythroïde observée plusieurs fois par M. Pockels, n'est autre chose que l'allantoïJe humaine, et que c'est cetle allauîoïde qui se convertit en cordon ojubilical et peut être aussi en placenta, comme chez les mammifères. Après ces préliminaires, il s'exprime ainsi : «Tous les anatomistes entendent aujourd'hui par rt//a«tow/e un prolongement duïfœtus qui porte les vaisseaux ombilicaux; or, le magma réticulé de M. Vel- peau ne porte jamais les vaisseaux ombilicaux, et, d'après les observations de M. Velpeau lui-même, n'a aucune relation de continuité avec l'embryon ; donc, ce magma réticulé n'est pas une allantoïde, à moins qu'on ne veuille consacrer un abus de langage inouï. a M. Velpeau affirme que le plus jeune des embryons mis sous les yeux de l'Académie n'est pas dans l'état normal, parce qu'il a son ombilic ouvert. Je pro- poserai à M. Velpeau, afin d'éviter toute discussion sur ce point, d'examiner avec lui, en présence des commissaires, un des fœtus qu'il possède, et pourvu que ce fœtus n'ait, comme celui dont il s'agit, qu'une ligne et demie de long, je m'engage à lui montrer un évasement ombilical très sensible, là où il suppose qu'il n'en existe pas.» En attendant, M. Coste reproduit deux passages du hvre de son antagoniste, dans l'un desquels ce dernier avoue que l'artiste n'a peut-être pas rendu toutes les particularités de la surface externe du plus jeune embryon, et dont l'autre est ainsi conçu : «Toutes mes figures ont été prises à l'œil nu, tandis que le docteur Pockels a fait usage du microscope. » On ne peut reprocher, suivant M. Coste, à uu observateur de faire usage du microscope quand il s agit i88 académie des Sciences de représenter tous les détails d'un corps dont le plus grand diamètre n'a qu'une ligne et demie. «D'un autre côté, dit-il, je comprends parfaitement pourquoi , lorsqu'on a négligé l'usage du microscope, on n'est pas bien sûr de l'exactitude d'un dessin, et pourquoi surtout l'évasement ombilical se trouve au nombre des détails oubliés. » «M. Velpeau prétend que le cordon ombilical existe à toutes les époques delà gestation. Il me suffira, pour faire apprécier la valeur d'une assertion que des faits bien constates ne permettent pas d'accueillir, de dire qu'elle ne tend à rien moins qu'à ressusciter la vieille théorie de l'emboîtement des germes, et j'es- père qu'après de plus sérieuses réflexions, M. Velpeau reconnaîtra son erreur avec autant de bonne foi qu'il en a mis à placer la vésicule ombilicale Lors de la cavité de l'amnios, alors qu'il avait positivement affirmé, contre toute analogie, qu'elle se trouvait dans la cavité même de cette membrane. J'espère aussi que, re- venu à une pliilosophie plus rationnelle, il comprendra que là oii l'expérimen- tation n'est pas possible, l'analogie est le seul moyen de salut. » L'Académie a renvoyé la lettre de M. Coste à la commission qui avait déjà examiné les faits observés par lui. Cependant M. Serres, qui faisait partie de cette commission, a fait remarquer que c'était lui imposer un tout autre travail, qu^il ne s'agissait plus maintenant de vériOer un simple fait de l'ovologie humaine, puisque la polémique s'était engagée uon-sculement sur l'ovologie de l'homme, mais encore sur celle des mammifères et des oiseaux, et même sur les méthodes à suivre dans ces recherches. Sur l'observation de M. Serres, on a adjoint M. de Blainville à la commission. Embryologie. — Réflexions sur la lettre adressée par M. Velpeau à l'A- cadémie à l'occasion des recherches de M. Coste sur l'œuf humain , par M.Alex. Thompson. — M. Velpeau, en attaquant les faits allégués par M. Coste, inculpait par cela même le vérificateur de ces faits; or, c'est à ce titre que M. Thompson a jugé convenable de se mêler à la discussion survenue entre ces deux anatomistes. « Aussitôt, dit- il, que M. Coste a eu examiné l'œuf en ques- tion ( celui qui a été présenté à l'Académie) , et reconnu la justesse de ses idées , craignant qu'on ne lui reprochât d'avoir disséqué avec prévention, il m'a prié, moi qui avais contesté l'exactitude de ses idées sur l'allantoïde chez l'homme, de lui disséquer, le plus soigneusement possible, l'œuf , et de le disposer de la meil- leure façon pour l'artiste. Convaincu d'avance de la vérité scientifique de mon ami M. Velpeau , je me suis rendu à l'invitation de M. Coste sans prévention aucune. J'ai examiné soigneuse- ment j pas à pas , toutes les parties de l'œuf et de l'embryon ; j'ai mesuré toutes ces parties avec le plus grand soin , et je les ai comparées avec les dessins, les des- criptions, les déterminations de M. Velpeau , avant que l'artiste commençât son travail; et ce n'est qu'après avoir pris toutes les précautions possibles, que j'ai autorisé M. Coste à me citer comme ayant vérifié les faits.» Ainsi conduit à faire un examen attentif de l'ouvrage de M. Velpeau, et à discuter les faits qui y sont contenus , M. Thompson a cru devoir soumettre à l'Académie les résultats de cet udcadémie des Sciences. 189 examen critique- Son mémoire est par conséquent consacré tout entier à des dé- tails qu'il est impossible de reproduire. Qu'il nous suffise de dire, d'après lui, que l'ouvrage de M. Velpeau sur l'embryologie présente beaucoup de contradic- tions, et manque de l'exactitude rigoureuse de la science. Séance du 21 septembre. Zoologie. — "Nouvelle division du Règne animal. — M. de Humboldt pré- sente un tableau d'une nouvelle division du Règne animal, par M. Ehrcriberg, membre de l'Académie de Berlin. Ce tableau paraîtra dans un de nos prochains cahiers. Embryologie, a««to7raie de l'œuf humain. M. Velpeau répond aux objec- tions qui ont été dirigées contic lui dans la séance précédente , par MM. Coste et Thomson. Il maintient que le produit de la conception présenté par M. Coste, est un produit tout à-la-fois altéré et plus avancé que quelques-uns de ceux que lui , M. Velpeau , a déjà décrits. Il soutient, au reste , que les deux adversaires se sont entièrement mépris sur le vrai sens de la plupart de ses opinions, au point qu'ils vout jusqu'à lui eu attribuer de totalement opposées à celles qu'il a, comme, par exemple, que la vésicule ombilicale se trouverait dans l'amnios, chose qu'ifn'a jamais dite, etc. — Sa lettre est renvoyée à la Commission déjà nommée. Séance du 28 septembre. Zoologie. — Ptéropodes. — M. d'Orbigny lit un mémoire sur l'organisation et les mœurs de ces animaux. On les trouve dans toutes les mers, sous l'équateur comme dans le voisinage du cercle polaire. Ils sont éminemment pélagiens , ne s'approchant jamais du lit- toral; tous ont aussi des habitudes nocturnes ou au moins crépusculaires. Les naturalistes voyageurs, dit M. d'Orbigny, ont dû remarquer comme moi que l'on ne prend jamais un seul Ptéropode pendant un beau jour, quand le soleil darde avec force ses rayons. Jamais du moins nous n'avons été assez heureux pour en prendre alors un seul dans les filets de traîne ; mais, vers cinq heures du soir, lorsque le temps est couvert, deux ou trois espèces commencent à paraître à la surface des eaux, dans les parages qui leur sont propres. Ce sont principale- ment la petite Hyale, H. quadi identata , VH. subiila GiVH. striata. Eientôt le crépuscule arrivant, on commence à prendre en grande quantité de petites espèces de Cléodores, avec des Hyalcs et des Atlantes, mais les grosses es- pèces n'apparaissent que lorsque la nuit est tout-à-fait venue. C'est alors que se montrent les Pneumodcrmes, les Clios cl les grandes espèces de Cléodores. Sou- vent même certaines espèces ne viennent que par une nuit très obscure; telle est, par exemple, Vliyalcea halantium. Bientôt apièslcs petites espèces disparaissent gr.iduclkuicnt-, les grosses eu font autant, et un peu plus tard, vers le milieu if)o académie des Sciences. «le la uuit, oq ne prend plus que quelques individus de diverses espèces. Il eu reste ainsi quelquefois jusqu'au jour; mais le soleil levé, ou n'aperçoit plus uti seul Ptérojiode, à la surface de l'eau m dans sa profondeur aussi loin que l'œil y peut pciiùtrer. Chaque espèce a pour se montrer et pour disparaître ses heures déterminées, ou plutôt ses de{;rés d'obscurité. M. d'Orbigny pense pouvoir conclure de ces habitudes que chaque espèce ha- bite dans les eaux à une profondeur qui lui est propre , eî où par conséqueut la lumière est plus ou moins atténuée , selon qu'elle a eu à traverser une couche plus ou moins épaisse. Chaque espèce ainsi n'arriverait à la surface qu'au moment de la journée où Tobscurité est à-peu-près celle qui règne pendant que le soleil est sur l'horizon dans la zone qu'elle occupe , s'élevant ainsi gra- duellement à mesure que la clarté diminue. Si les Ptcropodes restaient toute la nuit à la surface, on pourrait, ditM.d'Or- bigny, croire, ainsi que l'a avancé M. Rang, qu'ils viennent au coucher du soleil dans le but de chercher leur nourriture dans les couches superficielles ou d'y respirer l'air libre. Mais on ne voit pas pourquoi ils trouveraient leur nourriture à une heure de la nuit plutôt qu'à une autre, ou pourquoi, respirant la plus grande partie du temps l'air dissous dans l'eau, ils auraient besoin de venir tous les soirs respirer l'air libre. Il est au contraire bien plus naturel de penser que les Ptéropodes, ainsi que tous les animaux pélagiens qui ont des habitudesjsem- blables, s'élèvent progressivement du fond vers la surface, de manière à jouir aussi long-temps que possible d'une lumière égale à celle qui éclaire pendant le jour la zone dans laquelle ils se tiennent. Peut-être fera-t-on remarquer que jusqu'à présent on n'a pas reconnu d'yeux aux Ptéropodes , et voudra-t-on en conclure que ces animaux doivent être à-peu- près insensibles au plus ou moins d'intensité de la lumière; mais il ne serait pas difficile de montrer par une foule d'exemples pris parmi des animaux de structure plus simple et même parmi les végétaux, que cette objection est sans valeur. Les différences qui se remarquent entre les Ptéropodes relativement au plus ou moins d'intensité de lumière qu'ils peuvent supporter , s'observe non-seulement chez d'autres mollusques, mais encore chez les diverses classes de vertébrés, certaines espèces étant diurnes, quelques-unes plus ou moins crépusculaires, d'autres complètement nocturnes. Nous avons dit, poursuit l'auteur, que les Ptéropodes ne s'approchent jamais des rivages; c'estdu moins ce qui a lieu pour toutes les espèces que nous avons eu occasion d'observer. Toutes les fois que nous nous sommes trouvés à moins de quarante à cinquante lieues des côtes du Chili et du Pérou, nous ne prenions jamais de Ptéropodes; du côté de l'Atlantique, ils se tiennent encore plus éloignés des terres, bien différens en cela des espèces du Nord qui, tels que le clio bo~ rea/zs, viennent jusque dans les ports. Il y a lieu de croire que chaque espèce reste toute l'année dans des parages qui lui sont propres. Ces parages sont plus ou moins étendus, et les couraus servent encore à les agrandir ; c'est peut-être à l'action de celle dernière cause qu'est due académie des Sciences. 191 la grande diffusion de certaines espèces qui se trouvent dans toutes les mers. Cer- taines grandes espèces, d'ailleurs^ ne se trouvent que dans la zone torride; d'au- tres également grandes n'habitent que les régions froides, et l'on peut remar- quer en passant que la taille chez ces animaux de oiême que chez les Céphalopo- des, ne semble pas avoir de rapports constans avec le climat. Un tableau annexé au mémoire donne pour les espèces obsei-vées par l'au- teur, les limites entre lesquelles chacune se trouve, et ses habitudes noc- turnes ou crépusculaires. Il résulte de ce tableau qae sur vingt-oeuf espèces de Ptcropodes, quatorze se trouvent également dans l'océan Atlantique et dans le grand Océan , tandis que onze sont propres à Focéan Atlantique, et quatre au grand Océan. Quant à la largeur des zones qu'elles occupent dans ces mers, cette largeur varie depuis 110° (55 de chaque côté del'équateur), jusqu'à 46°. Enfin relativement aux mœurs, on voit que dix-sept espèces sont tout-à-fait nocturnes et onze seulement crépusculaires. Les Ptéropodes ont un mode particulier de natation en rapport avec leur forme; les nageoires céphaliques ne peuvent faire avancer et soutenir l'animal auquel elles appartiennent que par des raouvemens continuels comparables à ceux des ailes des papillons. Ces nageoires remuent continuellement avec une aisance et une promptitude remarquables, et suivant la direction qu'elles affectent, l'animal s'a- vance horizontalement, monte ou descend ^ le corps avec la coquille restant pen- dant tout ce temps vertical ou légèrement incliné. D'autres fois, il tournoie sans clianger de place ou même se soutient à une hauteur constante sans mouvemens apparens ; mais cette immobilité ne se remarque que chez un petit nombre d'es- pèces , et toutes au contraire présentent le plus habituellement le mouvement pa- pillonnant. Si pendant qu'ils se meuvent ainsi, l'apparition d'un corps étranger ou même un brusque mouvement du vase dans lequel on les conserve, leur in- pire quelques inquiétudes, leurs ailes se replient sur elles-mêmes, ou chez quel- ques espèces, rentrent entièrement dans la coquille, et l'animal se laisse tomber au fond du vase. Il est probable qu'à l'état de liberté, lorsque l'animal a descendu assez profondément pour se croire en sûreté, il déploie de nouveau ses ailes et nage pour se soutenir au lieu d'aller gagner le fond. La natation est plus rapide chez les Hyales que chez les Cléodores; elle est des plus lentes chez les Pneumodermes et les Clios. On doit avoir trouvé des Ilyales allongées attachées par les nageoires aux feuil- les du /"«eus natans.M.. d'Orbigny n'a jamais vu rien qui pût le porter à croire ijue ces animaux eussent besoin d'un corps qui leur servît de point d'appui, et il remarque que cette espèce de Ptéropode devient déjà rare dans les parages où l'on commence à rencontrer le /wcws natans ; leurs ailes d'ailleurs ne sont point des organes de préhension, et leur mince coquille serait exposée sans cesse à se briser, portées par le choc des vagues contre les fucus. Nous ne connaissons aux Ptéropodes , dit l'auteur du Mémoire , aucuns moyens de défense; leurs seules armes, cucore n'y a-t-il que les llyalcs qui en soient iga académie des Sciences. pourvues , sont les pointes dout est hérissée la coquille dans laquelle l'aulina peut au besoin se retirer. Afin de s'assurer du genre de nourriture des Ptéropodes, M. d'OiLignya exa- miné avec soin l'estomac des grandes espèces, des Gléodorcs , par exemple, et il y a presque toujours trouvé quelques restes de jeunes Atlantes, piiucipalemeiitdc l'^. keraudren. Il croit aussi y avoir vu quelques fragmens de petits crustacés entomostracés qui, dans certaines mers, existent en innombrables essaims. On conçoit comment avec leurs nombreuses ventouses tentaculiforraes, les Pneumodermes peuvent saisir leur nourriture; mais quant aux Cléodores et aux Hyales, leur bouche étant tout-à-fait aux bords externes des nageoires, et non pas au milieu , comme on l'a toujours dit, il est difficile de s'expliquer comment elles retiennent les animaux dont elles font leur proie. Les Hyales servent de nourriture aux poissons et aux Céphalopodes pclagiens. Presque toutes les espèces de Ptéropodes sont très faiblement colorées; beau- coup même sont presque blanches et ne doivent les nuances qu'on y remarque qu'aux viscères et surtout au foie et aux ovaires qui se montrent au travers de leur coquille transparente. Les Clios et les Pneumodermes seuls ont quelquefois des teintes plus foncées. Les Ptéropodes sont bien plus nombreux en individus et en espèces sous la zone torride que dans les zones tempérées. Si l'on compare entre eux les différens genres des Ptéropodes, on voit que le genre Hyale comprend à lui seul un plus grand nombre d'espèces que tous les autres ensemble. Dans le grand genre Hyale, les espèces en cornet sont les plus nombreuses, puis viennent les Hyales proprement dits, puis les espèces plus ou moins déprimées ou Cléodores. L'instinct de la sociabilité n'est pas moins marqué chez les Ptéropodes que chez les Céphalopodes, aussi n'eu voit-on pouraiusi dire jamais dea individus isolés; ou l'on en prend aucun , ou l'on en prend beaucoup à- ia-fois. On les trouve par bancs dont la distribution n'a rien de régulier, ainsi, pendant plusieurs nuits consécutives, on prendra un grand nombre d'individus de la même espèce, puis on sera deux on trois nuits sans en rencontrer un seul, après quoi les nuits sui- vantes on les trouvera aussi nombreux qu'auparavant. On a dit que les Ptéropodes ne venaient à la surface que dans les temps calmes; M. d'Orbigny s'est assuré que cela n'a rien de fondé, et que souvent dans les nuits orageuses on en prend en quantité. Seulement peut-être ces nuits ne sont- elles pas celles que les naturalistes choisissent de préférence pour leurs recher- ches. M. d'Orbigny n'a jamais pu trouver ni les œufs des Ptéropodes ni même de jeunes individus. Tous ceux qu'on trouve ont à-peu-près la même taille s'ils appartiennent à la même espèce. C'est une singularité que l'auteur a constatée, mais dont il ne se hasarde pas à proposer Texplication. I I cnRiSTOL. — Fossiles clés bassins de Pézénas et de Montp. igS CosiPA RAISON de la population contemporaine des Mammifères de deux bassins tertiaires du département de l'Hérault, Par M. Jules de Christol. ( Présenté à l'Académie des Sciences le 34 février 1 834. ) Dans son magnifique ouvrage sur les ossemens fossiles, Cuvier nous a fait connaître à quels animaux appartiennent les débris osseux dont les couches superficielles du globe sont remplies; rnais il ne s'est point borné à reconstruire les êtres antiques aux- quels ces débris appartiennent, il a entrepris encore de montrer par quels rapports l'histoire des os fossiles se lie à l'histoire de la terre , et quels motifs lui donnent à cet égard une importance particulière. Aussi tout lecteur attentif sera frappé de la pensée géologique qui domine les Recherches sur les ossemens fossiles, et reconnaîtra que c'est, en grande partie, cette pensée qui, ré- pandue tout-à-coup dans les esprits, a élevé la science au rang qu'elle occupe aujourd'hui. C'est principalement, en effet, à l'intérêt que les travaux de Cuvier ont répandu sur l'examen des diverses formations, que la géologie est redevable de l'ardeur avec laquelle tant d'hommes éclairés se sont livrés à son étude. Si l'on veut reporter ses regards vers le passé, on verra que ce fut à l'époque même où le monde savant reçut avec admiration les grands résultats qu'annonçait le plus illustre génie de notre époque, que dans toutes les parties de l'Europe parurent une foule d'observateurs qui, presque tous, furent portés à étudier les terrains par la curiosité que leur avait inspirée d'abord la con- naissance des animaux fossiles. L'importance des notions générales sur les animaux fossiles dans l'histoii'e des périodes distinctes que nous présente l'étude des formations, est trop bien établie par Cuvier lui-même, et trop unanimement admise par les naturalistes pour qu'il soit nçcessaire de l'étayer de nouvelles preuves. Il me suffira d'ob- IV. Zooi.. — Octobre. i3 iq4 CHRiSTor,. — Fossiles des bassins de Pezénas server que, sans les découvertes de Cuvier, la connaissance d'une grande partie des terrains secondaires et de tous les terrains ter- tiaires serait dépourvue de cet attrait merveilleux qui entraîne à l'étude, et que probablement même cette connaissance des ter- rains serait loin d'être aussi complète qu'elle l'est devenue en s'appuyant sur ces mêmes découvertes. Que serait en effet la géo- logie sans la connaissance des lois qui ont présidé au dévelop- pement de la vie sur le globe? Après avoir rétabli et classé , d'après les règles de la méthode zoologique, les restes de tant de générations éteintes, Cuvier considéra encore comme l'objet le plus essentiel de tout son tra- vail l'établissement des lois sur la distribution des espèces dans les couches; Les travaux des naturalistes qui ont marché sur ses traces, ont étendu le nombre des faits qui rentrent dans ces lois, mais ces lois elles-mêmes n'ont pas subi de modifications impor- tantes; en général, les rapports des espèces avec les couches sont aujourd'hui conçus tels que les avait annoncés Cuvier. Des recherches d'un ordre différent restaient encore à faire , pour compléter le tableau de la distribution sur le globe des es- pèces propres à chaque période géologique; il fallait montrer, pour chaque contrée distincte, quelle population correspondait à la même formation; c'était là un aperçu de géographie zoolo- gique de chaque époque; car si tout porte à croire qu'il y a uni- formité sur tout le globe pour la distribution des animaux carac- téristique des formations secondaires, un grand nombre d'ob- servations tendent à faire admettre que les espèces des terrains tertiaires varient sensiblement dans la même formation, consi- dérée dans les diverses contrées, non-seulement de tout le globe, mais encore d'un même continent. L'ouvrage de Cuvier présentait déjà les élémens de ce travail, on y trouve, en effet, non-seulement la description des animaux fossiles , mais encore la description d'un nombre infini de gise- mens et l'indication précise des lieux où on les avait observés ( i ). (i) De tous les ouvrages qui trailent de la géologie, celui de Cuvier me paraît contenir la plus grande variété de descriptions de giseniens; c'est là un fait passé presque inaperçu aux yeu\ de beaucoup de géologues qui, effrayés par les détails anatomiques, n'ont porté leur attention que sur la Description géologique des environs de Paris, œuvre qui restera toujours et de Montpellier. 195 Depuis lors, plusieurs observateurs ont fait connaître la popula- tion antédiluvienne de quelques contrées; nous suivrons leur exemple en exposant, dès à présent, le tableau des Mammifères enfouis dans des formations parallèles à celles du terrain marin supérieur de Paris, et situées dans deux bassins très rapprochés l'un de l'autre, celui de Pézénas et celui de Montpellier. La géognosie du premier de ces bassins a été traitée, ex pro- fessa , par un de ces hommes qui joignent à une philosophie profonde des connaissances très variées et mûries par une longue expérience (i). Nous nous bornerons donc à retracer quelques- uns des traits principaux de ce travail, en y joignant ce que nos propres observations nous ont fait connaître. L'autre bassin, celui de Montpellier, ayant été décrit dans différens articles publiés par M. de Serres, mais sous un point de vue qui s'écarte assez de notre manière de voir, nous revien- drons plus tard sur ce sujet, en montrant en quoi nos opinions particulières peuvent différer de celles de cet habile naturaliste. Nous ne reproduirons ici que quelques détails peu étendussurles sables qui renferment les animaux que nous aurons à signaler. D'après ce que nous avons annoncé, il nous suffira de rappeler que le terrain à ossemens de Pézénas est composé de bancs al- ternatifs de calcaire d'eau douce souvent compacte, de psammi- tes , de pépérine , de tufas et breccioles volcaniques , de sables remplis de fragmens de laves, et de graviers calcaires et quar- zeux. Ces bancs sont d'une épaisseur très variables, quelquefois ils n'atteignent qu'un demi-pied d'épaisseur, d'autres fois ils ont plusieurs mètres de puissauce. Les ossemens sont disséminés dans toutes ces couches, les uns sont engagés dans les bancs calcaires, et alors il est très difficile de les dégager sans les briser; dans les graviers on peut les extraire avec facilité; ils sont pé- trifiés et habituellement fracturés; souvent les psammites for- ment autour d'eux une croûte solide qui s'enlève par lambeaux, en lùle des ouvrages classiques de géologie ; néaniiioiiii li; Ifcleur des Rc<:1iimt1i«s voyage sur presque tuus lus poiuts du l'Europe, car il est peu de coutrùes qui u'aicut apporté leur Iribut à Cuvier. (') 'Vo)'fz les divers mt-muires sur lagcoIu);ie des bassins terliairesj par M. Henri Rrbuul> i3k iqC CHRisTOL. — Fossiles des bassins de Pêzëncis à-pen-près comme Técorce de quelques arbres. Les ossemens nous ont paru constamment couchés, l'axe des os longs étant dans le plan des couciies, les os plats ayant aussi leur plan pa- rallèle à celui des couches. Quelques huîtres et des fragmens de côtes de Lamantin sont les seuls corps organisés marins que nous y ayons observés. Ce terrain a été évidemment bouleversé; les bancs, souvent horizontaux, sont quelquefois disloqués et très inclinés. Il re- pose sur la molasse coquillière du midi de la France, et nous le considérons comme parallèle aux grès et sables marins supérieurs des environs de Paris. Le terrain à ossemens de Montpellier, se compose de couches horizontales, très épaisses, de sables siliceux et calcaires, jau- nâtres et peu solides. Ces sables renferment des bancs ou amas irréguliers d'un grès souvent très dur et à grain fin. Des huîtres ( Ostrea nudata)^ dont les valves sont souvent en connexion , y sont disposées en bancs réguliers. D'autres génies, au nombre desquels nous signalerons les Lutraires, les Cythérées, les Tel- lines , les Vénus, y ont laissé leurs moules intérieurs (i); on les trouve plus particulièrement dans les lieux où le sable est argi- leux et dépoiH'vu d'ossemens. Ces derniers sont souvent roulés et recouverts de glands de mer {^Balanus miser^ rarement les trouve-t-on articulés entre eux. Ce terrain repose, sans intermédiaire, sur la molasse coquil- lière du Midi de la France, et nous paraît parallèle aux graviers à ossemens de Pézénas, et par conséquent aux grés et sables ma- rins supérieurs des environs de Paris , auxquels nous avons as- similé, pour l'âge, les graviers de Pézénas. Ce sont à nos yeux trois dépôts placés sur un même horizon géognostique. L'ordre que nous allons maintenant suivre dans la distribution des matériaux de notre travail, consiste d'abord dans la descrip- tion anatomique des ossemens fossiles recueillis auprès du ruis- seau de Riége, dans le bassin de Pézénas, puis dans le résumé (i) J'ai découvert depuis plusieurs années, dans ces sables, des tubes de Cloisonnaires , que l'on ne counaissait pas eucore à l'étal fossile, du moins n'en ai-je point trouvé l'indi- cation dans 1rs auteurs. ' et de Monlpelllcr. \ qy des caractères zoologiques particuliers à chaque espèce rigou- reusement déterminée; nous comparerons ensuite chaque genre, chaque espèce du bassin de Pézénas, à leurs analogues du bas- sin de Montpellier, dont nous ne donnerons qu'une énuméra- tion méthodique, nous réservant de les décrire dans un travail particulier; nous exposerons enfin quelques considérations gé- nérales sur les résultats de cette comparaison. DESCRIPTIOrî DES OSSEMENS FOSSILES DU BASSIN DE PEZÉNAS. Pachydermes. Eléphant. — En voyant la quantité de débris d'Eléphant qu'on a trouvés épars dans les champs situés sur les bords du ruisseau de Riége, on ne peut qu'être étonné du nombre de ces animaux qui ont vécu dans nos contrées ; leurs dimensions annoncent une espèce fort grande, dépassant même celles qu'indique Cuvier pour son Eléphant à longues alvéoles ^ et si elles peuvent servir de guide dans une détermination spécifique, elles doivent faire rapporter cette espèce à celle d'Italie, à l'Eléphant méridional , à celui dont on retrouve les restes en Auvergne. Les lames de molaires que nous avons recueillies sont entière- ment semblables à celles de res[)èce décrite par M. Cuvier, c'est- à-dire qu'elles ont les caractères de l'Eléphant d'Asie ; les digi- tations ou crénelures de leur partie triturante ont entièrement disparu par suite de la détrition; elles paraissent avoir été roulées, du moins est-il certain qu'elles étaient isolées et séparées du corps de la dent avant leur enfouissement, car la gangue qui les a saisies recouvre des cassures anciennes. L'émail est médiocre- ment festonne, sa surface est striée. Quoique la largeur de ces lames ne soit pas entière, elle atteint, jusqu'à o'i'jOSa, ce qui in- dique pour la couronne de la dent une largeur de oi^jog au moins; cette largeur n'est dans l'Eléphant de l'Inde que deo"',o6 à o'M.oy «t dans l'Eléphant des sables marins de Montpellier que de o^joSf). Quoiqu'on n'ait rcuiicilli aucune portion considérable de dé- 198 ciiRiSTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas fenses , nous pouvons néanmoins assurer qu'elles devaient être très volumineuse, du moins à en juger par les alvéoles énormes d'un intermaxillaire offrant à son extrémité supérieure une par- tie du bord de l'ouverture extérieure des narines, et , dans son milieu, l'espace enfoncé longitudinalement qui sépare les deux alvéoles. Celles-ci sont comme deux larges canaux divergens, séparés par une espèce de crête ou lame d'autant plus forte et plus épaisse qu'on la considère dans les points où les alvéoles s'écartent davantage; cette lame est sans doute un reste de cloi- son des alvéoles, dont les grandes dimensions indiquent l'espèce désis[née par Cuvier, sous le nom méthodique d'Eléphant à lon- gues alvéoles. Les autres parties du squelette sont : plusieurs fé- murs, des tibias, un astragale, plusieurs os du pied , un os des îles, un humérus, une omoplate, des vertèbres et d'autres pièces très mutilées Le fémur est caractérisé, comme genre , par le rapprochement des condyles, dont la séparation, n'est indiquée que par une ligne qui, dans le Mastodonte, se change en un large sillon destiné à fournir des points d'attache aux ligaraens croisés de l'articulation du genou. La distance entre les bords externes de ces condyles est de o^^i^b. Une tête supérieure de tibia a cette même dimen- sion transversale , et o'",2i5 de diamètre antéro-postérieur. Les dimensions de ces énormes ossemens dépassent celles des plus grands Eléphans fossiles connus jusqu'à ce jour , mais elles ne me paraissent pas suffisantes pour établir une espèce nouvelle. L'astragale est moins écrasé que dans le Mastodonte, la surface delà poulie est aplatie, presque rectangulaire, s'éloignant ainsi de la forme rhomboïdale qu'elle a dans l'Elépant vivant, dont elle, diffère encore par la forme des facettes articulaires, qui répon- dent au calcaneum, et par une plus grande obliquité du sillon qui les sépare. Jja plus grande de ces facettes, l'externe, est triangulaire; dans le Mastodonte, elle est quadrilatérale; la plus, petite , l'interne , n'offre pas l'échancrure qu'on voit vers le bord externe de la même facette dans le Mastodonte ; le sillon qui sépare ces deux facettes' est large à partir de la facette scaphoï-. dienne, à sa terminaison il devient très étroit; à l'une de ces extrémités, il a trois pouces de largo; à l'autre extrémité, lui, et de Montpellier. 199 (Icmi-pouce seulement; nous ne voyons rien de pareil dans le Mastodonte. La cavité glénoïde de l'omoplate est longue et étroite , très concave dans le sens de cette longueur seulement , son grand diamètre est de om,27j, son petit diamètre de o»»,i6. Elle s'arti- cule très bien avec un humérus, dont l'extrémité supérieure, y compris la tête et la tubérosité, est large de o™,32. Hippopotame. — Les débris d'Hippopotame sont moins nom- breux que ceux d'Eléphant; on en a un crâne auquel manquent les os de la face, iine canine supérieure et une inférieure, une moitié de maxillaire inférieure avec plusieurs molaires, une extré- mité supérieure d'humérus, une omoplate, une vertèbre dorsale, quelques portions de côtes et d'autres pièces mal conservées. Le crâne est en forme de pyramide à trois faces, à sommet tronqué; les pariétaux forment les deux faces antérieures, l'oc- cipital la face postérieure; cette dernière face est inclinée uni- formément, et ne présente pas dans son milieu l'affaissement qu'on observe dans l'espèce vivante; la pente antérieure est plus rapide et la hauteur de l'occiput plus considérable que dans l'espèce vivante; la portion temporale de l'arcade zygomatique est excessivement écartée et dirigée en dehors, ce qui, joint au resserrement, à l'étranglement du crâne dans la région posté- rieure aux orbites, produit une énorme fosse temporale. Le fron- tal est concave à la base antérieure de la pyramide. Les princi- pales dimensions de ce crâne sont les suivantes : Hauteur de l'occiput o"n,a2. Plus grand étranglement du crâne. . . . 0,12. Distance du bord supérieur du trou occipital au sommet de l'occiput <^»'9- Distance du bord interne d'un condyle à l'autre. 0,09. La canine est cylindrique, arquée, taillée en biseau à sa pointe, comprimée sur {\q\\il de ses faces; ce qui lui donne un peu la forme d'un prisme triangulaire à angles très arrondis ; sa face postérieure est creusée d'un large sillon longitudinal, moins profond et moins anguleux dans son fond que dans l'espèce vi- vante, avec L'U|uell(! iioijsl avons conipaiéo; la (acu latérale canne- 200 CHRiSTOL. — Fusslles des bassins de Pézënas lée est aussi plus plane; la face antérieure est recouverte d'une bande d'émail finement striée, et présente dans son milieu une cannelure longitudinale pareille à celle de la face latérale. Nous n'avons pas retrouvé cette cannelure dans les canines de l'espèce vivante, qui sont du reste de même dimension que la nôtre. Les fragmens de canine inférieure sont en si mauvais état que nous n'avons pu y reconnaître aucun caractère particulier; elle est très forte et en forme de prisme triangulaire très aplati. La plus large de ses faces est de o™,i. La vertèbre est une lo^ ou ii' dorsale; elle est d'un jeune individu; son corps est plus large que long, plan devant et der- rière, ce qui résulte de l'arrachement des épiphyses qui n'étaient pas encore soudées. Ce corps est cordiforme, à pointe très ar- rondie; les facettes costales sont très marquées et se trouvent partie sur le corps, partie sur la portion annulaire; les apophy- ses transverses sont courtes et grosses; leur extrémité présente aussi une facette costale. L'apophyse épineuse est très forte, très longue, très inclinée en arrière. La hauteur du corps est de cn^oy, la largeur de o™,o9 , l'épaisseur de om,o5 ; la distance de l'extré- mité d'une apophyse transverse à l'autre de o"",! 8, de l'extrémité des apophyses articulaires au sommet de l'apophyse épineuse 0,2. Nous n'avons pas à notre disposition les autres ossemens que nous avons signalés, cependant nous devons dire que nous avons pu suffisamment les examiner dans le temps et que leur déter- mination ne nous paraît pas douteuse; la forme du crâne et les dimensions des autres pièces ne permettent pas de méconnaître la grande espèce d'Hippopotame fossile décrite par Cuvier. Sqlipède. —Les ossemens de Cheval de Pézéuas sont, comme tous ceux que l'on a trouvés jusqu'à présent à l'état fossile, si semblables aux espèces vivantes, que la description que nous pourrions en donner ne conduirait à aucun résultat nouveau; aussi nous bornerons-nous à l'indication des pièces qui nous ont fait leconnaître ce genre. Ce sont plusieurs canons antérieurs et postérieurs, des omoplates, un fémur, un tibia, pièces d'ail- leurs si brisées qu'elles peuvent tout au plus faire connaître le genre. Je dois en excepter néanmoins une première phalange entière, qui, à cause de sa forme grêle et allongée, pourrait et de Montpellier. 201 bien avoir appartenu à une espèce ou variété différente de celle à laquelle appartiennent les autres os; cependant ce ne sera pas sur cette pièce unique , dont la forme peut à la rigueur être accidentelle, que nous entreprendrons d'établir une nouvelle espèce. Ruminans, Elan. — Les pièces qui signalent cette grande espèce de Ceif ne sont pas très nombreuses, du moins celles dans lesquelles se trouvent les caractères spécifiques, car pour les autres parties du squelette qui, n'ayant que des caractères génériques, sont entièrement semblables à celles des deux autres grandes espèces de Cerf, qui accompagnent l'Elan dans le terrain de Pézénas, il peut bien se faire qu'il y en ait lui appartenant réellement parmi beaucoup d'os, tels que des vertèbres, des omoplates, des humérus, des fémurs, des tibias, tellement dépourvus de carac- tères distinctifs, qu'on n'a aucun motif de lés rapporter à telle espèce plutôt qu'à telle autre. Nos déterminations porteront donc uniquement sur un crâne et sur trois bases de bois dont les caractères sont parfaitement conservés. Comme ces quatre pièces sont les seules sur lesquelles repose jusqu'à présent l'exis- tence de l'Elan à l'état fossile, nous leur donnerons dans nos descriptions une attention toute particulière. J^e crâne ne comprend que la boîte osseuse proprement dite, les os de la face manquent entièrement, la région du front est néanmoins complète. Nous en donnons les dessins fig. 1 et fig. 2. pi. 6. Ce qui frappe le plus dans la forme de ce crâne , fig. i , c'est la concavité a de la base du front et la brusque élévation b de son sommet au-dessus de cette base, qui se termine à la ligne allant d'uu orbite à l'autre. Cette élévation subite du front, qui existe dans l'Elan vivant (r fig. 3 pi. 6), est telle dans notre fossile qu'on peut la comparer, en quelque sorte, à celle du grand Ours des cavernes; mais, tandis que dans ce carnassier on voit sur le devant du front deux bosses saillantes séparées par une dépression longitudinale, on voit ici une disposition entièrement inverse. 202 CHRiSTOL. — FossUcs cles bassiiis de Pézénas En effet, deux enfoncemens, a h fig. 2, séparés par une saillie longitudinale, qui divise le front en deux moitiés latérales, se trouvent sur la pente rapide du front, à la ba^e des meules et un peu en arrière au-dessus des orbites ; ces enfoncemens sont limités en avant par une arête transversale serpentante fortement relevée çc j qui règne sur la largeur de la base du frontal et qui se termine par ses deux extrémités aux grands trous sourciliers dd , pénétrant dans les orbites. Au-dessus de ces trous, on en remarque, de chaque côté, deux autres beaucoup plus petits situés au fond d'une gouttière qui, descendant de la partie an- térieure de la l'acine de la meule, va aboutir au trou sourcilier.il nous a paru que ces trous ne pénétrent point dans la boîte du crâne , mais plutôt qu'ils se perdent dans le tissu diploïque , entre les deux tables compactes de l'os. Ce sont là apparemment les trous nourriciers des bois. Les meules sont assez rapprochées des orbites, au-dessus des- quelles leurs racines vont s'étendre, concourant ainsi à augmen- ter l'épaisseur de la voijte orbitaire. Quoique rompues assez bas, elles montrent une portion assez considérable pour qu'on puisse s'assurer qu'elles étaient dirigées horizontalement, comme dans l'Elan vivant. Elles sont à-peu-près cylindriques, et la forme el- liptique de leur surface rompue nous paraît dépendre , en grande partie , de ce qu'elles ont été coupées en biseau. La direction horizontale de ces meules fait que leurs racines se dirigent l'une vers l'autre, se joignent au moyen d'un renflement intermédiaire du frontal, et forment une traverse arrondie, assez marquée ee (fig. 2) qui divise la partie supérieure du crâne en deux régions bien distinctes, l'nne antérieure inclinée en avnnt, l'autre supérieure et postérieure dirigée horizontalement. En arrière de cette tra- verse et au sommet du pariétal se trouvent, de chaque côté, deux petites dépressions qui se terminent à la suture pariéto- interpariétale tout-à-fait à la région supérieure du crâne. Le crâne, dans cet endroit, est sensiblement concave transversale- ment d ^ fig. I , disposition qui résulte de la traverse unissant la racine des meules et de l'élévation de la crête occipitale. Celle-ci est tronquée à son sommet; là elle offre un petit espace plan et îriaDgJil.iire, à pointe tournée en avant , et entièrement formé et de Montpellier. 2o3 par l'interpariétaî, qui est très exhaussé au-dessus de tous les os avec lesquels il s'articule. Cette tête ayant appartenu à nn jeune sujet, la plupart des sutures y sont encore très distinctes; celle qui joint le temporal au pariétal traverse obliquement, de bas en haut et d'avant en ariière, la fosse temporale; comme dans l'Elan vivant, elle prend cette direction oblique dès son extrémité supérieure, c'est-à-dire à sa terminaison à l'interpariétaî, vers le sommet de la crête occipitale. La direction de cette crête nous a paru presque hori- ïontale vers le haut, dans plusieurs espèces de Cerfs, notam- ment dans le Renne, où elle ne s'élève pas d'ailleurs aussi haut, dans l'Hippélaphe et plusieurs autres encore. Le pariétal est fortement échancré à la partie supérieure; il est unique, ainsi que l'interpariétaî qu'il embrasse, ce qui indi- que que le sujet avait presque atteint tout son accroissement ; en bas il se termine en pointe au fond de la tempe. L'occipital forme, de chaque côté de la partie supérieure du crâne , deux ailes saillantes qui résultent du grand développement de la crête occipitale; au sommet de l'occiput, cette crête est mousse et peu marquée. La suture occipito-temporale est juste au bord antérieur de la crête occipitale, qu'elle longe dans une bonne partie de son étendue. Si l'état jeune de cette tête nous a fourni, au moyen des su- tures qu'elle conserve, quelques caractères utiles, il nous prive, d'un autre côté, d'un avantage que l'on trouve dans les pièces qui ont appartenu à des sujets adultes; je veux parler des im- pressions musculaires et des rugosités qui leur fournissent des points d'attache et qui dessinent les formes d'une manière plus tranchée. Ici le crotaphite n'a laissé de traces de ses insertions que vers le bord antérieur de l'occipital , à la moitié de sa hau- teur; les points d'attache du ligament cervical postérieur et des muscles de la région postérieure du cou sont aussi très peu mnrqués. Le frontal étant rompu transversalement, peu en avant des. or])iles , et la face manquant , nous n'avons pu constater la forme des os du nez , si remarquables dans l'Elan |iar leur exlrcmc brièvcMé; néanmoitis je pense (ju'ils devaienf préïenlor la mtHup- 204 cHRiSTOL. — Fossiles des bassins de Pezénas particularité. J'appuie cette conjecture, d'abord sur l'ensemble des caractères de cette tète qui, se retrouvant exactement dans celles de l'Elan, ne permet guère de supposer que notre espèce s'en éloignât dans ce qu'il y a de plus essentiel, c'est-à-dire par une organisation différente dans les narines, et ensuite sur l'exis- tence de cette crête transversale , c c, fig. i et a pi. 6, qui joint les deux trous surciliers. Il me paraît que cette crête a pu servir de point d'attache à certains des muscles qui mettent en jeu les narines dans l'acte de l'inspiration; tels seraient, par exemple, les analogues des muscles pyramidaux et triangulaires du nez , et peut-être encore l'élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure. Or, si cette crête est très développée, si elle présente des points d'attache très solides, c'est que les parties molles qui en partaient devaient aussi être très développées^ et, si elles étaient telles , ce ne pouvait être qu'aux dépens des parties osseuses sous-jacentes, c'est-à-dire aux dépens des os du nez. Si l'on se rappelle que le mufle cartilagineux et musculaire de l'Élan est énormément développé, que sa lèvre supérieure se prolonge beaucoup plus que l'inférieure, on se rendra facilement raison de la destination de la crête que j'ai indiquée, et l'on pourra en conclure le prolongement qui a dû exister dans les parties molles et, par suite, la brièveté des os du nez; il serait même possible que le mufle de notre Élan fut encore plus renflé que celui de l'espèce vivante, du moins on serait porté à le croire par l'inspection des insertions musculaires, plus pronon- cées que dans l'Élan vivant, (i) (i) Aux yeux de l'anatomiste qui ne serait point familiarisé avec la matière que je traite, uul doiiiK que rargumenlatien ne parût incomplète, et elle l'est en réalité, car j'ai omis à dessein certaines propositions intermédiaires qui, pour les paléouthologistes , n'eussent été qu'une complication au moins inutile, si elle ne leur eût paru fastidieuse. Ce travail, comme on a déjà du s'en apercevoir, suppose toujours la connaissance des faits qui entrent comme élément de solution dans les questions que j'agite ; il ne pouvait entrer dans mon plan de les reproduire ici ; chacun peut d'ailleurs les puiser dans le célèbre ouvrage de Cuvier. Néan- moins comme, dans ie cas qui nous occupe, la nécessité de cette connaissance doit se faire plus vivement sentir, je ne ferai pas difiiculté de fouruii- les renseignemens qu'il réclame, à cause de l'inlérèt particulier qu'il me parait présenter. On cunçuit difCcilemeut , au premier abord, comment, dans un cas purement physiolo- gique, un grand développement de parties molles pourrait avoir vu pour résultat inévitable et de Montpellier. 2o5 L'état de mutilation de cette tête ne nous permet d'en donner que les dimensions suivantes : Plus grande largeur de l'occipital o",i5o Distance du bord supérieur du trou occipital au som- met de la crête du même nom 0,070 Distance entre les bords externes des condyles occipi- taux 0,096 Distance en iierne droite du trou sourcilier à l'extré- mité des condyles o,2o5 Distance entre les âew-a grands trous sourciliers, . . 0,090 Diamètre vertical de la boîte du crâne 0,120 Diamètre transversal de la boîte du crâne o, ito Diamètre des meules 0,060 En résumé , cette tête se rapporte à l'Élan par des caractères qui appartiennent exclusivement à cette espèce, tels que les dépressions de la base du front, le relèvement subit de sou un amoindrissement des parlies osseuses en contact avec elles : rien n'est cependant mieux établi. Parmi les caractères particuliers à l'Elan, les naturalistes ont surtout signale le prolonge- ment excessif de sa lèvre supérieure d, fig. 3 et 4, pi. 6 de son mufle charnu, en un mot le grand développement de tout l'appareil extérieur des narines qui correspond à un pareil développement du trou des narines osseuses, B fig. 3. Or ce trou n'est grand qu'aux dé- pens des os du nez, A fig. 3 , qui sont réduits à presque rien dans l'Élan vivant. Pour achever de montrer l'identité de notre tète fossile avec celle de l'Élan, il eût été à désirer qu'on eût pu constater sur elle cette brièveté des os du nez ; mais toute la face man- quant, on u'a pu arriver à cette connaissance d'une manière directe; il a donc fallu chercher une autre voie. si l'on parvenait à démontrer que le mufle charnu de notre Élan fossile était très déve- loppé, on serait obligé de convenir que le trou des narines osseuses l'était également, et par suite que les os du nez étaient très courts. Or ce développement du mufle est indiqué par la crête énorme ce, fig. i et 2, qui a fourni des points d'attache à ses muscles; rien n'est donc plus logique que la conclusion que le trou des narines osseuses a été fort grand, et, par suite, que les os du nez ont dû être fort courts. Pour rendre plus sensibles les caractères que j'ai 'sigualés, je donne, fig. 4, le dessin du mufle de l'Élan, et, fig. 3,1a tète osseuse où les parlies molles sont approximativement in- diquées par des lignes ponctuées. On voit, dans ce dernier dessin, la brièveté des os du nez A de l'Élao, la grandeur de l'ouverture de ses narines osseuses B, et le relèvement subit du front C. En comparant ce dessin au profil du crâne fossile fig. i , on trouvera entre eux la plus grande ressemblance. Les lignes M , N , de la fig. 3, séparent du reste de la léte la por- tion du crâne qui correspond au crâne fossile fig. i . 2o6 CHRIST OL. — • FossUes des bassins de Pézénas sommet au-dessus de la face j la direction horizontale des meules, l'obliquité de la suture pariéto-interpariétale; on pourrait y joindre la brièveté probable des os du nez, la parité des dimen- sions et la similitude des bois, dont nous allons entreprendre la description. De tous les bois de Cerf, le plus remarquable est celui de l'É- lan, pi. 7, fig. I ; il se distingue de tous les autres par l'excessif élar- oissement de son merrain, qui présente la forme d'un éventail à bord palmé et convexe, et d'autant plus profondément échancré ou déjeté qu'il se rapproche plus de la base; les andouillers sont réunis les uns aux autres, la pointe seule en est libre; le maître- andouiller lui-même est habituellement réuni au reste de la palme, et, ainsi que l'observe très bien Cuvier, cet andouillerne part jamais de la racine du bois, comme dans le Renne et même le cerf commun, il prend toujours naissance à une certaine hau- teur au-dessus de la couronne, à la base même de la palme avec laquelle il se confond. Ce double caractère de la position du maître-andouiller bien au-dessus de la couronne et de sa réunion habituelle à la palme, est très important à noter; dans la nature vivante il appartient exclusivement à l'Elan, et on n'en a encore trouvé aucun exemple parmi les espèces fossiles, (i) Les bois que nous rapportons à notre Elan fossile présentent ce double caractère, ils viennent donc confirmer la détermina- tion de notre tête fossile, en même temps que leur propre dé- termination reçoit de celle-ci un nouveau degré de probabilité. Ainsi ces pièces, déjà suffisantes isolément pour établir l'existence de l'Élan à l'état fossile, se prêtent réciproquement un mutuel se- cours , et la coïncidence des caractères normaux de chacune achèverait de dissiper tous les doutes, s'il pouvait en rester après l'examen séparé de chacune d'elles. L'un de ces bois, dont nous donnons le dessin fig. 5, pi. 6, est une partie inférieure de perche droite, garnie du cercle de pierrures, et cassée à 6 pouces au-dessus de ce cercle, à la naissance même de la palme. Sa surface, dépourvue des sillons profonds que, | l'on voit dans les grandes espèces de Cerfs, est lisse et unie. La (i) Il n'est ici question que des caractères des bois d'élan à l'état adulte. et de Montpellier. 207 couronne, dont le diamètre est de 51 pouces 1/2, est parfaitement conservée, et l'on voit très bien qu'immédiatement au-dessus d'elle il n'y a jamais eu d'andouiller. Sa base n'est pas entière- ment cylindrique, mais plutôt en forme de prisme triangulaire à arêtes mousses et arrondies. En s'éloignant de la couronne, le raerrain s'aplatit de plus en plus du côté interne et du côté ex- terne, tandis qu'il s'étend antérieurement et postérieurement, gagnant ainsi en largeur ce qu'il perd en épaisseur; néanmoins la forme prismatique se reconnaît encore jusqu'à la naissance de la palme , le bord postérieur restant toujours plus épais que le bord antérieur; le premier est presque droit ou peu convexe, l'autre est sensiblement concave, disposition qui résulte de la tendance du merrain à se courber un peu en avant. La meule est détachée de ce bois, qui est tombé naturellement, car la surface de la racine ne présente aucune fracture. Au bord antérieur, à trois pouces au-dessus de la couronne , on voit la naissance A du maître-andouiller , le bois est cassé un peu au-dessus ; à cette hauteur le merrain est très aplati , puisqu'il n'a au bord antérieur qu'un pouce d'épaisseur et au bord postérieur un pouce 1/2; il est en même temps fort élargi, et l'on peut considérer ce point comme la naissance de la palme. Le maître-andouiller n'a pu qu'être très aplati, on peut s'en convaincre par l'inspection de la surface d'où il a été arraché; il a dû rester confondu avec le merrain et concourir avec lui à produire la palme, qui est déjà clairement indiquée par l'aplatissement du bois. Ce qui reste de cette palme est trop considérable et l'amincissement de la nais- sance du maître-andouiller trop marqué, pour qu'on pût sup- poser qu'à partir de ce point, notre bois présentât une forme et une disposition différentes de celles qui se trouvent dans l'Élan, c'est-à-dire qu'il redevînt plus ou moins cylindrique, au lieu de s'élargir en palme. Enfin , nous terminerons en disant que si on coupait un bois d'Elan à la même hauteur que le nôtre, la portion qui resterait en dessous de la palme serait absolument semblable à notre fragment (i). Ajoutons à cette observation que, (i) Nous avons figuré cette section, S O, dans le bois fig. i, pi. 7 qui appartient à une perche gauclic, vue du coté interDe, tandis (juc notre bois fig. 5 pi. 6 appartient à une perche droite. ao8 CHRiSTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas parmi les espèces de Cerfs fossiles ou vivantes, il n'y a que l'Elan qui, avec un élargissement aussi marqué de son merrain, soit dépourvu d'andouiller, immédiatement au dessus de la couronne. Un autre fragment de bois , que nous donnons réduit au tiers, fig. 6, pi. 6, est encore une base de perche droite de la même force que la précédente , une portion de meule adhère à ce bois. Le merrain est cassé à trois pouces au-dessus de la couronne , et évidemment ne montre aucune trace d'andouiller immédiatement au-dessus d'elle. Le corps du merrain est un peu moins cylin- drique que le précédent, et est plutôt aplati, en sorte que la naissance de la palme aurait été un peu plus rapprochée du cercle de pierrures. Ce bois offre, d'ailleurs, toute la physionomie des bois d'Élan et les principaux caractères que nous avons signalés dans le morceau précédent ; c'est toujours l'absence de toutan- douiller immédiatement au-dessus de la couronne, l'aplatisse- ment et l'élargissement du merrain qui se transforme en palme à la naissance du maître-andouiller a, aplatissement et élargis- sement trop considérables, du reste, pour que le merrain ait pu éviter d'être transformé en large palme au-dessus du point où il est cassé. Enfin nous donnons, fig. api. 7, une troisième base de perche droite qui présente les mêmes caractères que les deux aulTes. Nous remarquerons seulement qu'il reste, en B,une portion de palme plus considérable que dans les morceaux précédens; cir- constance qui justifie pleinement notre opinion de la transfor- mation en palme des deux autres merrains. En examinant at- tentivement ce bois, nous nous sommes parfaitement assuré que la portion B appartient bien réellement à la palme , dont elle formait le bord postérieur; ce n'est certainement pas, comme on pourrait le croire d'après l'inspection seule du dessin, une portion d'andouiller , c'est la palme elle-même. En comparant ce dessin au bois d'Elan vivant , on voit que le bord externe de cette portion B correspond parfaitement à la direction du bord S de la palme fig. i , pi. 7, et que cette direction forme avec celle de la base du merrain un angle très ouvert. La courbure antérieure du merrain est aussi plus marquée que dans les morceaux pré- cédens, et rappelle complètement la courbure, O, du bois d'E- et de Montpellier. 209 lan vivant, fig. ipl.7.Lemaître-andoiiiller,A, dont Une reste que la hase, est excessivement aplati et se confond avec la naissance de la palme, à une grande élévation au-dessus du cercle de pierrures. (i) Quoique cette base de bois n'ait point été trouvée dans le bassin même de Pézénas, nous ne devons pas nous abstenir de la produire, car c'est une preuve de plus à ajouter à celles qui établissent l'existence de l'Élan parmi les animaux fossiles. Cotte pièce provient des graviers agglutinés du pied de la montagne Noire, aux environs de Castelnaudary , graviers qui nous parais- sent du même âge que les graviers de Pézénas; nous aurons, plus tard , à revenir sur cette circonstance. Renne. — L'existence du Renne à l'état fossile était démontrée depuis long-temps; Cuvier a émis des doutes sur son identité spécifique avec le Renne vivant, et il faut convenir que ces doutes sont surtout justifiés par les caractères particuliers de certains bois fossiles qu'il a décrits ; nous croyons même, main- tenant que, par l'examen d'un grand nombre de bois de cerfs vivans ou fossiles, nous nous sommes assurés que la position du maître-andouiller est constante dans chaque espèce adulte, pou- voir avancer que ceux qu'il a indiqués comme ayant leur maître- andouiller très élevé au-dessus de la couronne, sont réellement d'une espèce inconnue, à moins toutefois que les sujets qui les ont produits ne fussent pas adultes. Ce que nous avons reconnu du Renne fossile, dans le terrain de Pézénas, n'ajoutera pas beaucoup, sous le rapport zoolo- gique, à ce que l'on sait déjà sur cette espèce; cependant nous pouvons dire dès à présent qu'il manquait de canines, tandis que les deux sexes en sont munis dans l'espèce vivante. Nous ne mentionnerons dans nos descriptions que les pièces présen- tant quelque caractère important; de ce nombre sont plusieurs (i) Afin de ne pas multiplier les planches, nous réduisons bien au-dessous du la grandeur naturelle les dessins de ces divers l)ois. L'un d'eux est réduit à moitié grandeur, les deux autres au tiers seulement; c'est là une circonstance dont il faut tenir conij)tc dans l'appréciation des raraclère» que nous signalons, car tous ces bois fossiles nous ont paru plus forts qu'auriu^ de ceux de l'espèce vivante que nous avons pu examiner. IV.-Iooi.. — Octobrr.. I/J 2IO cnRiSTOL. — • Fossiles des l^nssins de Pèzénas portions plus ou moins considérables de bois et une tête entière. Celle-ci est assez mal conservée r elle est écrasée et comprimée sur le côté gauche ; le côté droit de la face est déjeté en dehors; les arcades dentaires, les arcades zygomatiques, la partie du crâne où s'attachent les bois, manquent entièrement; nous avons pu cependant nous assurer, par l'examen des molaires restées dans la gangue d'où nous avons extrait cette tête, que leur usure n'était pas assez avancée pour qu'on puisse attribuer l'absence des canines à l'oblitération des alvéoles. Lesdimensions de cette tête, fig. 3 pi. 7, indiquent au premier abord qu'il ne faut en chercher l'analogue que parmi les grandes espèces de Cerfs, et, en entrant dans les détails de ses carac- tères, on voit bientôt qu'elle n'a pu appartenir qu'au Renne. Sa forme est allongée, assez plane en dessus et peu exhaussée au- dessus des arcades dentaires, de a en b; dans la plupart des Cerfs, la tête est plus ramassée et plus haute au-dessus des ar- cades dentaires. Comme dans le Cheval, son profil montre une très faible convexité dans la ligne qui, partant de l'occiput, va aboutir à l'extrémité des os propres du nez; ce qui exclut déjà l'Élan, l'Hippélaphe, le Cervus équinus et plusieurs autres en- core qu'il serait trop long d'énumérer, et dans lesquels cette convexité est fort grande , surtout à la région du crâne occupée par les meides. Sous le rapport de cet aplatissement du chan- frein, le Cerf à bois gigantesque ne serait pas sans ressemblance avec notre espèce, surtout si on faisait abstraction de la portion du crâne qui porte les meules; mais, outre que celles-ci sont plus rapprochées des orbites qu'elles n'ont dû l'être dans notre espèce, sa tête, vue en dessus, paraît plus large, son front est divisé par une crête longitudinale dont il n'y a pas de vestige dans la nôtre; les trous sourciliers placés sur la voûte de Torbite sont plus grands, ils ont jusqu'à o™, o3 de diamètre, tandis qu'ici ils ont à peine o'n,oi ; l'espace compris entre l'extrémité des inter- maxillaires et la première molaire est proportionnellement plus court, d'où résulte pour notre tête un museau plus allongé. L'occiput est coupé verticalement, comme dans le Renne et le Cerf à bois gigantesque; la région du front située entre les il orbites est entièrement plane comme dans le Renne; l'espace 1 et de Montpellier. 2 1 1 vide au-devant de la fosse des larmiers est fort petit, il n'a que 0,025 de longueur et se trouve très rapproché de celui du côté opposé; la fosse des larmiers est assez profonde, elle est limitée, supérieurement, par un rebord saillant dirigé obliquement de haut en bas et d'avant en arrière ; en bas elle est évasée et s'é- tend sur la joue, caractères qui, comme on le voit, sont bien ceux du Renne. Nous n'avons pu nous assurer du mode de ter- minaison supérieure des intermaxillaires; nous sommes néan- moins très porté à croire qu'ils aboutissaient aux os propres du nez : s'il en était ainsi, ce serait un caractère propre au Renne fossile. Le maxillaire; vers son union à l'intermaxillaire, ne montre aucune trace de l'alvéole des canines. Quelque incomplète que soit cette description, nous nous voyons forcé de l'arrêter, de peur de donner pour spécifiques des caractères qui pourraient n'être qu'accidentels à raison du déformement de cette tête. On voit cependant qu'elle a les prin- cipaux caractères du Renne, tels que son peu d'élévation au- dessus des arcades dentaires , la direction presque droite de son profil, l'affaissement de son chanfrein, le peu d'étendue de l'es- pace vide au-devant de la fosse des larmiers et laplatissement du frontal. Nonobstant quelques rapports avec le Cerf à bois gi- gantesques, on peut facilement l'en distinguer par plusieurs caractères, indépendamment de la différence des dimensions qui sont beaucoup moindres; on peut s'en convaincre en com- parant les dimensions des deux espèces rapportées dans le ta- bleau suivant : Distance de la crête occipitale à l'extré- mité libre des interraaxillaires Distance entre les trous sous-orbitaires . Longueur de l'espace occupé par les mp- laires 0,146 0,11 5 Distance entre les bords externes des condyles occipitaux 0,110 0,080 Largeur de l'occiput 0,200 o,i3o Les bois que nous rapportons à notre Renne se trouvent en 14. Cerf à bois Renne fossile gigantesques. de Pézénas. 0,5 10 o,45o 0,1 15 o,o85 2ii CHR'STOL. — Fossiles des bassins de Pézênas très grande quantité; ils ne sont remarquables que par leur grosseur, et, comme on n'en a point trouvé d'entiers , on n'a pu V reconnaître aucune différence appréci;ible avec ceux de l'es- pèce vivante. Nous n'avons a notre disposition aucune base de perche, nous ignorons donc quelle a pu être la position du niaître-andouiller : était-il placé immédiatement au-dessus de la couronne, comme dans l'espèce vivante et dans certains bois fossiles décrits par Cuvier, ou bien était-il placé plus haut, comme dans quelques bois fossiles également décrits par Cu- vier? C'est ce que nous ne saurions décider: néanmoins, la pre- mière supposition nous paraît pkis vraisemblable, car nous avons vu , dans le temps , une base de ces bois pourvue de la meule et de la couronne, et offrant, immédiatement au-dessus de cette dernière, une rupture qui pourrait bien avoir été pro- duite par l'arrachement du maître-andouiller. D'après une note prise sur cette pièce, la surface du merrain était lisse , à peine marquée de faibles rainures; le bas du merrain n'était pas cy- lindrique comme dans notre Élan, mais de forme triangulaire ; au-dessus de la couronne il était très comprimé ; le diamètre de la couronne était de o'^jOÔS. Les autres portions de bois que nous avons à notre dispo- sition offrent, en général, comme dans le Renne, des palmes allongées, relativement peu larges, mais très aplaties; elles partent d'un merrain irrégulièrement comprimé, dont la coupe transversale est ovalaire, elliptique ou prismatique, selon la partie de la perche où on la considère. La surface du merrain est quelquefois entièrement lisse; le plus ordinairement elle est légèrement sillonnée de rainures plus ou moins rapprochée, suivant les morceaux; sur les palmes les rainures sont rares. Le peu de largeur de ces palmes ne permet de les attribuer ni à l'Elan ni au Cerf gigantesque, espèces dans lesquelles le mer- rain produit une palme unique et excessivement large. D'après l'examen que nous avons fait d'un grand nombre de fragmens isolés, il nous paraît que la perche entière a dû être irréguliè- rement comprimée à la base, où probablement se trouvait le maitre-andoTiiller; qu'en s'élevant elle devenait prismatique, surtout aux points d'insertion desandouillers; que ceux-ci étaient et de Montpellier. a 1 3 palmés et recourbés comme dans le Renne vivant; que vers son sommet le merrain était très plat et se terminait en palmes étroites. Nous ne devons pas oublier de dire qu'avec les portions de bois évidemment adultes, il s'en trouve plusieurs dont les di- mensions sont moins considérables; les andouillers qui partent de ces portions de merrain sont simplement comprimés et non palmés; le point de réunion du merrain et de ceux-ci est très aplati; mais en s'éloignant de ces points, les andouillers et le merrain tendent à redevenir cylindriques : ce sont là probable- ment de jeunes bois. Nous possédons une portion moyenne de merrain adulte très comprimée à l'une de ses extrémités, et changée en prisme triangulaire à arêtes arrondies à l'autre ex- trémité; ce merrain n'est cylindrique dans aucun point, tandis qu'au contraire le merrain est cylindrique dans le Cerf à bois gigantesque. Nous avons vu plusieurs morceaux absolument pareils à celui-là, et ils nous paraissent donner la forme habi- tuelle de la partie moyenne de la perche. Le diamètre de l'ex- trémité comprimée de la perche est de OjOgS dans l'un de ces morceaux; la base du triangle, qui résulte de la coupe de l'autre extrémité, est de 0,09, la longueur du morceau est de o"',23. Nous donnons, pi. i fig. 7, une partie supérieure de perche adulte; la palme, quoique cassée en partie, y est très bien for- mée, elle naît insensiblement d'un merrain très aplati, d'où part aussi un andouiiler très comprimé, surtout à la base; la pins grande largeur de ce qui reste est de o^.iH, son épaisseur est deo'",o5, la longueur de ce morceau est de o,35. Dans l'Elan cette palme serait plus large, dans le Cerf à bois gigantesque elle serait aussi plus large et ne serait point recourbée. Fig. 8 pi. I estune portion de jeune bois; dans lebas il estpres- que cylindrique, il s'aplatit en remontant jusqu'à sa bifurca- tion, d'où part un andouiiler très plat, et il tend à redevenir cylindrique au-dessus de cette bifurcation. Ce morceau se rap- porte assez bien à l'extrémité supérieure d'un bois de Renne de cinq ans environ. Le grand diamètre de son extrémité infé- rieure est de o'",o5, le petit de o"",o/|, la longueur du morceau est de o'",/|; il présente de faibles courbures sur les côtés ei 2i4 CHHisTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas d'avant en arrière, en d'autres termes , il est légèrement flexueux et serpentant; les rainures y sont peu marquées. Les caractères de ces bois coïncident trop bien avec ceux de la tête, pour qu'on puisse ne pas voir dans ces diverses pièces la confirmation de nos déterminations. Cerf gigantesque. — L'existence du Cerf à bois gigantesque, dans le midi de la France, avec l'Eléphant et l'Hippopotame, confirme ce qu'a depuis long-temps exprimé Cuvier, que ce Cerf a laissé de ses dépouilles non-seulement dans les îles Bri- tanniques, mais encore en diverses contrées du continent de l'Europe, et que les couches où on les déterre paraissent de même nature que celles qui enveloppent les os d'Eléphant de l'ancien monde. On n'aura maintenant plus de doutes sur la contemporanéité de ces genres, doutes qu'on pouvait conserver tant qu'on n'avait pas vu, d'une manière aussi évidente, leur réunion dans la même couche, surtout depuis qu'on a cru trouver des preuves de son existence pendant les temps histo- riques. Avec plusieurs portions de bois plus ou moins cylindriques, profondément sillonnés de rainures serrées et n'offrant aucune différence appréciable avec le merrain du Cerf gigantesque, tel que le décrit Cuvier, M. Reboul possède encore un crâne de cette espèce absolument semblable à celui dont Cuvier donne le dessin , pi. vi , fig. 9, du tom. iv de ses Recherches sur les osseraens fossiles. La courte portion du merrain qui y est fixée est tellement mutilée qu'on n'y distingue ni couronne ni trace du maître andouiller; on distingue néanmoins assez bien la direction de la meule et du merrain, elle est d'avant en arrière et non pas horizontalement sur les côtés comme dans l'Elan. La saillie entre les bases des meules est très prononcée, la lar- geur du front est très considérable; entre les bords externes des orbites elle est de o",3; les autres dimensions sont au moins égales à celles indiquées par Cuvier. Ayant déjà donné la des- crij)tion et le dessin de ce crâne dans un mémoire publié par M. de Serres, nous nous dispenserons de les reproduire ici : nous ne l'avons pas d'ailleurs à notre disposition. Les portions de bois que nous rapportons à cette espèce sont \ I et de Monlpellier. 1 1 5 cylindriques et non prismatiques ou aplaties, comme ceux que nous avons rapportés au Renne; ils sont profondément sillonnés de rainures très rapprochées, qui existent tout autour du mer- rain ; nous rappellerons que les rainures sont rares , peu pro- fondes et largement séparées , dans nos bois d'Elan et de Renne, L'un de ces fragmens a o'",2 de long sur o"',o8 de diamètre. INous en donnons un autre moins fort, fig. 4pl- 7; on y reconnaît parfai- tement la forme cylindrique du merrain, et les rainures profon- des et serrées qui en sillonnent la surface ; sur l'un des côtés de ce morceau naît un andouiller. Nous avons coUigé d'autres pièces qui, par leurs dimensions presque égales à celles du cheval, convîendraieut très bien au cerf gigantesque; ce sont des vertèbres, des humérus, des ti- bias, etc.; mais, comme ou ne peut y reconnaître aucun caractère distinct de ceux qui appartiennent à tous les ruminans en géné- ral, il serait impossible de décider s'ils proviennent du cerf gi- gantesque, de l'Élan ou G Renne, aussi n'en donnerons-nous aucune description. Afin de clonner une idée de leurs dimensions, nous signalerons une tète inférieure d'humérus dont le diamètre transverse, prisa la poulie, est de o^joS, et une tête inférieure de tibia, dont le diamètre transverse est de o'",o63. Nous signa- lerons également une branche droite de maxillaire inférieur dont les molaires , excepté la dernière, celle à trois piliers , sont toutes brisées. Nous n'avons pas retrouvé entre les piliers de celte mo- laire le petit cône caractéristique des cerfs; nous mentionnons ce fait parce que nous nous sommes convaincu , par l'examen de plusieurs tètes et njâchoires inférieures de diverses espèces de cerfs des collections anatomiques de la Faculté des Sciences et de l'École de Médecine de Montpellier, que ce caractère n'est point constant, non-seulement dans les espèces fossiles, mais encoie dans les espèces vivantes. Le cône manque généralement dans les molaires des Cerfs de la caverne de Bize. Nos trois glandes espèces de Cerfs fossiles sont accompagnées d'une quatrième, de la taille du Cerf commun; nous l'avons re- couruie par deux portions de bois sillonnés de rainiu'cs très mar- quées. L'un de ces morceaux, parfailetnent caractérisé , est nn« base (le perche ; la couronne v est 1res distincte et immédiatement ■j. 1 G CHRisTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas au-dessus d'elle part, comme dans l'Élaphe, le maître-andouiller. L'autre morceau est cylmdrique, flexueux, sillonné de rainures très prononcées; la courbure et les sillons de ce morceau nous portent à croire qu'il n'est point la dague de quelque individu jeune des trois grandes espèces que nous avons signalées; le morceau précédent, à maître-andouiller immédiatement placé sur la couronne, et que nous regrettons de n'avoir pas à notre disposition pour le figurer, fortifie cette opinion. Quant aux ca- ractères de celte espèce , tels que la forme de la tète, les divisions des andouillers, la forme et la partie supérieure du bois, elles nous restent totalement inconnues. Bœuf. — Le genre Bœuf ne nous est indiqué que par une der- nière molaire inférieure à cône ou arête très élevée et entourée par l'émail; un noyau osseux de corne conique et arqué se rap- porte encore au même genre. Les dimensions de ces pièces ren- trent dans les dimensions du bœuf domestique. Mammifères marins. Lamantin. — Ce genre n'est indiqué que par deux ou trois morceaux de côtes cylindriques, arquées, comprimées sur leur face concave, solides et non fistuleuses ou spongieuses à l'inté- rieur. Ces morceaux sont roulés, ils étaient erratiques à la surface du sol , aucune gangue ne leur était adhérente; il n'est donc pas certain qu'ils fussent dans la même couche avec les os de Cerf et d'Eléphant; il peut se faire qu'ils provinssent du calcaire ma- rin tertiaire, qui est au-dessous du terrain à ossemens, et qui | souvent se montré à nu dans ces localités. Quoi qu'il en soit de ce fait particulier, il est néanmoins incontestable que le terrain à j ossemens de Pézénas renferme des corps organisés marins ; j'y ai reconnu des huîtres dans la couche même d'où j'avais extrait une vertèbre d'Hippopotame et un fragment de bois de Cerf. On a cru reconnaître, parmi les ossemens que nous avons si- gnalés, plusieurs animaux auxquels très certainement ils ne se rapportent pas; et d'abord les débris d'Éléphant ont été attribués les uns au mastodonte, les auties à de grands Cétacés. La pro- ni el de Montpellier. a 1 7 mière supposition se réfute, abstraction faite des dimensions de ces ossemens, par les caractères des molaires, du fémur et de l'astragale. La seconde supposition est encore inoins fondée , puisque c'est à une portion de bassin de cétacé que l'on rap- portait l'os énorme que nous avons montré être un intermaxil- laire, et que les cétacés n'ont de bassin qu'à l'état rudimentaire; les bois bifurques du Renne ont été aussi rappoités à l'Élan , et une partie de ceux de l'Elan ont été rapportés à d'autres cerfs- Nous n'insisterons pas sur d'autres déterminations fautives, qui ne changent rien à l'état de la question; mais, pour ces erreurs, elles n'étaient pas seulement graves par les résultats zoologiques auxquels elles devaient conduire, elles pouvaient encore avoir une influence directe sur les considérations géologiques qui s'y rattachent, aussi insisterons-nous sur cette particularité, qu'où n'a encore trouvé aucun cétacé dans les couches à ossemens de Pézénas. Une autre erreur matérielle, que nous ne pouvons passer sous silence parce qu'elle nous paraît avoir des conséquences trop graves, est celle qui a été commise relativement à la détermina- tion géognostique du terrain où sont enfouis les ossemens que nous avons déterminés. M. Brongniart, dans son ouvrage intitulé Tableau des terrains qui composent Vèvorce du Globe , a classé le terrain qui nous occupe parmi les brèches osseuses, avec lesquelles il n'a certai- nement aucun rapport, ni par les caractères minéralogiques, ni par les caractères zooîogiques, ni par sa position géognostique; il l'a rangé à côté des Brèches osseuses de Gibraltar, de Cette , d'Antibes, de Nice , avec celles que nous avons découvertes nous- méme à Baillargues et à Vendargues aux environs de Mont- pellier. Cette confusion , dans la réunion de faits naturels essentiel- lement distincts, nous paraît tellement manifeste, que nous n avons garde de l'attribuer à l'illustre auteur dont nous com- battons la cl.tssilication; elle a dû inévitablement prendre nais- sance dans les reiiseigncmens inexacts qui lui seront parvenus, et qu'il naura])as été à j^ortée de véiiliei-. Non-seulement la classification erronée du terrain de l'ézénas ne peut être attri- 2i8 CHRisToi,. — Fossiles des bassins de Pézenas buée à M. Brongniart , mais elle est encore en contradiction for- melle avec la définition très juste qu'il donne lui-même des Brè- ches osseuses. En effet, dans l'opinion de la plupart des Géolo- gues , et en particulier dans celle de M. Brongniart et de Cuvier, qui ont traité cette matière avec une exactitude et une clarté qui doivent servir de modèle dans toute description de gisement, les Brèches osseuses consistent en un ciment plus ou moins so- lide, habituellement rougeâtre et toujoin-s contenu dans les tissures ou cavités d'une roche préexistante ; c'est constamment dans des fentes de rochers que ce ciment a pénétré, enveloppant à-la-fois des débris d'ossemens et des fragmens anguleux de di- verses roches. Cette circonstance essentielle de pénétration dans une roche plus ancienne se reproduit dans toutes les Brèches osseuses, et M. Brongniart insiste sur cette particularité, lors- qu'il dit (page 109 de son Tableau des terrains) que les Brèches osseuses remplissent toutes , en totalité ou en partie , des fentes, plus ou moins larges, plus ou moins étendues, ouvertes dans un calcaire appartenant ordinairement à la formation Jurassique. Ces Brèches ( observe-t-il encore à la même page ) se ressemblent d'ailleurs par leur nature, leur structure, leur couleur, leur gi- sement. Or, les prétendues Brèches osseuses de Pézénas ne pré- sentent aucun de ces caractères. Elles ne sont situées dans aucune fente, fissure ou cavité d aucune roche; elles sont disposées en couches régulières plus ou moins horizontales, distinctement stratifiées, et acquièrent une très grande puissance , puisque une vallée tout entière a été creusée dans ce terrain de transport. Elles ne présentent aucune ressemblance avec les autres Brèches dans leur nature, leur structure, leur couleur, car les bancs qui les constituent sont composés de sables mêlés de graviers, de psammites, de calcaire d'eau douce compacte, de pépérines, de tuls et de breccioles volcaniques. La couleur du calcaire est d'un blanc grisâtre ou cendré, les atitres roches présentent des teintes diverses; si quelquefois elles deviennent rougeâtres comme les Brèches osseuses , c'est que cette couleur est due à l'oxide de fer ou au fer hydraté qui se trouve dans une multitude de roches de diverses formations. Enfin Cuvien observe, dans son grand ouvj'age sur les Ossemens Fossiles, que les Brèches oiseuses , et de Montpellier. -x 1 9 quoique souvent solides et compactes , ne sont jamais disposées en couches régulières, et que dès-lors elles ri ont rien de commun avec les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tranquille de la mer sur nos continens. Un autre caractère distinctif des Brèches osseuses qui n'a point échappé à Cuvier, c'est que leurs ossemens, pas phis que ceux des cavernes, ne sont pétrifiés; ceux de Pézénas le sont constam- ment. Ce caractère admis d'abord comme empyrique, nous paraît maintenant susceptible d'explication : il tient sans doute à ce que les ossemens des Brèches et des cavernes n'ont été sub- mergés que peu de temps par des inondations passagères, tandis que les os pétrifiés des terrains de sédiment et de transport ont long-temps séjourné sous des eaux qui ont pu en changer la nature. Si à ces considérations on ajoute celles tirées des caractères zoologiques, on verra que les terrains à ossemens de Pézénas peuvent encore moins être mis au rang des Brèches osseuses. Les véritables Brèches osseuses ne contiennent aucun corps organisé marin, c'est là du moins la doctrine de Cuvier et de M. Brongniart, et jusqu'ici nous ne voyons pas qu'aucune ob- servation bien authentique y ait porté atteinte; quelque ac- cident particulier du genre de celui que cite M. Brongniart (page \ii de son Tableau) ne pourrait d'ailleurs altérer la généralité de ces caractères, que nous avons été à portée de vérifier dans im grand nombre de localités très éloignées les unes des autres. Or, le terrain de Pézénas a été considéré par tous les géologues qui l'ont examiné, comme une formation en grande partie marine. Co qui aura probablement occasioné l'erreur que nous signalons, c'est que les bancs calcaires qui renferment les ossemens renferment aussi des fragmens angu- leux et arrondis de roches diverses, ce qui leur donne alors un aspect brécliiforme; mais ces circonstances sont loin de suffire pour les appeler Brèches osseuses. Cette dénomination n'est pas seulement prise dans un sens minéralogique, elle est reçue dans la science dans une acception géognosli(jue; elle est l'expres- sion qui désigne tout un système particulier de loches, elle est devcmic nom méthodique de formation. Si l'on considérait la aao CHRisTOL. — Fossiles des bassins de PJzénas chose autrement, il n'y a pas de couche renfermant des débris d'ossemens qui ne pût être appelée Brèche osseuse; on en trou- verait dans les terrains secondaires et dans toutes les formations tertiaires; en un mot, les terrains à ossemens de Pézénas n'ap- partiennent pas plus aux Brèches osseuses que le calcaire gros- sier de Paris, les calcaires lacustres d'Auvergne, que tous les grès et autres roches solides dans lesquelles des os brisés sont réunis à des fragmens de roches préexistantes. Résumé des caractères zoologiques des mammifères du bassin de Pézénas. Il résulte de la détermination que nous avons faite des espèces particulières au bassin de Pézénas, que les pachydermes, si nombreux en genres distincts dans les couches inférieures des terrains tertiaires, sont ici réduits à trois genres vivans, l'Élé- phant, l'Hippopotame, le Cheval; et parmi ces trois genres, que l'on retrouve habituellement dans les couches récentes des ter- rains tertiaires et rarement dans les couches anciennes, deux seulement, l'Eléphant et l'Hippopotame, nous présentent des espèces essentiellement distinctes des espèces vivantes. 1 Eléphant a pour caractère un développement excessif dans les intermaxillaires, et, malgré ses grandes dimensions, ne nous paraît pas fort différent de l'espèce décrite par Cti^ier; c'est toujours \ Eléphant à longues alvéoles, mais ce peut être une variété. L'Hippopotame est celui que Cuvier a fait connaître sous le nom de grand Hippopotame fossile; nous avons montré ce qu'il présentait de particulier dans la forme de ses narines. Le cheval ne peut être distingué des espèces vivantes. Les ruminans nous présentent deux genres et encore deux genres vivans, car il est à remarquer qu'on n'a vu jusqu'à pré- sent, parmi les fossiles, aucun genre inconnu de ruminant; le plus grand nombre des genres détruits se rapporte aux pachy- dermes, famille presque toute confinée dans les pays chauds, tandis que celle des ruminans a plusieurs geni-es disséminés sur tous les points du globe. De nos deux genres, l'un, celui du bœui, ne fournit qu'tuic scide espèce troj) incomplètement cou- i et de Montpellier. 221 nue pour qu'on puisse rien avancer de particulier à son égard; l'autre, celui des Cerfs, comprend quatre espèces, le Cerf à bois gigantesques, l'Élan, le Renne et un Cerf indéterminé de la taille de l'Élaphe. La première de ces espèces est détruite; nous avons montré qu elle devait être considérée comme contemporaine des Éléphans de l'ancien monde, puisqu'elle était ensevelie dans les mêmes couches : proposition peu certaine jusqu'à ce mo- ment, car les relations des découvertes de cette espèce l'in- diquent souvent comme à peine enfouie, quelquefois même recouverte de tourbe ou de mousse, et récemment encore on l'a considérée comme ayant vécu dans les temps historiques (i): nous avons également montré qu'elle s'étendait plus au midi qu'on ne l'avait su jusqu'à présent. La seconde espèce n'avait point encore paru parmi les fossiles; car, bien que l'on eût sou- vent annoncé la découverte de l'Elan dans plusieurs gisemens, et qu'on lui eût rapporté, à tout hasard, ou des pièces qui ne lui appartiennent pas, comme les bois que M. Cuvier a montré appartenir au Cerf à bois gigantesques, ou des os qui bien cer- tainement ne peuvent conduire à aucune détermination rigou- reuse, même après une comparaison effective, il n'eu est pas moins vrai qu'on n'avait, avant nos recherches, aucune partie suffisamment caractérisée pour établir celte espèce. La troi- sième était connue, son identité absolue avec l'espèce vivante était seule problématique; nous avons montré qu'elle en dif- férait par l'absence des canines et par la jonction de ses in- termaxillaires aux os du nez. Enfin notre quatrième Cerf est indéterminé, tout ce que nous en savons, c'est qu'il portait un andouiller à la base de son bois, et qu'il était moins fort que les trois grandes espèces qu'il accompagnait. Ces données, dégagées de tout calcul hypothétique et résul- (i) Le crâne de cerf à bois gigantesques indique par Cuvier comme ayant été retiré des fouilles du canal de l'Ourcq, s'y trouvait, dans le même endroit à la vérité, mais peut-être dans des couches diffi-rentes, avec des os d'éléphant et de cheval. Parmi les os de ce dernier, \ti uns étaient pétrifies, les autres ne l'élaicnt pas, ce qui pourrait faire présumer que tous CCS os n'étaient pas de la même épo(|ue, et qu'on n'avait tenu compte ni de la hauteur oi'i chaque espèce avait été trouvée , ni de la nature des couches qui les renfermaient ; quoi qu'il en toit, no» observations tendent à confirmer celles de Cuvier. aaa CHRISTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas tant de l'observation directe des faits, ou plutôt n'étant que l'expression même des faits naturels, nous conduisent à quel- ques considérations que nous ne présentons qu'avec une ex- trême réserve, et pour appeler l'attention des naturalistes sur un ordre de phénomènes dont l'interprétation peut n'être pas sans influence sur quelques-uns des points de la doctrine géo- gnostiqne. Quoiqu'on ne puisse jamais se flatter d'avoir dressé un tableau absolument complet de toutes les espèces d'animaux qui peuvent être enfouies dans im même bassin, on peut cependant, après des recherches suffisamment étendues, espérer d'avoir acquis une idée assez juste de leur ensemble pour pouvoir établir, d'après ce dernier, des comparaisons entre les formations pa- rallèles de différens bassins. Si ces comparaisons montrent des différences dans la nature ou la proportion numérique des es- pèces , de manière que celles d'un bassin soient différentes ou réparties dans une proportion inverse à celles d'un autre bassin , on pourra en déduire, non plus des lois relatives à la distri- bution des .genres et des espèces suivant les formations, mais bien des lois relatives à la distribution des genres et des espèces d'une même formation, suivant les bassins; en d'autres termes, on pourra en déduire des lois relatives à la distribution géogra- phique des genres et des espèces d'une même époque géolo- gique. Comme ces lois ne doivent être basées que sur l'ensemble de la population des bassins comparés, et que, moins sévères que celles qu'on a tenté d'établir pour les formations ( qui, étant relatives à l'existence ou à l'apparition des genres, sont néces- sairement détruites par le moindre fait exceptionnel), elles ne peuvent recevoir aucune atteinte de la présence rare et en quel- que sorte fortuite de quelques espèces, leur établissement pourra être tenté d'après la masse des faits, sans que l'on ait beaucoup à craindre de les voir détruites ou considérablement modifiées par des recherches ultérieures. Au nombre des lois relatives à la distribution des genres et des espèces suivant les formations, figurait celle qui avait exclu du calcaire grossier tous les genres de mammifères terrestre. et de Montpellier. 22 3 dontl'existenceétait généralement considérée comme postérieure à cette formation : un seul débris de mammifère terrestre dé- ' couvert dans cette formation ou dans toute autre plus ancienne devait suffire pour détruire celte loi, et faire remonter à une plus haute antiquité l'âge assigné à l'existence de cette classe; que si , au contraire, on se borne à montrer que les genres ou les espèces d'un bassin sont différens, ou répartis dans une pro- portion opposée à celle d'un autre bassin , on aura établi une loi de distribution géographique, qui ne serait point changée par la découverte d'une espèce rare et commune aux deux bassins. La grande quantité de débris de Cerfs à bois palmés, découverte dans le bassin de Pézénas, opposée à celle des Cerfs d'Auvergne, par exemple, indique assez sûrement une station, une distribu- tion géographique différente dans les espèces de ces deux con- trées, et la découverte de quelque espèce commune à toutes deux ne changerait pas les lois fondées sur la nature et le nombre de leurs espèces habituelles; aussi , pouvons-nous dire dès à présent que la population des Cerfs d'Auvergne était très diffé- rente de celle dont nous voyons les restes à Pézénas; proposition à laquelle les recherches à venir neporterontguère atteinte; car, tout en admettant que la liste des espèces enfouies dans les deux localités puisse ne pas être épuisée, il nous paraît peu probable qu'après tant de recherches, les espèces qui restent à découvrir en Auvergne soient précisément celles que nous avons décou- vertes à Pézénas, et que, d'un autre côté, celles qui restent à découvrir à Pézénas soient précisément toutes celles qui ont été découvertes en Auvergne ; et , alors même que ce cas viendrait à se réaliser, resterait encore la condition de la proportion numé- rique, condition qui doit être de quelque poids dans la Faunede toute contrée. Nous pouvons donc, maintenant que l'ensemble de la popula- tion du bassin de Pézénas nous est connu, la comparera la po- pulation , au moins aussi bien connue , des sables marins du bassin de Montpellier, sables qui, par leur position géognostique, sont considérées comme parallèles aux graviers agglutinés de Pézénas. Le tableau suivant, dont nous essaierons de faire ressortir les traits principaux, facilitera celte comparaison , dans laquelle il 224 CrfRisTOL. — Fossiles des bassins de Pèzénos nous paraît utile détenir compte de la rareté ou de l'abondance des débris qui signalent chaque genre , chaque espèce ; le nombre de ces débris donne la proportion numérique des espèces qu'ils représentent. La détermination des animaux du bassin de Pézénas, quoique en partie déjà connue, est entièrement due à nos soins; celle des animaux du bassin de Montpellier l'est également, à l'exception de quatre ou cinq genres indiqués par M. de Serres et par Cuvier, et danslesquels nous avons distingué ou des espèces nouvelles, ou des espèces incoimues jusqu'alors dans nos contrées. Nous pensons qu'on distinguera ce travail, dans lequel nous avons au moins tenté de donner des déterminationsaussi exactes qu'il nous a été possible de le faire, au lieu de ces listes plus ou moins au- thentiques, dans lesquelles ou se borne à mentionner les noms des genres ou des espèces, sans description ou même sans indi- cation des pièces qui les ont fait reconnaître Comment s'assurer en effet que ces noms ainsi isolés ont quelque valeur, lorsqu'on voit souvent qu'ils rie s'appuient que sur des pièces qui n'ont rien de spécifique? Ainsi, tantôt voyons-nous qu'on mentionne l'Élan comme signalé par un humérus par exemple, une Antilope par un tibia, un Mouton par un canon. De simples indications de nom ne sauraient obtenir une grande confiance qu'autant que leurs auteurs se proposeraient de revenir sur le même sujet, ou qu'elles seraient le résumé des laits généralement admis dans la science; telle est, par exemple, la série de tableaux publiée par M. Brongniart : dans ce cas, elles acquièrent la plus grande ira- ! portance, parce qu'elles classent et ramènent à des chefs princi- paux les observations du même genre éparses dans divers ou- vrages. f €t de Montpellier. S25 Tableau comparatif des genres et des espèces de Vertébrés des assises supérieures des terrains marins supérieurs du bassin de Pézénas et du bassin de Montpellier. BASSIN DE PÉZÉNAS. BASSIN DE MONTPELLIER. GENRES. 1- Eléphant. Race très grande. Débris excessivement com- muns. 2. Hippopotame. Grande espèce. Débris communs. GENRES. 3. Solipède. Peut-être deux es- pèces ou deux races. Débris rares. Eléphant. Race plus petite que celle de Pézénas. Débris très rares. L'Hippopotame n'a pas encore été trouvé d'une manière bien positive dans les sables marins supérieurs de Montpellier ; ce- lui qu'indique Cuvier, au lieu de Conelle, peut avoir été trouvé dans les marnes bleues inférieures à la molasse coquil- lière. Mastodonte { Angiistidens ) . Débris communs. Rhinocéros (tichorhinus et lep- torhinus''^ }. Débris très com- muns. Tapir. Débris rares. Paléothérium. Débris très rares. Antracothérium. Débris très rares. Lophiodon. Débris très rares. Hipparion ( nouveau genre. Nobis ). Débris très rares. 9. Sanglier. Débris rares. (t) Cette dernière espèce n'a jamais existé; cependant j'en couserve provisoirement le nom pour de,.g„er une espèce nouvelle don. les molaires sont celles que Cuvier a.tribu. au rl..- noc.ro, Up.orluuu.; je ferai connaître incM.ammenl cat.e nouvelle .-spèc. IV. Zoot. — Octobre.. - i5 4. 5. 6. 7- 8. aiG CHRisTOL. — Fossiles des bassins de Pézénas BASSIN DE PÉZÉNAS. BASSIN DE MONTPELLIER. RUMINANS. GENRES. 1. Bœuf. Espèce indéteimiuée. Débi'is rares. Espèce indéterminée de la taille de l'Élaphe. Elan. Débris communs. 2. Cerf, y Renne. Débris très com- muns. Cerf à bois gigantesque. Débris communs. GENUES Bœuf. Espèce indéterminée. Débris très rares. / Espèce indéterminée de / la taille de l'Élaphe. Chevreuil ( Capraolus Cauvierii. Nobis ). Es- pèce de la taille du Che- vreuil d'Europe, dédiée Cerf. ( au docteur Cauvièrc, de I Marseille. Débris com- muns. Chevreuil ( Capreolus Tolozani Nobis ). Es- pèce plus petite que la précédente, dédiée à M. Toulouzan, de Mar- seille. Débris communs. Antilope [^Antilope Coi-dierii Nobis). Grande espèce, de la taille de l'Élan, dédiée à M. Cor- dier, membre de l'Institut. Dé- bris communs. CARNASSIERS. Félis.< Espèce indéterminée , d'une taille un peu su- périeure à celle duCer- val. Débris rares. Espèce indéterminée de très petite taille. Débris rares. et de Montpellier. !2^ BASSIN DE PÉZÉNAS. BASSIN DE MONTPELLIER. «ENHES. GENRES. 2. Hféne. De Ja taille de l'Hyène rayée. Débris très rares. 3. Ours. Ce genre n'a pas été trou- vé d'une manière Lien positive dans les sables marins supé- rieurs. MAMMIFÈRES MARIITS Lamantin. Il est douteux que ce genre appartienne aux couches à ossemeus de Pézénas. Ses dé- bris sont très rares , roulés et «rratiques à la surface du sol. CETACES. REPTILES. Lamantin. Débris excessivement communs. Les ossemens sont souvent articulés dans les sables, circonstance qui ne s'est jamais présentée pour les os de mam- mifères terrestres. Dugong {Halicore Cuvierii No- bis). Débris communs. C'est à ce genre qu'il faut rapporter les molaires qui ont servi à Cuvier à établir le moyen Hippopo- tame fossile. 1. Dauphin {à longue symphise). Débris rares. 2. Baleine. Débris communs. 3. Cachalot. Débris très communs. 4. Rorqual. Débris très rares. 1 . Crocodile. Débi is très rares. a. Trionix {Tr. /Egyptiacus Nobis). Débris excessivcmcnlcomnuins. 3. Clièlonèe. Débris très communs. 4. Emide. Débris communs. 5. Tortue. Débris communs. i5. i2p> CHRiSTOL. ■ — Fossiles dûs bassins de Pézênas BASSIN DE PÉZÉNAS. BASSIN DE MONTPELLIER. OISEAUX- GENRES. GENRES. 1 . Palmipède. Grande espèce , et plusieurs auties oiseaux iodc- VOISSONS. termines. Squale. Plusieurs espèces indé- terminées dont une de taille gi- gantesque. Débris très com- muns. Raie. Deux espèces inconnues dont une de trjjs grande taille. Débris très communs. Dorade. Débris très communs. COMPAKAISON DES VeRTÉIÎRÉS DU BASSIN DE PÉZÉNAS AVEC LEURS ANALOGUES DU BASSIN DE MONTPELLIER. On voit, d'après ce tableau, que des trois genres de Pachy- dermes de Pézénas et des neuf de Montpellier, un seul , celui de l'Éléphant, est communaux deux localités, et encore est-il très possible qu'il y ait, sinon des différences spécifiques, au moins des différences de variété dans les débris particuliers à chaque localité; il ne faut pas oublier non plus que ces débris sont très nombreux à Pézénas et qu'ils sont très rares à Montpellier : une défense et une moitié de molaire , que nous devons à l'obligeance de M. le professeur Dubreuil, sont les seuls débris qui aient si- gnalé ce genre dans nos sables. Quoique le grand Hippopotame ait été indiqué dans les sables marins de Montpellier , sa présence je m'y paraît pas moins problématique ; Cuvier en indique aussi la découverte à l'endroit nommé Conelle, mais sans parler de et de Montpellier. 229 la nature du gisement; dans cette localité il n'y a que les marnes bleues et le calcaire marin tertiaire qui leur est superposé, les sables marins supérieurs ne s'y trouvent pas; en outre, j'ai trouvé, dans cet endroit et toujoius dans les marnes bleues, des f'ragmens de molaires de Rhinocéros ; il est donc vraisemblable que c'est avec ces molaires de Rhinocéros que se trouvaient les molaires d'Hippopotame désignées par Cuvier, à qui l'on n'avait fourni aucune indication précise sur la formation dans laquelle elles étaient enfouies. Nous n'insisterons pas beaucoup sur l'absence, dans le bassin de Pézénas, de tous les autres genres de Pachydermes du bassin de Montpellier, puisque les débris de la plupart étant assez ra- res, pourraient avoir échappé aux recherches faites dans le bassin de Pézénas; cependant il faut en excepter les débris de Masto- donte et ceux de Rhinocéros; les derniers, surtout, sont exces- sivement nombreux et se rapportent à deux grandes espèces , peut-être même à trois. L'une de ces espèces est celle à narines cloisonnées (Rh. Tichbriiuis); Cuvier en a décrit et figuré un* léte trouvée aux environs de Montpellier (voyez les additions du t. IV des Recherches sur les Ossemens Fossiles ) ; nous en possé- dons nous-même un maxillaire inférieur entier et parfaitement conservé, ainsi que les molaires qui sont à peine entamées, on voit, à l'extrémité allongée de cette mâchoire, les alvéoles des quatre incisives dont une est encore en place, ce qui montre, contre l'assertion de Camper et de Cuvier, que leTichorinus était pour vu d'incisives, ainsi que l'avait avancé Pa lias. La secondeespèce est à narines non cloisonnées, mais n'est point le Rhinocéros Lephtorhinus, quoique nous lui ayions conservé ce nom dans no- tre tableau ; nous en possédons une tête entière, la seconde qu'on ait trouvée en Europe et la seule qu'on ait en France (i). Nous avons pu étudier le système complet de dentition de cette espèce dans tous les âges, et nous avons vu que les trois molaires an- (1) Pour II! moment, je dois laisser celle queslioii dans l'étal où l'a piaoéo Cuvier; plus tard je montrerai, dans un travail général sur les rhinocéros fossiles, cju'.iyant soupçonne riiiexartiludc du dessin de k> tète du rhinocéros à nariius non cloisontiées , d'Halie , d'aprr» lequel Cuvirr a élahli le rhinocéros /c/^^or/t/nMi, j'ai ohlenu de M. (léné, piofesstnr de loolntjie » l'nrin, uu lies beau dessin de la même télé que j'ai cru appartenir au rhinocéros à ria- 2 3o CHRisTOL. — FossUes des bassins de Pézënas térieures adultes diffèrent des dents de lait par un large collet aplati qui entoure leur base du côté interne, et que les unes et les autres diffèrent de celles de la première espèce, en ce que le crochet de leur colline postérieure , ne joignant pas la colline antérieure, il n'y a jamais que deux fossettes distinctes sur la couronne usée, tandis qu'il y en a trois dans les molaires de l'espèce à narines cloisonnées (i). Cuvier avait très bien entrevu cette différence entre les dents des deux espèces, mais il avait été arrêté par l'insuffisance des moyens qui étaient à sa disposi- tion. Nous voyons maintenant combien ses conjectures étaient fondées; on pourra donc, au moyen d'une molaire isolée, déter- miner les deux grandes espèces de Rhinocéros fossiles. Des deux genres de Ruminans de Pézénas et des trois de Montpellier, deux sont communs aux deux bassins, mais il y a de grandes différences dans la plupart de leurs espèces. L'un , celui du Boeuf, ne contient qu'une espèce indéterminée, ses dé- bris sont très rares dans les deux bassins ; l'autre, celui des Cerfs, comprend, à Pézénas, trois grandes espèces à bois palmés, et une quatrième indéterminée de la taille de l'Élaphe ; à Montpel- lier ce genre comprend trois espèces, la première est indétermi- née et est de la taille de l'Elaphe, comme celle de Pézénas, dont elle peut néanmoins différer ; les deux autres sont plus petites et nous paraissent être des variétés du Chevreuil, elles ont la plus grande analogie avec l'une des espèces d'Auvergne, leurs bois sont trifurqués et le maitre-andouiller est très élevé au-dessus du cercle de pierrures. La première, que nous avons nommée Ca- preolus Caui'ieriif est de la taille du Chevreuil d'Europe; la se- conde, que nous avons nommée Capreolus Tolozani, est plus petite , mais a les mêmes caractères dans la forme des bois. Les rines cloison/iecs {Ji/i, tichorldnns). La cloison des narines et l'cxtrémilé ties os du nez ont été cassées dans celle tête; circonstances qui, n'ayant pas été indiquées dans le dessin trans- mis à Cuvier, n'ont pu le prémunir contre l'erreur dans laquelle il est tombé. (Voyez à ce sujet le mémoire de M. Chrislol, inséré page 44 de ce volume. R.) (i) Je dois à l'obligeance de M. de Serres la communication d'un certain nombre de- dents de rhinocéros, parmi lesciuciles j'ai reconnu une série cuniplèto de molaires du rhino- céros _qne j'appelle encore lepturhinus. C'est en les comparant aux molaires plus usées de ma télé, et à celles du tichoriuhus, que j'ai obtenu les résultais ci-dessus indioués. et de Montpellier. 2'3i ossemens de ces deux espèces ou variétés si semblables sont très nombreux et se maintiennent constamment dans deux dimen- sions invariables. Lorsqu'on trouve de ces os avec des dimensions intermédiaires , on s'aperçoit toujours qu'ils sont épiphisés, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas adultes, et alors ils ne peuvent être pris pour terme moyen des dimensions d'une espèce unique, dont nos deux Cerfs seraient considérés comme les extrêmes eu dimension. Maintenant, si l'on considère que les fouilles pour- suivies sans relâche, depuis plusieurs années, dans nos sables marins, n'ont jamais donné aucun débris des grands Cerfs à bois palmés de Pézénas, quelles en ont beaucoup fourni et qu'elles en fournissent journellement des trois espèces que nous signa- lons; que ces trois espèces ont été reconnues dès l'origine de nos lecherches, et qu'au lieu d'en montrer de nouvelles , tout ce qu'on en a trouvé depuis est exactement rentré dans chacune d'elles, on doit croire être suffisamment fixé sur l'ensemble des espèces de Cerfs propres aux deux bassins que nous comparons. Le troisième genre de Ruminant des sables de Montpellier, est le genre Antilope, nous en possédons un crâne armé de noyaux osseux de cornes, solides à l'intérieur, prismatiques, peu arqués, dirigés presque verticalement et long de plus d'un pied ; nous l'avons nommée Antilope Cordierii. C'est la première fois que l'Antilope a été reconnue d'une manière bien certaine parmi les animaux fossiles. Ses débris ne sont pas très rares dans nos sables. Des trois genres de Carnassiers de Montpellier, aucun n'a été trouvé à Pézénas; à la vérité, leurs débris sont rares à Mont- pellier. Le Lamantin est le seul mammifère marin commun aux deux bassins, et encore n'est-il pas bien certain qu'il ait été trouvé à Pézénas dans les mêmes couches qui renferment les Cerfs et l'Eléphant; il pourrait, du reste, y avoir été trouvé, mais hors urteut au loiu dans les mers les cadavres flotlaiis des animaux r|uc les fleuves charrient dans leurs dcbordemens, et dont les viscères distejuliis par les gaz résultant de la puiréfactiju facilitent le transport lointain : bien plus, la Méditerranée rejette journellement sur nos plages des variolite; verdàtrcs, et d'autres roches des terrain.vpri- milifs el intermédiaires qui ne |)envcnt être cntraiuées que par le Kbùne et la Durance. M. de Serres avait depuis long-temps fait cette curieuse observation. On peut, eu jetant les yeux sur une carte dei côtes méridionales de la France, se faire une idée des divers rapports de localité que j'ai signalés dans ro Mémoire. 236 CHRISTOL. — Fossiles des bassins de Pèzénas Elan de Pézénas; ce morceau, qu'il a bien voulu nous confier pour le faire figurer, est une base de bois palmé et dépourvue d'andouiller immédiatement au-dessus du cercle de pierrures; nous en avons donné plus haut la description ainsi que le des- sin, pi. 7 fig. 2. Dans la différence que présente l'ensemble de la population des deux bassins que nous comparons, il est un point très im- portant à noter et qui consiste dans l'absence complète de tout Cétacé dans le bassin de Pézénas, classe qui fournit un grand nombre de débris de plusieurs genres dans le bassin de INIont- pellier. Il nous paraît que cette différence s'explique en consi- dérant les terrains de Pézénas comme ayant été déposés très près du rivage, à l'embouchure même d'un fleuve, peut-être même dans un étang où se déchargeait ce fleuve, et dans lequel des eaux marines auraient fait des irruptions locales, telles que les a conçues M. Constant Prévost, relativement à certains dé- pots du bassin de Paris: cette opinion est, du reste, celle de M. Reboul, dont les observations sont si précieuses pour la science. Les sables marins de Montpellier paraissent, au contraire, avoir été déposés sous des eaux plus profondes et assez loin de l'embouchure du fleuve qui les a charriés; aussi diffèrent-ils des terrains de Pézénas par leur aspect, par leur composition mi- néralogique, par l'arrangement et la disposition de leurs mas- ses (i); ils en diffèrent encore par les animaux marin qu'ils lenfermenl et qui ont vécu sur les lieux, comme les Baleines, (i) Ces sables, dont la puissance est quelquefois de près de soo pied». préseuteDt, nonob- stant tous les caractères qui doivent les faire considérer comme déposés sous des eaus profondes, tous les accidens qui devaient résulter de l'action des petites rivières qui ont pu se jeter daas la mer de cette époque. C'est de cette manière qu'où peut concevoir les traînées de graviers qui se trouvent à la partie supérieure de nos sables , et dont la direction suit la jienle générale du sol , à-peu-près comme celle des cours d'eau de l'époque actuelle. Ces graviers sont quelquefois agglu- tinés par un ciment de travertin et renferment quelques coquilles terrestres. Ils sont une dé- pendance du terrain d'eau douce supérieur qui, d'abord déposé hors du bassin marin sur des roches de diverses formations, s'est étendu plus tard dans le bassin marin même , sur les sables avec lesquels il se trouve en stratiHcalion concordante. Le bassin marin de cette époque était sé- pare, par une large digue , qui existe encore, de calcaire jurassique el de craie compacte, d'avec les grands bassins d'eau douce situés plus avant dans l'inléneur dcâ terres. et de Montpellier. iZ-] les Cachalots, les Dugongs et les Lamantins, dont les squelettes sont quelquefois presque entiers dans les sables, les Squales, les Raies, les Dorades, les Huîtres, et un grand nombre d'autres mollusques dont les valves sont souvent en connexion. Si ces observations, que nous ne présentons que comme un but de recherches, étaient confirmées par des observations ul- térieures sur la nature des espèces animales disséminées dans les directions que nous avons indiquées, le bassin de Mont- pellier renfermerait la population qui a vécu au pied des Alpes, tandis que le bassin de Pézénas renfermerait la population qui, à la même époque géologique, a vécu au [)ied des Pyrénées. Du reste, quelque différente que fussent ces populatious, il ne faut point perdre de vue qu'elles ont un caractère commun, celui de présenter certaines espèces dont les analogues ne vivent plus que dans la zone torride, et dont la destruction est antérieure aux temps historiques les plus reculés. Ajoutons à ces observa- tions qu'il est infiniment probable que cette destruction eut pour cause l'abaissement de température du globe; car, bien qu'on n'ait pas la preuve directe que la plupart des espèces fos- siles, même celles qui n'ont d'analogue que dans les contrées équatoriales, n'aient pu s'accorder à nos climats actuels, il n'en est pas moins vrai que certaines d'entre elles présentent une organisation peu en rapport avec les conditions d'existence aux- quelles les auraient inévitablement soumises l'ordre actuel des choses. On conçoit difficilement, en effet, que les Crocodiles, le Trionix yEgypdacus des sables marins de Montpellier et l'Hippopotame de Pézénas, eussent pu vivre dans nos rivières couvertes de glaces. En émettant cette opinion, nous n'enten- dons nullement décider si cet abaissement de température s'opéra d'une manière brusque et soudaine, ou lentement et par degrés successifs; nous observerons seulement que, dans cette hypothèse, on peut très bien concevoir comment des con- ditions d'existence, devenant de plus en plus déftivorables à la reproduction des espèces que nous trouvons aujourd'hui à l'état fossile, celles-ci, devenues de plus en plus rares, ont dû finir par s'éleuulre entièrement. D'après celte manière de voir, l'ex- 238 L. DUFOiiR. — Sur les Orthoptères, les Hyménoptères, etc. tinction des races perdues n'aurait point été soudaine, mais accomplie successivement par les mêmes causes de destruction long-temps prolongées. EXPLICATION DES PLANCHES VI LT VII. PLATSCHE VI. I. Profil du crâne d'Elan fossile. Fig. 3. Le même vu en dessus. Fig. 3. Tête d'Elan vivant. Fig. 4- Mufle d'Elan. Fig. 5. Bois d'Elan fossile. Fig. 6. Bois d'Elan fossile. Fig. 7- Bois de Renne fossile, adulte. Fig. 8. Bois de Pienne fossile, jeune. PLANCHE YII. Fig. I. Bois d'Elan vivant. Fig. 2. Bois d'Elan fossile ( de Castelnaudary). Fig. 3. Tête de Renne fossile. Fig. 4. Bois de Cerf gigantesque. Recherches anatomUjues et physiologiques sur les Orthoptères, les Hyménoptères et les Névropteres., accompagnées de consi' dérations relatives à l'histoire naturelle et à la classification de ces insectes , Par M. Léon Dufour; Présentées à l'Académie des sciences le 27 avril i835. ( Extrait. ) L'étude de l'entomologie, long-temps négligée, se poursuit au- jourd'hui avec une extrême ardeur, et de nouvelles espèces ar- rivent incessamment de toutes les parties du monde enrichir les collections, déjà si nombreuses, et prendre place dans les ouvra- ges des naturalistes qui travaillent avec un zèle infatigable à les décrire et à les classer. I L. DiJFOUR. — Sur les Orthoptères ^ les Hyménoptères j etc. aSq Les savans qui, imbus d'une saine méthode d'observation et doués d'un tact heureux, ont dû par l'étude combinée des traits extérieurs et du genre de vie, distribuer dans des groupes bien hmités, dans des familles naturelles, ces milliers de physiono- mies diverses, ces structures qui se jouent sous toutes les formes imaginables^ ont, dit M. Dufour, rendu à la science un éminent, un indispensable service. Ceux qui ont consacré et leur temps et une patience , cent fois éprouvée, à devenir les historiens des mœurs, du genre de vie, des habitudes et de l'utilité des insec- tes, ont jeté sur eux un intérêt, un charme qui entraînent puis- samment vers leur étude et leur contemplation. Mais ce n'est pas tout que de payer un juste tribut d'admira- tion à ces formes séduisantes par leur élégance ou leur bizarrerie, à ces couleurs qui surpassent en éclat ou en combinaisons nuan- cées, tout ce que l'art a de plus parfait, à ces contextures par- tielles si bien adaptées aux besoins de l'individu, à ces prodiges de l'instinct, de l'industrie et de l'intelligence de tous ces êtres innombrables dont la petitesse semble blesser notre orgueil. L'esprit humain , toujours avide d'impressions nouvelles, tou- jours stimulé par ce besoin inné de remonter aux causes, est irrésistiblement poussé à pénétrer les ressorts secrets des actes extérieurs, à rechercher les appareils d'organes qui en garantis- sent l'existence , enfin à constater les corrélations admirables établies entre la vie animale et la vie organique des insectes. C'est donc à l'anatomie et à la physiologie de ceux-ci qu'est ré- servée la solution du problème dont les élémens sont fournis par l'entomologie proprement dite. Ainsi, l'étude, qui envisagera simultanément ces deux bases essentielles de l'existence des in- sectes constituera la philosophie de la science, celle qui est ap- pliquée à toutes les autres branches de la zoologie. Comme les habitudes, les mœurs, le genre de vie et même la structure extérieure des animaux, sont sous la dépendance de l'oiganisation viscérale, l'étude de celle-ci doit fournir les don- nées les plus positives pour établir sur des bases solides une distribution naturelle des êtres, c'est-à-dire leur encadrement méthodique d'après les analogies des organes. L'anatomie devient donc la pierre de touche de la classifica- 52 4o L. DUFOUR. — Siir les Orthoptères, lës Hyménoptères jCtc. tion en même temps que par la découverte de certaines spécia- lités d'organes, elle nous met à même de diriger les investiga- tions vers la particularité des mœurs ou du genre de vie qui doit leur correspondre. C'est ainsi, par exemple, dit M. Dufour, que le scalpel m'ayant dévoilé un appareil sécréteur spécial, une glande sébifique dans les femelles du, genre Taupin (elater-), ce fait m'a mis à même d'en inférer, sans qu'aucune observation directe l'ait encore confirmé et sans qu'aucune analogie dans les genres voisins ait pu nie mettre sur la voie, que ces Coléoptères doivent former à leurs œufs une espèce de coton. C'est ainsi que l'existence dans les Apiaires et les Andrenètes d'mi organe propre à la sécrétion d'une matière soyeuse, m'autorise à prédire qu'un très grand nombre d'Hyménoptères de ces deux familles enve- loppent leurs œufs d'une coque dont les élémens constitutifs sont puisés non dans les matières récoltées au dehors et mises en œuvre par leur bouche, ainsi qu'on l'a cru jusqu'à présent, mais dans les orgianes mêmes de ces insectes et fabriqués par un appareil situé au voisinage de l'anus ; vérité très importante par ses applications et qui n'avait pas été soupçonnée. Enfin, je citerai un troisième exemple de l'incontestable utilité de l'anato- mie en entomologie, j'annoncerai par anticipation que l'étude de l'appareil générateur femelle du Chelonus oculator, Hyménop- tère que sa petitesse rend presque inaperçu, m'a fourni de for- tes présomptions pour croire que cet insecte bizarre, dont l'his- toire des mœurs est encore inconnue, ôioix. èxre pupipare^ c'est- à-dire enfanter ses petits vivans , comme l'Hippobosque. Ces inductions, fournies par l'entomotomie, ne contribuent pas peu à rehausser l'importance de cette science. Les auteurs peu nombreux qui ont écrit sur l'anatomie des insectes se sont presque tous bornés à l'étude spéciale du canal digestif, ou à des généralités vagues sur les autres appareils or- ganiques. Non-seulement ils n'ont pas saisi toutes les attribu- tions physiologiques des diverses parties qui constituaient ces appareils ; mais dans la description même de ceux-ci , ils sont loin d'avoir satisfait aux exigences de la science. Dans l'ouvrage dont nous avons donné le titre, M. Dufour s'est attaché à réunir un grand nombre défaits, et à les présen- T.. DurouR. — • Sur les Orthoptèrcsy la Hymnoptères, etc. i^ i ter avec toute la concision conciliable avec la clarté. Dans sa m;inière d'envisager la science, il ne devait pas se borner à la simple exposition des formes et de la texture anatornique ; il importait dans le but même des explications physiologiques, an faire précéder cette exposition d'un aperçu sur les habitudes des insectes, lorsque celles-ci étaient connues, et de mettre ainsi en regard le but et les moyens de l'organisme. Il importait aussi à l'auteur, pour sa responsabilité, de formuler avec rigueur les si- gnalemensde toutes les espèces qu'il soumettait à l'examen ana- tomiqiie, afin de fournir à d'autres observateurs les moyens d'in- firmer ou de confirmer ses assertions. Ce soin était d'autant plus nécessaire, que plusieurs des espèces examinées par lui sont nou- velles ou mal connues. Pour chaque famille d'insectes, M. Dufour passe en revue les divers appareils vitaux des genres qu'il a disséqués, et afin d'é- viter des répétitions oiseuses il a placé en tête de l'ordre auquel appartiennent ces familles, la description anatomique et physio- logique de ces systèmes organiques généraux qui n'éprouvent dans les divisions secondaires que des modifications organiques peu importantes. Tels sont, l'appareil respiratoire, le prétendu vaisseau dorsal, le système nerveux, le tissu cellulaire splan- chnique. Dans ces mêmes généralités de l'ordre l'auteur a es- quissé à grands traits l'appareil de la digestion, celui de la géné- tion, celui de la génération dans les deux sexes, tant sous le lapport matériel que sous celui des fonctions, afin de ne réser- ver pour les familles et les genres que les spécialités organiqties qui les concernent. Enfin, à l'occasion du premier ordre, il est entré dans des développeniens qui deviennent communs aux autres. Dans les sciences exactes et en particulier dans l'histoire na- turelle descriptive, le moyen le plus sûr d'éviter des longueurs et de sauver l'embarras des périphiases, est de donner aux déno- minations une valeur positive, une acception rigoureuse et uni- voque dont on ne dévie point. Une technologie sévèrement éta- blie est donc d'une importance incontestée, et peut seule rendre véritablement substantiel le texte d'un ouvrage. INIalgré l'énorme distance de l'homme et de l'insecte, j'ai cherché, dit M. Léon IV. 7.0OU. — Octobre. if> a4a L. DDFOiJR. — Sur les Orthoptères^ les Hymnopières , etc. Dufour, les analogies organiques entre ce type suprême de la zoologie et les insectes; mes résultats ont dépassé mes espé- rances , et ma nomenclature entomotomique n'offre que peu de différences avec celle de l'anatomie humaine ou des ver- tébrés. C'est en quelque sorte, poursuit M. Dufour, une loi établie par le fait que plus l'organisation est compliquée, plus elle ap- proche de la perfection ; et c'est parce que l'homme est consi- déré comme le^plus parfait des êtres organisés, qu'il est devenu le type des comparaisons, le principe, la cause, le but de cette échelle animale dont il forme la sommité. Un second corollaire, la conséquence et la confirmation du précédent, est que plus les organes ou les instrumens de l'organisme sont multipliés, plus les actes de l'animal sont variés, plus aussi ce dernier éprouve de besoins, de jouissances ou d'obligations à remplir. On a méconnu l'application de ces principes de philosophie or- ganique dans la classification des insectes, et notamment dans la distribution successive des ordres. Relativement à la série des génies, M. Dufour a adopté dans l'exposition de ses recherches le Gênera deLatreilie, mais avec cette différence très essentielle qu'il a suivi cette série en sens inverse, c'est-à-dire qu'il a pris par la fin les ordres de ce grand entomo'ogiste. Cette métliode rétrograde était U!ie conséquence obligée de ses principes, ainsi que le prouvent les considérations suivantes : D'après la composition et la structure de la bouche, les insec- tes hexapodes se divisent en deux grandes sections déjà indi- quées par M Duméril, mais dont aucun entomologiste n'a fait une application pratique. Les uns sont pourvus de mandibules et de mâchoires, ils se nourrissent d'alimens plus ou moins so- lides : ce sont les insectes broyeurs j les autres, destinés à puiser une nourriture liquide ou très subtile, se servent d'une trompe, d'im rostre, d'un suçoir : ce sont les insectes suceurs. A la première section correspondent, dans l'ordre de la préé- minence organicjue, les Orthoptères, les Labidoures, les Coléop- tères, les Hyménoptères j les Nèvroptères. M. Dufour a déjà pu- blié lanatomie des Lobidoures et des Coléoptères; c'est de celle becqufuel it uresciiet. — Sur la chaleur animale. 24^ des trois autres ordres qu'il s'occupe dans son nouveau mémoire, en sorte que la vaste section des insectes broyeurs aura été sou- mise aux investigations du scalpel. Dans la seconde section sont compris les Hémiptères , les Diptères^ \es Lépidoptères. L'Xcsidémie a déjà couronné les re- cherches de M. Dufour sur le premier de ces ordres, les deux autres serorit plus tard l'objet d'un travail de l'auteur. La même hiérarchie organique doit s'observer dans le classe- ment des genres de chaque ordre. Or, comme les Orthoptères occupent, d'après le développement et la complication des ap- pareils vitaux, le poste le plus élevé de l'échelle entomolo- gique , c'est à cet ordre qu'a lieu le point de départ de la série descendante des insectes hexapodes et non à celui des Coléop- tères, ainsi que Latreille et la plupart des entomologistes l'ont établi. Le travail de M. Dufour est le résultat de la dissection de cent quatre-vingt-dix espèces et de plusieurs milliers d'individus. Second Mémoire sur la çlialeur animale ^ Par MM. Becquerel et Brescuet. Lu à rAcadémie des Sciences le lo août i835. Extrait. (1) La première partie de ce mémoire est consacrée à décrire l'ap- pareil à température constante, à laquelle les auteurs rapportent celle de la partie explorée. La construction de cet appareil , ima- giné par ]\L Sorel, et accommodé par M. Becquerel au besoin de ses nouvelles expériences, repose sur la dilatation de l'air ren- fermé sous une cloche entièrement plongée dans un liquide dont on élève la température au degré fixe qu'exige l'expérience. La (i) Le premier roémoiic se Irouie page 257 , t. m. Le prenùcr extrait est emprunté aus co0ipl«« rcodu» des séance» de l'Acndémie, pul)iicpar MM. Ar;ij;o el Eloureiis. 16. 244 BECQUEKEL ET EREScnET. — Sui' la chcleur animale. cloche communique avec un registre qui agit, au besoin, sur un courant d'air, poiu* diminuer ou augmenter la combustion nécessaire à l'entretien d'une lampe placée au-ilessous de l'ap- pareil qu'elle échauffe, en même temps qu'il intercepte ou éta- blit la communication du foyer avec l'espace qui doit être main- tenu à une température constante. Cet appareil, une fois réglé, ne varie plus, de temps à autre, que d'un dixième de degré en plus ou en moins. Souvent même, dans l'espace de plusieurs heures, il ne varie plus d'une quantité appréciable. La seconde partie du mémoire de MM. Becquerel et Breschet a po?ir objet l'exposition des résultats qu'ils ont obtenus. Nous reproduisons ici les moyennes de ces résultats dans les termes mêmes des auteurs. « 1° Un homme, âgé de Zn ans, atteint d'une fièvre typhoïde compliquée de bronchite : Le pouls donnait 1 16 pulsations à la minute. Température centigrade du muscle biceps brachial 38'',8o Température de la bouche 39,65 « a" Un homme , âgé de il\ ans ; affecté d'une entérite com- pliquée de bronchite : ] 16 pulsations à la minute. Température du biceps brachial droit. . . J 3g , 5o « 3° Jeune fille scrofuleuse dans un état fébrile bien marqué : Température de la bouche 37,5o Idem d'une tumeur scrofuleuse enflammée à la partie niférieure du cou 4o,oo Idem d'une tumeur fongueuse dans le tissu cellulaire. 4o,oo Idem du biceps brachial 37,26 « 4° Une demoiselle, de trente ans, portant une tumeur du même genre : Température de la bouche 56,75 Idem d'une tumeur au col 37,5o Idem du biceps brachial 37,00 Idvm du tissu cellulaire adjacent 35, 00 BECQUEREL ET BUESciiF.T. — Suv la chaleur animale, a/f^ « 5° Femme atteinte d'un cancer au sein : Température de la bouche 36', 60 Idem du cancer , . 36,6o Idem des foiigosités exubérantes 36, 60 Idtm du muscle biceps brachial 36, 60 a 6° Jeune homme dans un état fébrile très prononcé r Température du muscle biceps brachial. . 38 , 90 « 7" Jeune homme atteint d'une carie scrofuleuse des 05 du pied : Température de la bouche. , 36, 5o Idem. du biceps brachial » 3/ , 5o Idem delà plaie 82,00 L'aiguille traversait le tissu cellulaire et l'aponévrose plantaire. o 8° Un homme, âgé de 45 ans, atteint d'une hémiplégie du côté gauche, avec commencement de gangrène sénile aux mem- bres inférieurs : Température du muscle biceps brachial, côté sain 36, 4o Idem côté malade 36, 60 Idem de la bouche 36, 4o Idem du muscle du mollet, côté paralysé 36, 60 Idem. côté sain 36, 60 a 9*^ Une femme, âgée de 49 ans; engourdissemens et don- leurs vives dans les membres inférieurs, à la suite d'une para- plégie : Son pouls donnait 84 pulsations à la minute. Température du muscle biceps brachial 37,i4 Idem. des adducteurs de la cuisse 37 , 55 n lo** \^\\ homme, âgé de 60 ans, atteint d'un tremblement mercuriel : Température du biceps brachial droit, côté qui tremble le plus fort 37,04 Idem du biceps brachial gauche, côté qui trciublc h; moins ^y , 1 5 n 1 i" llydiopisic du ventre, avec affection du cœiu' : 246 BECQUi'Rix ET BRfSCHivT. — Siii- la chalcuv animale. Température du muscle biceps brachial Zf ,ob Idem du lii[uiue se trouvant dans rabdomci). . . . 37,65 « 12" Homme, âgé de 66 ans^ atteint d'une hémiplégie : Temjiciature du muscle biceps brachial, côté paralysé. . . 36,85 Idem côté sain 56 , 8â « i3° Il était intéressant d'étudier la diminution de la tem- pérature dans un moribond, peu d'instans avant qu'il rendît le dernier soupir; nous avons en conséquence expérimenté sui" un homme ayant une variole confluente, arrivée au dernier degré. Le pouls battait i44 pulsations très faibles à la minute : Température du muscle biceps brachial 35 , 85 Idem de la main sur l'émiiieiicc ihénar. 32,oo L'individu est mort quelques minutes après. pe calcaire. « Le corps de l'embryon se montre de bonne heure composé d'une vésicule antérieure et d'une sorte de rame caudale; le corps, propreuient dit, est situé entre ces deux part-es. « 1. Dans les premiers temps du développement, ou voit se former sur un point de la circonférence du vitellus, une languette qui croît, s'élargit progres- sivement et devient bientôt l'organe des mouvemeiis isité inférieure a i,o5,lc courant d'endosmose était dirigé de l'acide vers l'eau au travers delà membrane animale sé[)aratrice ; mais qu'en employant ces mêmes acides à une densité supérieure à i,o5, le sons du courant d'endosmose était interverti , il était dirige alors de l'eau vers l'acide. La température de l'atiuosphère était alors à -f- 25 degrés centigrades. Ayant répète ces ex- périences loisijnc la température fut abaissée à-|- i5 degrés, l'auteur trouva que 2 5 '2 académie des Sciences. l'acide tartriquc, cle()uis la densité de !,o5 jusqu'à celle de 1,09 inclusivement présentait le phénomène qu'il nomme endosmose inverse, celui dans lequel le courant d'endosmose est dirigé de l'acide vers l'eau. Il fallut employer une solu- tion d'acide tartriquc d'un densité supérieure à 1,1 pour obtenir l'endosmose que l'auteur nomme directe, celle dans laquelle le courant d'endosmose est dirigé de l'eau vers l'acide. Ainsi , un abaissement de 10 degrés dans la tempéra- ture avait déplacé de i,o5 à 1,1 le terme moyen de densité de l'acide, term,e moyen qui séparait les deux endosmoses inverse ei directe , que cet acide est sus- ceptible de présenter lorsqu'il est séparé de l'eau par une membrane animale. La température étant abaissée à 8 degrés 172, le terme moyen de densité de l'a- cide tartriquc fut [)orté à i,i5. Enfin ,1a température ayant été abaissée artiOciel- lement à celle de la glace fondante, Tacide tartriquc depuisla densité i,i 5 jusqu'à celle de 1,2 inclusivement, produisit Vendosmose inverse, en sorte qu'il eût f,;llu employer une solution acide encore pins dense pour qu'elle produisît Yendosmose directe. Il résulte de ces expériences, que la diminuliou graduelle de la tempé- rature augmente graduellement la facilité de perméation de l'acide tartriquc au travers de la membrane animale, et cela comparativement avec la facilité de per- méation de l'eau. M. Duirochet croit apercevoir ici de l'analogie entre ses expé- riences et celles de M. Girard , qui a vu qu'une solution d'une partie de nitrate de potasse dans trois parties d'eau, s'écoule plus vile que l'eau pure par un canal capillaire de verre , lorsque la température est de i à 10 degrés , tandis que cette même solution s'écoule plus lentement que l'eau, lorsque la température est plus élevée. M. Dutrocbel a constaté pour les acides tartriquc et citrique, comme il l'a fait pour l'acide oxalique, que les membranes végétales et les lames d'argile cuite ue sont point a^tes à la production du phénomène de Vendosmose inverse; cette propriété paraît ainsi appartenir exclusivement aux membranes animales. D'après la projiriélé qu'ont les acides oxalique, tartricpie et citrique, à une certaine densité , de traverser les membranes animales plus facilement que l'eau , il deve- nait probable que ces acides employés en remplacement de l'eau pure dans les expériences ordinaires d'endosmose augmenteraieut les effets de ce phénomène. C'est effectivement ce qui est arrivé. Ainsi un cndosmomctre fermé par un mor- ceau de vessie ayant reçu dans son intérieur de l'eau sucrée dont la densité était 1 ,08 , et la membrane de cet endosmomètre étant plongé dans l'eau , il y eut une endosmose dont la quantité dans uu temps donné fut exprimée par neuf. Une so- lution d'acide oxalique, dont la densité était i,oi4, ayant été substituée à l'taii pure, il y eut une endosmose dont la quantité, dans le même temps , fut expri- mée par vingt-sept; en sorte que la substitution de l'acide oxalique à l'eau pure, dans cette expérience , tripla la quantité du liquide introduit par endosmose dans l'eau sucrée que contenait rendosmomt;tre. • Il paraîtrait, d'après ces expériences, que les solutions des acides oxaliques, tartriquc et citrique , à une certaine densité, traverseraient les membranes ani- males plus facilement queue le fait l'eau pure. Cela est incontestable, en effet,. académie des Sciences. 3 53 lorsque les deux laces d'une mcmLraue auimalc sont en contact, l'une avec l'a- cide, et l'autre avec l'eau ; mais cela cesse d'être vrai lorsque les deux faces de la membrane sont en contact avec le même liquide. Ainsi , les deux faces de la mem- Lrane étant eu contact avec la même solution d'acide oxalique, ou bien étant l'une et l'autre en contact avec l'eau pure, et les cLoses étant disposées de ma- nière à ce que la pesanteur fasse filtrer le liquide supérieur à la membrane vers le liquide qui est situé au-dessous, on observe que l'eau filtre bien plus rapide- ment que la solution acide. Plus la solution d'acide oxalique est dense, plus elle ' filtre lentement. Or ^ c'est précisément le contraire qui a lieu dans les expériences iïendosmose inverse faite avec cet acide, dont les solutions dans l'eau ne sont ja- mais assez densei,ù la température de l'atmospbère, pour produire l'e/iû^osmoseo?*- recle. Plus les solutions de cet acide sont denses, plus elles traversent rapidement par endosmose inveri,e la membane animale qui les sépare de l'eau pure. M. Dutrochct n'a point vu les acides sulfurique et nitrique produire d'enofoj- mose inverse . L'acide bydrochlorique, qui produit si énergiquementl'é'wa'osmose directe j lui a présenté l'endosmose inverse, lorsque l'addition de l'eau distillée eut réduit sa densité à i,oo3. L'acide pbospbori(jue présenta de même, mais pen- dant quelques instans seulement, Yendosmose inverse, en réduisant sa densité à i,o85. Dans toutes ces expériences, l'acide était séparé de l'eau pure parla membrane animale de l'endosmomètre. » Phtsiologie. — Electricité de la Torpille. MM. Becquerel et Brcschet, en rendant compte d'un voyage qu'ils viennent de faire dans les Alpes et sur les bords de l'Adriatique, annoncent à l'Académie que pendant leur séjour à Venise, ils ont fait des expériences sur les Torpellcs; «là, disent-ils, nous nous sommes convaincus, et nous l'étions déjà d'avance, que les moyens employés j\isqu'ici pour constater la présence de l'électricité, à l'instant où l'animal donne la commotion étaient défectueux. .Si les pbysiciens qui en ont fait usage les eussent aj>pliqués à tout autre animal, et même à des cada- vres, ils auraient obtenus les mêmes résultats. Nous avons commencé par écarter toutes les causes qui avaient induit en erreur nos devanciers, et nous sommes parvenu, non-seulement à prouver que la commotion de la Torpille était le ré- sultat d'une commotion électrique, mais aussi à déterminer le sens du courant produit dans cette circonstance. » PniLosopiiiE NATUiiELLE. — M. Gcoffroy Saint-Hilaire présente à l'Académie un ouvrage intitulé ; Notions synlhéliqiies et historiques de Philosophie na- turelle. «Mon opuscule j dit-il, renferme trois chapitres : i" Documens au sujet de la loi universelle. 0° Notions de Philosophie zoologique, acquises depuis les troubles politiques de la France. 3» Philosophie entomologiquc. ■\ 9.5/1 académie des Sciences Séance du 26 octobre i835. Lettre de M. Paul Gervais sur les éponges df eau douce a J'ai rbonneur de soumettre à l'Académie le résumé sommaire de quelques oliservalions que je viens de faire sur les Spongilles ou éponges d'eau douce. Plusieurs d'entre elles n'étant que de simples confirnations de faits déjà énon- cés, j'ai eu soin d'indiquer les auteurs auxquels ou en doit la première connais- sance; les autres m'ont paru inédites ; de même que les premières , celles-ci font partie d'un travail plus étendu, que je soumettrai au jugement de l'Académie, dès que de nouvelles rccberches l'auront rendu moins incomplet. a La nature des Spongilles ou éponges d'eau douce, est encore aujourd'hui un problème pour quelques naturalistes; plusieurs, parmi lesquels se placent MM. Grant et Raspail, veulent que ces productions appartiennent au règne animal; d'autres, à la tcte desquels se rangent MiM. Gray, Diitrochet et Liuk, en font des végét.uix : mes observations semblent apporter de n uveaux faits à l'appui de leur opinion. ce Examinés à la loupe, les corps organisés qui nous occupent paraissent formés uniquement de globules et de spicules. Les splcules , qui sont des cris- taux de silice, ont été bien étudiés par MM. Grant et Raspail ; ils sont les seules parties dures que présentent les spongilles. Ce caractère différencie ces dernières de la plupart des éponges marines, qui offrent de plus des ûla- mens mucoso -cornés, enlacés et à contours arrondis. Les globules forment la partie vivante des Spongilles, et ces Spongilles ne manifestent aucun signe de sensibilité. De plus, elles varient pour la couleur du blanc-jaunâtre au vert, suivant qu'elles sont exposées à l'obscurité ou à la lumière. Leur forme est aussi très diverse : souvent disposées en larges plaques , les Spongilles sont d'autres fois rameuses à la manière des Madrépores ou allongées en filamens grêles, qui rappellent plus ou moins ceux des polypiers flexibles; mais ainsi qu'on l'a dit, ces différences ne paraissent pas devoir servir à caractériser des espèces, puis- qu'une même masse de Spongille peut les offrir toutes dans les différens points de son éteudue ou dans les diverses phases de son existence. Bongeurs et les Insec- tivores), eu (\Qn\ portions qui enfourchent la petite courbure de l'estomac et dont Tiine se dirige vers le cardia et l'autre vers le pylore. Je les désigne, à cause de ces rapports de position, par les dénominations de portion cardiaque et pylorique. Le lobule droit est moins souvent divisé. Tel est le foie des mammifères dans son plus haut degré de composition , mais il n'est pas ainsi composé dans tous, et il peut varier beaucoup, à cet égard, d'un ordre et même d'une famille à l'autre. Les lobules manquent rarement tous les deux. Du moins en trouve-t-on toujours des vestiges dans les proémir.ences qui se voient à la base du lobe principal, soit du côté droit, comme cela a lieu dans le foie de l'homme, pour le lobe de Spigélius, soit du côté gauche, ainsi que cela se voit dans \ Orang-outang. DUVERNOY. -- Etudes siir le Foie. 25c) Le lobe droit et gauche peuvent manquer ensemble et dis- paraître avant les lobules. La forme du lobe principal et des parties dans lesquelles il peut être divisé, celle deslobes et lobules peut être aussi très dif- férente, suivant les familles et les genres, et même un peu, dans quelques cas, suivant les espèces. On peut en dire autant de leur développement proportionnel. Il résulte de cette manière d'envisager la composition et la forme du foie des mammifères, que ses lobes proprement dits, tels que je les détermine, ne sont pas des divisions de ce vis- cère, ainsi que tous les anatoniistes les ont envisagées jusqu'ici, mais des parties ajoutées au lobe principal. C'est ce lobe principal qui constitue essentiellement le foie. Aussi la vésicule du fiel lui est-elle toujours adhérente, et ja- mais à ses lobes ou à ses lobules. IjCs ligamens triangulaires, le coronaire et le suspenseur-om- bilical sont de même exclusivement en rapport avec celte par- tie principale, et pas du tout avec les lobes accessoires. Ces différentes circonstances servent à déterminer d'une ma- nière précise et sans hésitation, les parties du foie qui appar- tiennent à l'un ou l'autre de ses lobes, sans s'arrêter, comme on l'a fait jusqu'ici très arbitrairement, pour compter les lobes de ce viscère, au degré plus ou moins grand de séparation de ces parties. Le lobe principal peut avoir une simple échancrure ou une scissure profonde dans laquelle pénètre le ligament ombilical, et où se place quelquefois la vésicule du fiel. Le plus souvent cette vésicule est incrustée dans une fosse du lobe principal, à droite de la scissure ou de l'échancrure du ligament, ou logée dans une scissure qui se voit à droite de la première. Il en résulte que le lobe principal peut être entier, ou à-peu-près, et sans division ; ou bien qu'il peut être partagé plus ou moins profondément en deux ou trois parties. Je les désigne, quand il y en trois, par les dénominations de principal moyen, gauche et droit. Il résulte de cette division du lobe principal ou des lobules, que les parties d'un foie de mammifère peuvent excéder en «7- uGo tUNEUNOY. — Etudes sur le Foie. nombre celles qui constituent son plus haut degré de compo- sition, formé par l'addition successive des lobes accessoires au lobe principal. Quand le foie est borné à cette dernière partie, avec un lobule, comme dans l'homme et les mammifères à es- tomacs multiples, il n'occupe que l'hypocondre droit et l'épi- gastre, c'est le cas de l'homme; ou l'hypocondre droit seulement, c'est ce qui se voit dans les Tardi^rades, les Ruminans, les Cé- tacés proprement dits. Quand il a son plus haut degré de com- position, c'est-à-dire ses lobes droit et gauche, et ses lobules, il remplit toute la concavité du diaphragme et s'étend générale- ment autant à gauche qu'à droite. C'est ce qui a lieu dans les Carnassiers et dans les Rongeurs. On conçoit que, dans ce cas , il peut se classer, jusqu'à un certain point, parmi les organes symétriques et que son irrégu- larité, dans d'autres cas, son asymétrie, est une suite d'une com- position plus simple, incomplète, et delà place qui lui est laissée pour son développement par les organes environnans. C'est donc ici un nouvel argument à ajouter à ceux énumérés par M. Flourens, contre la loi établie par Bichat sur le défaut de symétrie des organes que ce physiologiste célèbre classe parmi ceux de la vie désignée si improprement sous le nom de vie organique. J'ai déjà tiré parti de cette méthode descriptive du foie pour l'histoire naturelle systématique, dans les différens mémoires que j'ai publiés sur le Macrocelide de Mozet, sur les Semnopithè- ques et sur les Musaraignes, en montrant qu'on pourrait doré- navant se servir de la précision que donne cette méthode pour caractériser les différences que présente le foie des mammifères, dans sa forme et dans sa composition, et faire entrer au besoin ces différences parmi les caractères distinctifs des ordres, des familles ou des genres, et même quelquefois des espèces. Je vais en citer quelques exemples. Le foie de l'homme a des caractères de forme qui le distinguent de celui de tous les au- tres mammifères; il diffère cependant très peu, sous ce rap- port, de celui de X Orang-outang , et se rapproche encore du foie des Semnopjthèques; ce viscère est d'ailleurs simple dans sa coin- pijsition;il n'a qu'un lobe principal et une proémlucncoadhcren le \ DUVERivoT. — Études sur le Foie. -jiG/ et peu détachée de sa face viscérale , que je compare au lobule droit de la forme type. Il manque donc du lobe droit , du lobe gauche, et du lobule gauche, que présente le foie des mammi- fères lorsqu'il a sa composition normale. Les prétendus lobes , droit et gauche qu'admettent la plupart des anthropotomistes, que d'autres rejettent à la vérité, entre autres M. Cruvelhier, ne sont que deux portions de ce lobe principal, que sépare, seu- lement à la surface convexe du foie, le ligament falciforme ; que limite un peu la scissure du bord tranchant de ce viscère par où passe le ligament ombilical. Le lobule droit se voit très en avant à la face viscérale du foie, ainsi que le sillon transverse, qu'il borne en arrière. Le foie de VOrang n'est composé de même que du lobe prin- cipal et d'un tubercule qui représente un lobule ; mais c'est ici le gauche, qui est d'ailleurs très reculé sur le bord vertébral du foie. Le foie de \'Entelle, dont l'estomac est très compliqué, comme celui des autres espèces des Semnopithèques, a de même une composition très simple; je ne parle pas ici de son très petit vo- lume, qui est également bien remarquable. Le lobe principal s'y trouve assez profondément sous-divisé, par la scissure du ligament; il a, de plus, un très petit lobe droit avec un rudi- ment de lobule. Le lobe et le lobule gauche manquent. Tous les autres genres de Quadrumanes de l'ancien ou du nouveau continent ont les lobes droit et gauche très dévelop- pés, et l'un des lobules plus ou moins marqué. TjC foie des Ouistitis se distingue par le développement extra- ordinaire du lobule droit et par l'absence du lobule gauche. Celui des Makis ou des Lémuriens , qui a , comme le foie des Ouistitis, \3L vésicule du fiel plusieurs fols repliée sur elle-même, ainsi que le canal cystique, en diffère par les deux scissures de son lobe principal et par la présence des deux lobules , dont le développement relatif est d'ailleurs médiocre. Les Chéiroptères ont généralement le lobe principal très dé- veloppé, remplissant autant à droite qu'à gauche la concavité du diaphragme, profondément divisé, dans les Chéiroptères in- sectivores, en deux ou trois parties, remarquables , surtout celles 302 oiivi.HKOY. — Etudes sur le Foie. du côté droit, par leur forme en croissant. Je ne connais que trois exemples, dans cet ordre, de l'existence d'un lobe droit; (ils nous sont donnés par les Galéopithèques ^ les Roussettes et un JSyctinome de Timor). Tous les autres genres en man- quent (i), ainsi que du lobe gauche. Le lobule de ce côté existe à l'état rudimentaire dans les genres Fespertilio , Pleco- tus, Taphien ; il nianque dans les autres genres. Le lobule droit manque toujours. On voit que le foie des Chéiroptères, surtout celui des chauve- souris proprement dites, qui volent plus que les Chéiroptères fru- givores et se nourrissent d'insectes, est très bien caractérisé, par sa composition plus simple, les divisions profondes de son lobe principal et la forme de ses parties.Quand le lobe principal n'a que deux portions qui sont presque entièrement séparées , et que les lobes accessoires manquent, comme dans le Rhinolophe grand fer a cheval^ sa forme et sa composition rappellent abso- lument le t^'pe du foie des oiseaux. Le foie des Carnassiers insectivores ne manque d'aucune des parties qui peuvent entrer dans sa composition normale. Il y est très grand, comme dans les Carnivores; mais le lobe prin- cipal a la moindre part à ce développement, qui a lieu surtout dans les lobes et lobules accessoires. Un autre caractère de ce foie, c'est d'avoir quelquefois les lobules fourchus, surtout le gauche, à la manière des Rongeurs : on le voit ainsi dans la Taupe, et plus encore dans le Hérisson. Il y a très générale- ment deux scissures au lobe principal. Les Carnivores présentent tous ce même type, ce plus haut degré de composition , ce développement proportionnel plus grand des lobes accessoires; mais pas toujours des lobules, et la division du lobe principal en trois parties, par deux scissures, dont celle de droite loge la vésicule et celle de gauche le liga- ment ombilical. Les Rongeurs ont, comme les Insectivores et les Carnivores, (i) Nous avons examine une ou plusieurs espèces des gemcs : Gaiéopiihèque , Roiisset/et Mocosse, Dinops , Nyctinoure, Noctilio, PliyUostome, Vampire, Glossophogr. , Migadarmr, Rhinnloplc , Tapliiat , f'espcrti/io , Plccolcs. DDVKRNOY. EtUch'S SUT Ic Fo'w. y.63 toutes les parties du foie que nous avons dit constituer sa com- position normale. Mais le caractère de ce viscère , dans les ani- maux de cet ordre, c'est le grand développement de leur lobe gauche comparativement an lobe droit et même au lobe prin- cipal , dont il excède souvent le volume ; c'est encore que celui- ci n'a, le plus ordinairement, qu'une scissure; c'est enfin que le lobe gauche est divisé en deux branches qui enfourchent la petite courbure de l'estomac , et dont l'une se dirige en dessous vers le pylore et l'autre en dessus vers le cardia. Cette divi- sion du lobule gauche paraît constante dans la famille des Rats. Les Pachydermes ., que l'on ne peut pas considérer, dans l'é- tat actuel de la science, comme un ordre naturel , ont leur foie de forme et de composition différentes, suivant les familles ou même les genres de cet ordre. Sa composition est complète dans le Daman., le Tapir y le Pé- cari tajassu; dans le Cochon domestique, le lobule gauche manque. C'est au contraire le lobule droit qui est supprimé dans le foie du Cheval. Le Rhinocéros a ce viscère bien moins com- plet, puisqu'il n'y est composé que d'un lobe principal, divisé en deux par une scissure, avec un lobule gauche à la base de la portion du lobe principal de ce côté. Enfin , dans ï Éléphant, il n'y a qu'un lobe principal , sans lobes ni lobules. L'ordre des Edentés., dans lequel nous ne comprenons pas les Tardigrades , a le foie complet, ayant toutes les parties dé- veloppées. Le lobule gauche s'y trouve même composé de deux parties , comme dans beaucoup de Rongeurs ; c'est ce que j'ai vu dans plusieurs Tatous {h^ Tatou à six bandes (\n genre En- ' couber, et le Tatou noir du genre CachicamCy dans YOrycté- rope et dans les Pangolins. ) Le Fourmilier didactyle , que M. F. Cuvier a séparé des autres Fourmiliers sous le nom générique de Didactyle ., présente dans son foie des différences de forme et de composition, qui justi- fient cette séparation, outre les caractères extérieurs sur les- quels elle est fondée. Il manque de lobules, et les lobes laté- raux se prolongent de chaque côté de la colonne épinière beau- j coup plus que le lobe principal, qui laisse un vide entre ces lobes, a6/j DuvERNOY. — Études sur le Foie. que semble peut-être avoir nécessité les flexions de la colonne épinière dans les habitudes de grimper de cet animal. Ce foie incomplet a quelque rapport avec celui des Chauve-Souris in- sectivores, chez lesquelles, à la vérité, il sert bien davantage. Dans les autres Fourmiliers on trouve les lobules, mais ils sont petits et peu séparés. Leur lobe principal a trois divisions, tandis qu'il n'en a que deux dans le Didactyle. Les Tardigrades ont le foie incomplet et relativement très petit, n'occupant que l'hypocondre droit. Il n'a proprement dans ïaî qu'un lobe principal avec deux scissures , quoique la droite ne renferme pas de vésicule. Mais un ligament analogue, et triangulaire droit, qui l'attache à la portion droite de cette partie , me détermine à la considérer comme le principal droit, plutôt que comme le lobe droit, auquel ce ligament ne s'attache pas. Le principal gauche a, dans sa face viscérale, une trace de lobule. Nous allons voir qu'il y a beaucoup de rapports entre le foie de ces animaux et celui des Ruminans; de même il y en a de très remarquables entre leurs estomacs. L'ordre si naturel des Ruminans est aussi très bien caractérisé par la forme et la composition de son foie. Ce viscère y est beaucoup moins large que dans la plupart des autresMammifères» comme si son développement, dans ce sens, avait été empêché par la place qu'occupent les quatre estomacs. Son volume pro- portionel est aussi très faible. Enfin il est réduit, dans sa com- position , au lobe principal avec un ou deux tubercules, tout au plus, adhérens à sa face postérieure près de sa base, qui tien- nent lieu des lobes ou lobules accessoires. Ses rapports de composition avec le foie de l'homme sont ha|)- pans. La Gazelle et le C^rf JVapiti nous ont présenté de plus des ressemblances remarquables dans la forme du lobe de Spi- gelius,et dans sa disposition relativement à la scissure transverse. Les Cétacés herbivores ( i) n'ont de même qu'un lobe principal, avec un lobule droit tout au plus. (Le Dugong de la mer Roiiî-e, par M. Riippcl.) '^i) L«5 «mphibin irirciiKs de iiolu nièlh'j'lc de (.li4S5iÛ<'a''''ïJ- DuvERWOT. — Études sur le Foie. 265 Enfin les Cétacés ordinaires ont le foie très incomplet. Celui du Dauphin vulgaire et du Marsouin ressemble beaucoup au foie des Ruminons, en ce qu'il est ramassé, peu étendu et ré- duit au lobe principal, lequel est un peu divisé à l'endroit du ligament ombilical , en deux portions dont la droite est la plus grande. La série des M^dLmraWere?, Marsupiaux ^ dont le bassin porte constamment ces singuliers os dits marsupiaux , caractère indicateur d'un système de génération particulier, présente des différences dans les proportions du foie , qui sont en rapport avec leur régime, et d'autres qui semblent dépendre de l'espèce de mouvement qu'ils exercent. Les lobules y sont généralement peu développés ou peuvent manquer. Le gauche est supprimé dans le foie du Sarigue à oreilles bicolores, qui vit sur les ar- bres; son absence laisse un vide qui répond à la colonne verté- brale; tandis que le lobe de ce côté est très développé. Le foie du Kanguroo géant fait exception. Il se distingue par le grand développement proportionnel de ses lobules. Je ne m'arrêterai pas davantage à détailler les autres diffé- rences que présente le foie des Mammifères de cette série ; mais je ne puis m'empêcher de faire remarquer que celui des Mono- trèmes , ou de X Ornithorhynque et de YEchidné^ qui appartien- nent à cette même série, ainsi que l'indiquent leurs os marsupiaux, ne s'écarte, dans aucun détail, de la composition normale du foie des autres animaux de cette classe, et qu'il diffère essentiel- lement, sous le rapport de la forme et de la composition de ses parties , du foie des autres animaux vertébrés. S'il est donc indubitable que la méthode descriptive du foie des Mammifères que je propose dans ce travail, peut fournir de bons caractères distinctifs, qui peuvent être employés, au besoin, dans la classification de ces animaux, nous espérons aussi que cette méthode pourra être utilisée, quoique n)oins évidemment, pour avancer la physiologie de ce viscère. A la vérité, le foie étant un organe chimique, qu'on me per- mette cette expression, dont l'importance sera facilement saisie par les Physiologistes, sa forme lui est moins essentielle que sa Struclme intime, l'eu de mots suffiront pour ex|)liqiier nia a66 DiivERNOY. — Etudes sur le Fuie. pensée. La plupart des organes de l'économie animale sont ou physiques ou chimiques ; cVst-à-dire que les fonctions qu'ils exercent peuvent être plus ou moins expliquées par les lois de la physique, ou comprises dans celles qui régissent l'action mo- léculaire. La forme est essentielle aux premiers. Les moindres modifi- cations de cette circonstance d'organisation changent le jeu de ces instruiuens de la vie : c'est la forme des muscles comme puis- sance, et celle des os ou autres parties organiques auxquelles ils s'attachent et qui leur servent de leviers, qui en fait autant d'in- strumens de physique mécanique dont la disposition variée ex- plique tous les mouvemens qu'exercent les animaux; c'est la forme de l'œil qui le constitue , en grande partie , un admirable instrument d'optique ; changez-la, vous changerez entièrement les fonctions de cet organe. Ceux , au contraire , destinés à modifier la composition du sang qui leur est apportée par la circulation , et à prendre dans ce fluide nourricier les matériaux du liquide qu'ils doivent sé- créter, et dont la composition diffère plus ou moins du premier, sont des organes chimiques dont la forme peut varier sans que leur fonction , sans que le produit de leur sécrétion en soient changés. Il n'y a , pour cette catégorie d'organes, que leur struc- ture intime qui leur soit essentielle. Nous devons, sans doute, ranger le foie parmi ces organes chimiques ; ce qui limite beau- coup les espérances qu'on pourrait avoir d'expliquer quelques points de ces fonctions, par la considération de leur forme, sui- vant les groupes de la classification naturelle. Nul doute que le foie ne se iTioule sur les organes qui l'envi- ronnent, et que sa forme ne varie suivant l'espace qu'il trouve au milieu d'eux. Sou organisation intime, dont les parties élé- mentaires ou les plus petits lobules ont leur membrane propre pour les contenir et les protéger contre les froissemens exté- rieurs, lui permet même de se prêter peu-;i -peu-à-toutes les va- riations de forme, malgré son défaut d'élasticité. On en trouve des preuves nombreuses lorsque l'on considère le foie non-seulement dans la classe des mammifères, mais en- core dans les autres classes où il existe. Cependant ces varia- DUVERNOY. — Etudes sur le Foie. 267 lions (le forme ont des limites qui tiennent, dans les mammi- fères, auxquels je borne pour le moment ces considérations, à la composition normale que ce viscère montre dans cette classe. Cette composition normale n'est sans doute pas étrangère aux fonctions du foie; du moins je crois avoir saisi, après l'avoir reconnue, ainsi que les modifications qu'elle présente selon les ordres et les familles , c'est-à-dire selon les habitudes natu- relles de mouvement, de séjour ou d'origine, quelques aperçus physiologiques dont voici le résumé : 1° Le foie à-la-fois le moins complet dans sa composition et le moins volumineux, se trouve dans les animaux à estomacs multiples, quel que soit leur régime. Tel est celui des Ruminans qui vivent des parties les plus tendres des végétaux , et celui des Cétacés ordinaires, qui se nourrissent exclusivement d'animaux marins, parmi lesquels ils choisissent aussi les plus mous , du mo ns pour la généralité. 2° ]>es Tardigrades^ qui ont de même plusieurs estomacs, ont aussi le foie plus petit, ramassé et moins composé que celui de la généralité des mammifères; 3° Il semble donc que l'élaboration sans doute plus complète des substances alimentaires par l'action successive de plusieurs estomacs, rende celle de la bile moins nécessaire dans la diges- tion intestinale. 4° Cette dernière proposition est encore confirmée par le pe- tit volume relatif du foie des Semnopithêques , dont l'estomac est, sinon multiple , du moins très compliqué ; 5° Les Chéiroptères, surtout les chauve-souris insectivoi'es, ont le foie très simple dans sa composition , mais profondément di- visé dans les parties qui lui restent et proportionnellement vo- lumineux. Ces particularités de forme et de composition sem- blent tenir ici à l'espèce de mouvement bien plus qu'au régime; elles rapprochent le foie des Chéiroptères insectivores de celui des oiseaux. tj° On doit se demander pourquoi le foie de l'homme et celui de ï Orang-outang vessQ.ni\Àcui davantage, par leur composition simple et inconiplèle,au foie des animaux à estomacs multiples. q(j8 duvkrnoy. — Études sur le Foie. à celui des Ruminans en particulier, qu'au foie de tout autre mammifère? Serait-ce que chez l'homme , qui est destiné à la station ver- ticale, le foie , dans cette position, aurait pu gêner les fonctions de l'estomac, s'il n'avait été ramené, du moins en très grande partie , à la droite de ce viscère. La même forme dans \ Orang-outang, si différente d'ailleurs de celle que présente le foie des lutres singes, serait-elle un indice que cet animal a plus de disposition que ceux-ci à la pro- gression verticale ? 7° Le régime est la circonstance qui paraît influer le plus sur le volume relatif du foie, après celle de l'existence d'un ou de plu- sieurs estomacs. En général le foie est plus complet et relative- ment plus volumineux dans les mammifères carnassiers que dans ceux qui se nourrissent de substances végétales. Ces conclusions, qui découlent tout naturellement d'aperçus plus exacts, plus précis et plus positifs sur la forme du foie des mammifères, prouveront, j'espère, que dans la comparaison que la science de l'anatomie comparée se propose de donner des formes organiques, il faut d'abord, pour que cette comparaison soit juste et qu'elle ait un but scientifique, avoir saisi ce que ces tonnes présentent d'essentiel, et le distinguer de ce qui n'est que très accessoire. Ainsi que je l'ai annoncé, en commençant cette lecture, ce travail est le résultat d'observations directes faites, en bonne partie, dès 1829, sur les viscères de la collection du jardin des plantes que M. Cuvier m'avait invité à examiner pour la nou- velle édition des leçons d'anatomie comparée, dont j'espère offrir très incessamment trois volumes à l'Académie. Les dessins que j'ai l'honneur de lui présenter, à l'appui de mes descriptions, serviront à les faire mieux comprendre et à démontrer les soins de détails que j'ai mis dans mes observations. Dans un second mémoire, je compte présenter à l'Académie le résultat de mes observations sur la forn)e du foie dans les DUVERNOY. — Études sur le Foie. .i6<) autres classes des vertébrés; sur son volume relatif, sa couleur et sa consistance, et sur son tissu intime dans ce type du règne animal, (i) EXPLICATION DE LA PLANCHE FV. (i) Nous ajoutons au texte de ce Mémoire les planches gravées de quelques-uns des nom- breux dessins que nous avons fait faire $ur le foie des mammifères. Elles suffiront pour faire comprendra noli-e méthode descriptive, et pour donner une idée des principales différences de forme et de composition que présente le foie des animaux de cette classe. Dans toutes les figures , le lobe principal est désigné par : P. d. , (|ui signifie Principal droit. P. g. Principal gauche. P. m. Principal moyen. L. d. Le lobe droit , par L. g. Le lobe gauche. L'. d. Le lobule droit. L*. g. Le lobule gauche. V. La vésicule du fiel. L i g. Ligament suspenseur du foie. L'. g. p. Portion pylorique du lobule gauche. •.'■ g. c. Portion cardiaque du lobule gauche. V.. Estomac. D- Duodénum. Fig. r. Foie du Magot commun. Fig. 2. Foie et eslumac de l'Orang-outang. Fig. 3. Foie du (.bien. Fig. 4. Foie, estomac et raie du Rhinolophe grand-fer-à-cheval. Fig. 5. Foie, estomac et rate du Vesperlillou murin. Fig. 6. Foie de la Taupe commune. Fig. 7. Foie et estomac du Rai noir. o'jo DOYÈRF. — Sur le genre Euplère. Notice sur un Mammifère de Madagascar , formant le type dun nouveau genre de la famille des Carnassiers insectii^ores de M. Cuvieri Par M. DoTÈRE. Chaque fois qu'un voyageur rapporte de ses explorations quelque être nouveau, l'esprit s'y intéresse d'abord de tout ce qu'il peut y avoir d'attachant dans l'étude d'une nouvelle forme d'existence, ou d'une modiBcation de quelque valeur dans une forme déjà connue; mais tous n'offrent pas cet intérêt, et, grâces à la distance où se trouve porté maintenant l'horizon scientifique, il est même permis de penser que la passion des découvertes n'élargira plus guère le cercle déjà tracé. Or, dans cette enceinte, que les travaux de conquête de ceux qui nous ont précédés nous ont tant agrandie, il nous reste un immense travail à faire, un travail de culture et de coordination; et, de là, une deuxième et riche source d'intérêt et de féconde activité, l'étude des rap- ports. Un être nouveau se lie à d'autres êtres, et prend position dans des cadres tracés; quelquefois il s'y case humblement, d'au- tres fois il se pose sur !a limite qui les sépare, et, établissant fintre eux des points de contact inconnus, il hâte d'un pas le grand travail de fusion vers lequel nous voyons la science pro- gresser à chaque nouvel effort. Or, c'est surtout aux esprits désireux de ce dernier genre de recherches, que se recommande le Mammifère dont nous avons à signaler la découverte; et ce travail nous a même paru d'une importance telle, que nous eussions laissé à de plus habiles le soin de l'entreprendre, s'ils n'eussent voulu venir d'eux-mêmes nous aider de leurs encouragemens et de leurs conseils. C'est à MM. Geoffroy Saint-Hilaire , père et fils, que nous devons ce secours flatteur, qui ne nous a pas été d'une moindre utilité que les notes orales et manuscrites qu'a bien voidu nous communi-J quer M. Goudot lui-même, voyageur du Muséum, auquel la science doit la découverte de l'individu dont la description fera le sujet de cette notice. i DOYÈRE. — Sur le genre Euplère. 27 1 Le groupe des Carnassiers insectivores, tel qu'il est établi dans les méthodes naturelles, bien que l'un des moins nombreux, est pourtant un de ceux qui réunissent les formes d'organisation les plus disparates. En effet, dans l'état actuel de la science, il se compose de onze genres seulement, que nous croyons pou- voir ranger comme il suit : Cladobates. Desmans. Macroscelides. Chrysociores. ïenrecs. Taupes. Hérissons. Condylures. Gymnures. Scalopes. Musaraignes. Or , si nous mettons de côté pour un instant les caractères que fournit la dentition , pour ne nous occuper que des rapports de moeurs et d'organisation qui rapprochent ce petit nombre de genres, ce qui nous restera n'aura plus qu'une importance secondaire et se réduira presque entièrement à la petitesse de la taille et à quelques défauts de proportion dans les instrumens de l'attaque et de la défense, tels que la gracilité extrême et l'al- longement des mâchoires, la faiblesse des arcades zygomatiques et des muscles moteurs de la mâchoire inférieure, circonstances dont la réunion paralyse presque complètement l'influence diététique d'une disposition dentaire des plus favorables pour un régime purement Carnivore; aussi ne s'aUaquent-ils qu'à des proies faibles et sans résistance, à des insectes, à des vermis- seaux, et aux plus petites espèces seulement de Mammifères et d'oiseaux; aussi, cherchent-ils dans des retraites, que presque tous savent se creuser, un moyen de salut, qui compense la brièveté et les dispositions désavantageuses de leurs jambes, in- strumens de fuite, et l'impossibilité presque absolue d'une ré- sistance à force ouverte. On voit la facilité avec laquelle ils se meuvent dans le sein de la terre , augmenter en raison directe de la lenteur et des efforts qu'ils ont à faire pour se traîner à sa surface; et le développement de leur organe visuel diminuer dans une proportion qui est exactement celle de la distance où leurs mœurs et leur timidité d'animaux ayant la conscience de leur ana DOYÈRE. — Sur le genre Euplère. faiblesse , les tiennent éloignés de la lumière. Cependant, il en est quelques-uns qui , tout au contraire, établissent sur les arbres leur demeure habituelle; et ceux-là sont pourvus abondamment de toutes les modifications d'oiganisation , que l'on regarde comme l'ap&nage d'animaux créés pour de telles habitudes. Enfin une dernière conséquence de leur faiblesse et du régime auquel elle les condamne, c'est que l'hiver, comme chez toutes les espèces faibles et souterraines , la plupart de ceux des climats froids, s'enterrent et subissent au fond de leurs trous tous lesac- cidens de l'hibernation. A cette époque, en effet, toute proie faible émigré à travers les airs, ou meurt, ou se tient cachée dans d'inaccessibles retraites, laissant, sans provisions faites à l'a- vance, une foule d'êtres qu'une seule saison rigoureuse efface- rait de la surface du globe s'il ne leur avait été donné, dans un sommeil de plusieurs mois, un moyen simple d'attendre des jours meilleurs. Quant au mode de progression , auquel sont encore subor- données, en grande partie , les habitudes, il est des plus variés; les uns, à jambes moyennes, marchent avec assez de facilité, à la surface de la terre, et se retirent moins dans leurs retraites(Hé- rissons,Tenrecs, Musaraignes"*; d'autres (Desmans) habitent le bord des eaux , et nagent avec une facdité qu'aident les modifica- tions de leur queue et de leurs membres; d'autres sont de plus en plus souterrains (Taupes, Chrysochlores, Condylures, Scalopes), et leurs membres raccourcis , la puissance de leurs muscles , leurs pieds convertis en pelles tranchantes, leur donnent une merveilleuse facilité pour nager, en quelque sorte, dans le sein d'un élément aussi résistant. Enfin, les Macroscelides, montés sur des membres postérieurs allongés, s'avancent par bonds comme les Ranguroos et les Gerboises, tandis que les Tupaias dé- ploient sur les arbres la même agilité que les Ecureuils. Du reste, ce défaut d'homogénéité, dont nous nous convain- crons davantage encore par l'examen du système dentaire, nous étonne peu. Nous ne croyons pas qu'un t)"pe ait été primitive- ment créé sans autre fin que de se nourrir d'insectes; et, en étu- diant dans les groupes environnans les modifications caracféris- tiquessur lesquelles chacun d'eux s'appuie, nousavonspu facile- UOYHRH. — Sur le genre Euplère. •i'j'i ment nous convaincre que celui dont nous nous occupons , n'est en effet que le reste de nombreuses soustractions faites en faveur des premiers, établis à priori, et que dès-lors il ne se forme plus que d'e$pèces qui n'ont pu trouver place dans des divisions déjà systématiquement tracées, et ont été laissées ensemble pour en former une dernière , mais purement négative. Ainsi, ce sont d'abord les Tarsiers que l'état de leurs mains et de leurs ongles a fait joindre aux quadrumanes: puis la tribu tout entière des Chéiroptères insectivores, a pris rang à part, toute autre considération ayant été sacrifiée à celle qui se déduit du mode remarquable de progression aérienne, par laquelle elle se distingue. Le type Marsupial n'offrait pas de moindres exigences. Il se constitue séparément, et entraîne plusieurs genres nombreux, chez lesquels on trouve la dentition dite insectivore, portée à son point de développement le plus complet, les Sarigues, les Dasyures, les Péramèles, et même les Phalangers et les Phas- cogales. Enfin, le groupe des Carnivores proprement dits. Ici, la sous- traction pourrait sembler moins évidente. Accoutumé que l'on est à une sorte de respect religieux pour les caractères tirés du système dentaire, on s'en est, dans ce cas plus que dans aucun autre peut-être, exagéré l'importance et l'homogénéité; mais, quiconque aura comparé les molaires des Cladohates, des Taupes, des Dasyures, des Sarigues, avec celles des Coatis, des Civettes , des Mangouses et de nombre d'autres, aura pu facile- ment se convaincre combien est nulle la limite qui sépare tous ces genres, et surtout s'il a tenu compte des appétits sangui- naires que l'on a reconnus dans les premiers, et des habitudes de plusieurs d'entre eux, habitudes d'une férocité sans exemple, ap- pétits qui ne peuvent s'assouvir complètement que dans un sang tout fumant, et souvent aux dépens de l'espèce elle-même. Restent les onze genres que nous avons nommés : leurs mo- laires ont, avec cellesde certains carnivores, toute l'analogie dont nous avons déjà parlé; seulement , elles sont hérissées de pointes triédrales ou t.oniques, plus minces, et en général un peu plus aiguës. Quant aux deux autres sortes de dents, elles présentent , IV. Zooi.. - Noi-embrr. i8 2 74 DOVÈRE. -r~ Sur le genre Euplère. dans leur nombre , l<;nrs formes et leur disposition relative, deux ■variétés bien caractérisées ; chez les uns , en effet , on trouve en avant de grandes incisives simulant des canines, et que suivent d'autres dents de grandeur et de position variables, et en géné- ral diminuant de hauteur, jusqu'à se confondre avec les fausses molaires; tandis que d'autres ont de grandes canines normales , séparées en avant par des incisives petites et bien rangées. Au premier type , qui rappelle de loin au moins celui des Rongeurs , apjîartiennent surtout les Desmans, puis les Musaraignes, les Macroscelides, les Chrysochlores, les Condylures, les Soaloj^es, les Phascogales, les Phalangers, et enfin les Hérissons; c'est ce- lui des deux qui paraît en même temps se rattacher le plus inti- mement aux Chéiroptères. T>e second, qui comprendrait de plus les trois premiers genres Marsupiaux que nous avons cités , s'il était possible de les déta- cher de la série à laquelle ils sont liés, ne se compose donc, dans l'état actuel, que des seuls genres Tenrec et Taupe, et c'est peut-être un fait digne d'observation , que cette séparation si nette de genres qui, à tant d'égards, sont si étroitement encla- vés dans les précédens, et peut-être y pourrait-on trouver une objection contre la prédominance généralement accordée au sys- tème dentaire dans les classifications. Quant aux deux genresCladobatesetGyrnnure, le premier nous paraît intermédiaire entre ces deux séries, aussi bien que le se- cond que nous ne connaissons que par des descriptions incom- plètes; mais, il en est autrement du genre Euplère ; il prend place à la tête de cette nouvelle série, la confirme, et la rattache par de nouveaux rapports aux Carnivores pr(;prement dits. L'animal sur lequel nous l'établissons est jeune, et cette par- ticularité, dont au reste nous aurons soin de tenir compte, nous eût inspiré moins de confiance dans les caractères qu'il présente, s'ils eussent été moins tranchés. Frappé tout- d'abord de la forme grêle, onduleuse et souple de son corps,bassur jambes, de la pro- portion des membres, naturellement fléchis et ramenés au-des- sous, et produisant une allure flexible et rampante, qui n'excUit pourtant en rien l'agilité ni l'énergie des mouvemens, nous le crûmes destiné à compléter le groupe des Carnassiers dits Vermi- i>OYr.RE. — 5/^/ le genre Euplère. 275 formes. Tout l'ensemble que nous venons de décrire, joint à ses tarses garnis de poil , le plaçait parmi ces Digitigrades ; mais par la forme allongée de son museau, il nous semblait destiné à éta- blir quelques liaisons de plus avec certains genres Plantigrades à mâchoires grêles et faibles, parmi lesquels nous ne citerons que les Mélogales. Ainsi se serait trouvé confirmée l'affinité qui existe entre ces deux séries, affinité d'ailleurs déjn démontrée par la réu- nion aux Digitigrades de plusieurs genres à plantes nues, tels que les Mouffettes et les Paradoxures. Et le «ystème dentaire seul devait nous prouver qu'il n'en est pas ainsi. En effet, les tarses sont longs, garnis en dessous d'un poil court mais bitn fourni, et la paume de la main seulement est nue et charnue; si donc l'animal s'appuie parfois sur la plante des pieds, ce n'en est pas moins certainement un Digitigrade d'habitude. Il a, à chaque membre, cinq doigts bien armés d'ongles assez longs, d'une finesse et d'ime acuité remarquables, et qui, sans être com- plètement rétractiles, ne posent pourtant point à terre dans la marche. Comme chez le Macroscelide et un grand nombre de ces petites espèces, le pouce, à chaque pied, est beaucoup plus court que les autres doigts, et surtout aux pieds de derrière, où à peine il touche le sol. La queue est longue et bien fournie, ainsi que le reste du corps. Mais , l'examen de la tête nous fit bientôt concevoir d'autres idées. Nous avons déjà parlé de l'extrême acuité du museau , elle est telle qu'on ne peut la comparer qu'aux Mélogales , aux Coatis parmi les Plantigrades, ou bien aux Musaraignes, aux Ttnrecs, aux Tupaias, aux Taupes même dans ime autre série. Or, l'inspection du système dentaire nous prouva que cette dernière opinion seule était fondée; car il présente avec celui de la Taupe une analogie qui, à quelques détiiils près, va jusqu'à l'i- dentité, telle qti'on la peut concevoir, d'une espèce à une autre du même genre , et il n'est pas sans intérêt de voir ce dernier ani- mal qui , pour son système dentaire, ainsi que nous l'avons déjà fait voir, potirrait send)ler si éloigné des troisgenres, Condylure, Chrysoclorc et Scalope , ses identiques, à tant d'autres égards, r««ini, et cornmc accolé par le même endroit à un genre qui 18. 'i^G fioyîvRi;. — Sur le genre Euplère. n'ofire avec lui sur tout le reste, nous osons le Jire, pas un seul [)oinl de contact. Description du sy s terne dentaire. A la mâchoire supérieure. — Chaque os incisif porte trois (lents tranchantes et aiguës. Clelle du milieu est conliguë, bord à bord avec son analogue de l'antre côté; mais elle est séparée de la seconde par un intervalle sensible , et celle-ci l'est de la troisième par un autre encore plus grand. La quatrième est, de même à quelque distance de la troisième. Sa plus grande hauteur , sa forme crochue , terminée en pointe régulièrement conique, sa position tangentielle à la suture des os incisif et maxillaire l'indiquent assez comme la canine su- périeure. Elle est suivie presque immédiatement d'une dent de moitié plus petite, mais présentant avec elle une ressemblance frap- pante. Cette double circonstance , jointe à l'absence de tout rap- port avec celles qui la suivent et dont elle est séparée par un large espace vide, jointe encore à la manière dont se superposent ces deux dents avec celle que nous serons conduit à désigner comme la canine d'en bas, nous l'eussent fait désigner comme une seconde canine, si ce n'eût été aller trop ouvertement contre l'usage reçu, juge à-peu-près unique en cette matière, car nulle dé- finition , que nous sachions , ne pouri ait nous faire sortir de cette difficulté. Cette dent sera donc pour nous une première fausse molaire; elle ne paraît a\oir du reste qu'une seule racine. La deuxième est séparée de la première ainsi que de la troi- sième par un large espace vide, et ne lui ressemble en rien. Elle est simple dans son épaisseur , mince et remarquablement tran- chante, avec une pointe très aiguë, précédée en avatit d'un tu- bercule peu marqué , et suivie en arrière d'un autre très sail- lant. Elle est portée sur deux racines. La troisième ressemble en tout à la seconde; seulement elle est du double plus grande, et ses racines sont au nombre de trois. La suivante est une molaire vraie. Sa forme est celle ^84 DE Q( ATREFAGEs. — Anodonles- même de ceux que les faits immédiats peuvent seuls convaincre. Il était donc important, comme le vœu en avait été émis dans le rapport cité, que des observateurs bien au courant de la ques- tion, doués d'une grande et patiente sagacité, f t placés conve- nablement, voulussent bien suivre et constater la séiie de dé- velopperaens par lesquels passent les œufs des anodontes et des unios, avant de ressembler complètem(Mii à leur mère. M. le professeur Carus nous paraît être le premier qui ait entrepris d'éciaircir complètement ce sujet. En effet, en iSSa, il a publié en allemand, dans les Nouveaux mémoires des cu- rieux delà nature, un beau travail, accompagné de planches soigneusement dessinées et gravées, sous le titre de Nouvelles Recherches sur l'Histoire du développement des moules d'étang. Il y traite successivement : 1° De la marche des œufs dans l'intérieur des oviductes; 1^ Du passage de ces œufs de loviducte dans la lame bran- chiale externe, et de leurs développemens ultérieurs dans ce dernier organe ; 3° De la disposition manifeste du jaune non encore fermé à sa circonférence, et de la forme du jeune animal ; 4° Du jeune animal lui-même, avec les valves de sa coquille ouvertes dans l'intérieur de l'œuf; 5° De la manière dont les fœtules libres dans l'enveloppe coquillaire de l'œuf, se lient ou s'attachent par des filamens byssoïdes ; 6» Enfin , M. Carus recherche si les mouvemens propres i\it feudiet branchial ne seraient pas ime condition concomitante de l'admission et de l'expulsion des œufs. Voici les conclusions auxquelles M. Carus est arrivé : 1" Les œufs des Unios et des Anodontes ne se produ.sent avec leur blanc et le chorion entourant le jaune, que dans l'o- vaire de la mère. 2° Quand ils sont parvenus à leur maturité, ils sont rejetés par les oviductes, placés de chaque côté de la masse abdomi- nale, et Us vont se placer dans la duplicature delà lame externe des branchies. nE QUATREFAGhS. — Anoclontes. :285 '\^ Les premiers jours de leur séjour dans cet organe, ils -offrent les mêmes conditions et nommément la même forme que dans l'ovaire. 4° Le jaune prend alors peu-à-peu sa forme et sa consis- tance : on aperçoit ensuite les indices des deux valves de la co- quille , ainsi que les commencemens de la respiration, dans le tourbillonnement oblique des parties fluides de l'œuf en rota- tion, absolument comme chez l'embryon des univalves. 5° Pendant cette rotation , l'embryon se forme de plus en plus dans sa coquille, et rompt le chorion dans l'espace d'un mois, pendant lequel il a commencé à se filer un byssus, au moyen de quoi il change peu-à-peu sa forme de triangle équi- latéral arrondi, parce que le sommet de celui-ci, par l'accrois- sement du côté qui correspond à la bouche, s'est à-peu-près di- rigé vêts la région postérieure. 6" C'est donc le fœtus vivant libre à l'intérieur de la lame branchiale, et tout différent dans sa forme de l'animal adulte, que MM. Ratke et Jacobson ont regardé à tort comme formant un genre d'animaux parasites, et que celui-ci a décrit et figuré sous le nom de Glochidinie ; d'où il résulte que ce genre doit être considéré comme fantastique, et son nom être définitive- ment r;iyé des systèmes de zoologie. M. Armand de Quatrefages, jeune médecin de Toulouse, au- quel la science doit déjà des observations fort intéressantes sur le développement des œufs des Lymnées et des Planorbes, ne coimaissant très probablement pas le travail de M. Carus, se trouva tout naturellement conduit à examiner la question sou- levée par M. Jacobson, et c'est de son mémoire sur la vie intra- hranchiale des Anodontes que nous avons été chargés, MM. Geof- froy -Saint-Hilaire, Duméril et moi, de vous faire un rapport. Dans ce travail, tout entier d'observation, M. de Quatre- fages suit et rapporte minutieusement les changemens qu'il a observés jour par jour sur les œufs d'une espèce d'Anodoii te (ju'il lie nomme pas, peut-être à tort; et mieux encore il les fait con- naître [)ar des dessins qui nous ont paru devoir inspirer toute confiance. Apres avoir expliqué comment par un simple courani , a86 nE qiatrefages. — Anodonles. les œufs, rejetés par l'orifice excréteur ou anal du manteau sont ensuite repris par l'orifice respiratoire, et finissent par se loger dans les locules de la duplicature de la branchie externe, M. de Quatrefae;es expose les changemens journaliers que ces œufs éprouvent depuis le moment où ils sont entrés jusqu'à celui où ils sont rejetés. En voici l'analyse : Examinés aussitôt après leur arrivée dans les branchies, les œufs sphériques, d'un quart de millimètre de diamètre, présen- tent dans leur intérieur une espèce de petit gâteau circulaire formé de globules transparens renfermant des globules plus pe- tits, et que M. de Quatrefages, par analogie avec ce qu'il a ob- servé chez les Limnées et les Planorbes, regaide comme les ru- dimens du système nerveux et non comme un vitellus. Les deuxième et troisième jours, le nombre des globides augmenté par le développement successif des globulins qui vont se porter la circonférence. Le quatrièine jour, les globules ne sont plus distincts, et le nucleus n'est composé que de glo- bulins dissémiîjés dans une masse pulpeuse. Une simple ligne plus obscure indique le bord cardinal de la coqiiille. Le cinquième jour, le nucleus a considérablement augmenté, il a pris une forme triangulaire, et le bord car !inal de la co- quille s'est de plus en plus prononcé. Les joins suivans , la coquille d'abord membj'aneuse , de forme triangulaire équilatérale; un côté à la ligne cardinale et le sommet au milieu du bord ventral, présente d'abord une sorte de bord rentré, qui, commençant au bord cardinal, s'ac- croît peu-à-peu, jusqu'à ce qu'il ait atteint le bord inférieur ou ventral , où il arrive à sa plus grande largeur. C'est de ce point et sur chaque valve, que naît peu-à-peu l'espèce de crochet mé- dio-ventral, denticulé sur ses bords, pourvu par la suite de mus- cles particuliers dérivés du muscle adducteur, et signalés pour la première fois par MM. Ratke et Jacobson. Bientôt après, on voit paraître dans la matière muqueuse où les œufs sont plongés, des vaisseaux , les uns droits les autres ondulés , ou en spirale serrée formant un lacis inextri- cable, dont M. de Quatrefages n'a pu suivre d'abord la marche à l'intéiieur, mais dont les extrémités libres, après s être divi- l;F. Ql'AMlEFAGKS. — Aiwdontcs. 287 sées en deux ou trois branches aussi grosses que le tronc, s'ap- pliquent par un petit renflement pyriforme, sur les cloisons qui constituent les locules branchiales de la mère. Pendant les cinq ou six jours suivant , la coquille se solidi- fie peu-à-peu , j-ar le dépôt de matière calcaire, en elle-même et dans ses crochets; les muscles de ceux-ci se prononcent de plus en plus à mesure qu'ils exécutent plus de mouvemens, ce qui a également lieu pour le muscle adducteur dont les fibres sont des-lors parfaitement distinctes. C'est à ce moment et au milieu de la masse qui constitue le ventre ou le corps du jeune animal, masse qui n'était d'abord composée que de globules dans lesquels semblent naître les vais- seaux dont il vient d'être parlé, que l'on commence à aperce- voir une cavité placée à la partie inférieure du muscle, et que M. de Quatrefages regarde comme les rudimens du tube intes- tinal. Du 20« au a5^jour, on voit commencer la formation d'une nouvelle cavité oblongue, qui plus tard constituera l'aorte, en même temps qu'à la terminaison des vaisseaux ombilicaux, se développe un petit renflement auquel ils paraissent aboutir. Mais à dater de cette époque, qui a lieu dans la saison liyber- nale, le développement du foetus de l'Anodonte marche plus lentement. Aussi du 45e au 5oe jour, la coquille change-t-elle peu déforme; le côté postérieur s'allonge cependant un peu pen- dant que l'intérieur est stationnaire. A l'intérieur, outre l'aorte et l'intestin, on remarque une rangée de globules im peu plus opaques que le reste du corps, et indiquant le commencement du développement du foie. Li masse générale augmente de telle sorte qu'elle semble à l'étroit dans la coquille. T^es petits mamelons auxquels aboutissent les cordons ombiliaux prennent de I accroissenient et paraissent formés de cinq à six lobes. Bientôt le foie augmente, à son in- térieur surtout, pai- l'écartement des globules, et il s'y produit une cavité régulière ovalaire; c'est l'estomac, placé derrière l'aorte, qui, vers le 5G*= jour, se contourne en avant et se dilate à sa partie antérieure, pour foruier le cœur sous forme d'am- poule allongée et recourbée en dessous, de tnanière à en être a88 DE QUATREFAGFS. — Anoclontes. embrassé. Pendant ce temps, cet estomac s'allonge; arrivé jus- qu'au foie, il se coude un peu en zigzag inférieurement en re- montant, après avoir contourné le muscle adducteur jusque vers le milieu du bord cardinal. Au 1 20'' jour les vaisseaux de la masse viscérale sont nettement organisés; l'intestin est en continuation avec l'estomac, et le cœur se contourne derrière. On commence à distinguer, le long du boid cardinal , un vaisseau longitudinal qui est sans doute le gros intestin, ou rectum. C'est à ce degré de développement des fœtules que la mère s'en débarrasse brusquement, et de tous à-la fois. Com- ment? cest ce que ne nous dit pas M. de Quatrefages. Une fois sortis, ces fœtus n'offrent de diftérences un peu marquées avec ce qu'ils étaient dans la lame branchiale, qu'en ce que l'estomac communique avec le liquide ambiant par une ouverture ovalaire garnie de cirrhes sur ses bords, qui ne peut être que la bouche, et dans laquelle, en effet, M. de Quatrefa- ges a vu pénétrer des animalcules. Le muscle adducteur pré- sente un indice de sa division en deux parties. Le foie est en- core incolore; l'estomac est irrégulièrement quadrilatère, et le cœur, chose assez singulière! n'offre encore aucun mouvement, pas plus au reste que les artères aorte et mésentérique, alors sans aucune ramification. Le système nerveux , à cette époque, a échappé aux inves- tigations de M. de Quatrefages, soit qu'il n'existe pas, ce qui est peu probable, puisqu'il y a action musculaire, soit parce qu il est encore entièrement transparent. Là se bornent les observations de M. de Quatrefages ; n'ayant pu réussir à faire vivre les jeunes Anodontes au delà de l'épo- que ou elles venaient de sortir de la mère, il lui a été impossi- ble de suivre le développement des branchies, du pied, et sur- tout la disparition des crochets marginaux. Espérons qu'il sera plus heureux, sans quoi il pourrait encore se trouver des zoo- logistes qui conserveraient quelque doute sur la manière de voir de MM. Ratke et Jacobson. Toutefois , il résulte du travail que M. de Quatrefages a soumis au jugement de l'Académie, que le développement des DE QDATREFAGES. AllOclonteS. 28g malacozaires acéphaliens a les pins grands rapports avec ce qui a lieu chez les espèces qui sont pourvues d'une tête plus ou moins évidente; en effet, chez les uns comme chez les autres, c'est la peau et la coquille entrant dans sa composition qui pré- sentent les premiers indices de développement dans l'œuf, puis le muscle adducteur, le placenta ou système vasculaire absorbant, puis la partie médiane de l'intestin, ensuite l'estomac, le foie, la partie centrale de l'appareil circulatoire, et enfin le gros intestin. M. Quatrefages ajoute à ces résultats positifs les réflexions suivantes, qu'il en a soignensemcnt séparées : Le développement embryonnaire des Anodontes ressemble en tout dans les premiers temps à cekr des Limnées et des Pla- norbes ; un germe primitif composé de globules se développe du centre à la circonférence par l'accroissement de globules plus petits renfermés dans les premiers. La forme précède la structure. Certains canaux, comme les veines, et peut-être même l'es- tomac et le canal intestinal, se forment par des lacunes ouécar- temens de globules composant la masse du corps; mais il n'eu est pas de même du cœur et de l'aorte. Le canal intestinal se constitue de plusieurs parties d'abord isolées. Dans lin appareil composé d'une partie principale et de parties dépendantes, comme dans les appareils circulatoires et digestifs, ce n'est pas celle-là qui se développe la première, c'est- à-dire le cœur ou l'estomac , mais bien celle-ci , c'est-à-dire l'aorte et l'intestin. Enfin, il lui a semblé qu'à cette époque de la vie, l'animal a deux cœurs, deux estomacs et deux bouches, mais dont le dé- veloppement n'est pas exactement symétricpie; le dévelopjie- ment des moitiés du côté gauche étant plus avancé que celui dos moitiés du côté droit. N'ayant pu vérifier les observations de M. de Quatrefages, H cause de la saison trop peu avancée encore pour se procurer des Anodontes convenables pour cet objet, il nous est impcvssi' \tt d'assurer qu'elles sont rigoureusement exactes, qut)ique nous ayons de furies présomptions poiu- le croire. Encore moins pour- IV. Zoni.. — Novembre. ago EHRENBERG. — Sur les AcalèpJies et les Echinodermes, rions-nous dire qu'elles sont entièrement nouvelles, puisque nous avons montré plus haut que M. Carus avait traité ex-pro- fessa d'une partie du même sujet. Toutefois, nous ne craignons pas de dire qu'elles sont d'un haut intérêt en elles-mêmes, et à cause de la manière à-la-fois sim- ple et lucide avec laquelle elles nous ont paru exposées. Nous concluons donc à ce que l'Académie adresse à M. de Quatrefa- ges des remercîmens pour sa communication, en l'invitant for- mellement à prendre connaissance du travail de ]\I. Carus, avant de continuer ses recherches, et à se bien persuader que dans beaucoup de cas des sciences naturelles, la confirmation de faits aussi difficiles d'observation que celui dont s'est occupé INI. de Quatrefages, apporte souvent autant de gloire que leur décou- verte, et certainement n'est pas moins utile aux progrès de la science. L'académie adopte les conclusions de ce rapport. Hemarqties sur V organisation des Acalephesetdes Echinodermes^ Par M. Ehrenberg. (i) Bien que dans la plupart des ouvrages généraux d'histoire na- turelle, et notamment dans le règne animal de Cuvier, on parle toujours de la grande simplicité d'organisation des Mé- duses, on a fait depuis assez long-temps des découvertes qui démontrent chez ces animaux une structure plus compliquée. Nous citerons en première ligne, à l'appui de cette assertion, l'excellent travail de Gaëde et les observations plus récentes de MM. Eyserhardt, Rosenthal, Baer et Escholtz. Je ne reviendrai pas ici sur les faits qu'ils ont constatés, les supposant connus du lecteur, et je passerai de suite à l'exposition du résultat de mes propres recherches. Elles se rapportent à l'existence d'ouver-r (i) Archives de physiologie de Mulkrj traduit de l'alleinand par M. ^aÇ'iem'ii. i EHRENBERG. — Sur Ics ^caUplics et les Echinodermes. 29 r tures anales, de branchies, d'yeux, de nerfs, de muscles et de cristaux trouvés dans le bulbe de l'oeil. J'ai cherché dans ce tra- vail à jeter quelques lumières sur l'ensemble de l'organisatioa de ces animaux, et à voir si on ne peut pas la rapprocher de ce qui existe chez les animaux supérieurs. J'espère qu'on ne jugera pas trop vite ces recherches pénibles, et qu'on ne me fera pas un reproche de ce qu'elles laissent encore à désirer. Les des- sins nombreux que j'ai faits sur la nature, et que je me propose de- publier plus tard, viendront à l'appui de ce que j'avance ici, § I. Sdr la. structure de la. Médusa aurita. (i) Le disque cartilagineux et planconvexe de la Médusa aurita se compose d'une matière gélatineuse très organisée, enveloppée de trois membranes parcourues par un grand nombre de vais- seaux présentant des corps glanduleux et des suçoirs concaves; elle n'est donc nullement siniple.La première enveloppe membra- neuse présente dans sa partie convexe (le dos) un tissu fort serré composé de mailles hexagonales, et renferme dans ses cellules line substance blanche, trouble, avec des grains très petits. Les filets qui par leur entrelacement forment ce tissu, ne sont pas les parois des cellules, mais des vaisseaux fort déliés dont le dia- mètre est de i/iooo à 1/2000 de ligne. Les mailles ont quel- quefois i^ioo à 1/96 jusqu'à i;4S de ligne de largeur; quelque- fois, elles sont beaucoup plus petites. La membrane laplus externe est inégale à cause des petits suçoirs ou amas de grains placés sur de petites élévations. Les plus grands de ces suçoirs pré- sentent un diamètre de 1/200 de ligne; ils sont réunis au nom- bre de 5 à 10 dans un groupe, entourés souvent de 10 à 20 plus petits, placés irrégulièrement. Le diamètre d'un de ces petits amas est de 1/20 à r/24 de ligne; et on peut toujours les voir à l'œil nu. Le côté concave ou plane (ventral) du disque cartilagineux, présente une tunique double, dont une lame est externe et l'autre (1) Zoologia danka, ToL. ijuvi, ixxvji* 19.- 2Q2 EHRENBi:uc. — Sur Ics ^calèphcs et les Echinodermes. interne ; elle porte la bouche et les grands bras. La membrane ex- terne renferme un tissu formé par des vaisseaux déliés sem- blables à celui qu'offre la face convexe ou dorsale; elle consti- tue l'épiderme, à moins qu'on no considère comme représen- tant celle-ci la couche muqueuse mince qui la recouvre. Les suçoirs que présente cette partie de la membrane externe, ne sont pas placés par amas comme sur le dos; ils sont évasés et d'un volume plus petit que les précédens. Au-dessous de cette membrane , s'en voit une seconde, parallèle à la première, qui renferme également un tissu des mailles hexagonales, mais qui ne possède point de suçoirs; on y remarque seulement des grains isolés, clairs comme de l'eau et peu distincts de ceux que forme la masse gélatineuse. L'intervalle entre la membrane médiane et celle du dos est plus grand que l'intervalle entre la première et lamembraneabdominale.Ces deux intervalles sont rempHs d'une masse gélatineuse claire comme de l'eau, qui renferme un grand nombre de grains isolés, semblables à des glandes. Ces grains sont arrondis, d'une grandeur inégale, mais un peu moindres que les suçoirs de la surface supérieure; souvent cependant, la différence degrandeur est plus que de la moitié. Tous ces grains sont réunis par des fibres ou vaisseaux fort déliés, et non par des membranes. Le reste de la masse gélatineuse est trop trans- parent pour qu'on puisse en reconnaître l'organisation ; mais ce reste n'est pas très considérable, et est parcouru par les gros canaux de l'appareil de la nutrition. On voit donc que le disque gélatineux des Méduses est une partie essentielle de leur orga- nisation ; mais le bord de ce disque présente encore une struc- ture plus compliquée. Sur le système des organes de la nutrition. L'ouverture buccale se trouve, comme on le sait, entre les quatre bras (là où il y en a quatre) sur la face ventrale de l'ani- mal; elle est d'une forme carrée avec les angles dirigés dans la direction de l'insertion des bras. Cette bouche est composée d'un tube quadrangulaire et court, et les bras sont le prolonge- ment de ses angles; ils présentent chez la Médusa aurita une lon- gueur égale à celle du rayon du disque. Chaque bras se compose EHREJVBERG. — SuT Us ^calèphes et les Echinodemies. 298 d'un cartilage central et épais, auquel se trouvent attachées deux lamelles membraneuses froncées clans toute leur longueur. Ces lamelles, ordinairement appliquées l'une contre l'autre, parais- sent simples, et rendent le bord onduleux; leurs parties latérales ont la faculté de s'élargir et de former des poches dont nous di- rons un mot à l'occasion des organes génitaux. La bouche se transforme supérieurement en quatre tuyaux courts correspondant à ces quatre angles, et retenus, dans une position divergente, par un prolongement cartilagineux et carré (et non pas avec 8 côtés) formé par le disque cartilagineux. Ce prolongement cylindrique et pyramidal présente 8 faces, dans le cas seulement qu'on compte les impressions que les quatre tuyaux font les uns sur les autres. Il est évident que ces quatre tuyaux sont autant d'œsophages; car ils conduisent de la bouche dans quatre estomacs amples et arrondis, d'une forme semi-glo- buleuse. Au dessus d'eux, se trouvent les quatre cavités ovifères dans lesquelles on aperçoit facilement les ovaires, souvent d'une couleur violette et d'une forme semi-circulaire. Les quatre esto- macs ne sont pas en communication avec les ovaires; ils ne sont pas nettement séparés les uns des autres : leur communication se fait par les quatre œsophages, dont chacun aboutit dans deux estomacs. On pourrait par conséquent trouver 8 estomacs à ces Méduses , si on considérait comme tels l'évasement que pré- sente chaque œsophage avant que de s'ouvrir dans les estomacs. Dans ce cas, il y aurait quatre premiers estomacs petits, et qua- I tre estomacs proprement dits plus grands. Ou bien, enfin, on I pourrait considérer l'ensemble comme un seul estomac qui au- rait quatre ou huit parties ou loges. Tous ces estomacs sont ta- pissés d'une membrane particulière, qui présente des petits grains {druses), mais point de vaisseaux, et qui s'insère sur le car- tilage gélatineux. La partie des grands estomacs qui regarde les ovaires, présente seule une paroi membraneuse libre, composée de deux membranes appliquées intimement l'une contre l'autre, et dont l'une appartient à l'ovaire et l'autre à l'estomac Un grand nombre do gros canaux communiquent avec ces estomacs, en se dirigeant dans le sens du bord du disque. Ils appartiennent également au système des organes de la digestion. 29-1. EnREîfBERG. — Sur les uT^calèphes et les Echinodermes. Un vaisseau naît immédiatement dans la partie évasée de cha- que œsophage; il est ordinairement ramifié dichotomique- ment et se dirige vers le Lord du disque. Dans chacun des quatre grands estomacs naissent trois gros canaux qui se diri- gent également vers le bord du disque. Les deux canaux placés latéralement sont simples; celui du milieu seul est ramifié etdi- chotomisé. Ces seize gras troncs vasculaires et leurs ramifica- tions nombreuses, quelquefois anastomosées, se rendent tous dans le grand canal circulaire déjà connu, qui est placé sur le bord du disque. On a presque généralement admis, de nos jours, que la bouche des Méduses servait en même temps d'anus, et on regardait les huit corps bruns placés sur le bord du disque comme étant ana- logues au foie. O. F. Muller a cru que c'étaient les points excré- teurs de l'intestin. Pour éclairer cette question, je me suis servie comme dans beaucoup d'autres cas, (\n moyen si simple de l'eau colorée par des substances nutritives, et j'ai obtenu ainsi un ré- sultat tout autre. Lorsqu'on colore avec de l'indigo l'eau de mer dans laquelle on a mis des Méduses vivantes, on voit très facile- ment , au bout de vingt-quatre heures, tous les canaux qui ap- partiennent au système delà nutrition, tels que nous venons de les décrire. La bouche, les œsophages, les estomacs, les canaux abdominaux et les vaisseaux au bord du disque, se remplissent successivement d'un liquide de couleur bleue, tandis que les autres parties restent incolores, et que l'animal continue ses mou- vemens. Lorsqu'on coupe une portion du bord et qu'on l'exa- mine sous le microscope, on voit distinctement que les corps bruns sont restés invariables, tandis que les deux petits canaux: placés à leur base se sont coloriés en bleu. En faisant cette expé- rience, je remarquai sur le bord du disque les points ex- créteurs que j'avais déjà anciennement observés. Ces points sont placés au milieu de l'espace qui sépare chaque paire de corps bruns sur le bord du disque. Le vaisseau circulaire forme en ce pomt un petit sac, dans lequel j'avais déjà trouvé an- térieurement des f ragmens de corps organisés , et qui main- tenant, par suite de la présence de la matière colorante, se montrait avec une très grande évidence. Chacun de ces points EHRENBERG. — SuP Ics AcolèpliGs et îes Echinodermes. 29$ est l'extrémité de deux canaux simples, qui naissent isolément de chaque estomac. On voit très facilement les matières sortir de ces points pour peu qu'on tourmente les Méduses. J'ai sou- Tent vuiles enveloppes de Rotifères, des Mollusques microsco- piques et des Bacillaires renfermés dans ces petits sacs, compa- rables aux cloaques d'autres animaux. Comme les Méduses re- jettent ces matières, aussitôt qu'on les tourmente, on fait très bien de les observer dans des vases étroits, pendant qu'elles nagent, ou bien dans des assiettes ou des verres de montre, sans les tou- cher beaucoup. Je peux par conséquent affirmer comme fait que le Médusa aur'ita possède huit ouvertures excréteurs placées sur le bord du disque, et que par conséquent l'animal n'est pas privé d'anus. Il est probable queO.F.Muller a bien vuces parties, maisqu'il a confondu les points de leur situation avec les corps bruns, car ces points présentent également cette couleur lorsque les ani- maux ont beaucoup mangé, et le nombre de points bruns sur le bord est alors de seize, dont huit sont des anus. Les canaux qui se voient sur la face ventrale des Méduses, sont par conséquent les ramifications de l'intestin. Ils sont situés au- dessous de la membrane interne; cette dernière se recourbe au- dessous de chaque canal et se dirige vers la membrane ventrale pour se réunir intimement avec elle. Ces canaux sont placés par conséquent dans un sillon de la membrane moyenne ou interne sur la face de cette dernière qui regarde le dos. Tous présentent une membrane vasculaire très distincte et ils sont un peu plus épais sur leur côté ventral. On voit facilement le mouvement des matières nutritives dans l'intérieur de ces ca- naux. Ce mouvement ressemble quelquefois à une circulation sanguine; c'est ainsi qu'on l'a pris pour telle chez plusieurs Mé- duses , Beroès, Alcyonellcs et Scrtulaires. Ce mouvement n'est cependant autre chose que la conséquence du mouvement péristaltique qu'exécute la membrane interne de l'intestin. Il y a de petits prolongemens intestinaux qui partent du canal dans le bord et se rendent dans la substance des fibres du bord; du reste ces prolongemens ne sont pas creux jusqu'à l'ex- trémité, mais bien solides. ^q6 ehreneerg. — 5;//' ies \AcaUphes et les Echinodermes. Sur le système musculaire. Jusqu'ici on n'a pas encore pu se bien expliquer le mouvement de la Médusa awila , puisqu'on croyait qu'elle n'avait pas d'ap- pareils de mouvement, tandis que dans la réalité ces instrumens ne Sont pas difficile à découvrir. Les canaux formés par les ra-- raifîcations de l'intestin sur la face ventrale sont tous bordés par deux lignes déliées ordinairement d'un rouge pâle; et vus sous le microscope, on y a remarquédistinctement des stries lon- gitudinales déliées. Lorsqu'on fait des coupes transversales, on reconnaît que les canaux présentent sur le côté inférieur deux points épais qui correspondent aux lignes latérales rouges. On voit par conséquent que ces stries sont des muscles qui se diri- gent sur les deux côtés des ramifications intestinales en les ac- compagnant partout. Il existe encore d'autres muscles. Chaque fibre du bord du disque est im tentacule, garni de suçoirs très contractiles et très irritables. Chacun de ces tentacules présente à sa base deux organes en forme de massue qui ont également une teinte rou- geâtre et qui ressemblent tout-à-fait aux muscles du pied des Rotifères. Ces mi'.scles, en forme de massue, paraissent se con- tinuer dans toute la longueur de ces appendices. Les tentacules de la cavité des œufs présentent-ils un appareil semblable? Il est bien probable qu'il existe dans les tentacules des bras, mais il y est si faible que je n'ai pu le découvrir. Peut-être cependant y inanque-t-il entièrement; car le mouvement de ces filamens est beaucoup plus faible c[ue dans les parties dont nous venons de parler. Sur le système de la génération. L'appareil des parties génitales femelles est très distinct che z le Mediisa aujita. On remarque cjuatre ovaires placés au tour de l'ouverture buccale, sur la face ventrale, immédiate- ment au-dessous des cpiatre grands estomacs. Leur forme est ordinairement demi-circulaire. Leur couleur est violette ou jaune très foncé; ils sont situés dans autant de cavités distinctes et leur — Sur les udcaUphes et les Echlnodermes. 297 position est telle qu'elles correspondent aux intervalles des quatre gros bras, et qu'elles alternent avec la base de ces derniers. Au milieu de chaque cavité se trouve une ouverture ronde ou ovale garnie intérieurement de tentacules pourvus de ventouses à leur extrémité. C'est par ces ouvertures que les cavités communi- quent librement avec l'eau extérieure. Chacun des ovaires demi circulaires se compose d'un tuyau simple et replié; il est d'un beau violet lorsqu'il est rempli de jeunes œufs; lorsqu'il est en partie vide ou qu'il renferme moins d'œufs , etque ceux-ci sont plus développés, sa couleur est d'un jaune-brun. Les œufs ne restentpas dans l'ovaire ni dans l'oviducte jusqu'à leur entier développement; ils ne séjournent pas non plus dans la cavité ovifère, mais s'échappent par l'ouverture de cette dernière dans l'eau ; ils sont repris alors par les tentacules et les deux lames des grands bras, et reçus dans de petits sacs qui se forment sur ces lames et qui sont dirigés de l'intérieur vers l'ex- térieur. C'est dans ces sacs que les œufs se métamorphosent et se développent. Les sacs ovifères existent dans une période et manquent dans une autre; ils disparaissent avec les œufs qu'ils renfermaient. Les œufs sont arrondis et présentent une enveloppe membra- neuse, mince et lisse, tant qu'ils sont dans l'ovaire; il paraît qu'ils sont remplis alors d'une masse violette, trouble, à £;rains fins. Les œufs renfermés dans les sacs des bras n'ont plus de coque et présentent trois formes singulières très distinctes. Les unes ressemblent à des baies de ronce, et leur couleur est d'un violet pâle; les autres ont la forme d'un petit disque épais, d'un violet pâle, et ils ressemblent à une petite Méduse, qui serait sans bras et et sans conduits nutritifs. Enfin, il en existe, et ceux-ci sont en plus grand nombre, qui présentent une forme cylindrique, tron- quée aux deux extrémités, et d'une couleur jaune-brun. Ces deux dernières espèces sont couvertes de cils très serrés et na- gent librement. Les plus grands parmi eux atteignent un dia- mètre de 1/8 de ligne. Les œufs conservent leurs coques jusqu'à la grandeur de i/a/j de ligne. Quoiqu'il soit très probable qu'il existe aussi chez les Méduses -'BERG. — SuT Ics ^caUphcs et les Kcliino dermes, disparaît plus tard, et se trouve remplacée par des cils. Les bras et les autres organes externes des 3Iéduses se forment plus tard. Les œufs rejetés par l'ovaire se développent dans les bras, mais ils n'y parviennent point à la forme des êtres adultes. Les petits ressemblent déjà lout-à-fait à la mère avant de parvenir à une grandeur de six lignes. § 2. Sur la structure de l'Asterias violace.a.. Lorsque je me suis occupé à Wismar, sur le bord de la mer Baltique, de l'organisation des Acalèplies, j'ai trouvé en même temps l'occasion d'observer, vivans, de petits individus de XAs' teria violacea. Je veux donner ici le résultat de ces observa- tions. Depuis les recherches classiques de M. Tiedemann sur les As- ries, on a admis généralement avec lui que ces animaux et les Oursins, comme les Holothuries, respirent dans la cavité interne de leur corps, et qu'ils absorbent à ce but de l'eau par des ou- vertures particulières. Déjà M. Cavus a remarqué, il y a plusieurs années (1829) qu'il paraît exister chez l'Astérie de petites circu- lations de sang, distinctes les unes des autres et placées au des- sous des ambulacres. J'ai vu l'année passée, chez VEchinus saxatilis de la côte de Norwège, que toutes les épines sont couvertes d'une mem- brane garnie de cils en mouvemens (i), et je me suis convaincu que chez XAsteria violacea tous les filamens qui garnissent le dos présentent une circulation interne; on y voit des globules tout semblables aux "lobules snn<:uins d'autres animaux. On re- marque cette circulation déjà avec la loupe. Vu sous le micro- (r) Comme les mouvemens viliraloires ont été dernièrement l'ohjet d'un travail particulier, )e prierai mes lecteurs de ne pas oublier que j'ai pris, il ) a déjà quelque temps, ces mûmei mouvemens comme caractère de tout une classe d'animaux, des Turbellaires, et que je l'ai vtt dans l'intestin des Rotifères et des Naïades, abstraction faite des autres infiisoires. Il est certain qu'on ne pourra tirer un résultat qu'après avoir examiné ce phéiinir.éue flans fout le r'cy e ani- mal. Ce même mouvement vibratoire est un caractère de tous les BrjozoaireSj par rapport aui Ajiloioaires. à EHREîfiîERG. — Sur les ^calèphes et les Echînodermes. 3o5 scope composé, on s'aperçoit que toute la surface de ces fila- mens ou tubes est garnie de cils en mouvement, exactement comme on les voit ordinairement sur les branchies. M.Tiedemann a déjà démontré l'existence d'un système vascu- laire pour ces branchies, et il est probable que ce qu'a vu M. Ca- rus existe aussi ici. Ayant découvert chez les Méduses des points rouges formant les yeux, je me suis mis à rechercher si les animaux qui nous occu- pent actuellement ne présentaient pas des organes analogues. En effet,j'ai trouvé plus que je ne présumais. J'ai rencontré bientôt ua point d'un beau rouge, nettement limité, et situé sur la face infé- rieure du corps, vers l'extrémité de tous les cinq bras des Asté- ries vivantes. I^a manière suivant laquelle ces animaux portent cette partie, en la recourbant, m'a fait présumer bientôt que ces points étaient de véritables yeux. Ils sont composés d'un beau pig- ment. En les recourbant, ces animaux voient en avant d'eux, suivant la direction du bord de leur corps ; c'est-à-dire, jus- tement dans le point le plus convenable pour guider leurs mouvemens. Comme il est assez facile de découvrir les iierfî trouvés par Tiedemann, j'ai réussi à les poursuivre avec le scalpel I jusque dans la pointe des rayons, où j'ai trouvé un petit renfle- I ment nerveux, placé tout près du point oculaire; ce dernier j -étant même placé dessus, comme cela a lieu souvent chez les J Rotifères. (') ' On distinguait très nettement les fibres de la substance ner- veuse de celle des tendons qui les entouraient. Cependant leur diamètre n'était pas assez grand pour reconnaître si c étaient des tuljes. Il m'a paru que près des yeux, en avant du nœud, vers la bouche, il y avait des fibres nerveuses articulées; tandis que je netiouvais pas ces articulations dans les nerfs situés près de la bouche. On pourrait donc croire que la partie la plus noble (le la substance nerveuse se trouvait chez ces animaux, vers la pointe des rayons. Je n'ai vu des points semblables que dans les rayons de \ Asleria mililaris , où M. Vahl les a déjà figurés dans (i) Tai vérifié cette obsenalion CLCore sur dos) individus rnin>orlc3 de mon voyage et con- »enéô dam l'cpril-dc-vin. W. 7. M . — Novembre: ao 3o6 DE FÉRUSSAC. — SuT Ics Bélemnîtes. Je Zoologia danica. Les grands individus conservés dans l'esprit- de-vin n'ont pas présenté des yeux colorés , ou bien le pig- jnent s'était décoloré. Il est probable que toutes les espèces ne possèdent pas des pareils yeux; on sait que dans toutes les divisions du règne animal il y a des espèces sans yeux et d'autres pourvues de ces organes. Enfin, je ferai remarquer que le sac calcaire, décrit par M. Tiedemann cliez les Astéries, ne renferme point de la chaux telle qu'il l'a entendu, mais bien un tissu serré de fibres cal- caires qui forment des mailles hexagones ou pentagones, dont 3es cavités ne renferment pas de chaux. L'organisation de cette partie rappelle celle du corps caverneux de la verge de l'homme. JI est probable que, par des nouvelles recherches sur sa struc- ture, on arrivera à quelques résultats intéressans. Xettre sur les Bélemnîtes, adressée à 31. le président de VAca- démis royale des Sciences (séance de 1 6 novembre i835), Par M. DE FÉRUSSAC. J'ai pensé que l'Académie apprendrait avec quelque intérêt une nouvelle scientifique qui semble donner enfin la solution d'une question controversée depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, dont se sont occupés les hommes les plus célèbres parmi les philosophes , les naturalistes et les géologues et qui dans l'ordre défaits auquel elle appartient, est certainement une des plus intéressantes dont la science se soit occupée. Je veux parler de l'origine et de la nature des Bélcmnites, ces corps problématiques .si nombreux dans les couches fossilifères , qui ont donné lieu à tant de contes populaires, que l'on a rapportés, tour-à-tour, aux trois règnes et que, dans ces derniers temps même, M. Baspail a revendiqués pour la classe des Radiaires, Je crois devoir, avant tout autre détail, rappeler d'abord la DE FÉRUSSAC. — Sur les Bèlemnites, Sot première annonce de celte nouvelle. Quelques membres de l'A- cadémie se rappelleront peut-être un article qui parut dans Y Echo du monde savant, du a 2 mai dernier , lequel excita vive- Duentla curiosité des amis de la science, mais qui était tout-à-fait inintelligible pour eux. Je m'empressai de remonter à la source où cet article avait été puisé, et que l'Echo avait eu le tort de ne pas indiquer, je découvris l'article original dans le Neues Jahrbuch ZUT Minéralogie und Geognosie de M. Léonhard , ae cahier de 3835, p. 168. Cet article est l'extrait d'une lettre de M. A^assiz ainsi conçu: « J'ai découvert que les fossiles appelés par les paléontolo* « gués, à tort ou à raison, Onychoteuthis piisca ,SLsec leur sac « d'encre, comme Zieten les a figurés sous le nom de Lolio-o ne ce sont que le prolongement antérieur d'une Bélemnite de l'es- « pèce appelée ovalis. Un échantillon de la collection de Miss « E. Philpot à J^yme Régis m'en a donné la preuve patente. Les « Bèlemnites ont donc pour prolongement alvéolaire Va plaque « appelée à tort ou à raison Onycholeudùs, et ont dans leur in- « térieur le sac d'encre d'une Sepia. Donc les Bèlemnites ne se « distinguent des Seiches que par un développement plus grand « de la pointe du boid supérieur de l'os des Seiches. » Malgré que la rédaction de cet article fût moins obscure que celle de l'article de rE,cho, la confusion résultant de la réunion de rOnychoteuthis avec la Bélemnite, sans explication préalable, l'impossibilité que la plaque cornée de. rOnychoteuthis fut nupro- longeincnt alvéolaire, laissaient un vague qui n'a pas permis aux naturalistes de s'arrêter à cet article, et de juger sainement la portée de cette découverte. Je me hâtai d'écrire à M. Agassiz à !Neufchatcl,pour réclamer de son obligeance les explications que nécessitaient l'article dont il s'agit; malheureusement il était en Angleterre, et ce n'est qu'hier, à son arrivée à Paris, qu'il a pu. satisfaire ma juste curiosité. Avant d'arriver au ftut observé par M. Agassiz, il est indispen- sable d'exposer les observations suivantes. M. Zieten et d'autres naturalistes allemands ont donné le nom de Loligo à des os de Seiches fossiles, au lieu de les appeler Sepia, ce qui a induit eu erreur les pcrsomics qii n'avaient |jas vu ces fossiles ou leur 3o8 DE FÉRUssAc. — Sur les Béïemniies. figure, et leur a fait croire qu'il s'agissait de cette lame cartilagi- neuse que l'on nomme Epée dans les Calmars, ou Loligo. M.Rup- pel a cependant décrit et figuré sous le nom de Loligo prisca, un fossile qui paraît être l'Epée d'un Loligo; mais, de son côté, M. le comte Munster a donné, à ce qu'il paraît, le nom d'0/z/« choteuthis prisca à un fossile non décrit ni figuré : est-ce le Lo' ligoprisca de M. Ruppel , est-ce une autre espèce, on n'en sait rien. L'imbroglio résultant de cette fausse détermination du genre de ces fossiles, et du même nom spécifique appliqué à deux espèces de deux genres distincts, a été encore une cause de con- fusion dans l'article cité. Le fossile observé par M. Agassiz n'est point l'Epée d'un Loligo ni d'un Onycboteuthe, mais un corps très ana,logue à l'os înterne de la Seiche; un véritable Sépios- taire qu'on aurait pu, par conséquent, désigner, pour être com- pris, so^Js le nom de Sepia. Ceci expliqué, voici ce que M. Agassiz a vu sur un très bel échantillon de la collection de Miss E. Philpot : un os ou Sépios- taire très analogue à celui de la Seiche, avec le sac à encre bien conservé; cet os se terminant, en arrière, sans solution de continuité, par un bel individu du Belemnites ovalis. Pour bien comprendre le rapport de ces deux corps, dont la contexture n'est sans doute pas semblable, il faut avoir sous les yeux le Sé- piostaire d'une des espèces de Seiches qui ont cet os terminé par une pointe conique, assez longue, et qui fait saillie sur l'animal vivant, entre les extrémités des nageoires latérales. Cette pointe est recouverte par la continuation de la peau du sac; elle est comme dans une gaîne. Que l'on se représente, au lieu de cette petite pointe, une Bélemnite placée de la même manière, et l'on aura une idée exacte des rapports de ce fossile, dans l'animal vivant, avec son Sépioslaire. Seulement celui-ci, dans sa partie posté- rieure, doit être autrement organisé, puisqu'il paraît former, vers cette partie, l'alvéole de la Bélemnite. Les minces parois de l'ouverture la Bélemnite, se raccordent sans doute avec lui en s'épanouissant. La figure et la description de cet intéressant échantillon peuvent seules nous éclairer sur les détails de cette organisation. C'est M. le docteur Buckland, à qui M. Agassiz a remis le dessin qu'il en a î?X\^ qui s'est chargé de nous la faire DE FÉRUSSAC. — Su7' les Eéîemnites. Sog connaître , et cette tache ne pouvait être adoptée par des mains plus habiles; son travail doit paraître sous peu, à ce qu'on assure. Ainsi donc, les Bélemnites sont certainement des corps inté- rieurs et, selon toutes les apparences, l'animal auquel ont ap- partenu ces fossiles était semblable à la Seiche, ou du moins très voisin. On peut croire en un mot, que c'était im Céphalopode de l'ordre des Acétahulifères, comme la Spirule, et formant en- tre elle et la Seiche un genre intermédiaire. Yoici à ce sujet, ce que nous disions, page 84 de notre Mono- grapJiie des Céphalo-podeS de cet ordre. « Les Bélemnites etc. a semblent ne devoir laisser aucun doute, que c'étaient réellement « des coquilles intérieures, dont l'animal était infiniment plus c long que le test qu'il renfermait. Rien alors n'empêche de con- « sidérer ce fossile comme ayant eu un animal analogue à celui « de la Spirule, un Acétabulifère enfin; cependant dans l'incer- « titude où l'on est à ce sujet, et pour ne point déroger, sans « des motifs formels, aux idées admises, nous continuerons à « classer les Bélemnites dans l'ordre des Siphoniphères. » Qu'on se figure la taille des animaux de ce genre, auquel il nous paraît qu'on doit conserver le nom si vulgaire de Bélem- nites, dont le Sépiostaire était terminé par une pointe ayant quel- quefois plus de deux pieds de long, puisque nous avons des Eéîemnites non entières, qui ont cette dimension! Si l'on se re- présente im vaste sac surmonté par une tête couronnée par dos appendices brachiaux qui soient dans la même proportion que chez nos Seiches actuelles, les longs bras devraient avoir six à huit pieds de longueur et peut-être plus ; et que dire de leur innombrable quantité dans nos mers à l'époqxic géologique où ils vécurent à en juger par ces couches, ces roches toutes pétries de Bélemnites! 3ip ^Académie des Sciences] Analyse des traçaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à VJcadémie des Sciences pendant le mois de novembre i835. Séance du 2 novembre i835. 1. Voyage de la Bonite. — Le ministre de la marine annonce que la corveltc la Bonite doit partir le i"'" décembre de Toulon pour se rendre successivement au Brésil, aux îles Sandwicli^ dans les mers de l'Inde et de la Chine. Quoique ce bâtiment ne soit pas destine à remplir une mission scieuliGque, si l'Académie jugeait utile de faire faire quelques recherches sur ces différens points, le com- mandant et l'état-major de la Bonite s'en occuperaient avec soin. M. Ara go ajoute qu'il s'est déjà mis en rapport avec quelques officiers de la Bonite^ auxquels il voulait recommander certaines observations à faire, mais il craint que le peu de temps qui s'écoulera avant leur départ, ne leur permette pas de s'y préparer comme il conviendrait. L'Académie cependant nomme une commission chargée de rédiger la note des desiderata : elle se compose de M. de Mirbel pour la botanique; M. de Blainville pour la zoologie ; M. Cordier pour la minéralogie j M. Arago pour la physique générale; et M. Freyciuet pour la navigation. 2. Développement de^ œufs chez les Anodontes et les Unios. — M. de Blainville fait en son nom, et en celui de MM. Duméril et Geoffroy Saint- Hilaire, un rapport sur un travail de M. dcQuatrefages. (Voir le rapport, p. 283.) Séance du 9 novembre. 3. Mémoire sur le vol et la natation des Oiseaux j par M. 'Emile Jacque- min. — (Commissaires : MM. Dulong, Magendie et de Blainville}. On attendra le rapport sur ce Mémoire pour en rendre compte. 4. Niillce sur un genre peu connu de Lézards vivipares (Zootoca Wagler), et sur une nouvelle espèce de ce genre ^ par M. Cocteau. — Dans une lettre qui accompagne ce Mémoire, l'auteur s'exprime ainsi : «Celte notice a moinspour but de signaler la découverte d'une espèce nouvelle de Lézard vivipare indigène, que d'appeler l'attention de l'Académie sur une question assez importante de physiologie que cette observation soulève, savoir , l'influence des circonstances extérieures sur la durée de la gestation et sur le mode de parturitiou d« certains reptiles. » .Académie des Sciences, 3 1 i\ Voici un extrait de cette notice, qui la fera connaître suffisamment : « L'on s'accordait généralement à dire que tous les Lézards proprement ditâ' étaient ovipares , lorsque J.-F. de Jacquin , fils du célèbre botaniste M.-J. de Jacquiu, publia, en 1787, Tobservation d'un Ltzard qui, selon toute apparence, donna des petits vivans. Jusqu'en 1 823, aucun erpétologue ne semble avoir fait attention à cette observation curieuse. Depuis même un très petit nombre d'auteurs en a fait mention. G. Cuvier n'en parla nulle part. Milnc Edwards, dans sa Monograplde des Lézards ^ ne la cite point. Pourtant l'observation de Jacquin est rapportée de la manière la plus propre à porter avec elle une en- tière confiance. Quant à son importance, elle ne paraît pas douteuse. En effet y il ne peut être indifférent pour le physiologiste de voir dans un cas l'enveloppe de l'ovule douée de la faculté de sécréter une substance calcaire plus ou moins abondante, destinée à protéger le petit imparfait que la mère aba'idonne à une incubation solaire plus ou moins prolongée, et dans un autre cas la membrane extérieure de l'œuf, privée de cette faculté de sécrétion , rester molle et dia- phane jusqu'à l'éclosion du petit, et l'embryon acquérant, dans l'intérieur même de l'oviducte, le degré de perfection qui le rend libre et indépendant, et des soins maternels et de l'incubation solaire à l'instant où il quitte sa mère. « Cette différence dépend-elle des circonstances extérieures, et n'est-clle dès- lors qu'accidentelle et variable, ou bien dépend-elle de l'organisation particu- lière des individus, et est-elle constante et invariable? « M. Cuvier a dit, en parlant de reptiles ovipares : « Il eu est même des es- « pèces que l'on peut rendre à volonté vivipares eu retardant leur ponte, p'ii* «exemple, les Couleuvres que l'on prive d'eau, ainsi que l'a expérimente «M. Geoffroy Saint-IIilaire. » Si cela est, il ne pourrait être surprenant que le même fait se répétât dans la famille des Lézards ; mais ce fait est contestable, car je tiecs de M. Geoffroy lui-même, qu'il n'a pas suivi rigoureusement toutes les circonstances du fait. De plus, j'ai répété l'expérience sans obtenir le même résultat. J'ai conservé des Couleuvres à collier pleines, eu les privant d'eau, et; je n'ai pas -eu de parturition vivipare. « Quelque-; peisonnes assurent avoir observé la parturition vivipare des Cou- leuvres dans des circonstances différentes, et expliquent le phénomène d'une autre manière. En effet, ou dit que c'est à l'époque des chaleurs que la partu- rition vivipare de la Couleuvre a lieu, et l'on ajoute qu'alors la circulation de ces animaux étant plus active, le petit parvient à sa maturité avant que la mem- brane de l'ovule ait eu le t<;mps de sécréter la substance calcaire. INIais d;ins cette supposition , il semble que la parturition vivipare devrait avoir lieu bica plus tôt dans l'arrière-saisou, alors que le froid peut être préjudiciable à l'in- cubation solaire. Or, l'observation n'est pas d'accord avec celte explication , cat" c'est au mois de juillet en particulier (jue de Jaccjuin a observé son i^czarcl vivipare. « Aucun fait bien authentique ne pouvant donc auloiiscr à penser que la I pirtuiitiua vivipare ou ovipare dépend de ciiconstanccs extérieures , il faut en 3ia \dcadèmle des Sciences. cLercher les causes dans des circonstances individuelles, et il est permis alors d'admettre que cette cause est constante et invariable chez les individus où elle s'observe, car il n'est pas vraisemblable, malgré la mobilité des lois de l'erpé- tologie à d'autres égards , que l'organisme produise indifféremment deux modes normaux de parlurition n divers dans la même espèce. Il s'agit donc de savoir chez quelle espèce la parturition vivipare se rencontre, pour tâcher d'arriver ensuite à saisir la cause organique probable de cette particularité physiologique. Or, la discussion de ce qu'ont écrit à ce sujet les auteurs est loin de rendre claire cette question, qu'il est à craindre de voir rester long-temps encore sans être résolue. L'observation suivante, due au hasard, si elle ne l'éclaircit pas, pourra du moins appeler l'attention des naturalistes sur ce fait, et mettre sur la voie d'un travail plus complet. (c Le lo juillet i«35, dans le cours d'une excursion entoraologique à la forêt dEu, M. E. Guerin aperçut, au milieu des clairières d'un plateau bas et argi- leux, une douzaine de lézards qui, à son approche, s'enfuirent avec promptitude sous les touffes d'herbages qu'une mare à demi desséchée avait laissées à sec; M. Guériu parvint à eu prendre un. et le lendemain, lorsqu'il voulut l'examiner, il s aperçut que l'animal rendait un petit qui se dégageait rapidement des débris d'enveloppes fœtales qu'il avait entraînés avec lui, et se mit à courir aussitôt avec la plus grande vitesse. En moins d'une heure^ à quelques minutes d'in- tervalle , ce lézard donna six à sept petits vivans; le ventre de la mère, dis- tendu fortement auparavant, revint au fur et à mesure sur lui-même, et la parturition parut terminée. Ce lézard fut conservé et vécut pendant une quin- zame de jours, refusant de manger les mouches, fourmis et autres insectes qu'on lui donnait, lappant seulement à sa manière un peu de lait qu"'on lui offrait dans lane petite cuillère ; mais il s'amaigrit bientôt à vue d'œil et finit par mourir dans un marasme assez prononcé, les premiers jours d'août. Les petits vécurent quelques jours, se refusant à toute espèce de nourriture, rejetant même le lait que leur mère lapait avec plaisir, et moururent d'inanition. « Le Lézard trouve par M. Guérin est d'une taille un peu au-dessous de la moyenne de la famille; sa forme générale est svclte , élancée, sa tête petite, courle, déprimée; le museau médiocrement pointu ; la lame susorbitaire légère- ment saillante le canthus roslralis peu tranchant; Vasserculum peu profond, marqué jusqu'à la narine. lia lo dents à la mâchoire supérieure, 17 à l'in- férieure de chaque côté , point de dents palatines ; son cou est légèrement mar- que ; le tronc, qui a dû être renflé à sa partie postérieure, est plissé par le ma- rasme et la rétraction des muscles de l'abdomen , mais n'offre pas précisément le sillon latéral enfoncé que l'on observe chez quelques Lézards ; la queue est assez grèle, les membres peu allongés et les doigts assez courts , proportion gar- dée, et peu inégaux.,.. « M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire a rapporté du Mont-d'Or deux Lézards qu'il a trouvés près de la montagne du Capucin, et qui paraissent se rapporter au Lçzard vivipare [dont il est questiou ici. ^On manque de renseignemens sur leuc "u^cadémie des Sciences. 3i3 mode de parturitiou , il est vrai , mais les signes tirés de la disposition des pla- ques et des écailles s'y rapportent assez bien. De plus, ils ont avec lui une identité à^ habitat j ayant été trouvés comme lui dans un endroit bas , herbage et humide; cette circonstance est remarquable et caractéristique, les espèces connues des Lézards habitant presque toutes dans des lieux secs, arides et sa- blonne ux ; elle fait même pressentir l'harmonie de la nature qui semble avoir rendu ces animaux vivipares, afin que leur progéniture fût par là à l'abri de la submersion , suite d''une crue brusque et imprévue des eaux voisines de leur séjour, submersion à laquelle les œufs auraient pu être exposés pendant la durée de l'incubation spontanée. oc En résumé, dit en terminant M. Cocteau, je crois qu'il faut considérer le Lézard vivipare de M. Guérin comme une espèce différente de celles qui ont été décrites jusqu'ici, et voisine du Lacerla stlrpium de Daudin pour les ca- ractères généraux, mais distincte d'elle par le système de coloration et le mode de parturition, voisine aussi du Lacerta vivipara de de Jacquin, dont elle se rapproche par le mode de parturition, mais dont elle s'éloigne par la disposition des couleurs; que, par conséquent, ce Lézard doit constituer une deuxième espèce dans le genre Zootoca établi, avec raison, par Wagler, dans la famille des Lézards privés de dents palatines et à écailles dorsales subgranulées. » Séance du i6 novembre. 6. Physiologie animale. — Lettre sur le mouvement ohserpvpar M. Behn dans les pattes des insectes Hydrocorises, par M. Léon Ditfour, correspondant de l'académie. M. le docteur Behn de Kiel vient de faire insérer dans le dernier numéro des 'yinnales des Sciences naturelles , t. i, p. 5 , un mémoire intitulé : Découverte d'une circulation dujluide nutritif dans les pattes de plusieurs insectes Jiè- miptères , circulation qui est indépendante des nwuvemens du vaisseau dor- sal et se trouve sous la dépendance d'un organe moteur particulier. La lecture de ce titre complexe était de nature à stimuler vivement la curiosité d'un homme qui, depuis plus de vingt ans, s'adonne avec passion aux investigations anatomi- ques sur les insectes. « Malgré la saison avancée (novembre), je m'empressai d'aller à la poche des hydrocorises, ou punaises aquatiques, et je parvins, à ma grande satisfaction, à rencontrer des CoriseSj insectes qui précisément sont du nombre de ceux qui ont servi aux expérimentations du savant Allemand. Avant d'aborder l'article spécial relatif à ce que celui-ci appelle circulation du fluide nutritif dans les pattes, souffrez que je suive dans l'exposition de mes considérations la marche tracée [lar cet auteur. Dans un aperçu d'une érudition toute coni[iatriotiquc,M.]c docteur lichn cherche, en s'ajjpuyant sur l'autorité de noms d'ailleurs fort rc- commandables, à ramener à l'idée si controversée d'une circulation humorale, 3i4 Académie des Sciences. d'une véritable circulation dans les insectes. Question grave, question vitale dans la science zoologique ! « Signalons eu peu de mots un des principaux buts physiologiques de la cir- culation dans les animaux qui en sont incontestablement pourvus. Le sang ou l'humeur analogue, mis en mouvement par l'impulsion des organes circulatoires vient se présenter successivement et par un double circuit à l'influence de l'air contenu dans les poumons ou les branchies, afla de subir par celte influence une opération de chimie organique qui lui donne les quaUtés propres à servir, soit à l'acte important de la nutrition, soit à la stimulation des organes. La cir- culation et la respiration se trouvent donc dans une dépendance, une solidarité réciproques, et le maintien de la vie eu est la conséquence. « Que se passe-t-il dans les insectes envisagés sous le même point de vue ? Remarquez bien que je n'entends parler ici que des insectes proprement dits, des insectes hexapodes parvenus à leur état parfait. La respiration chez eux ne s'exerce point dans un organe circonscrit et limité dans un point du corps. Il n'y a, et ce fait ne saurait être contesté, ni poumons ni branchies. Ce n'est point parla bouche qu'ils respirent, ainsi que les grands animaux qui, comme eux, ingèrent l'air en nature. Des ostioles uniquement respiratoires, ou, suivant l'ex- pression consacrée, des stigmates placés symétriquement le long des cotés du corps, inhalent l'air atmosphérique et le transmettent dans des canaux, à parois plus ou moins élastiques, successivement divisés et subdivisés à l'infini comme les vaisseaux sanguins des animaux d'un ordre supérieur. Ces canaux sont les trachées. Par cette disposition anatomique, l'air est conduit, poussé jusque dans les derniers recoins des tissus organiques pour être ensuite exhalé lorsqu'il a perdu ses qualités vitales. Il y a donc dans les insectes une véritable circulation d'air, j'oserais presque dire une double circulation, et comme l'opération de chimie organique dont je viens déparier, ne saurait avoir lieu dans un creuset pulmonaire, passez-moi l'expression, puisqu'ils en sont dépourvus, c'est dans les trachées nutritives, qui constituent un ordre particulier de ces canaux aérifères qu'elle se passe. De là, une importante loi formulée par le grand homme dont la science demeure toujours veuve, par notre immortel Cuvier; qui, après des expérimentations décisives qui l'ont amené à se prononcer sans ambiguïté sur l'absence du cœur et d'une circulation humorale dans les insectes, a dit : Le fluide nourricier ne pouvant aller chercher l'air, c'est l'air qui le vient cher^ cher pour se combiner avec lui. « Dans mes Recherches anatoniiques et physiologiques sur les Insectes hémiptères , travail qui a obtenu la sanction de l'Académie, et dans un autre ouvrage encore plus étendu, qui a eu l'honneur d'être admis au concours actuel des prix Montyon , je me suis clairement expliqué sur la nature et les fonctions de ce que la plupart des naturalistes ont appelé vaisseau dorsal. Je me suis assuré de l'incompatibihté d'une circulation générale d'air avec une circulation de li- quide, et j'ai démontré la source des erreurs sur ce point. Je demeure encore aujourd'hui convaincu que le prétendu vaisseau dorsal n'est qu'un organe déchu ^Académie des Sciences. 3i5 de toute attribution physiologique, de toute espèce de fonction, qu'il n'est qu'ua rudiment, un vestige du cœur des arachnides, qui précèdent les insectes dans le cadre entomologique, et qu'il ne doit compter que pour mémoire dans la série des appareils organiques de ces animaux. Les bornes d'une simple lettre m'inter- disent d'autres développeraens sur cette question fondamentale^ et je rentre dans la spécialité du mémoire de M. Bchn. ce Comme lui j'ai constaté, soit avec le miscroscopc simple de M. Charles; Chevaher, soit avec le microscope composé de M. Rochette, dont l'usage m'est familier, un mouvement subisochrone dans l'intérieur des pattes des Coriaes vi- vantes, tantôt plongées dans l'eau, leur élément habituel, tantôt observées à sec dans l'air (i). Ce mouvement se reconnaît principalement dans la jambe et le tarse des pattes postérieures ; il est à peine sensible dans les pattes intermédiaires ; ill'est davantage dans les antérieures, sans l'être autant que dans les postérieures. Il s'exécute suivant un trajet linéaire, une lisière ([ui , de l'articulation fémoro- tibiale, se porte directement ou sans inflexion notable jusqu'à l'extrémité du tarse, mais plus rapproché du bord interne, auquel il est à-peu-près parallèle, que du bord externe. Il n'a janiaiî lieu d'avant en arrière, ni d'arrière en avant, mais toujours dans le sens du diamètre transversal ^ c'est-à-dire suivant une ligne jjerpeudiculaire à la longueur de la patte. Les saccades par lesquelles se mani- feste ce mouvement paraissent au premier abord régulières, mais, par une atten- tion soutenue, on peut se convaincre qu'elles ne sont pas séparées par des in- tervalles égaux , et que parfois elles se suspendent tout-à-fait momentanément. Il n'y a là rien qui ressemble à une pulsation : c'est plutôt un mode d'oscillation, •ou mieux une sorte de frémissement subintermittent. Vers l'origine de la jambe, le mouvement est vague, presque tumultueux, et représente un état de spasme. Il ne semble pas franchir l'articuLilion femoro-tibiale , et à peine distingue-t-on, au bord interne du bout correspondant de la cuisse, un obscur frémissement. « Quel qu'ait été le degré de grossissement de ma lentille microscopique, je n'ai jamais reconnu la présence daueun liquide , d'aucun globule obéissant à une force impulsive. Je n'ai point surtout , malgré une patience dès long-temps ■éprouvée, aperçu la moindre trace des deux courans contraires que M. Behn dit avoir constatés. Ce savant s'en serait-il laissé imposer par quelques riiouvemens fibrillaircs, ou par une sorte de disposition un^ieu rétrograde du tissu palpitant qui avoisi:)e l'articulation femoro-tibiale , ou bien cela tient-il à l'habileté ou au bonheur de l'expérimentateur? J udlcenl periùores ! « Maintenant que nous sommes d'accord sur l'existeiice d'un mouvement spontané dans l'intérieur des pattes de la Corise, il se présente deux qucstioni capitales j l'une anatomique, l'autre physiologique : tt 1° Quelle est la nature de l'oigane qui produit le mouvement? (i) Les deux espèces de Corisps soumises à mes recnerrlies sont : i" Covlia strigala (Latr., tf'itl. , vol. I a , p. aSy ). a" CorUa hieroglyphica (Nob. , Jiccfieich. a/iat., elc. , sur les llcimp' /^w.p. 80,pl. 7,fi(;. 85). 3i6 académie des Sciences. « 2° Ce mouvement se rattache-t-il à une fonction circulatoire? « Ma réponse sera collective et explicite. L'organe est un tissu contractile, musculaire, et le mouvement qui en est l'expression fonctionnelle, est étranger à tout acte circulatoire. « Si les mouvemens contractiles sont plus prononcés dans les pattes postérieu- res, moins dans les antérieures, et moins encore dans les intermédiaires, vous en trouverez précisément les raisons dans le degré comparatif de force et de mobi- lité de ces pattes. Ainsi , dans la Corise, insecte essentiellement aquatique, et des- tiné à être presque toujours suspendu entre deux eaux, les pattes de derrière, exclusivement natatoires, font l'office de rames par leur forme aplatie, leur lon- gueur, leur faculté de se placer en balanciers. Elles servent de nageoires, parles innombrables soies qui garnissent la jambe ainsi que le tarse, et qui sont suscep- tibles de s'étaler diversement au gré de l'animal. Ces pattes, toujours en exercice, et qui sont la garantie de l'existence de la Corise, devaient donc être plus riches en organes de locomotion et d'équilibre. Et qui pourrait compter les milliers de muscles destinés aux milliers de mouvemens de cet infatigable nageur? Les pattes antérieures, uniquement /jre'/ferasîVes, armées de crochets, de scies, de râteaux j pour saisir^ déchirer et retenir une proie vivante, devaient avoir une puissance musculaire proportionnée à ce but essentiel de pourvoir à la subsistance de l'individu; mais parla nature même de leurs attributions, elles étaient souvent vouées à un repos plus ou moins prolongé. Quant aux pattes intermédiaires, où les frémissemens intérieurs sont si difficiles à saisir, si obscurs, elles ne sont qu ambulatoires , et demeurent habituellement inactives dans un insecte nageur par excellence. Dans le repos absolu de l'animal immergé, elles servent à fixer le corps au moyen des longues pinces droites qui les terminent. Ce sont les ancres de la Corise. « Agréez, etc. » 6. Zoologie. — Observations sur les Rhizopodes et les infusotres , par M. Dujardin. Cette note paraîtra dans le prochain cahier. 7. Paléontologie. — Observations de M. Agassiz surTorigine desBèlem- nites f consignées dans une lettre de M. de Férussac ( voyez p. 3o6. ) 8. Physiologie animale. — Note sur le Cristallin, par MM. Cocteau et Leroy d'ÉtioUe. Les auteurs se sont proposé, dans leurs expériences, de constater les phéno- mènes de la reproduction du Cristallin chez certains animaux domestiques (le chien , le chat, le lopin). Séance du 23 novembre. Voyage de circumnavigation de la Bonite. Le ministre de la marine, désirant utiliser dans l'intérêt des sciences le voyage académie des Sciences. 3i7 que doit entreprendre incessamment le bâtiment du roi la Bonite , s'est adressé à l'Académie des Sciecces pour lui demander des instructions propres à guideç les officiers qui monteront ce navire. Une commission mixte a été nommée : M. de Blainville a rédigé les instructions suivantes pour la zoologie : « Dans le cours d'une expédition pendant laquelle un bâtiment de l'état doit parcourir des mers et toucher en diiférens points du continent qui n'ont pas en- core été explorés dans aucune des circumnavigations scientifiques précédentes- il serait sans doute fâcheux pour la science ei pour nos collections publiques, que MM. les officiers ne pussent pas faire des recherches zoologiques, et recueil- lir les animaux qu'ils rencontreront. Toutefois, comme la nature du voyage de la Bonite _, d'après la lettre même de M. le ministre, ne permettra malheureuse- ment que des relâches assez peu nombreuses et de courte durée, l'Académie se bornera à attirer l'atlention du commandant et de l'état-major, plus spécialement sur un certain nombre d'animaux, en les invitant, s'ils ne peuvent se les procu- rer eux-mêmes, à vouloir bien au moins les signaler aux amis de la science qu'ils pourront rencontrer. « L'Académie recommande d'une manière particulière de tâcher de se procu- rer à l'état de peau et de squelette, et surtout conservés dans l'esprit-de-vin ,• lorsque cela sera possible : « 1 " Parmi les Mammifères : « L'Orang-outang adulte, ou Pongo, de Bornéo et de la CochincLine. « La Guenon nasique, du même pays. « Le Gibbon hoolack , de M. Harlan ^ espèce de la Chine et remarquable par l'absence de callosités ischiatiques. (»i.. — /Wrw/'/r. ai ^^^ siJLNE i-DwARDS. — Sur Ics Polypcs. jnontré que loin d'être des fleurs marines, comme on le croyait, ils étaient bien réellement des animaux. Et, en effet, un assez grand nombre de naturalistes, parmi lesquels on doit citer en première ligne Bernard de Jussieu, Ellis, Pallas, Cavolini, La- marck, Lamouroux, M. Savigny et M. de Blainville, se sont li- vrés à leur étude et nous ont donné, sur l'organisation et la classification des Polypes, des travaux pleins d'intérêt; mais des difficultés inbérentes à des investigations de ce genre, qu'il est impossible de faire loin de la mer, n'ont pas permis à ces zoo- logistes babiles d'épuiser une mine si féconde, et l'histoire de ces zoophyies offre encore aujourd'hui bien des lacunes. Dans l'espoir d'ajouter quelques faits nouveaux à nos connais- sances relatives à cette branche de zoologie, j'en ai fait aussi le sujet de mes études. Mes premières observations sur les Polypes marins datent de 1827, et furent faites à Naples; l'année sui- vante, pendant notre excursion aux îles Chausay, je les continuai en comm.un avec M. Audouin; et l'été dernier, dans la vue de poursuivre encore ces travaux, j'ai fait un voyage sur les côtes de notre nouvelle colonie d'Afrique, où la pèche du Corail, pratiquée avec activité , me promettait d'abondans matériaux. Enfin , j'ajouterai aussi que je n'ai pas négligé l'examen des col- lections nombreuses de Polypiers, rapportées de presque toutes les mers par les voyageurs, et conservées dans le muséum du Jardin du Roi. (i) ^. Ce sont les résultats de ces recherches que je vais avoir l'honneur de soumettre successivement au jugement de l'Aca- démie. (i) Je saisirai avec eraprcsseraent celte occasion pour remercier de nouveau M. Valencien- nés de l'obligeance avec laquelle il m'a donne communication de tous les polypiers qui se trou- vent, soit dans la collection publique du Muséum, soit dans les magasins de cet établissement. : M. Hardouin Michelin m'a ouvert avec la même libéralité, sa collection particulière et a eu la , complaisance de me prêter les espèces nouvelles dont je desirais publier des figures. 1 MiLNE EDWARDS, — SiiT Ics y4lcyonides. 523 Mémoire sur un nouveau genre de la famille des Alcyoniens [s^Qïive Alcyonide) V Présenté à l'Acadcmie des Sciences le aS février i835. En faisant pêcher avec des filets traînans près du cap Matifon, à l'est d'Alger, je me suis procuré une petite masse de Polypes très remarquables, qui me paraissent avoir échappé jusqu'ici aux recherches des naturalistes, et qui se prêtent très bien aux investigations anatomiques. Ces animaux , auxquels je donnerai le nom ^ Alcyonide vivent réunis en grand nombre sur un polypier mou, cylindri- que et allongé, qui est tantôt simple, tantôt divisé en plusieurs grosses branches, comme dans l'échantillon figuré dans nos planches (i). Ce polypier se compose de deux portions bien dis- tinctes que j'appellerai, pour éviter les circonlocutions, le tronc et \epied. Cette dernière partie, fixée par sa base à des fucus où à d'autres corps sous-marins, est de couleur brune et d'une tex- ture très consistante; elle ne présente pas de Polypes. L'autre portion , qui est terminale et d'une délicatesse extrême, est mem- braneuse, blanche, striée longitudinalement et divisée en bran- ches et en rameaux, dont les sommets se terminent par des Polypes semblables à des fieurs élégantes et d'une petitesse presque mi- croscopique. Ces Polypes eux-mêmes sont cylindriques, et leur extrémité libre s'élargit en une espèce de disque étoile , composé de huit gros tentacules pinnés, au milieu desquels on distingue l'ouverture buccale (aj. Ces tentacules, ce disque et ce cylindre, sont scmi-transparens et paraissent avoir la même texture que le tronc du polypier qui les porte. A la base de chaque tentacule, on remarque extérieurement quelques lignes saillantes disposées en pyramide, et à travers les parois membraneuses des cylindres dont il vient d'être question , on distir.gue une tache jaunâtre et il opaque qui naît de la bouche et descend en suivant l'axe du corps juscpi'à moitié chemin du polypi(;r où elle semble so continuer ij avec plusieurs filamcns longitudinaux. (i) Voyez |il. la, fig. r. {%) Voyez pi. i3, fi;,'. », • t. 324 MiLNE Eow\i,Ds. — Sur Ics ^■^ Icjoji'ules. Si on observe ces zoophites à l'état vivant , on voit que chaque Polype jouit de la faculté d'exécuter des mouvemens individuels; tantôt ils étendent leurs tentacules ou les recourbent vers la bouche, tantôt au contraire ils les font entrer dans l'extrémité de leur corps cylindrique et se contractent même au point de se retirer en entier dans le tronc du polypier, comme dans des cellules, sans que leurs voisins changent de position; sous ce rapport, chaque Polype est indépendant de ses congénères, mais sous d'autres il n'en est pas de même, car il se manifeste quel- quefois dans le tronc du polypier des mouvemens généraux qui influent sur tous ces petits êtres , et qui déterminent leur re- traite simultanée; ils sont alors entraînés en bas et se cachent ainsi que le tronc lui-même dans la portion coriace du polypier, qui en forme la base ou le pied (i). Si les animaux sont vigoureux, il suffit pour déterminer cette contraction générale d'irriter for- tement un point quelconque du tronc du polypier; mais lors- qu'ils sont affaiblis par un séjour de quelques heures dans un vase rempli d'eau de mer, elle leur devient impossible et les mouvemens individuels sont les seuls qui persistent, La tige commune desPennatuIes présente quelque chose d'ana- logue; on la voit quelquefois exécuter des mouvemens générauxde flexion et de contraction; mais je ne coniiais encore aucun exem- ple de Polypes agrégés fixes chez lesquels il se manifeste darisla masse polypifère des mouvemens communs. C'est un degré de plus dans l'intimité de leur union. Ces notions sur la forme extérieure et sur la manière de vivre de notre zoophyte aurait pu suffire pour le faire distinguer de tous les Polypes déjà décrits par les auteurs, et pour que les zoologistes lui assignassent une place dans nus classifications méthodiques; son histoire aurait été au moins aussi complète que celle de bien des animaux du même ordre: mais des connais- sances si superficielles me paraissent charger la science sans l'en- richir beaucoup, et pour rendre la découveite de notre Polype réellement utile aux progrès c'e l'actinologie, j'ai cru devoir en pousser l'examen plus loin et chercher si malgré sa petitesse (t) La b) finrlio f , %. t,c5l représcniçç ila;is cet ilat deconirartion. MILNK lîDWARDS. Suf Ics AlcjOnldcS. S^S extrême il ne me serait pas possible d'en étudier, par la dissec- tion , le mode d'organisation intérieure. Dans cette vue, je détachai de la masse commune un de ces Polypes, et l'ayant placé sous le microscope simple de Chevallier, instrument dont je ne puis trop recommander l'usage dans les recherches analogues , j'ouvris la portion cylindrique du corps de l'animal par une incision longitudinale de la manière indiquée dans la figure 3(planchei2).Jevisalorsque la tache jaunâtre dont j'avais déjà noté l'existence était due à un tube cylindrique qui occupe l'axe du corps et qui s'étend de la bouche jusque vers la moitié de la portion libre du Polype. Ce canal alimentaire est ouvert à ses extrémités et présente intérieurement huit stries lon- gitudinales et une multitude de petits plis transversaux; infé- rieurement il est un peu contracté et présente l'aspect qu'il au- rait si un sphincter le ceignait un peu au-dessus de son ouver- ture, mais je n'ai pu constater l'existence d'aucun muscle semblable. Enfin, cette ouverture contractile communique avec une grande cavité qui occupe tout le diamètre du Polype, et qui se prolonge inférieurement dans le polypier commun. Le calibre du tube digestif est beaucoup moindre que celui du corps de l'animai au centre duquel il est suspendu; cependant il n'y est pas libre, car huit feuillets membraneux d'une ténuité extrême, qui naissent de sa face externe et en occupent toute la longueur, se joignent par leur bord opposé à la face interne des parois du corps, et constituent ainsi, tout autour de l'intestin, des cloisons verticales correspondantes aux lignes intertentaculaires (i); par I leur extrémité supérieure, ces cloisons se réunissent au disque peristomien et elles circonscrivent de la sorte huit canaux longi- I tudinaux qui se continuent sans interruption avec l'intérieur des tentacules correspondans; ces derniers appendices sont, en effet, I entièrement creux et présentent de chaque côté de leur cavité une série de di)c à douze petits trous , s'ouvrant dans les pin- iiules, dont leurs bords sont garnis (u). Inférieurement ces huit canaux communiquent librement avecla irrandc cavité abdomi- (0 Vojex fig. 3 et 4 , pi. n. 3 20 MiLNE EDWARDS. ■ — Sur Ics ^Icyoïùdes. nale, située au-dessous du tube alimentaire et les cloisons qui les séparent entre eux se continuent avec huit replis membra- neux et longitudinaux, dont les parois de cette cavité sont gar- nies. Ces replis ne paraissent guère différer des cloisons dont ils proviennent qu'en ce qu'ils sont un peu plus étroits et restent libres par leur bord interne, de façon à faire saillie dans la cavité qui les loge; de même qu'elles, ils m'ont semblé être composés de deux lames membraneuses, d'une ténuité extrême, adossées l'une à l'autre et se continuant avec la tunique interne qui ta- pisse les tégumens communs. Dans leur point de jonction avec cette membrane, ces feuillets paraissent s'écarter un peu de ma- nière à laisser entre eux une petite lacune, d'où résulterait une espèce de vaisseau longitudinal occupant le bord de chaque repli. Enfin , dans le point où chacune de ces cloisons cesse d'ad- hérer au tube digestif pour devenir libre par son bord interne, on remarque un organe filiforme et très llexueux qui semble naître des parois de ce tube, et qui, après avoir décrit plusieurs circonvolutions, s'atténuent inférieurement de façon à se perdre bientôt dans l'épaisseur du repli qui les loge (i); ces organes in- testiniformes ont la même couleur que le canal alimentaire et pa- raissent avoir une texture glanduleuse. Le polypier commun, d'où sortent ces Polypes, se compose, avons-nous dit , de deux portions distinctes, le tronc et le pied. Par la dissection, on voit que le tronc est formé par l'assemblage d'un certain nombre de tubes membraneux, longitudinaux, parallèles entre eux et unis si étroitement qu'on ne peut les sé- parer. Le pied du polypier n'est autre chose que la continuation de ces mêmes tubes légèrement modifiés dans leur structure, ceux situés vers le centre de la masse offrent seulement un peu plus d'épaisseur dans leurs parois, mais ceux qui en occupent la périphérie acquièrent beaucoup plus de consistance, et leurs parois s'incrustent d'une foule de spicules fusiformes et de cou- leur brune. (2) Ces spicules , qui paraissent composées d'une matière cartila- (i) Fig. 3 k. (3) Fig. 5, pi. 12 ; et fig. 8 et 9^ pi. iS; MiLNE EDWARDS. — Siir lûs yîlcyonides. 827 giueuse et de carbonate de chaux, sont placées longitudinale- ment et donnent au pied sa solidité et son aspect particulier. Près de la circonférence de cette portion de la masse commune, on aperçoit aussi des fibres longitudinales qui paraissent être des tubes flétris par la compression que les parties voisines , en se développant, exercent sur eux(i). Enfin, par leur extrémité in- férieure , ces tubes disparaissent en s'atrophiant de la sorte ou en s'anastomosant avec un de leurs congénères ; et par leur ex- trémité supérieure , ils se continuent avec la cavité abdominale des Polypes et logent ceux-ci lors de leur contraction. Ces tubes réunis en faisceaux sont évidemment analogues aux cavités dans lesquelles se cachent les Polypes des Alcyons, du Corail, etc. On donne généralement à ces cavités le nom de cel- lules polypifcres et quelques auteurs les considèrent comme étant de ces espèces de coques ou d'enveloppes plus ou moins distinctes des animaux; mais dans notre zoophyte, il suffit d'un examen superficiel pour se convaincre que ces loges ne sont autre chose que la continuation du corps des Polypes eux-mêmes. Les tubes du tronc du polypier sont en tout semblables à la portion libre du Polype, située au-dessous du canal alimentaire, et aucune , ligne de démarcation organique ne les en sépare. Ce n'est donc pas dans des cellules polypifères que ces petits êtres se retirent comme le feraient des Serpules ou des Dentales; c'est dans eux- mêmes qu'ils rentrent par une sorte d'invagination, et le poly- pier qui semble les loger n'est que la masse formée par l'assem- blage de la partie basilaire de tous ces zoophytes. On admet assez généralement que chez les Polypes agrégés les matières nutritives prises par l'un de ces animaux profitent aussi à ses voisins. Cette opinion paraît être fondée uniquement sur quelques observations faites sur les Sertulariées, et une pareille communauté de nutrition n'a pas, que je sache, été constatée chez aucun Polype d'une structure plus compliquée et analogue à celle de nos Alcyouides ; on ne sait non plus rien de précis sur les rapports que ces êtres agrégés ont entre eux; et même eu admettant , par analogie, celte union intime, ou aurait encore à (i) PI. iS.fig.So. 02S 3JILJVE liDWAaDs. — Sur hs ^hyonides. se demander si, chez les Alcyoniens, le transport des matières nutritives se fait d'un Polyj3e à nn autre par une simple imbibi- tion ou par toute autre voie. Pour résoudre ces questions à Tégard de nos Alcyonides, j'ai poussé, à l'aide d'un tube mince de verre tiré à la lampe, un li- quide coloré dans la cavité abdominale de l'un de ces petits Po- lypes. L'injection s'est répandue aussitôt dans toute la longueur du corps tubiforme de l'animal, et a passé en même temps dans celui des Polypes voisins. Or, cette cavité abdominale commu- nique avec le canal alimentaire faisant suite à la bouche , et par conséquent les matières nutritives avalées par un de ces Polypes doivent bien réellement pouvoir se distribuer aux divers mem- bres de ces singulières colonies, et ce passage se fait si facilement qu'il doit suffire à l'un d'entre eux de manger pour que tous ses voisins se nourrissent avec lui. Les voies par lesquelles cette communication s'établit sont aisées à découvrir, pourvu que l'on fende, sous la loupe, le corps d'un Alcyonide dans toute sa longueur. On voit alors que quel- ques-uns de ces animaux, dont le corps tubiforme se prolonge très loin dans la masse commune, s'y terminent en cul-de-sac , mais d'autres ne se continuent pas au-delà du point où ils se joi- gnent à leurs congénères , et alors la cavité dont leur corps est creusé au lieu de se rétrécir peu-à-peu et de disparaître, conserve son calibre primitif et se continue sans interruption avec celle d'un autre Polype plus gros , dont la portion basilaire descend plus bas(i). Les cavités abdominales de ces animaux réunis de la sorte constituent par conséquent une espèce de tube ramifié, et le petit groupe de Polypes ainsi en connexion ressemble à un animal qui aurait un seul corps et un seul estomac, mais plu- sieurs têtes et autant de bouches. Pour me rendre compte de la manière dont ces rapports sin- guliers et si intimes s'étabiiase:;t entre les divers membres de ces communautés, j'ai étudié leur mode de développement. Sou- vent on voit sur la surface du corps d'un Polype adulte un tu- bercule qui ne paraît être d'abord qu'un petit appendice cœcal (i) Fig. 6,pl. i3. .■\iiljve EDWARDS. — Sui' Its Alcyonides. 3sq des tégumens ; on ne distingue à son extrémité aucune ouver- ture, et la cavité dont il est creusé communique librement avec la cavité abdominale de l'individu sur lequel il se déve- loppe. Or, ce prolongement tégumentuire n'est autre chose qu'un jeune Poljpe qui se forme comme im bourgeon. Lorsqu'il arrive à un degré plus avancé de développement, les tentacules apparaissent et le tube alimentaire se montre; enfin, le jeune animal devient, par sa forme extérieure et par sa taille, semblable au Polype dont il provient. Cette espèce de végétation n'a pas lieu dans tous les points de la surface tégumentaire. Les bourgeons reproducteurs ne se forment que sur le trajet des lamelles membraneuses , dont nous avons déjà signalé l'existence, et l'ouverture basilaire du jeune Polype est toujours placée de manière à interrompre l'un des replis longitudinaux de la cavité abdominale dont il naît, (r) La reproduction par bourgeons, dont nous venons de décrire les principales phases , n'est pas le seul mode à l'aide duquel les Alcyonides se multiplient. Ils produisent aussi des ovules ou gemmes propres à propager au loin leur race sédentaire; et. chose remarquable, ce sont précisément les parties susceptibles de donner naissance à cette espèce de végétation qui remplissent aussi les fonctions d'ovaires. C'est, en effet, dans l'épaisseur des replis membraneux, dont nous venons de parler, que se déve- ' loppent les gemmes(2); en grossissant,ils font saillie à leur surface, bientôt n'y tiennent plus que par un pédoncule et enfin s'en dé- tachent et tombent dans la cavité abdominale, d'où leur sortie est facile par la bouche de l'animal. Aucun ovule ne prend nais- .sance sur la portion des parois abdominales , comprise entre ces replis longitudinaux, et dès-lors on doit considérer ces lamelles comme étant les ovaires des Alcyonid.->s. I hn voyant le même organe donner tantôt des bourgeons, tantôt des gemmes , on est naturellement conduit h se demander la cause déterminante de cette différence dans les résultats de son travail reproducteur. (i) Fig. 6, pi. n. (a) Vuycz (ig. a , 5 cl 7. 33o MfLNE EDWARDS. — Sur Ics ^Icjonicles. L'observation des points où se forment ces deux ordres de produits me semble jeter quelque lumière sur cette question. En effet, j'ai vu que dans les points où le corps du Polype n'est pas encore emprisonné dans la masse comuiune du polypier , il se ra- mifiait en quelque sorte par le développement du bourgeon à sa surface externe et ne produisait point d'ovules par sa surface in- terne, tandis que dans le^pied du polypier où les animaux sont intimement unis entre eux par la surface externe de leur corps , et sont emprisonnés dans une sorte de gaine résultant de l'en- roulement de la périphérie du polypier, et où, par conséquent, des obstacles mécaniques s'opposent à cette espèce de végétation ; là , dis je, il ne se forme point de bourgeons extérieurs, mais des ovules qui font saillie dans la cavité interne de ces petits êtres. D'après cela, ne serait-on pas porté à croire que ce sont ces obstacles mécaniques d'une part, et l'excitation plus ou moins vive occa- sionée par le contact des liquides dont l'animal est baigné, d'une autre part , qui déterminent ces différences, et que la membrane remplissant les fonctions d'ovaire produit indifféremment des ovules ou des bourgeons, suivant qu'elle trouve moins de résis- tance et qu'elle est plus stimulée du côté interne ou du coté ex- terne des parois de la cavité abdominale? Les détails dans lesquels nous sommes entré relativement au développement des bourgeons expliquent comment un seul Polype, en se multipliant, peut former la masse poly- piaire compliquée dont l'étude vient de nous occuper , com- ment la continuité organique s'établit entre tous les membres de cette espèce de communauté, comment la cavité abdominale de l'individu primitif devient commune à tous ses rejetons, en un mot, comment les petits êtres ainsi réunis ressemblent à un seul animal multiple, plutôt qu'à un assemblage d'individus distincts. Mais, par les progrès de l'âge, cette fusion si intime diminue peu-à-peu. La communication entre la cavité abdominale des divers polypes dont la portion basilaire descend jusque dans le pied, est d'abord interrompue par les ovules dont le fond de ces cavités (i) se remplit, et plus lard la pression des parties voisines (0 PI. i2,(ig.5. 3IILNE EDWARDS. — SuT les Alycoiiides. 33 I en affaisse les parois , et fait cesser tout passage entre le Polype dont le tube abdominal est ainsi oblitéré, et le Polype dont il a pris naissance. Le polypier , au lieu de ressembler à un arbre dont toutes les fleurs se tiennent et communiquent par des par- ties commîmes, pourrait alors être comparé à un bouquet que l'on aurait fait en coupant les branches plus ou moins rameuses de la plante et en les rassemblant en un faisceau. Les divers groupes de Polypes réuïiis dans un même Polypier deviennent alors indépendans des groupes voisins, et on conçoit facilement que, par la suite, chaque polype pourrait ainsi s'individualiser complètement. L'état dans lequel nos Alcyonides communiquent librement en- tre eux et ont une nutrition commune, pourrait donc être consi- déré comme un simple arrêtde développementet, d'un autre côté, le développement complet de l'animal ou son individualisation, si l'on peut s'exprimer ainsi, n'est qu'un phénomène, pour ainsi dire accidentel. Sous le rapport du mode de reproduction et du mode de formation des Polypiers, notre zoophite nouveau ressemble assez aux Alcyonnelles, dont, du reste, il diffère beaucoup par sa structure, et, à cet égard, nos observations s'accordent très bien avec celles faites il y a quelques années par M. Raspail sur ces Polypes d'eau douce. Les organes intestiniformes que nous avons remarqués au- dessous du tube digestif, et que l'on avait déjà vus chez d'autres Polypes voisins de celui dont nous nous occupons ici, ne sont évidemment pas des ovaires, comme la plupart des auteurs sem- blent le croire : nous avons constaté en effet que les ovules se forment ailleurs. La grande simplicité du travail reproducteur chez tous ces animaux , ne permet guère de les regarder comme des organes mâles destinés à féconder les ovules, et il me semble plus rationnel de les considérer comme organes sécréteurs analogues aux canaux biliaires des insectes. Lorsque ces polypes s'étendent, on voit souvent leur bouche se j '.pi. 1 3). L'un de ces spicules grossi davantage. Obsi.rvations' sur les Alcyons proprement dits. Prcsciitûes à l' Académie des Sciences, le sS février i835. Le nom d'Alcyon, tiré de la nnytliologie, a été employé par les anciens pour désigner diver.ses productions marines de; forme arrondie qui, arrachées des flancs des rochers p.ir lac- lion des vagues, viennent flotter à la sin-face des eaux ou sont rcjelées sur la j)l.'ige. Les nalmalistes modernes l'ont également consacré à un gronpç de zoophytes qui, ainsi que l'observe 334 MiLNE EDWARDS. — Sur les Alcyons. le judicieux Pallas , semblent tenir à-la-fois des Eponges et des Gorgones; mais pendant long-temps on a réuni dans cette divi- sion une foule d'élémeus hétérogènes, et aujourd'hui les divers auteurs donnent ce nom à des genres qui diffèrent extrême- ment entre eux. Ainsi, pour Lamarck et Lamouroux, les Alcyons sont des Spongiaires, tandis que pour Cuvier, ce sont les Po- lypes à huit bras dentelés dont les intestins se prolongent dans la masse commune des ovaires, laquelle s'élève en troncs ou en branches garnis d'une croûte dnre et coriace, zoophytes dont M. Savigny avait formé le genre Lobulaire; enfin ce même nom d'Alcyon a aussi été appliqué aune nouvelle division générique dans laquelle aucune des espèces décrites jusqu'alors comme des Alcyons ne prennent place. Il en est résulté une confusion extrême dans l'histoire de tous ces êtres, et pour y couper court, il aurait été peut-être bon d'abandonner complètement un nom dont l'acception varie tant; mais d'un autre côté ce mot, étant devenu d'un emploi presque vulgaire, on ne peut que difficilement le rejeter de la science et on doit se bornera en régler convenablement l'emploi. Pallas, dont les écrits font époque dans l'étude des polypes, définit les Alcyons, des zoophytes dont le polypier poreux à l'intérieur et garni d'une croûte externe, présente des oscules subradiés, et des polypes à tentacules ciliés; effectivement toutes les espèces les mieux connues alors offraient ce mode d'orga- nisation. Il nous paraît donc évident que c'est aux animaux qui présentent ces caractères, qu'il faut conserver le nom d'Al- cyon , et exclure de ce genre les êtres qui manquent de po- lypes proprement dits, ou qui sont conformés suivant un autre type d'organibation. C'est la marche qui a été suivie par Cuvier, et c'est celle que nous adopterons ici, car nous ne voyons au- cune nécessité de remplacer ce nom par celui moins générale- ment connu de Lobulaires. Les Alcyons proprement dits, ou Lobulaires, sont peut-être de tous les polypes ceux qu'on a le mieux étudiés. Observés avec soin par Bernard de Jussieu (i), et mieux encoi-e par Eliis (2), (i) Mém. de l'Acad. des sciences, 1742. (a) Transact. plulos._de la Soc. loyalc de Londres , t. 53,'elc. ■ MiLNR lîDWARDS. SllT Ics AlcyonS. 335 ilsontété soumis aussi à l'investigation de Spix (r) , de Lamou- roux(a), de M. Savigny (3), de M. Grant (4), de M. Delle- Chiaje (5) et de MM. Quoy et Gaymard (6). Enfin, pendant notre ■visite aux îles Chausay, nous nous en sommes occupés conjoin- tement avec M. Audouin, et nous avons eu l'honneur d'en en- tretenir l'Académie, il y a environ 8 ans. (7) Ces diverses recherches ont fait connaître le mode général d'organisation des Alcyons, et ont dévoilé des faits d'un grand intérêt pour la physiologie de ces Polypes. Mais les auteurs ne s'accordent pas parfaitement entre eux relativement à plusieurs points anatomiques, et il existe encore dans l'histoire de ces zoophytes trop de lacunes pour qu'on puisse négliger l'occasion de les soumettre à de nouvelles investigations. ^] Alcyon palmé figure depuis long-temps par Aldrovande sous le nom de Main de mer (8), est très commune aux envi- rons d'Alger, et il m'a été facile de l'y étudier à l'état vivant. Les Polypes qui portent ce nom se montrent en grand nombre à la surface d'une masse commune de consistance charnue et paraissent comme s'ils étaient logés dans des cellules tubiformes creusées dans ce support immobile (9).Tantôt on les voit s'avancer au dehors, s'épanouir, et étendre leur huit tentacules pinnés, tantôt au contraire se contracter avec force et rentrer si com- plètement dans cette espèce de polypier que le point d'où ils faisaient saillie ne ressemble plus qu'à un pore étoile. La portion fi) Annales du Muséum , t. i3, (2) Histoire des Polypiers coralligènes flexibles, page 3sS (3) Les recherches de M. Savigny sur les Alcyons proprement dits, dont il forme le genre Lobulaire, sont rcslces inédites; mais Lamarck en a donné un court extrait dans le 2*^ volume de son Histoire des animaux sans vertèbres. (',) Kdinburgh new Pliilosophioal Journal , vol. 3. (5) Mem. sul anim. sen/.a vcrlcbre di Napoli, t. 3, p. i3. (C) Voyage de l'Astrolabe. (7) Ann. des sciences naturelles, i8a8, t. i5. (8) ilanm marina , Aldrovandi, De zoopbylis, lib. iv, p. SgS, Alcyonhim paJmatiim, Pallas, Elcnclius zoophylni'um, p. i^fj. Alcjoniitm exos. Lin. , Cmeliu, p. 38 10. Alcy palniatiim I.a- moui-ôux, Polyp. flcx., p. 335. — Lobularta palmala Lamarck , An. sans vert., I. 2, p. /, i^. — Alrjioniiim exos Cuvicr, Itègne Anim., a» éd., t. 3, p. 32 1. — Lobularia exus l'.lainviile, Ma- nuel. d'AclinoIdgie, p. 522 , et Lofiulairc l'iolctlii cjusdem, allas dii.dict. des Se. nat. Zoopli. , pi. Gï, fig. I. — L.palrnala Uclle cliiaje op. cit. vol. 3, pi. 3a, lig. i. (9) l'I. U.fig 336 MiLNK r.uwARDS. — Sur les Alcyons. protractile de ces animaux est, comme on le sait, membraneuse et (l'une délicatesse extrême, tnidis que le polyjDier où ils se retirent est très consistant et solidifié par un dépôt calcaire assez abondant. I^orsqu'on observe les Alcyons dans leur état natu- rel, la ligne de démarcation entre ces deux parties paraît bien tranchée, et on pourrait au premier abord, croire ces petits ani- maux logés dans des cellules au pourtour de l'ouverture des- quelles iis adhéreraient; mais quand on enlève à l'aide d'un acide étendu d'eau , le dépôt calcaire dont la base du polype est envi- ronnée, on voit qu'il y a entre ces parties continuité organique, et que la cellule polypifère n'est autre chose que la portion in- férieure du corps du polype qui, en se contractant, rentre en lui- même, comme nous l'avons déjà vu pour les Alcyonides. Le polypier commun n'est en effet autie chose que le résultat de l'agrégation intime de la portion basilaire des polypes. Chaque Polype a la forme d\m long tube rétréci à sa base qui, dans la majeure partie de son étendue, est soudée à ses voi- sins et plonge plus ou moins profondément dans la masse com- mune résultant de cette agglutination, tandis qu'à son extré- mité supérieure il reste libre et isolé. La grande cavité que nous avons appelée abdominale règne dans toute sa longueur et pré- sente sur ses parois, comme M. Savigny l'avait déjà constaté, huit lignes longitudinales et saillantes, semblables aux replis membraneux que nous avons reconnus être destinés à remplir chez les Alcyonides les fonctions d'ovaires( i). De même que chez ces derniers zoophyte's, on voit ces replis se continuer jusqu'à la base des tentacules, et dans leur partie supérieure se fixer par leur bord interne à un grand tube membraneux qui part de la bouche et qui est suspendu au milieu de la cavité abdoluinale. Ici eucoie les huit canaux verticaux ainsi formés conduisent les liquides de cette dernière cavité dans l'intérieur des t^tacules, et au bas des cloisons qui les séparent, on remarque huit fila- mensconlournésqui naissent du canal digestif(2) et qui paraissent avoir été pris tantôt pour des espèces d'intestins, tantôt pour (0 pi. i5, fli; C cl 7. (7) PI. 1 ) , fi-. rt S , cl p!, I ', , (K-, 4. MiLNE KDWARDS. — Sur î.es alcyons. 337 des ovaires, mais auxquels ni l'une, ni l'autre, de ces détermi- nations ne sont réellement applicables. Enfin au-dessus de ces corps , et principalement clans les points correspondans aux huit lignes longitudinales, on voit souvent naître des parois de la ca- vité abdominale des ovules (i) qui finissent par se détacher et par être expulsés par la bouche. 12) Jusqu'ici la structure des Alcyons; comparée à ce que nous avions déjà vu chez nos Alcyonides,ne représente aucune diffé- rence notable; il en existe cependant, et elles sont même d'une grande importance dans l'économie de ces animaux. La dissection microscopique de nos Alcyonides nous a conduit à reconnaître dans les parois délicates du corps de ces animaux, deux tuniques intimement unies, mais ces membranes sont peu distinctes, et il ne paraît y avoir dans leur structure aucune dif- férence bien apparente. Chez les Alcyons, il en est de même dans la portion protractile du corps du Polype, mais dans la masse commune il en est tout autrement, ainsi qu'on peut le voir dans l'Alcyon palmé, mais surtout dans une nouvelle es- pèce du même genre qui habite les îles Chaussey, et que j'ap- pellerai Alcyon étoile (3). Pendant notre séjour sur ces ro- ^ chers , le temps nous a manqué pour faire conjointement avec M. Audouin, j'anatomie de ce dernier zoophyte, mais nous en avons conservé dans l'alcool, et l'action de ce liquide loin de nuire comme d'ordinaire à l'étude de ces animaux a rendu le point dont je m'occupe ici plus facile à reconnaître. En dissé- quant sous la loupe ce nouvel Alcyon, j'ai vu bien nettement la tunique interne se continuer dans l'intérieur de la masse com- mune et y tapisser les parois de la cavité abdominale des Polypes, sans changer notablement d'aspect; mais la timique externe, au lieu do se confondre avec celle-ci , comme dans la portion protractil#de l'animal, eu devient parfaitement distincte du mo- ment où elle entre dans la composition du polypier. Son épaisseur (t) PI. l',,f.|;. 7. (a) On doit à M. f'/ranl des oljscrvallons ioii iiilirossanlis sur It- (Irvcloppcmoiit du ces gcniinrt, (!t sur l%,\.ermmétYfar àes tentacules nombreux formant plusieurs rangées autour de la bouche, « qui est centrale. » Quand je lui montrai ceux que j'avais apportés vivans à Paris, il lue dit rcconDaitrc les prolongemeas lilifornies, pour ce qu'il avait appelé des tentacules nombreux, et ajouta que l'imperfection du microscope dont il se servait alors (eu 1826) ne lui avait pas per- mis de compléter son observation. (f) Dans les Miliolcs mourantes, la matière glutineuse de l'intérieur fait saillie au dehors et prend une forme quelquefois bien propre à induire en erreur sur les caractères de l'animal ; elle montre ei' effet des lol)(?s arrondis plus on moins symétriques; et si l'animal était sur le point de former un nouvel article, cette matière glutineuse est plus abondante et ;ient même, après la conservation dans l'alcool, former une large expansion assez légulicre; c'est une ap- parence dn ce genre qu a conduit M. de Bli'-'nviUe à rapprocher des Tlunaires, ces êtres qui en diflùrent conf Uérablement au contraire. 348 r- DUJAUDiK. — Sur les Organismes injérieurs. qui sont des Rhizopodes sans test, avec les Difflugies et avec les Arcella de M. Ehrenberiï? Il convient donc d'étudier avec soin les filamens servant de pieds aux Rhizopodes; car, absolument semblables dans les dii- férens types de ces animaux , ils sont presque la seule partie qui se prête bien à l'observation. Le filament qui commence à paraître est très fin , simple et égal, il s'allonge et s'étend en différentes directions pour chercher un point d'appui ; tantôt il oscille, tantôt il s'agite d'un mouve- ment ondulatoire assez prompt, ou bien il se roule en spirale sur lui-même; et dans ce cas, les différens tours venant à se souder, il résulte une masse susceptible de s'allonger de nouveau. On trouve ainsi une remarquable analogie avec les cils ou papilles des ani- maux inférieurs, cils qui se contractent et disparaissent après la mort, tandis que des cils réels résistent même à l'action des ré- actifs chimiques (i). Amesureque le filament s'allonge, il grossit (i) Le Bullelin scientifique du Réformateur a voulu rendre comple de ma lettre lue à l'Acadéuîie des sciences le 22 juin (Voyez volume m de ce recueil page Sta). L'auteur con- lond \c Spargamiim et \e Sponi^odiuin,\>Tenà V Acétabule pour un animalcule, et me fait dire que les Rhizopodes sont des globules mitqucux, jouissant de mouvemeas spontanés, mais n'of- frant aucune fibre, aucun globule. Enfin, il termine ainsi son article : « l'auleur n'a rien vu, << sans doule ]iarce qu'il ne s'est pas mis dans le cas de voir quelque chose, et les fi'.amens qu'il « dil avoir remarqué autour de l'animal ne sont peut-être que les cils vibratiles de cesinfusoires, « car quel autre jugement peut-on porter sur les observations d'un micrograplie qui fait l'ana- << lomie d'un animal en commençant par le broyer entre deux verres? » Ce genre de critique me surprendrait moins si j'étais membre de l'Institut ou sinécuriste , mais je ne suis qu'un humble travailleur, et j'ai le droit de dire comme M. Kaspail dans son nouveau système de chimie, page 8- : » Nous, pauvres moucherons indignes du regard des aigles, nous avons pou « de foi en l'infaillibilité du génie; nous ne croyons bien qu'eu la puissance de la laison ; el, « comme chacun de nous eu a sa dose, nous sommes convaincus que chacun de nous est apte a <■ découvrir. » Néanmoins, quelle qu'en fut la forme, une discussion scientifique ne serait pas sans utiiilé SI elle partait sur des faits; peul-èlre même me trouvcrais-je d'accord avec l'auteur de l'article cité, si modifiant les termes de sa phrase, il indiquait une simple analogie entre les filamens des Rhizopodes et les cils vibratiles des lufusoires, et s'il ne tenait pas trop à l'hypothèse développée par M. Kaspail dans sou système de chimie au sujet de ces cils vibratiles, qui ne seraient à son avis qu'un effet de réfraction, produit par la différence de température du li- quide aspiré et du hquide expiré sur les différens points de la surface? hypothèse jugée depuis long temps par les observateurs nombreux qui ont vu les appendices ciliiformes faiblement agités ou immobiles, et se sont convaincus de leur réalité non-seulement sur les Infusoires, mais sur les branchies même des Mollusques ou sur les lenlacules de l'Aoyonelle. F. DUJARDm. »— Sur les Organismes inférieurs. 849 par l'afflux de nouvelle substance, ce que l'on dislingue bien par le mouvement des granules diaphanes irréguliers qui s'avan- cent en même temps et rendent le filament inégal et noueux (fig. 4)- Il émet aussi ça et là, sous un angle plus ou moins aigu, de nouveaux filamens qui se ramifient à leur tour. Les embran- chemens présentent souvent des palmures que l'on observe mieux encore dans les anastomoses et à l'extrémité des rameaux, où la matière s'étend quelquefois en membrane irrégulièrement étirée et lacuneuse. Les fdamens se retirent par un mouvement inverse : on voit alors les granules revenir en arrière, et forcer à rétrograder d'autres granules animés du mouvement d'afflux. Quand deux ou plusieurs filamens se sont soudés latéralement, il arrive même que les granules se meuvent erîsens contraire dans chacun d'eux quoique la fusion de ces filamens paraisse complète. Il arrive souvent que le filament, en se retirant plus brusque- ment au sommet, ne peut rentrer aussi promptement par sa base et se trouve terminé par une sorte de tête ou de bouton , résultant de la fusion de toute la partie extrême. De ce bouton sortent des filamens tout différens des filamens précédens, et de même aussi quand un filament tout entier s'est fondu dans la masse totale, ceux qui sont émis plus tard n'ont avec lui d'autre rapport que l'identité d'origine. Mais ce sont les anastomoses qui montrent bien mieux encore comment les filamens peuvent se souder et se confondre; en effet, deux filamens qui se rencontrent dans le même plan se réunissenl intimement pour n'en former qu'un seul au-dessus du point de jonction. La palmure qu'on observe au-dessous et le mouvTL-ment des granules ou nodules qu'on suit dans le fila- ment simple, puis indifféremment dans l'un ou l'autre des bras anastomosés, ne permettent pas de supposer là une simple jux- ta-position. Si les deux filamens ainsi réunis partent d'un même point, il en résulte une maille ou lacune, que l'on voit dimiruier, puis disparaître entièrement par suite du mouvement progressif di's palmines (jui se sont formées aux deux extrémités. De là , résul- tent quelquefois des expansions membraneuses, percées de 35o F, DUJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. mailles ovales , qui rappellent assez bien l'aspect de la membrane luésentérique des Oursins. D'ailleurs les mailles ou lacunes entourées de filamens noduleux ressemblent beaucoup aux vacuoles des Aniibes^àes Trachelius ^X. de plusieurs autres Infu- soires. Quand un Rhizopode, dont tous les filamens sont tendus, s'avance dans une certaine direction, les filamens dirigés dans le sens du mouvement, s'allongent assez rapidement en avant, et se retirent en arrière; et, ceux qui croisent cette direction se t.'ou- vent plus ou moins infléchis, jusqu'à ce qu'ils se retirent pour s'étendre de nouveau un peu plus loin. On peut juger alors de la résistance que présentent ces petits filamens ; car s'ils sontbeurtés par un Inf'usoire ou ini Entomos- tracé , ils s'infléchissent beaucoup avant de se rompre, ce qui n'arrive que rarement; dans ce cas, les deux parties du filament se contractent en sens inverse. On voit aussi, quand on heurte le flacon où sont les Rliizopodes , beaucoup de ces petits animaux rester suspendus par un simple filament adhérent au verre. Il est superflu, je pense, de faire remarquer comment d'autres substances glutineuses peuvent bien de même , sans se dissoudre dans l'eau, conserver dans ce liquide la faculté de se coller soit entre eux, soit à d'autres corps, (i) Comment donc s'exécutera , chez ces animaux, le phénomène de la nutrition ? Où seront les appareils analogues au moins aux estomacs multiples et à l'intestin des Infusoires? car on ne met rien au-dessous des Monades pour le degré d'organisation. Cette objection qui n'en est pas une, puisque ce n'est pas expliquer une fonction que de lui assigner un appareil, cette objection perdra beaucoup de sa force si l'on veut prendre la peine de vérifier la réalité de cet appareil dans les Infusoires polygastri- ques, et en particulier dans les Amibes. Dans ces derniers ani- maux, en effet, il n'y a ni cils vibratoires, lù rien autre chose qu'une matière glutineuse , comme dans les Rliizopodes. (i) Une observation allenlive montre des Infusoires, tels que le Kolpoda cucuUulus de Mill- ier, susceptibles de se coller momentanément les uns aux autres par un point quelconque de leur surface; j'en ai vu quelquefois trois, ainsi groupés d'une manière tout-à-1'ait irrégulicre ; el c'est celle circonstance qu'oc a prise Jipur uu acte relatif à la génération. F. DTJ JARDIN. - — Sui' les Organismes inférieurs. 35 1 Quant aux moyens de reproduction, je rappellerai ce que j'ai vu dans un test du Rhizopode fixé sur un Spongodiiim el bien certainement vivant. La matière animale se montrait à travers le test réunie en m.asses globuleuses régulières que l'on peut supposer formées de gemmules; et d'un autre côté, je dirai comment, en écrasant avec précaution le test d'un Miliole, on voit des lam- beaux encore vivans de la matière animale se contracter isolé- ment, puis émettre de nouveau des filamens comme s'ils étaient devenus des centres partiels d'organisation. 11 est donc possible d'admettre dans les Rhizopodes un double mode de reproduction, l'un au moyen de gemmules, l'autre au moyen de lobes de substance qui seraient abandonnés par l'ani- mal sur les corps auxquels il se fixe. Il est bien naturel de pen- ser aussi que les lobes successifs des Rhizopodes à coquille se forment de même par une accumulation de la substance animée, à l'endroit que doit occuper la nouvelle cellule. Mais la formation du test présente à l'esprit des difficultés d'autant plus grandes que l'on veut la comparer à ce qui a lieu dans des animaux plus complexes. Le test des Milioles est tout-à-fait homogène, sans pores, sans texture fibreuse ou lamellaire, sans traces d'épaississement ; il ressemble tellement à la couche calcaire des Acétabules, vertes et confervoïdes avant d'être revêtus de cette couche, qu'on serait tenté d'établir un rapprochement. On voit d'ailleurs au- dessous de ce test, quand on le dissout avec précaution, une membrane excessivement ténue. Cette membrane, très forte et très résistante, dans lesRotalies, où le test manque également de pores , dans les Rosalines, où elle porte des tubes qui traver- sent le test, dans lesMélonies, où elle paraît avoir entièrement disparu, du moins je n'ai pu ^n voir de traces, dans les Vor- ticiales, où le test poreux est demi-transparent et d'un aspect tout différent de celui des Milioles. Le sac membraneux de la Gromia se distend à mesure que l'animal s'accroît, et il ne s'encroûte pas d'un test ; il est bien cer- tainement produit par l'animal comme la membrane qui tapisse les cellules des autres Rhizopodes; mais voudrait-on regarder dans ceux-ci cette mince membrane comme l'appareil sécréteur 35a F, DUJ.vRDiN. — S//r les OrganisîJies inférieurs. du test, j)luiôt que comme xin simple produit de sécrétion? Je ne le pense pas : n'est-il pas plus difficile en effet d'admettre la présence et les fonctions d'un appareil sécréteur, que de con- cevoir la formation immédiate du test par une sui^stance qui, se montrant ici sous la forme la plus simple , existerait aussi dans les appareils plus compliqués des animaux supérieurs; car alors laco-existence d'un grand nombre d'appareils dans un même in- dividu, peut rendre nécessaire la présence d'un grand nombre d'accessoires, servant uniquement soit à les circonscrire, soit à permettre leur action simultanée ? D'ailleurs, décrire '.m organe, ce n'est pas expliquer le mode d'action de ses élémens de structure, et s'il était possible d'ar- river à la solution d'un tel problème, ce serait incontestablement en partant des organismes les plus simples pour arriver aux plus complexes, par une série non interrompue d'analogies. En effet, dans les proto-organismes, où l'on voit apparaître les élémens de structure, soit isolés, soit combinés de la manière la plus sim- ple, on pourra, sinon expliquer leur formation primitive ou con- sécutive, juger au moins du rôle et de l'importance de ces élé- mens. Enfin, quant à la difficulié qu'on trouverait à concevoir la régularité du test formé, par une matière, en quelque sorte protéiiorme, qui aurait dû prendre une forme régulière à cer- tain instant, cette difficuUé n'est pas différente de celle que nous présente un embryon quelconque, dans lequel ime matière, amorphe d'abord, revêt un peu plus tard une forme déterminée. II. Sur les ïnfusoîres appelés Protées , et sur (Vautres organismes très simples. L'impossibilité de présenter à-la-fois tous les faits qui servent de base à une série d'idées, lorsque surtout ces faits ne peuvent être compris qu'à l'aide de figures nomijrciises, me détermine à publier successivement les résultats principaux de mes re- F. UOJARDIN. — Sur les Oro^anismes inférieurs. 353 cherches; mais au lieu de présenter chaque fait isolément, je crois convenable d'y rattacher quelques-unes des idées générales qui se trouveront liées et coordonnées, quand plus tard l'ensemble^ des faits qui leur servent de démonstration sera connu. Ainsi dans cette note, en parlant des Protées ou Amibes ., qui sont un des premiers termes de la nature vivante, et qui méritent à peine le nom d'animal, je présente en regard des observations sur les autres organismes les plus simples, et je ne crains pas de laisser voir le fond de ma pensée sur ce sujet, assuré que je suis de pouvoir confirmer, par la publication de mes travaux , ce qui paraîtrait d'abord trop hasardé à des esprits justes. Le genre Protée, caractérisé par l'instabilité de sa forme et par la simplicité de son organisation , fut établi par Othon Fré- déric Mûller, dans son admirable travail sur les Infusoires : il était alors formé de deux espèces tellement différentes, que M. Bory de Saint- Vmcent et M. Ehrenberg durent, avec raison, les placer dans deux genres éloignés. La première, Proteus dif- Jlueus, devint, pour M. Bory, le type du genre Amiba, et la seconde, Proteus tenax , fut placée, par ce micrographe, dans le genre Raplianella, et par M. Ehrenberg, dans son genre Distigina; néanmoins, elle n'appartient ni à l'un ni à l'autre, et mériterait de rester, avec le nom que lui donna Mùller; comme type d'un genre à part; en effet, ce Protée n'a point les longs cils mobiles et ondulatoires servant d'organes locomoteurs aux Baphanella, qui sont des Euglena pour M. Ehrenberg; et au lieu de la pulpe verte et iacuneuse de ces mêmes Infusoires, il ne contient que des granules distincts et nombreux de -^ de 1 O 400 millimètre, avec une substance glutineusc diaphane susceptible de sortir en masses globuleuses par expression; et, d'un autre côté, il n'a jias les deu>: points noirs qui caractérisent les TJis- tigma. Les observateiu-s, qui ont cherché le Proteus tenax dans les eaux, ne l'ont rencontré que très rarement et tout-à-fait acci- dentellement, car c'est entre rintcsiiu et la couche musculaire externe du Lombric terrestre qu'il habite ordinairement, et je l'y ai trouvé plusieius fois en assez grand nondjre. Il continue à vivre dans l'eau, hors du corps dos Lombrics, pcndiuit quoique 354 ^' DifJARDriv. — Sur les Organismes inférieurs. temps, et cela explique comment on peut l'avoir vu dans l'eau des marais, car je ne doute pas que celui que j'ai observé ne soit le même que celui de Millier, dont la description est parfaite- ment d'accord, et que celui de M. Ehrenberg, dont la grandeur (^milhm.) est fort peu différente, et dont les caractères sont véritablement aussi identiques; puisque cet auteur avoue n'avoir pas parfaitement vu les deux points noirs qu'il regarde comme des yeux. Le Pioteus tenax des Lombrics est sans couleur ou à peine jaunâtre, long de ^ à ^ de millimètre; il ne présente absolument aucune espèce de cils, et ne produit pas de courans dans le liquide, soit qu'il se meuve, soit qu'il reste à la même place. C'est comme un sac membraneux, allongé, contractile d'arrière en avant, et d'avant en arrière, de manière à présenter des ren- flemens et des étranglemens mobiles. La partie antérieure est munie d'un bouton arrondi qui ne devient sensible que dans l'extrême allongement du cou , et porte un petit tubercule mamillaire qu'on aperçoit toujours. 1! est rempli de globides ovoïdes de ^-^ mill. environ, qui refluent d'une extrémité à l'autre par suite de la contraction, unique moyen de progres- sion de cet animaloule. Pour se mouvoir, le Protée commence par avancer une sorte de coi aminci en refoulant tous les granules en arrière (pi. lo , fig. B i); puis, se contractant à la partie postérieure, il prend suc- cessivement, en deux et quatre minutes, les formes indiquées par les fig. B2 et B3; deux minutes plus tard, il a avancé de nou- veau son col avant que le refoulement total des molécules ne fût opéré, il présente la figure BZj; après huit minutes, c'est la figure B 5, après dix, la fig. B6, et enfin, au bout d'une demi- heure, lorsqu'il va bientôt mourir, il se montre entouré de cette matière diaphane glutineuse que j'appellerai sarcode{^^. B 7 *), et qui exsude à travers le sac membraneux. Un autre individu, encore bien vif, m'offrait d'abord la fig. A I , avec deux exsudations globuleuses de sarcode ; en con- tinuant à se mouvoir, il fit passer ces globules à la partie pos- térieure (A 2), puis, après quinze minutes, s'allongeant et s'amincissant considérablement, il commença à s'agiter avec F, DUJARDiN. — Sur Ics Organismes inférieurs. 355 vivacité comme une anguillula , tout en continuant à se contracter d'avant en arrière, et le' sarcode s'étant détaché forma des globules distincts qui restèrent encore liés entre eux (fig. A3). Un troisième individu m'a présenté les formes Ci et C 2 , pi. 10. Ajjrès la mort, le sac membraneux se relâche, paraît également large dans toute sa longueur, et persiste comme une membrane solide. J'ai souvent remarqué au milieu des granules intérieurs des masses ovalaires plus volumineuses (fig, B. m.) , mais tout-à-fait libres, ainsi que les granules eux-mêmes, et paraissant de même nature : ceux-ci se répandent au dehors quand on écrase l'ani- mal ; et ainsi rais en liberté, ils conservent indéfiniment un mouvement de titubation analogue à celui que M. R. Brown » signalé dans les particules des corps très divisés (i). Mais ce mou- (i) Ce inouvement bien réel, observé d'abord par M. Adolpbe Brongniart dans les parliculds du pollen a été couteslé vivenieul par M. Raspail qui, voyant ses derniers argumens {Aitn. des Se. d'observation lome m) sans réponse de la pari de M. Brown et des autres observateurs, eu a conclu (Nouv. sjst. de chiaiie org. p. 173) que les savans partagent tous son opinion et cite même, comme adoplant presque tous ses résultats, le Traite de pliysiologie de Ticdemann où je lis seulement (page 359 ^' """^ § ^^9 deuxième part, de la irad. française) « ....Les niou- « vcmens des particules contenues dans les grains poUiaiques paraissent ne point être des phéno- « mènes organiques ou vitaux... Il faudra donc de nouvelles recherches sur le manière dont <• divers cxcilans se comportent à l'égard des particules du pollen pour décider si les mouve- « mens de ces derniers doivent cire ou non regardés comme des manifestations de la vie. » Il y a loin de ces doutes philosophiques aux assertions de M. Raspail qui s'exprime ainsi: « Je combattis ce roman en démontrant que cesmouvemcns ne différaient en aucune manière « des mouvemens imprimés à tout corps nageant sur la surface de l'eau par l'impulsion de « l'explosion, par la pente du porte-objet, par l'agitation de l'air, par l'ébranlement du sol, par ■ les mains et par le souffle de l'observateur, et par l'évaporation de la substance quand elle « est volatile. » Plus loin il répète, que M. K. Brown attribue à tous les corps suspendus sur la surface de l'eau un mouvement iinon spontané, au moins inhérent à leur nature. Or, les particules en question sont tenues eu suspension dans le liquide ca non suspendues ■ »ur la surface comme le croit M. Raspail, et si on peut adresser quelque reproche à M. R* Brown, c'est sur la dénomination de molécules actives, et non sur l'observation en elle-même qui est parfaitement exacte. si l'on voulait se former une opinion sur ce sujet, je recommanderais d'observer la gommc-gutte qui lorme dans l'eau une émulsion permanente. Une goutte de celle émulsion , préparée depuis long-temps et soumise au microscope, soit à l'air libre, soit sous une lamo mince de verre ou sous une goutte d'huile ipii la laisse adhérer au verre, montre dans ses par- ticules de — '— mill., un mouvement de titubation, rendu plus vif par une élévation de tonipéra- turc, cl telitinent uniforme, dans toute rétendue de la goullc lilau ou eniprisonnéc, qu'il n'cit ?3: 356 F. DUiARDiN". — ' Sur les Organismes inférieurs. vement pourrait bien induire en erreur, si l'on cherchait à établir des simihtudes de composition entre les divers organismes infé- rieurs , et si l'on j voulait apercevoir une vitalité locale; en effet, j'ai vu des particules agitées de même dans des Oursins, des Holothuries et d'autres Radiaires, dans des Lombrics, etc. ; d'ail- leurs le caractère de ces motivemens conduirait également à les considérer comme indépendans de la vie , car loin de se mouvoir dans une certaine direction avec une apparence de volonté, chaque particule, comme retenue dans le même lieu, oscille irrégulièrement en différens sens en décrivant une ligne brisée et repliée en zigzag autour d'un point, de manière que l'ampli- tude de ses excursions soit d'une fois, deux foison quaîre fois, au plus, son propre diamètre. MùUer, dont la description s'accorde avec ce qui précède, dit que les granules sont noirâtres; mais, avec des instnimens meil- leurs que ceux dont il a pu faire usage, on reconnaît aisément qu'ils sont diaphanes et que c'est par im effet de réfraction qu'ils paraissent entourés d une ligne noire. Enfin, la manière dont ils se comportent avec les réactifs chimiques, porterait à croire qu'ils sont uniquement prodnifs par la condensation plus grande de la substance glutineuse diaphane occupant avec eux l'intérieur de l'animalcule. Les autres Protées diffèient singulièrement du Proteus lenax, et, à moins d'avoir déjà vu leur masse gélatineuse à demi fluide prenant incessamment quoique avec lenteur des formes tou- jours nouvelles, on ne peut guère s'en former une idée. Quoique très communs, ils échappent aisément aux recherches en raison de leur petitesse, de leur transparence, et de la lenteur de leurs pas permis d'y voir l'tffet de l'une quelconriuc des causes signalées par W. Raspail. L'acide nilrique, l'alcool, l'infusion de noix de trallo, et le cliloiide meiciiri([ue, im'ijés à i'émulsion paraissent ne modifier nullement le pliéminiène; la potasse dissout les parlioules, mais si elle n'est pas en quantité suffisante, les par'.icules restantes continuent à se mouvoir. En re|)arlant de ce phénomène, à la page 363, j'essaierai de l'expliquer ; j'ajoute ici qu'où y doit voir dans ce phénomène la cause générale qui raaiiilient difforontes substances en éniulsion, et qui rend trouble dès le début une infusiou animale ou végétale en facilitant la désagrégation des particules organiques prises souvent pour des monades eu raison de leur mouvement de tilubatioii. F. DUJA.RD1N. — Sur les Organismes inférieurs. SSy permutations au milieu des débris organiques dont ils sont en- tourés; mais quand on a appris à les reconnaître, on en trouve fréquemment dans les eaux stagnantes et dans les infusions. M. Bory les avait appelés amibes du mot grec «/xoiÇvj, Permu- tation^ pour exprimer l'instabilité continuelle de leur forme ; il avait d'ailleurs si bien senti la simplicité de leur organisation, et leur caractère d'expansibilité plutôt que de contractilité, qu'a- près avoir vu les Rhizopodes que je mis sous ses yeux au mois de novembre dernier, il reconnut lui-même et me fit remarquer la singulière analogie de ces êtres avec les Amibes, et surtout avec celle dont les prolongemens sont plus effilés, et qu'il consi- dère comme une seconde espèce. M. Ehrenberg change leur nom en celui ^^mœba pour se rapprocher de l'étymologie grecque, et en décrit trois espèces, dont la première, Amœba princeps, en raison de sa grandeur ©""'■jSyô, doit être en effet bien distincte;' il fait remar- quer combien est peu digne d'attention le travail de Losana de Turin qui prenant plaisir à représenter, comme espèces, des variations accidentelles de forme dans les Amibes, en porte le nombre à 69, et les accompagne de figures aussi mauvaises que possible; c'est qu'en effet, pour peu qu'on accorde d'importance à la forme de ces organismes inférieurs, on est facilement con- duit à multiplier outre mesure les genres et les espèces. Quant à moi, j'ai journellement sous les yeux des Amibes de l'origine la plus différente, m'offrant toutes les formes, depuis celle d'une gouttelette d'huile qui coule lentement, jusqu'à celle d'une expansion muqueuse laciniée, ou d'un globule muni de prolongemens filiformes qui se raidissent dans tous les sens, et, malgré celte diversité de formes, quoique leur grandeur varie seulement de o"'"',o>,3 à o^joSo, rancis omc les dimensions des Amœba Proteus et Hadiosa (Ehr.) sont comprises entre o'",o45 et Om,i 12, je n'oserais penser que ce soient vraiment plusieurs espèces. J'en ai trouvé abondamment dans les eaux stagnantes, notam- ment à l'étang du Plessis-Fiquet, jusqu'à l'époque des fortes gelées, dans la couche de filamens confervoïdes et de débris or- ganiques qui revêt les feuilles mortes de Typha. Parmi une 3j8 F. DUJARDm. — Sur les Organismes inférieurs. innombrable quantité de formes, je représente seulement sons les lettres D,E, pi. lo et G, H, pi. ii, les changemens successifs, à cinq minutes d'intervalle, de plusieurs exemplaires. ([) Dans l'exemplaire H, ii n'y avait qu'une matière glutincuse offrant des lacunes et des nodosités, comme les expansions des Rhizopodes; dans ceux marqués D et E, il y avait en outre des granules analogues à ceux qu'on voit dans le Proteus tenax ou bien dans les Rérones et certains Trichodes, et ces granules en raison du mouvement de ï Amibe ^ refluaient d'un côté ou de l'autre. Dans l'exemplaire E , les vacuoles étaient miîux marquées, tout-à-fait semblables à celles du sarcode de la Leucophra no- dulata pag. 369, et rendaient plus facile à comprendre l'iné- galité de structure et d'épaisseur dans les autres. Ces vacuoles, que M. Ehrenberg a prises pour une bouche non entourée de cils {Voy. son premier méjii. expl. des planches, pag. gÔj, on les voit se former et disparaître, de sorte qu'il y en a tantôt une seule, tantôt plusieurs, ou niéme il n'y Cii a aucune; et quand le li- quide est chargé de carmin ou d'indigo, les particules de cou- leur demeurent engagées et rapprochés dans la vacuole qui se resserre. On pourrait donc, si l'on n'était témoin du phénomène dans tous ses détails , admettre avec M. Ehrenberg que la ma- tière colorante dévorée par cet Infiisoire se trouve logée dans les nombreux estomacs attribués par le savant Prussien à tous leslnfiisoires les plus simples, sans en excepter le Monas terme. Cependant, quand on a vu les vacuoles se former et disparaître indifféremment sur les infusoires eu divers endroits, et quand on a reconnu que ce sont précisément les vacuoles contractées qui contiennent la couleur, tandis c[ue d'autres Vacuoles dis- tendues en même temps ne contiennent que de l'eau peu ou point colorée , il est permis de révoquer en doute la faculté qu'au- raient ces animalcules de choisir et de dévorer un tel aliment. D'autres corps étrangers peuvent être de même accidentelle- ment engagés dans la substance d'une Amibe, et des Navicules (i) L'individualité de ces êtres pouvant devenir un sujet de conteslalion, j'emploie ici , au lieu du mol individu, le mot exemplaire dont Millier a souvent fait usage dans son Histoire des Infusoires, F. DUJAEDiN. — Sur les Orga/iismes inférieurs. SSg s'y trouveront peut-être ainsi, ou bien y auront pénétré par suite de leur propre mouvement de translation. Pour donner une idée précise de la vitesse du mouvement dans les Amibes^ il suffit de dire que la forme a quelquefois en- tièrement changé en deux ou quatre minutes, et qu'un espace d'un millimètre ne peut être parcouru en moins de trente à quarante minutes par un animalcule large de o""'',07. Tantôt , (fig. E . pi. lo) , la masse entière paraît s'étendre et couler à plusieurs reprises dans une certaine direction , avec un contour arrondi en avant, et déchiré en arrière; tantôt des prolonge- mens obtus ( fig. D.) ou effilés (fig. G. H.) s'avancent dans un sens plus ou moins variable, et adhérent pour quelque temps au verre qui sert de support, afin d'attirer à eux la masse d'où ils sont sortis. On voit donc là un mode tout particulier de lo- comotion, bien différent de celui du Proteus tenax, et plus dif- férent encore de celui des Vibrions^ qui se meuvent par des contractions brusques; et de celui que produisent soit un seul filament flagelliforme, soit ^ln faisceau de filamens ciliiformes, ou une infinité de cils courts comme ceux des Paramécies et des Planaires. C'est en observant long-temps les mêmes Amibes fixées aux parois d'une caisse de verre, où elles continuent à vivre, que j'ai pu m'assurer de l'identité d'origine des formes diverses qui se produisent sous l'influence de circonstances inaperçues; je n'ai pu même trouver de différence réelle entre celles des .étangs et celles d'une infusion de chair crue couverte, après 27 jours, d'une couche filamenteuse épaisse et comme feutrée, remplie de Vibrio bacillus^ de Monades et de ces Amibes. Les ^//2«(^ej ne présentent aucune apparence de cils pouvant servir à la locomotion, à la respiration ou à l'adduction des ali-« mens comme dans les autres Infusoires ou dans les Planariées, et Ton peut penser que toutes les fiicultés sont réduites ici à l'absorption et à une force d'extension, bien plus que de con- traction; car ce n'est point la contraction de la masse qui dé- termine l'émission d'un prolongement, mais ce prolongement se forme et s'avance en vertu d'une *'orce inhérente, puis en- traîne lu reste de la masse , quand d a pris un point d'appui. 3ÔO r. Diu.VRUix. — Sur les Organismes inférieurs^ C'est donc tout l'opposé de ce que M. Eiu-enberg paraît croire en comparant ces prolongeinens à des hernies produites par le relâchement local d'une partie du tégument, et par la contraction de tout le reste. Or, cela ne pourrait avoir lieu en effet qu'au moyen d'une membrane enveloppante, très contractile, tandis qu'une observation attentive démontre avec évidence l'absence d'un épithélium c[uelconque dans les expansions des Amibes^ comme dans celles des Bhizopodes. Si poursuivant la compa- raison de ces êtres, on vient à considérer la nature de leur sub- stance glntineuse, çà et là condensée de manière à présenter des nodosités ou des granules, se creusant de vacuoles ou de lacunes, et enfin émettant des expansions susceptibles de se ra- mifier , de se souder et de se confondre de nouveau dans la masse; ne pourra-t-on pas se demander si des êtres sans organes et sans circonscription définie doivent réellement former des genres et des espèces? Et la question paraîtra peut-être encore plus voisine de sa solution si l'on étend cette observation aux ' Monas, aux Bodo, etc. qui ,' les premiers se montrent dans les infusions. Ces animalcules en effet semblent ne consister qu'en un petit amas discoïde ou fusiforme, irrégulier, noduleux, de substance analosrue à celle des Amibes avec des lacunes ou va- cuoles où peuvent se trouver engagées les particules de cou- leur de manière à représenter encore, si l'on veut, des estomacs multiples. Si l'on cherchait à se rendre compte de l'apparition de ces Infusoires, toujours très simples d'abord , dans les diverses infusions, on ne pourrait le faire que de deux manières : Y en admettant une infinité de germes imperceptibles, répandus par- tout, même dans l'atmosphère , conservant une sorte de vie la- tente, et susceptibles de résister indéfiniment à la sécheresse et à la chaleur pour se développer quand les circonstances le per- mettent; 2° ou bien en concevant que ces proto-organismes se forment de toutes pièces, là où les élémens nécessaires à leur production se trouvent en présence. Cette dernière opinion qui, en réalité . diffère bien peu de la première , on sera tenté de la repousser comme absurde pour peu que les organismes dont il s'agit soient complexes , mais elle acquerra au con- F. uuJAiiDiîN'. — Sur les Ojganismc\s u/Jerieu/s. 36 1 traire une probabilité cfautant pbis grande qne ces organismes seront plus simples. Or, cette simplicité d'organisation, pourrait- on la faire comprendre à ceux (jui prétendent chercher, jusque dans les infiniment petits de la nature vivante, une répétition d'un type plus élevé, une sorte de Microcosme , et qui, n'ayant pas vu suffisamment par eux-mêmes, ne supposent pas que l'ha- bitude du microscope et le perfectionnement de cet instrument puissent conduire à reconnaître, quant à la forme, la limite de l'organisation? Serait-il donc d'une sage philosophie de générali- ser un type qui doit être naturellement limité, en grandeur comme en petitesse, par la condition même des élémens de l'or- ganisme auquel il appartient? et, devrait-on conclure par pure analogie à l'existence des nerfs, des muscles, des tendons, là où il y a mouvement, ou bien à l'existence d'une circulation et d'un système de vaisseaux, là où il y a nutrition, pour se donner occasion , comme les premiers micrographes, d'admirer la gran- deur de l'architecte de si petites choses, sans songer que le pro- blème de la vie est par lui-même infiniment plus admirable encore que celui de la structure? La vérité pourtant est qu'avec une grande habitude du mi- croscope simple et composé et avec des grossissemens fréquem- ment variés on arrive à constater qu'il ne peut y avoir dans des Infusoires rien au-delà d'un certain ordre de parties. Le phénomène de la diffluence piogressive des molécules dans les Infusoires mourans, déjà si bien observé par MiïUer, vient con- firmer l'opinion qu'on se sera formée de la simplicité de l'orga- nisation de ces animalcules, et l'observation des vacuoles du sar- code tend à faire envisager la question sous le même point de vue, car elle donne la clef d'une foule de difficultés en fournis- sant l'explication des apparences les plus trompeuses, non-seu- lement dans les Infusoires, mais encore dans des animaux beau- coup moms simples. On n'aura pas de peine à reconnaître aussi que les cils des In- fusoires sont analogues aux filamens qu'on voit se dresser et s'agiter à leur extrémité dans les Rhizopodes , que, par consé- quent, ils diffèrent totalement des poils ou des piqiiaus des animaux supérieurs, et n'ont besoin ni de muscles moteurs ni 36i2 F. DDJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. de bulbe sécréteur, puisqu'ils sont une expansion de la sub- stance propre comme dans les Amibes. On les voit , à la mort de l'animal, se crisper, revenir sur eux-mêmes, puis se fondre entièrement, à moins qu'on n'ait coagulé leur substance par l'acide nitrique, l'alcool ou le tannin, et c'est ce qui explique pourquoi des observateurs liabiles ont nié l'existence de cils semblables, dont on n'aperçoit plus de traces après la mort, tandis que de véritables cils eussent, au contraire, persisté. Enfin, dans les Infusoires dont le mouvement lent ou os- cillatoire n'est plus dû à des cils nombreux agités vivement, tels que cç.v\.:k\ns Ew^lena , Monas , Bodo , Cyclidium , etc., une attention persévérante montre un ou plusieurs fdamens flagel- liformes, au moins aussi longs que l'animalcule, et animés, à l'extrémité, d'un mouvement ondulatoire comme la queue des Zoospermes. Il en résulte le mouvement en arrière ou en avant, qnand le filament est unique, suivant qu'il est droit ou recourbé à l'extrémité; et le coros de l'animalcule ainsi remorqué par le filament vivant, oscille et tourne même sur son axe, s'il est déprimé etdiversement infléchi ou tordu en hélice, comme il ar- rive pour XEuglena longicauda. Ces observations tendent à montrer, comme plus simple, le mécanisme du mouvement des animalcules; mais le fait même de la production d'un mouvement quelconque, ne fût-ce qu'une simple contraction dans une matière organique plus ou moins résistante, n'en est pas moins inexplicable. Il est pourtant des cas où le mouvement de très petits êtres sera, sinon produit, toujours influencé par des forces physiques sans cesse agis- santes, par le calorique, par exemple. En effet, si l'on répète les expériences de M. R. Brown, au sujet du mouvement que pré- sentent dans un liquide les particules des corps solides très divisés, on reconnaît aisément que ce mouvement est d'autant plus prononcé que les particules sont plus petites et que leur densité est moindre. Ainsi une poudre métallique ne laisse voir qu'avec difficulté le phénomène manifesté clairement par l'encre de Chine avec des particules de ^-^ mill. , et surtout par la gomme-gutte ou par d'autres substances d'origine végétale, avrc des particules de 7^„ mill. Ces pardcuies , animées a'un mouve- F- DUJARDiN. — Sur lûs Organismes inférieurs. 363 ment de titubation, s'agitent dans tous les sens en oscillant quatre à six fois par seconde, sans s'écarter de plus d'un ou deux diamètres ; et l'on peut s'assurer que les forces électriques, l'attraction moléculaire, l'évaporation ou l'action des corps ex- térieurs ne sont pour rien dans la production du phénomène , en renfermant le liquide sous une goutte d'huile, comme l'avait fait M. R. Brown , ou simplement entre des lames de verre poli, et en vérifiant la durée indéfinie et l'identité constante de ce mou- vement. Quant à la cause qui n'a pas encore été indiquée, une expérience fort simple permet de Taîtribuer aux vibrations pro- duites par la chaleur dans lether, et par suite dans le Uquide lui-même, qui à son four agite les particules tenues en suspen- sion ; car si l'on élève la température de 4o" ou 5o°, on voit aus- sitôt les particules se m.ouvoir avec plus de vivacité. On conçoit dèslors que si ces particules, au lieu d'être globuleuses, étaient fili ormes, ce mouvement serait plus prononcé dans le sens des filamens, et de là résulterait une apparence tout-à-fait compa- rable à celle des Vibrio lineola.:, qui n'ont que j^ mill. de lon- gueur et une épaisseur de ^j^- environ. Si donc on voulait reconnaître une certaine analogie entre ce mouvement et celui des vrais Infusoires de la plus petite di- mension, ou ne trouverait plus une nécessité aussi absolue à leur accorder un système d'organes locomoteurs, dérobés par leur extrême petitesse, à tous les moyens d'observation; et le mot de génération spontanée cesserait peut-être de présenter ime idée absurde, si on l'appliquait à des êtres dans lesquels .'existence des organes locomoteurs et digestifs serait désormais si i)roblématique, à dos êtres que l'on voit se produire indiffé- remment dans toutes sortes d'infusions, même dans celles d'o- pium, de noix voraique, etc. (i), à des êtres enfin qu'on ne (i) IMiiller.qui avait consacré la plus grande partie de sa vio à des observations dont per- sonne ne conteste la sinrcrilé, formule ainsi sou opiuiou à ce sujet, dans la prélace de sou his- toire des Infusoires, p. xxi. « Les siil>slanccs animales et végétales se résolvent par décomposition en molécules vcslcuUe m sfii glolniti) qui, devenus lilirc-.s reprennent la vie [laxatl reviviscnnt), et foruieni {agiirit) les « animaîci.les infusoires et sperrtjaliqiies. Ces auioialcules très simples, fa:is de molccuios en • appaicnce aniorplics et iuorguaiqucs (^ùrutis et quoad scnsum nostrum inor^anicis), dilïéiant 364 ^- uuJARDiN. — Si/r les Organismes inférieurs. peut classer parmi les animaux qu'en donnant à la définition de l'animal proprement dit une extension forcée. III. Sur les prétendus estomacs des animalcules Infusoires et sur une substance appelée Sarcode. Dès l'instant où l'on commença à observer les. Infusoires, on leur attribua une organisation comparable à celle des animaux supérieurs, parce qu'on se plaisait à faire intervenir le merveil- leux dans ce monde nouveau que le microscope avait fait con- naître. Il est curieux de voir Leuwenhoek parler des tendons, des muscles, etc., contenus dans la queue d'un zoosperme ou dans les plus petits Vibrions en les comparant à la queue d'un rat. O. F. Millier paraît croire à la grande simplicité des pre- miers Infusoires et à leur génération spontanée; néanmoins dans son ouvrage, que la mort l'empêcha de mettre en ordre, il déclare à la page 47, penser comme Leuwenhoek relativement à l'organisation des vibrions. Cette opinion qui admet l'existence d'organes très complexes dans les plus petits êtres a toujours eu de nombreux partisans, et aujourd'hui encore on voit citer, dans les traités de physique, comme preuve de l'extrême divisibilité de la matière, les muscles, les nerfs, les vaisseaux que leur petitesse doit dérober éternel- lement à l'observation. « des autres microscopiques par leur substance et leur organisation, occupent tout le liquide » et paraissent produire les différentes formes d animaux et de végélaux, suivant les moùifica- « lions du germe primordial {primordii fœtus) destiné d'avance par le créaleur à un but déter- « terminé, et devant se développer par l'afûuxde ces animalcules (/iora/n animalculoriim afjluen- c< ûd evolvendï).... Il les font croître par leur afflux coiilinuel, entretiennent leur vie, et «. redevenus libres après la destruction de l'édifice {morte opificii), ils revivent eux-mêmes, " enirent dans la composition d'un nouvel être, et suivant un cercle éternel, deviennent alter- <> nativement matière brute et matière organisée. » On voit donc que, tout en admettant la préexistence du germe, il le suppose inerte tant qu'il n'a pas reçu la vie par l'afflux des animalcules, lesquels se forment spontanément de molécules douées constamment d'un certain degré de vie susceptible de se manifester dans ces êtres, et passant incessamment et successivement d'un être qui se détruit dans un élre qui se développe. F. DUJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. 365 Lamarck, qui botaniste d'abord avait appris à ne pas établir un intetvalle tiop grand entre la vie végétale et la vie animale, et qui commençait l'étude du règne animal par les êtres les plus simples, se montra guidé par une idée plus philosophique, quand il avança que beaucoup d'Infusoires ne sont que des amas de matière vivante, des corpuscules gélatineux, sans organes, sans forme absolument déterminée. M. Bory, marchant dans la même voie, ne vit dans les mi- croscopiques et surtout dans les Gymnodés que des êtres d'une extrême simplicité pour lesquels il ne repousse pas l'idée de génération spontanée ; il a même parlé de leur mode de compo- sition, dans quelques articles de l'Encyclopédie et du Diction- naire classique d'histoire naturelle, de manière à faire désirer de sa part un travail plus étendu. Cependant plusieurs naturalistes voulaient ne voir dans ces petits êtres que des répétitions d'organismes plus élevés ou des germes susceptibles d'un développement ultérieur. M. de Blain- ville, dans l'article Zoophytes du Dictionnaire des sciences na- turelles, a admis, comme presque certain, que beaucoup de vrais Infusoires ne sont que des Planaires on de jeunes Ento- mostracés. Les travaux de M. Ehrenberg durent donc être accueillis avec une grande faveur quand, séduit par des apparences, ce natu- ! raliste j^rit pour la vérité une hypothèse ingénieuse sur la mul- ■ îiplicite des estomacs des Infusoires, qu'il appelle en conséquence W Polygastriques, s'elfor-çant de les faire remonter dans l'échelle I des êtres presque à la hauteur des Vertébrés. Ces prétendus estomacs, Millier les avait bien vus et les avait ' pris pour des ovules ou d(3S ovaires, ainsi que des masses solides I ovoïdes qu'on voit dans quelques animalcules, et pourtant les expressions qu'il emploie pour les décrire sont déjà propres à en donner une idée juste et prouvent combien il est facile de les distinguer, (i) (i) Les expressions employôeî par Millier sont : globulus pellucidus , huila pelincida, wsi- citla-pelludJa; il dil eu pai laut d'une de ces vcsiculfs, dans le Tiicliocla aiiniiiiia : « fcsiriila orliiailaris fornmrii mcnliciis... » il parait avoir eu l'idrc d'ru l'aire aussi des es:oniacs, car, eu parlaut du Kolpoda nicleagris (p. loo), il s'exprime ainsi : •■ SpluiTiilcc majores... forte vues Siomaclii mil iiileiùn'i 366 F. DUJAiîDi^f. — Sur les Organismes inférieurs. Gleichen apporta clans ses recherches suv les Infusoires une précision vraiment remarquable, et, pour reconnaître chez ces animalcules « une déglutition effective de la nourritui-e», colora artificiellement leurs globules intérieurs avec du carmin; il re- garde ces globules comme des œufs, «car, dit-il, quand ces globules sont séparés par des interstices, on les voit entourés d'un anneau clair comme les œufs de grenouille ». Néanmoins, il ne se dissimule pas les difficultés que présente ce mode d'expli- cation, en raison même de la coloration, et, quoiqir'il ait vu ces globules hors de l'animalcule, il dit un peu plus loin : « Il faut que je l'avoue , si ce ne sont pas les excréraens de l'animal- cule, ce qui souffre aussi bien des difficultés, je ne sais plus qu'en dire, (i) M. Bory, qui seul jusqu'à présent a fait des objections aux hypothèses de M. Ehrenberg, dans le 17° volume du Diction- naire classique d'histoire naturelle , admet aussi que ces corps ou globules hyalins sont des propagules, « tellement mobiles « qu'ils se déplacent en tout sens, passent de devant en arrière « selon les moindres mouvemens que se donne l'être dans le- « quel on les distingue. » Ce mouvement des globules, on ne le voit bien prononcé que dans les Infusoires à corps rond ou cylindrique tels que le Kolpoda cucuUus, les Vorlicella citrina ou convallaria (détachées de leur pédicule) , et, aussitôt que ces animalcules sont fixés, on reconnaît que ce n'était qu'une apparence produite par les mouvemens de l'animalcule tournantsur son axe, et que les vési- cules au contraire, toutes situées près de la surface, sont seule- ment susceptibles de se gonfler et de se contracter jusqu'à dis- paraître, ce qui concourt à faire admettre un déplacement réei. J'ajouterai, pour achever de caractériser ces vésicules, qu'elles peuvent se dilater à l'excès , et qu'on en voit quelquefois une seule occupant plus de la moitié du corps de certains Infusoires: tantôt plus claires, tantôt plus obscures, suivant la manière dont on éclaire le porte-objet, elles sont absolument plus diaphanes (t) Disseï talion sur la yéiiéiMtiou, les animalcules, etc., par le baroQ de Gleichen , trad. Ï799» page 197.! J F. DU.TAiiDiN. — Sur les Organismes inférieurs. 387 que la substance environnante, qui, réfractant plus fortement la lumière , les fait toujours paraître entourées d'une sorte d'au- réole, et leur donne souvent ainsi l'apparence d'un trou. Les difficultés que présente l'explication de ces estomacs ou globules, me semblaient depuis long-temps inextricables, et quoique je me servisse d'instrumens aussi parfaits que possible, quoi({ue j'eusse une longue babitude de ce genre d'observations je m'en prenais à moi seul de ne pouvoir distinguer l'intestin auquel doivent s'aboucher tous les estomacs, non plus que les orifices anal ou buccal (1) de cet intestin. La haute estime que mé- ritent les travaux de M. Ehrenberg ne me permettait pas de ré- voquer en doute un fait de cette importance pris par lui pour base de s:^ classification. A la vérité, je savais que d'autres ob- servateurs, habiles à manier le microscope, n'avaient pas été plus heureux que moi; néanmoins j'eusse peut-être perdu courage, et abandonné cette recherche comme tout-à-fait disproportion- née avec la force de ma vue, si je n'eusse heureusement trouvé la solution du problème dans la découverte des propriétés du Sarcode. Je propose de nommer ainsi ce que d'autres observateurs ont appelé une gelée vivante, cette substance glutineuse dia- phane, insoluble dans l'eau, se contractant en masses globuleu- ses, s'attachant aux aiguilles de dissection et se laissant étirer comme du mucus, enfin se trouvant dans tous les animaux in- férieurs interposée aux autres élémens de structure. Le Sarcode se décompose peu-à-peu dans l'eau en diminuant de volume et finit par ne laisser qu'un faible résidu irréguliè- rement granuleux. La potasse ne le dissout pas subitement comme le mucus ou l'albumine, et paraît seulement hâter sa dé- composition par l'eau : l'acide nitrique et l'alcool le coagulent (1) Ji; ne puis regarder comme un orifice buccal la feule ordinairement ciliée que présen* lent certains Infusoires; elle parait servir à l'émission de prulongenieus ciliifornius parliculicis et non à l'iiilroduclion de la couleur qui aura pénétré dans les vjicuolcs ou vésicules intcriem-es. Ce dernier usa^e qu'on ne lui attribuerait que par indiiclion et d'après la direction du tourbil- lon produit dans le liquide, ne serait-il pas contredit en effet par la non-coloration di's vacuo- les dans les Infusoires tels (jue VJùiglcna ijlcuronvctes, pour la(iuelle M. lUircidierg est obligé do ilire • cju'cllc n'aime pcul-ètre jias la couleur.^ •> (Voycï son premier niéin. p. n> <.) 368 F. DL'JARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. subitement et le rendent blanc, opaque. Ses propriétés sont donc bien distinctes de celles des substances avec lesquelles on eût pu le confondre, car son insolubilité dans l'eau le dis- tingue de l'albumine dont il se rapproche par le mode de coa- gulation que lui fait éprouver l'acide nitrique, et cette coagula- tion en même temps que son insolubilité dans la potasse le distinguent du mucus, de la gélatine, etc. Mais la propriété la j^lus étrange du Sarcode c'est la produc- tion spontanée, dans sa masse, de vacuoles ou petites cavités sphériques, occupées par le liquide environnant, s'agiandissant peu-à-peu et hâtant la décomposition des globules de cette substance dont il ne reste bientôt plus qu'une sorte de cage à jour et finalement un faible résidu. Les fig. s. I, s. 4, pb II, représentent les états successifs d'un globule de sarcode sorti par exsudation du tissu d'un Fasciola hepatlca , et épais de -^ millimètre. Une foule de globules sem- blables, et de grosseur variable entre ^ mill. et ^— mill., sortent de même par exsjudation sur tout le contour d'une Douve, d'un Ténia, ou à la partie antérieure d'un Cysticerque placés encore vivans entre des plaques de verre avec de l'eau. C'est ordinai- rement cinq heures après qu'une Douve tirée d'un foie de mouton a été ainsi disposée, que les globules de sarcode com- mencent à se montrei-, et le phénomène achève de se produire dans les sept heures suivantes. La production de ces vacuoles, qui est un effet de la séparation de l'eau combinée dans le sar- code durant la vie, et, pour ainsi dire, une sorte de départ, a lieu sous l'influence de circonstances inaperçues jusqu'ici; ces vacuoles se montrent plus ou moins nombreuses et quelquefois manquent tout-à-fait. Celte sui)stance, facile à distinguer des gouttelettes huileuses, parce qN'elle réfracte si peu la lumière qu'on l'aperçoit souvent à peine, est donc aisément observable quand elle exsude à travers les tégumcns lâches des Entozoaircs; elle sort aussi parles déchi- jures, et les extrémités rompues des ISaïi , des Lombrics et de plusieui's autres annélides, où elle est en globules phis petits creusés de même, quoique plus rarement, de vacuoles; elle constitue une grande partie île la mnsse charnue intérieure des F. DUJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. 369 jeunes larves d'Hexapodes , où elle précède l'apparition de divers organes qui se développent dans son épaisseur, et où ses va- cuoles produisent des apparences très singulières à travers les tégumens. Sans parler d'une foule d'animaux qui en présentent également, je passe aux Infusoires, dans la composition des- quels le sarcode joue im rôle si important. Et d'abord on peut distinguer, parmi les Infusoires , ceux qu'entoure un tégument lâche très perméable et percé de mailles comme un canevas; tels sont le ParamœciuTfi aurelia, le Kolpocla cucullus, la Forticella convallaria , etc., et ceux où manque ce tégument, tels sont un grand nombre de Rérones et de Trichodes. Les premiers montrent toujours les vacuoles ou prétendus estomacs plus distincts et plus nombreux, et laissent voir leur surface rayée en diverses directions par suite de la disposition des interstices. Si on les expose à l'action momentanée de la vapeur d'un flacon d'ammoniaque ou à la pression d'une lame mince de verre poli, ils perdent peu-à-peu la vie et laissent exsuder le sarcode en globules qui se détachent souvent et se creusent parfois de vacuoles. Les autres Infusoires, dans les mêmes circonstances, s'arrondissent et s'entourent de sarcode ^ qui, n'étant contenu par une membrane , se répand en une large masse plus ou moins irrégulière. Ce phénomène s'est offert à moi de la manière la plus sur- prenante dans la Leucophra nodiilata (Miiller), qui se trouve abondamment dans l'intérieur d'uue espèce de Lombric, com- mune au bord des eaux, et que M. Dugès appelle LumbricuSh amphisbœna. Celte Leucophre, longue de ~ millim. à -^ millim. (pi. T I, fig. L. i), ovale, allongée, déprimée, est toute couverte de cils qui, se mouvant successivement d'avant en arrière par ran- gées, produisent, par leurs intersections successives, l'apparence de lignes noires, ondideuses; elle paraît entourée d'une double bordure noire, ce qui est un effet de réfraction provenant de ce que le sarcode, en couche transparente, enveloppe l'animal- cule entier et supporte des cils de même nature. L'axe de la Leucophre est occupé par une masse allongée, ridée , d'appa- rence spongieuse, prise par Midler pour un intestin dans plu- sieurs espèces du même genre, et de chaque côté, au miUeu de IV. /ooL, — Décembre. 04 ■)70 V. ouJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. l'intervalle entre le bord et cet axe, se trouvent quatre ou six vacuoles presque symétriques. L'animalcule, mis en liberté par la rupture du Lombric, se meut dans l'eau avec rapidité pendant huit ou dix minutes, puis commence à s'affaiblir, à se déformer, et se montre entouré de sarcode libre. Le sarcode forme bientôt des globules ou lobes, fig. L. s., ou bien il s'étend de plus en plus, fig. l. 3, l. /j, jusqu'à for- mer une large lentille, fig.i- 5, l. 6, ou même il se détache par l'ai^itation en globules isolés. On observe qu'il emporte d'abord avec lui les cils de la surface plus ou moins crispés et finissant par disparaître. En même temps l'axe se contracte et s'infléchit (fig. L. 3, L. 5), de manière à faire croire, en effet, à l'existence d'un intestin, s'il ne conservait une apparence spongieuse, et s'il n'entraînait avec lui le reste de la substance contractile et de même nature qui , imprégnée de sarcode, formait la partie solide de la Leucophre vivante. Bientôt le sarcode, sorti de cet Infusoire, se creuse çà et là des vacuoles bien distinctes, qui se dilatent jusqu'à la décom- position totale de la masse, par suite de la séparation de l'eau ( fi^y. L. 5,L. 6). Sur un grand nombre d'individus de cette espèce, j'en ai vu peu qui ne présentassent pas le phénomène de la for- mation des vacuoles; dans les autres Infus«ires, au contraire, où j'ai déterminé facilement l'exsudation ou l'évacuation du sar- code, il m'a fallu chercher fort fong-temps pour voir des vacuoles se produire, néanmoins je les ai vues dans presque toutes les espèces soumises à l'expérience, (i) (i) Millier a vu, sans les comprendre, ces exsudalioiis de sarcode, notamment dans le Kol- puila cticuUus , où, en raison de leur transparence , il les croit identiques avec les vacuoles de l'intérieur, ((ui sont pour lui des ovules, comme l'indiquent ses expressions : « Vesiculce pel- liicida'... ego sobukm argua et morte imminente sobolem vi protriidit. » — Dans le Trickoaa Ratitis, il figure et décrit une exsudation de sarcode , resica pellucida, qu'il prend encore pour un ovaire. Dans le Kerona /«i^/io, c'est probablement le sarcode qu'il désigne par les mois moleculœ mucidœ, en parlant des exsudations produites dans une déchirure. En parlant du Kolpoda r.iiclcus, il signale des vésicules transparentes éparses dans le liquide avec une vésicule plus petite au centre, qui doivent être des globules de sarcode creusés d'une vacuole. Gleichen a vu aussi des globules de sarcode exsudés dn Kolpoda cucuUus, et, trompé par leur apparence, il les a pris pour les prétendus globules de l'intérieur devenus libres. Je présume que c'est une exsudation du sarcode que M. Ehrenberg a représenté (Premier Mém. , pi. V, fig. A. 45) svu' une vorticelle tuée par la chaleur sur le porte-objet. F. DUJA.BDI1V. — Sut' les Organismes inférieurs. 87 [ Si l'on compare alors l'apparence de ces vacuoles adventives du sarcode libre avec celles de l'intérieur, qui sont les estomacs pour M. Ehrenberg , on trouve une parfaite identité entre les unes et les auti^es: en effet, la réfraction de la lumière a lieu, surtout au contour extérieur, de manière à montrer que la substance environnante est un milieu plus réfringent et se trouve souvent condensée ou au moins refoulée autour de la vacuole produite. Sans doute des vésicules membraneuses pleines d'eau, au mi- lieu d'une substance plus dense, devraient produire le même effet que les vacuoles; mais dans ce cas, la membrane qui la forme, si contractile qu'on la supposât, ne pourrait éprouver de si énormes changemens dans ses contractions presque su- bites, sans qu'on distinguât (et cela n'arrive jamais) son épais- seur propre, les plissemens de son tissu , et surtout le canal assez dilaté par lequel le liquide se serait écoulé. Quand même le mode d'explication que je présente ne serait pas fondé sur le fait évident de la formation des vacuoles, il aurait encore l'avantage sur l'hypothèse des estomacs multiples par une plus grande simplicité; en effet, les vacuoles se formant à la surface ou sous la membrane perméable qui la revêt, dans les Paramécies, les Kolpodes, les Vorticelles, etc., comme le démontre le mouvement de rotation de ces Infusoires, on com- prend que les vacuoles peuvent se remplir d'eau arrivant di- rectement de l'extérieur (ce que prouve l'introduction des matières colorantes) et se trouver entourées d'un rebord pro- duit par le refoulement de la substance environnante; tandis que des vésicules membraneuses dilatables, recevant le liquide par un canal ramifié, n'eussent pu le faire alternativement, et d'une manière si variable, qu'au moyen d'une organisation très compliquée dont on eût aperçu quelques traces, ne fût-ce que pendant le passage du liquide coloré par les canaux de commu- nication. Ces prétendues vésicules cœcales ou stomacales, qu'il ne faut pas confondre avec les productions solides ovoïdes non suscep- tibles de coloration artificielle et de contraction de (juelques Ké- rones, Triciiodes, etc.; ces vésicules, d'ailleurs, on peut démon- 24. 3-1 i F. DiiJARDKV. — Sur les Organismes inférieurs. trer que leur existence'est en opposition avec les faits; en effet, si la membrane qui les forme est adhérente à la substance géla- tineuse enviionnante, au saicode, on ne devra pas voir si pro- noncé le rebord qui entoure les vacuoles dans beaucoup de petits Tnfusoires où elles prennent un développement démesuré, et surtout dans les espèces à corps aplati, comme les Trachelius ; car les vacuoles deviennent alors une véritable lacune entourée d'un renflement très prononcé d'où partent d'autres renflemens onduleux en lignes rayonnantes, que M. Ehrenberg a pris pour un appareil génital; et si l'on admet, poiu' expliquer ces appa- rences, que la vésicule n'adhère pas au sarcode, il faudra que la membrane de la vacuole puisse, dans certains cas, laisser voir son propre contoiu-, et c'est ce qui n'arrive pas dans le cas même où le rebord des lacunes est le plus prononcé. Enfin, et ce dernier fait est le plus concluant, on n'expliquera jamais comment des vésicides membraneuses se dilatant à-la-fois, peu- vent se souder et se confondre, de maiiière à ne former qu'une cavité avec un contour lobé et des angles rentrans arrondis , laquelle se contracte jusqu'à devenir une seule vésicule sphé- rique; et ce fait qu'on observe fréquemment et plusieurs fois de suite avec des particularités différentes, dans les Infusoires à tégument, rendus immobiles par la pression et commençant à mourir, ce fait s'explique tout naturellement dans la théorie des vacuoles, et devrait à priori conduire à ce mode d'expli- cation. Je ne pense pas devoir m'arrêter à répondre à ceux qui ver- raient, dans les exsudations de sarcode, des hernies renfermant quelques estomacs, car la diaphanéité de ces expansions sarco- diques aurait indubitablement permis d'y apercevoir l'intestin et les vaisseaux, surtout à l'instant de la décomposition; d'ail- leurs ne suffirait-il pas de rappeler le fait des globules sarcodiques sortant des Entozoaires ? Mais pour admettre une similitude parfaite entre les vacuoles d'un sarcode quelconque et celles d'un Infusoire vivant, objec- terait-on que les vacuoles de sarcode libre n'ont qu'un déve- loppement très lent, qu'elles ne se contractent pas, qu'elles ne sont enfin qu'un indice de décomposition; tandis que, dans les F. nujARUiN. — Sur les Organismes inférieurs. 873 animalcules, elles sont un signe de vie bien prononcé, et que leurs contractions et dilatations successives sont assez promptes? Je ne le crois pas, car la différence des deux conditions explique suffisamment la différence des phénomènes; et je dois ajouter que, dans le sarcode libre, la vie s'éteint assez rapidement; dans un Infusoire comprimé entre des lames de verre et qui conserve un reste de vie pendant plus d'une heure, on voit les vacuoles se contracter et se dilater avec une lenteur de plus en plus grande et se confondre les unes avec les autres, jusqu'à l'entière décomposition , qui laisse un résidu tout semblable à celui du sarcode. On doit remarquer combien les mailles et les palmures ob- servées dans les expansions des Rhizopodes ont d'analogie avec le contour des vacuoles qui tendent à se confondre; d'un autre côté le sarcode, loin d'être absolument homogène, présente des nodosités comme la substance animée des Rhizopodes, et paraît doué de propriétés chimiques semblables. Il est donc permis aussi de chercher, dans les filamens mous, glutineux et pourtant susceptibles d'une sorte d'érection et d'un mouvement quelque- fois assez vif d'oscillation et d'ondulation de ces êtres , une nou- velle analogie'avec les cils des Infusoires , cils susceptibles de se crisper et de disparaître comme le sarcode, après la mort de l'animalcule (i), au lieu d'être d'une nature cqrnée comme les véritables poils. Il en est tout autrement des faisceaux de soies raides, appelées mâchoires par M. Ehrenberg, dans ses genres Chilodon, Pro- rodon et Nassula, en effet ces appendices, qui n'ont rien de commun avec un appareil buccal quelconque, mais qui ont, au contraire, de l'analogie avec les productions cornées microsco- piques internes que je me propose de décrire dans les Hydres, les Méduses, les Actinies, etc., résistent de même à l'action des réactifs chimiques, et restent après que l'animalcule, en mourant, s'est décomposé par diffluence. Le phénomène de la coloration des prétendus estomacs des (i) Millier avait oWrvc celle dispariliun des cils après la mori des Infusoires, cl dit on passaul du Tiichoda Cliaron, qui montre ciaircmeat cet eflcl : <■ cilia in morluo cvanesciinl. « 374 *■- «uJARDm. — Sur les Organismes inférieurs. Infusoires, paraissant avoir fourni à M. Ehrenberg le principal argument à i'appui de son hypothèse, je l'ai examiné avec la plus grande attention; et d'abord je dois faire observer, pour l'intelligence de ceci, qu'on ne réussit pas avec des liquides colorés, comme une simple infusion de cochenille ou de bois de Campéche, mais bien avec des substances comme l'indigo ou le carmin, dont les particules, épaisses de ^f^à zttz millimètre, sont tenues en suspension dans le liquide. J'ai reconnu, comme Midler et comme M. Bory, que dans les Infusoires inférieurs il n'y a pas de véritable introduction de sub- stance parrme ouverture qu'on appellerait la bouche. J'ai reconnu aussi que l'existence d'un anus ne peut être admise que d'après ime illusion, résultant de ce que les courans produits dans le liquide par les cils sur les deux côtés d'un animalcule , venant à se rencontrer en arrière, il peut se trouver là des particules soustraites a leur action et réunies par un peu de mucosité, représentant assez bien un amas d'excrémens qui s'augmente pu diminue, suivant le mouvement de l'animalcule. Quant au fait de coloration intérieure, je n'ai jamais vu dans les vacuoles distendues que de l'eau peu chargée de couleur, et là, où les particules de couleur étaient plus rapprochées et for- maient de petits amas irréguliers, c'est que la vacuole s'était contractée en expulsant l'eau et retenant ces particules seules, engagées dans la masse transparente du sarcode. Leur intro- duction avait évidemment eu lieu à travers les mailles ou lacunes du tégument, qui est, comme je l'ai dit plus haut, marqué de stries parallèles croisées, dont les intersections répondent à des ouvertures par lesquelles sortent les prolongemens ciliformes de la substance organique intérieure : or, les vacuoles se formant au-dessous du tégument, il en résulte un vide où pénètrent à- la-fois le liquide et les parcelles de couleur qui, soustraites aux courans extérieurs, se déposeront et seront retenues seules, au moins en partie, après le resserrement de la vacuole; et comme la même vacuole peut se dilater et se resserrer plusieurs fois de suite, le petit amas de couleur s'augmentera de plus en plus. Si l'on se reporte maintenant à l'hypothèse de M. Ehrenberg , déjà discutée sous d'autres rapports; admcltra-t-on que l'ani- F. DUJAiiDiN. — Sur les Organismes inférieurs. 3^5 malcule ait recherclié pour alimens une substance colorante telle qne l'indigo, dont les qualités nutritives sont au moins très contestables, ou telle que le carmin qui se montre encore, au bout de vingt-quatre heures, interposé sans altération dans la substance d'im Kolpoda cucuUus ; lorsqu'on voit, dans l'ani- malcule encore plongé dans le liquide coloré et contenant déjà des amas de couleur interposée, lorsque l'on voit, dis-je, à-la- fois des vacuoles plus ou moins colorées et d'autres vacuoles tout-à-fait incolores? Et comment concevra-t-on ce choix d'ali- mens différent pour cliaque estomac ? Tandis que l'explication tievient toute simple, en admettant des vacuoles qui se forment vis-à-vis tel point où le liquide contient ou plus ou moins de particules colorées en suspension , ou même n'en contient pas. Pour expliquer maintenant la présence des Navicules et des Bacillaires logées dans l'épaisseur de certains InlYisoires, et qu'on pourrait supposer avoir été avalés par ces animalcules, je raj)- pellerai que ces êtres, de nature ambiguë, Algues ou Inlusoires eux-mêmes, sont animés d'un mouvement de translation dans le sens de leur longueur, assez vif pour pénétrer dans le mucus enveloppant les œufs de Mollusques, de Friganes, etc., où l'on en trouve toujours beaucoup, et qu'on les rend susceptibles de se mouvoir de nouveau en les dégageant; par conséquent les Navicules pénétreront davantage encore dans les Infusoires qu'ils rencontreront animés d'un mouvement opposé, lorsque ces In- fusoires ne seront pas protégés par un tégument; et l'on ob- serve, en effet, qu'elles ne se trouvent ainsi contenues que dans des animalcules susceptibles de se décomposer avec diffluence. Tels sont les résultats que j'annonce avec une entière con- viction, et que les observateurs vérifieront fiicilement sur les In- fusoires les pins communs. Les fîiits contenus dans les notes que je publierai successivement sur les organismes inférieurs tendront encore à les confirmer. Maisavanldequitter ce sujet, je veux ajou- ter quelques mots au sujet du prétendu intestin droit, sinueux ou circulaire, que M. Ehrenberg attribue à ses Polygaslriques en- térodelês, et auquel doivent aboutir toutes les vésicules cœcales. Il est certain que le savant micrograplie, s'il eût vu cet intestin avec une entière évidence, n'eût pas manqué de le représenter 376 F. DUJARDiN. — Sur Ics Organismes inférieurs. dans lin plus grand nombre de ses vastes figures, dont le gros- sissement exagéré n'est aucunement justifié par les détails qu'on y cherche en vain. Quant à moi je n'ai pu voir, dans les ani- malcules, rien de semblable à un intestin droit ou courbe, et pourtant je me crois fondé à croire que mon microscope et ma vue ne sont pas moins bons que ceux du célèbre Allemand, puisque j'ai vu dans beaucoup d'Infusoires des détails essentiels qui ont échappé à son habileté, notamment le long filament flagelliforme qui sert d'organe locomoteur à XEuglena longi- caiula, à des Cyciides , à des Monades, etc. Prétendrait-on que cet intestin se contracte jusqu'à dispa- raître, hors le temps du passage des alimens, de sorte qu'on n'en verrait à-la-fois qu'une partie accidentellement gonflée , et par conséquent facile à confondre avec un estomac? mais au moins devrait-il y rester quelquefois des particules colorées qui permettraient d'en suivre le trajet; et encore dans ce cas on pourrait , parmi les quatre cent cinquante figures et plus , que M. Ehrenberg^a données de ses Polygastriques ; contester l'exac- titude des six seulement où il a représenté l'intestin en place , car il l'a représenté uniformément gonflé. Dans cette hypo- thèse, ne faudrait-il pas accorder à un intestin si prodigieu- sement contractile, des fibres qui persisteraient au moins rin instant et deviendraient visibles, quand l'Infusoire mourant se décompose par une véritable diffluence, à commencer par une extrémité, tandis qu'il continue à se mouvoir à l'autre ex- trémité. Cependant, dans cette espèce de dissolution, on ne peut saisir aucune trace d'intestin; et de toute manière ce phéno- mène de diffluence , signalé si souvent par Millier, tend à prou- ver de plus en plus la simplicité de l'organisation des Infusoires. Dans tout ce qui précède, je n'ai pas voulu parler des Bra- chions et des Roti/ères, qui ont un véritable appareil digestif et des organes assez complexes, quoique bien plus simples encore que ne le veut M. Elirenberg. Le sarcode se retrouve chez ces animaux, et la connaissance de ses propriétés jette un grand jour sur leur organisation, comme j'espère le faire voir dans une jaote qui sera publiée prochainement. Académie des Sciences. 'djj \ EXPLICATION DES PLANCHES, PLANCHE IX. Fig. 1. Gromia oviformis vue au grossissement de vingt diamètres; elle est fixée par ses filamens rameux à la paroi intérieure d'un flacon plein d'eau de mer. Fig. 2. Orifice de la coque membraneuse d'une Gromia vue de profil au grossissement de soixante diamètres, à l'instant où elle n'est plus adhérente par tous ses filamens. Fig. 3. ililiola vulgaris également adhérente à la paroi intérieure d'un flacon, et grossie vingt fois. Fig. 4. Filamens d'une Miliole vivante soumise entre deux lames de verre à un grossisse- ment de 6oo diamètres. PLANCHE X. Fig. A. B. C. Proteus tenax tiré de l'intérieur du corps du Lumbricus terrestris et représenté dans les formes différentes qu'il peut prendre à deux minutes d'intervalle. La Cg. A. représente un individu près de mourir et laissant exsuder la gelée vivante ou \esarcode, grossi aSo fois- Fig. D. E, Amiba diffluens grossie 5oo fois; elle provient de la couche de détritus envelop- pant des feuilles mortes de Typha. PLANCHE XL Leucophra nodulata tirée de l'intérieur du Lumbricus amphishœna et grossie 34o fois; en L i, elle est encore vivante, et dans les suivantes on Toit les différentes formes qu'elle présente en se décomposant et en laissant exsuder le sarcode, Fig. G. H. Amiba diffluens grossie 5oo fois et provenant de diverses infusions. Fig. S. Globules de sarcode exsudés d'une Douve (Disloma hepaiica) placée encore vivante entre deux lames de verre avec de l'eau, et vus au grossissement de i6o diamètres. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à V Académie des Sciences pendant le mois de décembre j835. Séance du 7 décembre i835. PiiYsiOLOtriE. — Lettre concernant des calculs trouvés dans les canaux bi- liaires d'un Cerf-volant femelle ( LucANUs Capreolus ) , par M. V. AuDOuiN. (Celte lettre paraîtra dans notre prochain cahier.) Paléontologie. — Note sur des os de Crocodile et de Tortue trouvés aux environs de Sablé ( Sarthe), par M. de la Pylaie. Ces os fossiles ont ctc trouves ;'i 4o pieds au-dessous du sol dans la carrière de nioniincau, près de Solcsmes. Cette localité olTrc ceci de particulier, qu'ils 378 académie des Sciences. 1 soai eatoiucs par un terrain de transition et recouverts de Llocs de marbre ' compacte, appartenant à cette formation; ik sont enveloppes directement dans { un dépôt de marne siliceuse blanchâtre. Outre un fémur gauche de Cro'-.odile et une vertèbre appartenant au même animal, M. de la Pylaie a vu des fémurs do Tortue d'assez grande dimension et divers morceaux plus ou moins grands de ' plaques ventrales de ces animaux. En comparant ces plaques à celles de la Tortue du Gange ( Trionyx gangeticus), elles ont paru eu différer par des tubercules tous isolés et non liés entre eux , comme un réseau , par de petites saillies os- seuses. Les os du Crocodile se rapprochaient plutôt du Crocodile ordinaire (jue de celui du Gange, ou le Gavial. Mais dans le fémur qui a été trouvé, la forme des condyles et surtout la grande saillie un peu crochue de ra|)ophyse trochant- tienne distinguent l'espèce fossile des deux vivantes qui viennent d'être citées qui semblerait devoir constituer une espèce distincte. Conchyliologie. — Observations générales sur le genre Bé le mnile, par M. Deshaves. (Commissaires, MM. Duméril, de Biainville, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. ) M. Deshayes se propose de déterminer ce que pouvait être, à-peu-près , l'animal des Bélemnites, genre aujourdhui anéanti à la surface de la terre. Il adopte , avec M. de Biainville , l'opinion que les Bélemnites étaient des coquilles intérieures. 11 croit, déplus, que l'animal avait le dos élargi, le corps terminé en pointe et garni de nageoires sur toute la circonférence , comme dans les seiches. La coquille aurah offert la combinaison de la coquille des seiches et de celle des nautiles. Le principal argument de l'auteur est contenu dans le passage suivant. « Dans plusieurs ouvrages qui traitent de pétrifications, et principalement dans « celui de M. Zieten , ont été décrits et figurés des restes singuliers de corps « organisés , comparables à l'os des calmars , et que l'auteur dont nous venons (c de parler, attribue à ce genre. M. Agassiz, auquel de grands et précieux tra- ce vaux sur les Poissons fossiles ont mérité la reconnaissance des naturalistes de « l'Europe, trouva dans une collection d'Angleterre une plaque provenant des « lias de Lime-regis , sur laquelle une Bélemnite, dont l'espèce n'est pas déter- « minée, est eu continuation non interrompue avec un corps semblable à ceux ce figurés par Zieten. Il est donc actuellement certain que les Bélemnites , si ce ce n'est toutes les espèces, du moins un grand nombre, se continuent par une ce expansion dorsale très mince et très fragile, ayant à-peu-près la forme de l'os ce de la seiche. Cette observation est très importante en ce qu'elle rend pluspro- ee bables nos conjectures sur la continuation de Bélemnites par des appendices ce cornés. » Séance du i/\ décembre. Paléontologie. — Lettre sur les ossemens fossiles trouvés dans le fVur- iemberg. académie des Sciences. 379 M. Jœger , qui publie un ouvrage important sur les ossemens fossiles , annonce que depuis qu'il a donné un vésumé de ses découvertes à la réunion des savans allemands, h Heidelberg, en T829, le nombre des débris fossiles dont il s'agit s'est tellement accru que les couches de fer pisiforme seules ont donné plus de 5o espèces de Mammifères , et que le total des espèces trouvées dans le Wur- temberg dépassera le nombre de 60, dont plusieurs sont nouvelles et dont quel- ques-unes même formeront des genres encore inconnus. Entomologie. — Monographie du genre Clytus, par MM. de la Porte corate de Castelkau , et Gory. Cette monographie a été renvoyée à l'examen de MM. Duméril et Isidore Gcoffroy-Saint-Hilaire. Nous en ferons connaître plus tard le rapport. Séance publique annuelle du 28 décembre. Prix décernés pour l'année i835. Grand prix des sciences physiques. L'Académie avait proposé , en i83B, pour le grand prix des sciences physi- ques à distribuer en i835j le sujet suivant : Examiner si le mode de développement des tissus organiques, chez les animaux j peut être comparé à la manière dont se développent les tissus des végétaux. Rappeler à cette occasion les divers systèmes des physiologistes, répéter leurs expériences , et voir jusqu'à quel point elles s'accordent avec les règles du rai- sonnement et les lois générales de l'organisation. S'assurer surtout si les animaux d'un ordre inférieur se développent d'une autre manière que ceux d'un ordre supérieur; s'il existe aussi dans l'accroisse- ment des Acotylédones. Monocotylédones et Dicotylédones, autant de différeuce que l'ont cru quelques auteurs; enfin , si chez les Dicotylédones il y a à-la-fois plusieurs modes d'accroissement. L'Académie, sur le Rapport d'une Commission composée de MM. de Mirbel, deBlainvillc,Magendie, Serres, Adolphe Brongniart, a décerné le prix au Mémoire n° I, dont l'auteur est M. Valentin, de Breslau, déjà connu par plusieurs tra- vaux importans d'anatomic et de physiologie. Voici les considérations sur lesquelles se fonde le jugement de la Commission : La Commission pour le grand prix de physique croit qu'il est de son devoir de donner à l'Académie quelques explications sur les motifs de la détermination qu'elle a prise. La question proposée , si vaste et si féconde qu'il semble bien difficile d en assigner les limites avec précision , ne laissait pas l'espoir que, dans le court es- 38o Académie des Sciences. pace de quinze à seize mois, les conciirrens en embrasseraieut l'ensemble et les détails. Nul en effet n'a rempli celte tâcbc. Mais l'auteur du Mémoire n° i a su mettre à profit roccasion qui lui était offerte de traiter de diverses questions se- condaires qui, bien qu'elles n'eussent la plupart que des rapports plus ou moins indirects avec la question principale , étaient pourtant très dignes d'un sérieux examen. Si les doctrines de l'auteur ne sont pas toujours exposées avec la conci- sion, et par conséquent avec la clarté qu'on a droit d'attendre d'un esprit aussi positif, c'est sans doute que le temps a manqué à l'œuvre. Il ne lui a pas été loisible non plus de donner autant de développement à la partie relative aux végétaux qu à la partie relative aux animaux^ parce qu'il n'a disposé que d'une seule saison de végétation, et que deux à peine auraient suffi à l'examen des faits qui se ratta- chent naturellement à son sujet , tel qu'il l'a conçu. Ces considérations ont été discutées et appréciées par les Commissaires de l'Aca- démie. Ils sont d'avis que nonobstant l'absence d'observations de nature à résou- dre complètement la question, ib ne s'écartent point de la pensée constante de l'Académie , en lui désignant pour le prix un immense travail recommandable par une profonde intelligence des choses, de consciencieuses recherches^ de sa- vantes descriptions, d'excellentes figures, et dont la publication ne sera pas moins utile aux progrès ultérieurs de la science de Torganisation que glorieuse pour l'auteur. Prix de Physiologie expérimentale , fondé par M. de Montïon. Feu M. le baron de Montton ayant offert une somme à l'Académie des sciences : avec l'intention que le revenu fût affecté à un prix de physiologie ex périmentale à décerner chaque année, et le roi ayant autorisé cette fondation par une ordonnance en date du 22 juillet 1818 , l'Académie avait nommé une Com- mission composée de MM. de Mirbel, Duméril, Magendie,de Blainville et Serres pour examiner les pièces susceptibles de concourir. La Commission a cru devoir partager ce prix entre : M. Gaudichaud , pour ses Recherches sur le développement et l'accroissement des tiges, feuilles et autres organes des végétaux; Et M. PoisETTiLLE , pour SCS Expériences sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires. (1) Il est accordé , en outre , une médaille d'or de la valeur de 4oo fr. à M. Mar- tin-Saint-Ange, pour ses Recherches sur les villosités du choriou des Mammi- fères. Enfin , sur la demande de la Commission , l'Académie vote l'impression des Recherches anatomiques et physiologiques de M. Léon Dufour , sur les Orthop- tères, les Hyménoptères et les Névroptères, accompagnées de Considérations re- latives à l'histoire naturelle et à la classification de ces insectes; recherches dont la première partie a obtenu le prix en i83o. (i) L'exirait de ce mémoire et du suivant paraîtra dans le prochain cahier. Il a déjà été rendu compte du travail de M, L, Dufour. (Voyez page a38.) académie des Sciences. 38 1 Programme des Prix trovosés pour les années i836 et iSSy. Grand prix des sciences physiques pour l'année iSSy. L'Académie propose pour sujet du grand prix des sciences physiques qu'elle distribuera, s'il y a lie:i , dans sa séance publique de 1887 , la question sui- vante : JJtèterniinerj par des recherches anatomiques et physiques, quel est le mécanisme de la production des sons chez l'homme et chez les animaux verté- brés et invertébrés qui jouissent de cette faculté. L'Académie demande que les concurrens entreprennent de traiter cette question sous ces différens rapports : la production du son , sou u>tensité , son degré d'a- cuité ou de gravité, et même sa nature, et cela chez l'homme et chez un certain nombre d'animaux convenablement choisis , comme l'Alouatte ou Sapajou hurleur, le Chat ou le Chien , le Cochou, le Cheval ou l'Ane, parmi les Mammifères; le Perroquet, la Corneille, le Merle, le Rossignol, le Coq et le Canard, parmi les Oiseaux; la Grenouille parmi les Auiphibiens ; les Cottes ^ les Trigles et même le Pogonias tambour , si cela est possible , parmi les Poissons; et enfin chez les Ci- gales , les Sauterelles, les Grillons quelques Sphynx, et même chez les Bourdons et les Cousins, parmi les Insectes. L'Académie recommande essentiellement que les ouvrages envoyés au concours soient accompagnés de dessins représentant les appareils naturels de la phona- tion, et que la théorie soit appuyée sur des expériences assez bien exposées pour <|u'elles puissent être répétées par ses Commissaires, si elle le jugeait conve- nable. Elle croit aussi devoir avertir les concurrens, dans le but de limiter leurs re- cherches à ce qu'il y a de plus positif dans la question , qu'elle ne demande, en anatomie , rien qui ait trait à la signification ou concordance des pièces solides on molles qui entrent dans la composition des appareils, et encore moins, en phy- siologie, à ce qui regarde l'influence nerveuse et la contractilité musculaire. L'académie se borne à demander le description anatomique des appareils, dans le but d'expliquer leur action et les résultats physiques de cette action, sans même qu'il soit exigé de rapporter historiquement , dans une longue énumération, tout ce qui a été fait sur ce sujet, autrement que pour combattre ou appuyer une théorie. Le prix consistera en une médaille d'or de la valeur de 3, 000 fr. Les mémoires devront être remis au secrétariat de l'Académie avant le i*"^ avril 1837. Ce terme est de rigueur. Les auteurs devront inscrire leur nom dans un billet cacheté, qui ne sera ouvert que si la pièce est couronnée. Prix de Physiologie expérimentale , fondé par M. de Montyon. Feu M. le baron de Montyon ayant offert une somme à l'Académie des Sciences avec l'intention que le revenu fût affecté à un prix de physiologie expérimen- tale à décerner chaque année: et le roi ayant autorisé cette fondation par une ordonnance en date du 22 juillet 18 18, L'Académie annonce qu'elle adjugera une médaille d'or de la valeur de huit cent quatre-vingt-quinze francs il Y ouvrage , imprimé ou manuscrit, qui lui pa- raîtra avoir le plus contribué aux progrès de la physiologie expérimentale. Le prix sera décerné dans la séance publique de i836. Lesouvragesoumémoiresprcsentésparles auteurs devront cire envoyés franc de port au secrétariat de l'Institut avant le 1er avril i836. TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME. Pccouverte d'une circulation de fluide nutritif dans les pattes de plusieurs insectes Lémiptères, circulation qui est indépendante des mouvemens du vaisseau dorsal, et se trouve sous la dépendance d'un organe moteur particulier, par W. F. G. Bebn 5 Essais pour déterminer l'influence qu'exerce la lumière sur la manifesta- tion et les développemens des êtres végétaux et animaux dont l'origine avait été attribuée à la génération directe, spontanée ou équivoque ; par M. Ch, Morren (3e mémoire) i3 Recherches sur la structure du cordon ombilical, et sur sa continuité avec le fœtus, par M. Flourens 4o Eecherches sur les caractères des grandes espèces de Rhinocéros fossiles, par M. deChristol 44 ]Votc sur la Seiche à six pattes, Sepia hexopodia de Molina, et sur deux autres espèces de Seiches signalées par cet auteur ; par M. de Férussac. ii3 Note sur deux espèces de Crevettes qui vivent aux environs de Paris, par M. Gervais 127 Recherches sur la structure du cordon ombilical, et sur sa continuité avec le fœtus, par M. Flourens. (2* mémoire) 129 INotc sur des empreintes de pieds d'un quadrupède dans la formation de grès bigarré de Hildbinghausen en Allemagne, par M. de Humboldt. . i35 Note sur des traces de pattes d'animaux inconnus contre-épreuvées dans le grès, près de Hildburghausen, parM. Link iSg Essais pour déterminer l'influence qu'exerce la lumière sur la manifestation et les développemens des êtres végétaux et animaux dont l'origine avait été attribuée à la génération directe, spontanée ou équivoque, par M. C. Morren. (4* mémoire) i42 Recherches sur la structure du cœur chez les Batraciens Pérennibranches , par M. R. Owen 167 Note sur les organes de la génération des Cirrhipèdes, et sur la place que ces animaux doivent occuper dans la série naturelle, par le professeur Wa- gner 1 76 Mémoires delà société d'Histoire Naturelle de Strasbourg, tom. 11, liv. 1^', avec planches. (Analyse) 179 Lettre sur la fécondation artiflcielle opérée chez les Poissons, et sur les mé- tamorphoses qui arrivent dans l'œuf de ces animaux avant qu'ils aient pris la forme d'embryon, par M. Rusconi i83 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiqucs présentés à l'Académie des sciences pendant le mois de septembre i835. . . . i84 Séance du 7 septembre. Tête d'ours fossile des grottes de Miolet (i84). — Réclamation de M. Velpeau au sujet des observations lues par M. Coste dans la séance précédente sur l'œuf humain ()8i). — Conservation des animaux morts (i85). — Inauguration de la statue de Cuvier à Montbéliard (t85). — Observations de M. Vallot sur une sorte de teigne ( ! 86). Table des matières. 383 Séance du i4 septembre. Nouvel exemple d'Iiomnie prétendu fossile (186). — Réponse de M. Costcaux réclamations de M. Velpcau re- latives à quelques points d'embriogéiiic humaine (187). — Ré- flexions de M. Thompson sur le même sujet (188). Séance du 21 septembre. Seconde lettre de M. Velpeau sur le même sujet (189). — Nouvelle division du règne animal par M. Ehren- Lerg (189). Séance du 28 septembre. Mémoire de M. d'Orbigny sur l'organisation et les moeurs des Ptéropodes (189). Comparaison de la population contemporaine des Mammifères de deux bas- sins tertiaires du département de l'Hérault, par M. Jules de Christol. . igS Recherches anatomiques et physiologiques sur les Orthoptères, les Hymé- noptères et les Névroptères, accompagnées de considérations relatives à l'histoire naturelle et à la classification de ces insectes par M. Léon Du- four. (Extrait) 238 Mémoire sur la chaleur animale (Deuxième article), par M. Becquerel et Breschct. (Extrait) 24f> Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois d'octobre i835. Séance du 5 octobre. Structure du cordon ombilical, par M. Flourens. Etudes sur le foie par M. Duvcrnoy (2/17). Séance du 12 octobre. Lettre de M. Coste sur la formation du placen- ta (247). — Obsei-vations de M. Foucault sur des larves de la mou- che commune vivant sous la peau d'un enfant (248). Communica- tion de M. Arago relative à des anguilles sortant d^m puits artésien (248). Séance du iQ octobre. Observations sur le développement de l'œuf des limaces, par M. Laurent (248). — Résultats d'un voyage sur les bords de la Méditerranée, par M. Vanbcneden (260). — Nouvelles obser- vations de M. Dutrochet sur l'Endosmose (26 1). — Expériences de MM. Becquerel et Breschct sur la Torpille (252}. — Philosophie naturelle, par M. Geoffroy Saint-Hilaire (253). — Lettre de M. Gervais sur les Spongilles (254). Publications nouvelles 2 56 Etudes sur la foie par M. Duvernoy .j^rj Notice sur un Mammifère de Madagascar, formant le type d'un nouveau genre de la famille des carnassiers insectivores de Cuvier, par M. Doyère. 200 Rapport fait à l'Académie des Sciences j)ar M. de Blain ville sur un mémoire de M. Qualrefages intitulé : Mémoire sur la vie inter-branchiaie des petits Anodontes 283 Remarques sur l'organisation des Acalèphes et des Echinodermcs, par M. Ehrenberg , 290 Lettre sur les Bélemnites par M. de Férussac 5o6 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de novembre. Séance du 2 novembre (3 1 o). Séance du 9 novembre. Mémoire sur le vol et la natation des oiseaux par M. Jacquemin (3 10). — Notice snr un genre peu connu de lé- zards vivipares (Zootoca Wag.) et sur une nouvelle espèce de ce genre, par M. Cocteau (3io). Séance du \ii novembre. Lcttfc stu' le mouvement observé par M. 384 Table des matières. Behn dans les pattes des insectes Hydrocoi'seJ, par M. Léon Du- four (3i3). — Observations sur les Rhizopodes, par M. Dujardin (3i6). — Lettre de M. de Férussac sur les Bélemuites (3i6). — Note sur la reproduction du Cristallin par MM. Cocteau et Leroy ,(3i6). Séance du aS novembre. Instructions rédigées par M. de Blainville, pour MM. les officiers de la Bonite. Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les Polypes, par M. Milne Edwards ' 32 ï Mémoire sur un nouveau genre de la famille des Alcyonicns (genre Alcyo- nide) 322 Observations sur les Alcyons proprement dits 353 Recherches sur les organismes inférieurs, par M. Dujardin 343 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences en décembre i835. . Zjj Séance du 7 décembre. Lettre de M. Audouiu sur des calculs trouvés dans les vaisseaux biliaires des Insectes (377), — Note de M. La Pylaie sur des os fossiles de Crocodile et de Tortue (377). — Ob- servations sur les Bélemuites^ par M. Deshayes ( 378). Séance du li décembre. Jaeger sur les fossiles du Wurtemberg (S/S). — Monographe du genre Clytus par MM. De la Porte et Gory (379). Séance du 28 décembre. Vnx décernés pour l'année i835(379). — Programme des Prix proposés pour i836 et 1837 (38o). TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MEMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Planches j, 2, 3. Rhinocéros fossiles. 4. — Foie des Mammifères. 3. — Empreintes de pattes dans le gré bigaré. } Ossemens fossiles. 7- S 8. — Euplère de Goudot. 9. — Gromia et Miliola. 10. — Amiba et Proteus. 11, — Leucophra, Amiba, etc. Alcyonide élégante. 12. j 12. ) i4. i5. 16. — Alcyon étoile. Alcyon palmé. FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME. Ziwl. loin. i.. l'I- >■ U^ Hlii/ioriTo.r /ôs.r/Vt'.i- :liiri- dc.<- J'riWii-. n Zitol. ïorn ■ ^ ■ l'I. ^v<^f^% ■Jm. •&' ■'''"" ""' /..../ A.m / . ri . I Rlii/incéro.t /oM-iles . Jnn. dAr ^fcié/ /.ool. Tom. 4 ■J'I- ■') ■ (tif .fitéfit liiU 2' 'Pj-if le-fi r,>m. j .j'/. :s. iihin^cè/'oj' Jôs^'ile .Jnn. dej' J'cienc . nat. 2f , férié /''oi/' /.oM. r,'fn . ^. PI. Hmprrùifr'.,- J>' /'i*-J->- *^''^^- ^'' ,/^''^ fn^arr. Zool. Tom.^.J'/. 6 . J„n.mia /•/ J/iào/f / ,//!// //<"./• •l'iiffu'- riiii, 21 .l'erii' «. 7 /..;.l. Toni.A. PI. ■....\ \.L. - mil/. S A. .1 -^=SS*!!w- B. B.3 \(. » «* •«J4.*'' B. D. 3. B.4 20 B. j: \ D. J. D.^ B. /ff/.r /ffiif.f'. Jnn. de^i' J'cifnr . nul. 2'' Jerie ■ Zool. Tant . Â. ri if. ■ ri. Ti L.z. I,..3. j_mi7l. t ■/H* l ) A L. k. fF \ \ 1.^ rffSllk n ((^'■W^^ ■î»*^ L.tf. G.x. G. 3 G. ^ G. ^ G. J^ V B.j. U.2 n.f H. 3. H. -y. ■1/' S.i. ■ mill S. j s. 3. .s.^ V l.rlii-i/nhfil /ii>i/ll/ii /ti , h/ii/'if i/l//li// ///f /■/<■////// /<■ . A'. .-f/t/i ,/r.'- St tf/l,- /t.f/ 'J'\\'e Z(to/ . 7oni ^ /*/ /.'i " r^rmû, 2. *\ ^ < --3 7- 3. fl- m \ . /// V//- '// ///t • ( -/f V// /// /f * . /'. F^rtf*^ .fr .'ï/tfi ■ t/f.'' .^fffjii: /lit/ 2'' ,'// />!/////<■ jfÉrtrt ifrj>- Sc-te^f. ruif 2' .'-••* (% À^ ï i. *A\ <^,-.;#i<*i!>ï^« // /6». //l//<>// /l,f///tl'- //. ^^ .. An/t . t/f.*- J\'/t-/fi- /f/tf. 2''Sf'y-ft-. Zoo/. Tom 4. /'/ 16. IS;,^^!! 3. .//////>// /■/